‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 42 sur 110 · CHAPITRE VI LA RÉPRESSION CIVILE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI LA RÉPRESSION CIVILE

[tes son entrée en Languedoc, Villars manifeste ses intentions de rigueur, surtout ù l'égard des Montpelliérains . — Effroi des réformés. — Leur abandon par les magistrats, leurs coreligionnaires. — Leur exode partiel. — Arrivée du gouverneur pour les armes Saint-André. — Soumission et dissimulation des protestants. — Villars dissimule aussi. — Instructions sévères de la Cour. — Entrée de Villars. — // se laisse désarmer par la soumission qu'on lui témoigne. — Ce que fut l'imposition de I ÔHO. — Expédition de Villars dans les Cévennes et répression. — Saint-André quitte Montpellier. — Soins donnés au culte et à la. prédication catholiques.

Dans une Étude qui se rattache a eelles-ci, l'occasion s'était déjà présentée de dépeindre l'avidité sans scrupules et la brutalité du comte de Villars, beau-frère du Connétable de Montmorency et son lieutenant en Languedoc, qui futdéplorablement mêlé au procès de Guillaume Pellicier '. Depuis, Villars, blessé et prisonnier à Saint-Quentin, avait été immobilisé jusqu'à la paix. L'expédition contre les protestants du Bas-Languedoc était une occasion de se signaler et d'en tirer quelque avantage particulier.

Tout de suite il manifesta ses intentions : à Pont-Saint- Esprit, par un autodafé de livres de propagande - ; aux Etats du 10 octobre, en empêchant les députés protestants des villes de proposer3; enfin, à Aiguesmortes, par l'arrestation du gouverneur. Pierre d'Aisse, une victime personnelle

1 L. Guiraud, Le Procès de Guillaume Pellicier, pp. 50 et suiv. "- Négociations, lettres... relatives au règne de François II, p. 655* '■'• Histoire ecclésiastique, t. I'-1', p. 380.

peut-être '. Mais les instructions données par la Cour concernaient surtout Montpellier, et il en véritia le motif. Si àNimes on se moquait des ordonnances de répression, « seux de Montpeliers l'ont encore pis. aystant en plus crent nombre » -. Aussi le 15 il recommandait une extrême sévérité administrative, se faisant fort, avec i\es troupes suffisantes, de réduire toute la province3.

Par ces dispositions on peut augurer du ton qui devait régner dans la lettre de Villars aux Consuls, et qui incita ces derniers à réunir un Conseil général le 14 octobre. A cette assemblée on eut le spectacle, entre ceux qui l'avaient tant favorisé, d'une surenchère de moyens violents pour réprime!' le nouveau culte : chasser les étrangers, restituer l'église Saint-Matthieu, expulser le ministre; cl le tout fut vote1.

En conséquence, dès le lendemain, au prêche de Saint- Matthieu, vers sept heures du matin, parurent au cours de la cérémonie les Consuls et le lieutenant-criminel, atin de signifier ces décisions. Le ministre ayant répliqué qu'il répondrait par écrit, les magistrats se? retirèrent. La Chasse termina son discours, s'ol'frant a tous les risques. Mais le Consistoire opta pour la fuite. \M>a le soir elle était réalisée quant aux ministre, diacres, anciens et plus notables calvinistes5. De nouveau la région des Cévennes fut choisie pour refuge. Ouelques gentilshommes y assemblèrent des troupes. Certains autres se dispersèrent0.

A peine ces réformés avaient-ils quitté Montpellier, que les troupes royales y arrivaient. Sous le commandement

1 Chroniques et Documents, pp. 33 et 260. — Histoire ecclésiastique, i. h'1', p. 381. — Dès le 11 novembre, el la disputant ù Joyeuse sur les rangs déjà, Villars demandait la succession de ce gouverneur (Citron, n Doc, p. 344).

- Négociations , etc., p. 055.

3 lbid., p. 659.

1 Délib. de ce jour.

•' Chroniques et Documents, pp. 33 et 200. — Histoire ecclésiastique, l»l». 381 et 382.

0 Négociations, etc., p. 665. Cf. Histoire de Languedoc, t. XII, c. 572, ii" 2(7.

l'établissement dl protestantisme 155

d'Edouard d'Albert, seigneur de Saint-André lez Avignon. elles comprenaient trois ' enseignes d'infanterie, augmentées d'une par la suite, et turent logées chez les habitants. Saint- André prit les clefs, mura toutes les portes sauf deux, dressa en ville des corps de garde et des potences -. Puis, cet appareil ayant fortement impressionné la population, on la convoqua pour une formalité collective mais assez anodine, en réalité.

Devant l'Hôtel de Ville, les Consuls, en grand costume, a la tète des habitants, fut lue et publiée a son de trompe une lettre du roi qui retraçait les contraventions commises contre les ('dits, et qui enjoignait de s'en désister à l'avenir, menaçant de l'indignation du souverain tous ceux qui persisteraient. Saint-André et ensuite Guillaume de Chaume adressèrent une vive exhortation au peuple, pour commenter le document, et les assistants y répondirent en levant les mains et criant : << Vive le Roi ! 3»

Car la ligne de conduite des réformés restés a Montpellier, la niasse, que dirigeaient les magistrats civils et judiciaires. c'était de feindre la soumission la plus complète. Seuls les plus compromis ou les plus exaltés, les plus sincères avaient quitté la ville ; les autres demeuraient chargés de toute la << foulle », selon l'expression de l'époque, c'est-à-dire du logement et de l'entretien des gens de guerre, et ils niaient [tins (jue l'intense désir de rejeter ce fardeau. Pour cela, il importait qu'on crut à leur calme, à leurs bonnes dispositions. Et, comme Villars, peut-être mis en garde de Montpel-

' Aux autres chiffres [C/wou. et Doc, p. 260, et Hist. ecclês., t. Ier, p. 382), doit être préféré celui de Philippi [Chron. et Doc, p. 33;, conforme aux documents (Arch. mun. de .Montpellier, GG, Réformés, reg.de la contribution, au 17 novembre). — Sur la date de l'arrivée des troupes, les Chroniques (pp. 33 et 260) et l'Histoire ecclésiastique (t. Iri'. p. 382) diffèrent. Elles étaient rendues le 17 (Délib. du Conseil de Ville de ce jour).

- Arch. mun. de Montpellier, CC, comptes du viguier de 1560, et GG, Réformés, reg. de la contribution. — Chroniques et Documents, pp. 33 et 34.

lier même, n'était pas leur dupe, il résolut de jouer avec eux au plus lin. C> jeu, alors caché, la documentation, qui subsiste, va me permettre de le dévoiler.

Dès l'annonce des troupes le Conseil de Ville avait délibéré l'envoi d'une double députation : à la Cour, afin de solliciter le maintien des privilèges de Montpellier, et auprès de Villars, pour obtenir des lettres d'appui dans ce sens '. Même Toîras, seigneur de Saint-Jean de Gardonnenque, el Cardet, soit délégués par d'autres villes, soit d'eux-mêmes, s'étaient acheminés pour aller trouver Crussol-. De son côté, Villars, qui, à peine arrivé en Languedoc, avait pu mesurer l'étendue du mouvement calviniste, et en pénétrait une des causes vives : la négligence de la plupart des évoques dans l'instruction chrétienne de la jeunesse 3, comprit qu'à vouloir réprimer par la violence il manquait de forces. 11 s'empressa donc de réclamer un complément de troupes et. jusqu'à leur venue, il louvoya. Ce que Montpellier demandait de lui, un bon témoignage de sa soumission et une recommandation pour ses députés, il l'offrit, il le donna, il le réitéra1. Mais, en même temps, il avertissait la Cour, par un expies, de ne rien croire des protestations des Montpelliérains, et de les punir rigoureusement, en cassant le Présidial. en transférant la Cour des Aides à Carcassonne et la Chambre des Comptes au Puy en Velay; il demandait même qu'on se saisit de Toiras et de Cardet, principaux chefs des réformés5.

C'est Villars qui fut écouté, la Cour ne respirant alors que la rigueur. Dès le i novembre, le roi énumérait à son lieutenant tous les moyens qu'il mettait à sa disposition : pouvoir discrétionnaire sans limites, envoi de nouvelles troupes, commission au Parlement de Toulouse de déléguer un président et deux conseillers pour suivre Villars et instruire le

1 Délib. <Ju Conseil de Ville du 17 octobre 1560. - Bibl. Nat., fr. 3.158, f° 99.

:: Négociations, etc., p. 670.

1 Délib. du Conseil de Ville du 17 octobre 1500. — Négociations, etc., pp. 070 et 073. — Chroniques et Documents , p. 344. ■'• Négociations, etc., p. 059. — Bibl. Nat., fr. 3.158, !'" 99.

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