I. — La réorganisation timide
Reprise secrète des assemblées le 5 janvier 1561. — là 'église calviniste redressée le 16 février. — Manifestations au moyen des enfants. — Conflit administratif. — Ce qu'était l'avocat Jacques David, élu premier consul de lôG 1 . — Les Etats de Languedoc à Montpellier : demandes des protestants. — Politique ambiguë de la régente. — Rentrée des ministres et reprise des assemblées.
La mort de François II, Téloignement des Guises qui en fut la conséquence, les dispositions de la régente, au point de vue général, ainsi que le départ du gouverneur Saint-André,
1 Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. 387.
* Arch. mun. de Montpellier, GG, 3 14, f°4 v°. — Le prénom seul du baptisé, Abraham, est inscrit dans l'acte, ceux des parents et du parrain laissés en blanc.
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en ce qui regardait Montpellier, ramenèrent dans leurs foyers les fugitifs de cette ville peu de jours après l'avènement de Charles IX1. Gomme ce retour s'effectua sans difficulté, les assemblées furent reprises dès le 5 janvier. On les eût faites publiquement, mais un avis venu de Lyon modéra cet enthousiasme par la crainte de complications générales, .et ce fut en secret, en petit nombre et chez un particulier, qu'elles furent tenues -.
Survint l'amnistie accordée, le 28 janvier 1561, par Catherine de Médicis pour tous délits de religion. Elle rendit complète sécurité aux protestants. Aussi, le dimanche 16 février, leur église fut redressée3.
Le premier effet de cette réorganisation fut l'adoption d'une tactique habile. Guillaume de Chaume était à son dernier mois de pouvoir; quel serait son successeur? Agir trop ouvertement aurait été risquer encore des poursuites ou une réaction administrative. C'est aux enfants qu'on eut recours: contre eux toute répression s'émousserait nécessairement. D'autre part, on a vu quelle importance les réformés avaient, dès la première heure, donnée à l'action sur la jeunesse ; et, tandis que beaucoup de prélats languedociens en négligeaient l'instruction religieuse, celle des calvinistes apprenait par cœur le Catéchisme de Genève, abondamment répandu 4.
De ces enfants donc quelques-uns furent choisis et dressés,
1 Chroniques et Documents, p. 37.
2 Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. 968. — Pierre Serres (Histoire de Montpellier, manuscrite, p. 544) assure que le lieu choisi fut la maison Maupeau ; mais, en l'absence de témoignage contemporain et par la possibilité d'une confusion avec un événement postérieur de six mois, on ne doit point faire état certain du détail.
3 Histoire ecclésiastique, t. Ier, pp. 938 et 969. — Cet ouvrage attribue le fait au ministre La Chasse, peut-être d'après les termes obscurs de Y Histoire de l'Ef/lise de Montpellier (Chron. et Doc, p. 260). Mais Philippi (Chron. et Doc, p. 38) ne place le retour de ce ministre, avec Formy, qu'après Pâques, qui cette année-là tombait le 6 avril. Le 23 février Olivier Tardieu baptise encore (Arch. mun. de Montpellier, GG, 314, f° 4 v°). C'est donc lui qui a « redressé » l'église calviniste.
4 Négociations, etc.j p. 670.
«comme si d'eux mesmes venoit». dit Philippi. A la nuit tombante, ils se rendaient sous les voûtes ouvertes du Consulat, c'est à dire tout près du chevet de l'église N.-D. des Tables. Là, dès que les lumières commençaient à s'allumer, ils chantaient les psaumes traduits en français par Clément Marot ; après quoi l'un d'eux récitait des formules de prière dans la même langue. La sympathie ou la curiosité formèrent et de jour en jour accrurent l'auditoire d'hommes et de femmes, de riches et de pauvres qui s'unissait à leurs chants '. On devine à quel point ils troublaient les prédications quadragésimales catholiques. Plainte en fut certainement portée et, sur cette question des assemblées et de la répression à exercer, un vif conflit administratif éclata, entre, d'un côté, les consuls et, de l'autre, le gouverneur Bourdic, responsable de l'ordre, de même que le procureur du roi au Présidial, Jean Perdrier. Ce dernier se pourvoyait déjà contre la ville pour la priver de ses murailles. Alors. comme on était à la veille des Etats de Languedoc, que Joyeuse, successeur de Villars depuis le 4 mars, arrivait les présider, qu'on était sûr de l'avenir par les récentes élections municipales, il n'en coûta point aux Consuls et conseillers, dont expirait le mandat, de promettre tous leurs efforts afin défaire cesser les attroupements à l'Hôtel de Ville -. Jusqu'au bout Guillaume de Chaume a tenu ainsi son rôle avec dissimulation. Tout autre sera celui de son successeur.
Maitre Jacques David, avocat, docteur es droits, coseigneur de Montferrier, fut premier consul de Montpellier du 25 mars 1561 au 24 mars 1562. C'est l'époque où la domination protestante s'établit sur la ville, et il y a joué un rôle fort actif. Le personnage acquiert de ce fait une importance considérable dans l'histoire de la Réforme. De Bèze cependant, qui a mentionné son prédécesseur avec éloge3, ne nomme même point David. Ne faudrait-il pas attribuer ce silence à certaines rumeurs qui circulaient alors depuis
1 Chroniques et Documents, p. 37.
2 Délib. du Conseil de Ville des 16 et 18 mars 156Q (a. st).
3 Histoire ecclésiastique, t. I''1', p. 375.
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quelques années sur un homme encore très en vue dans le parti ' et qui le rendaient au moins suspect ? De simples bruits fâcheux on ne trouverait pas ici l'écho, mais ils ont reçu une consécration judiciaire incontestable.
11 y avait des David, tous calvinistes, aussi bien à Poussai! - qu'à Montpellier3. Est-ce à l'une ou l'autre de ces familles, si toutefois elles étaient distinctes, qu'appartenait le consul, premier personnage marquant du nom dans les annales de la cité l Lorsqu'il brigua les votes des électeurs, c'était un avocat retors et ambitieux, qui avait su capter la confiance de la famille de La Croix, au point de porter ses vues sur une de ses seigneuries. Montferrier, petit village sur le Lez, à proximité de Montpellier, appartenait à Gabriel, fils de feu Jean, baron d'Anglas en Limousin. Avocat et conseil de la famille, David décida aisément cet orphelin sans curateur à lui vendre 3000 écus une seigneurie qui en valait le triple i. Mais, bien qu'il eût en seul le lieu de Montferrier, il ne s'en pouvait intituler que coseigneur, la juridiction appartenant en paréage tant à l'oncle de Gabriel, Jacques, baron de Castries, qu'à Françoise de Frontignan, le premier créancier de la seconde. David affirma avoir acquis les droits de celle-ci par arrêt du Parlement de Toulouse, et de fait il excipait d'une certaine procuration de Jacques de la Croix pour toucher la dette de Françoise, laquelle procuration ne put jamais se retrouver dans les papiers d'un notaire décédé ; aussi David eut-il soin de la faire revivre par une autre émanant de la femme de Jacques, Diane d'Albenas. Tout cela n'était ni clair ni prouvé, mais permit a l'avocat, en profitant de l'absence de Jacques de la Croix, banni à titre de catholique pendant les troubles, de se dire « segneur
1 De nouveau premier consul en 1581 [Ghron. et Doc, p. 406). - Décret du 26 février 1553 a. st. (Arch. du Pari, de Toulouse, chambre criminelle, reg. 48).
3 Chroniques et Documents, p. 266.
4 Ce t'ait, qui se passa en 1558, fut reconnu par transaction du 18 février 1599 entre le tils et, héritier de Jacques David et Gabriel de la Croix (Min. de Jean Tandon, étude Cornier, reg. de 1597-1603, f° 108).
en seul dud. lieu de Montferrier, comme est son ehasteau, four banyer, portai et molincz, et des terroirs du Longet, Puech Galvet, Roanes et la Crozete, Puech Gonil, Puech Roux, autrement appelle du Fesquet », puis d*y créer bayle, procureur juridictionnel et juge ' : de quoi satisfaire la vanité d'un tel parvenu.
Cet homme sans scrupules ne traitait pas mieux ses coreligionnaires, comme le montrera une autre histoire, si grave qu'on ne peut, malgré le désir d'abréger, en supprimer tous les détails, qui, reconnus et avoués par les propres ayantsdroit du personnage2, justifient bien un jugement défavorable sur son compte.
Noble Jean de Farges, époux de Marguerite Sanravy, et par elle allié aux Géselly et aux Ghristol, était conseiller du roi, maître à la Chambre des Comptes de Montpellier et seigneur de Cocon, près de Lattes. C'était aussi « un homme aizé qui prestoyt plus tost que d'emprumpter », comme il était de notoriété publique, et, de fait, il avait avancé à son beau-frère Michel une partie du prix de son office de général a la Cour des Aides. Très grande fut donc la surprise de ses héritiers, lorsque l'avocat David, « homme nécessiteux », leur produisit « ung contract... despuis l'an mil cinq cens cinquante neuf, pourtantdebte de seize cens cinquante pièces d'or, une chêne d'or et une pièce de velours a trois poilx, au proffict dud. David contre led. feu de Farges ». Ils flairèrent un faux, refusèrent de payer et en donnèrent le motif à la Cour du Gouverneur, où les cita David. Par sentence rendue en 1570, la Cour, sans préjudice de leurs moyens de faux, déclara le contrat exécutoire, ce qui fut confirmé par le Parlement de Toulouse. David ne perdit point de temps et, pour sa mince créance, saisit 40.000 livres de biens, entre autres un jardin aux portes de Montpellier et la seigneurie de Cocon,
1 Min de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1574-1576, f08 513 v° et 772 v°.
- Transaction du 29 mars 1612 entre divers hoirs de Farges Min. de Jacques Brézègues, étude Blain, reg. de 1611-1612, fos 376 v° et suivants).
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dont il prit le titre 11 en jouit le restant de sa vie, mais il légua beaucoup d'ennuis à ses propres enfants. Car, trente ans après, à suite d'enquêtes, d'expertises renouvelées, des procédures les plus solennelles à Montpellier, Toulouse et Paris, les faux de Jacques David ayant été juridiquement constatés, ses hoirs n'eurent d'autre ressource que de restituer à ceux de Farges.
Ainsi cauteleux, David se montra également vindicatif. Le juge-mage et son frère l'ayant poursuivi pour la violence de son langage ', il se vengea, dès les premiers jours de son consulat, en faisant grief à l'un de négliger l'enseignement du droit canonique, en récusant l'autre -.
Un ne voudrait pas, à cette date-ci, faire état d'un autre incident dont le dénouement est postérieur Cependant, pour compléter la physionomie morale de Jacques David, comment ne point le rappeler brièvement 3? Entre Montpellier et Grabels s'élève une colline, dont l'heureuse irrigation a valu aujourd'hui au domaine qu'elle porte la dénomination de Chàteau-d'Eau. Elle avait au XVIe siècle le nom de Puech- Villa, qui venait de celui, encore antérieur, de Vilar4, etle tellement voisin s'appelait ledevois de Combes. Là les bouchers mont pelliérains avaient, de temps immémorial, fait paître leur bétail. Mais Jacques David devint coseigneur de Montferrier, comme il a été dit, seigneur aussi du Vilar5, et les choses changèrent. Il prétendit interdire aux bouchers de jouir de leur faculté et de fait les en empêcha. Le prix de la viande renchérit de beaucoup. Retors en procédure, David mit les Consuls dans l'alternative de mécontenter le public ou d'aboutir sans délai par un sacrifice. Les deux administrations municipales réunies de 1565 et 1566 s'y résignèrent : moyennant 800 livres
1 Arc h. du Parl.de Toulouse, chambre criminelle, re£, 05, au 25 septembre 1559.
- Délib. du Conseil de Ville du 11 avril 1561.
:) Le document, une transaction du 24 niais 1565, a été publié par Mr -les. Berthelé [Archives delà Ville de Montpellier, t. III, p. 525).
4 Voir p. 151, note 1.
3 Ibid.
en espèces sonnantes, le devois de Combes et Le Vilar passèrent à la Ville, laquelle dut encore payer une autre indemnité pour obtenir des expéditions de ses droits et titres. Ainsi Jacques David, quoique reconnaissant avoir reçu prix «juste et competant ». prétendit-il prouver son « afection au bien et commune utillité de lad. ville, lequel de tout son pouvoir voudrait acroistre et non diminuer)). Un n'est pas plus impudent.
C'est à un tel homme que les élections de 1561 confièrent les destinées de Montpellier a l'heure vraiment la plus critique de son histoire.
Le premier acte de David fut de se rendre aux Etats du 20 mars 1561, où se produisirent des propositions très hostiles au catholicisme : vente du temporel ecclésiastique, tonte des cloches, affectation de certaines églises au culte calviniste '. Catherine deMédieis payait de ses tergiversations, de sa complaisance l'appui de Crussol -. Cette situation enhardit les protestants de Montpellier. Secrètement tant que Joyeuse demeura dans la ville, ils réintroduisirent le ministre Formy y, puis Jean de la Chasse4. Les premières assemblées se tirent dans lesmaisons privées de nuit, par petits groupes 5. Comme elles donnaient lieu à des incidents, il fallut les avouer au Conseil de Ville0. Mais de Barges les cachait ou les excusait a la Cour 7. C'était la tactique constante, qui servait les progrès du calvinisme.
il. — Les conflits dans la rue
Vexations au culte catholique. — Plaintes des catholiques. — Affaire des pains bénits de mai. — Assemblées calvinistes publiques. — Appel des catholiques à Joyeuse. — Les obsèques
1 Délib. des Etats de Languedoc.
- Chroniques et Documents, p. 261.
J Le 1er avril, il procède à un baptême (Arch. inun. de Montpellier, GG, 314, f° 5 v").
4 Son premier baptême est du 2'2 avril [Ibid., t'u 0).
5 Chroniques et Documents, pp. 37 et 38.
6 Délib. du Conseil de Ville du 23 avril.
7 Histoire de Languedoc, t. XII, ce. .~>7S et 579.
l'établissement dl protestantisme 171
calvinistes de Jeun Bocaud et la succession à sa chaire, — Invasion du Palais épiscopal. — ■ Emeute sanglante. — Fuite du gouverneur. — Courageuse démarche de Vévêque et sa retraite. — Concorde entre le prélat et son Chapitre cathédral.
Enhardis par la tolérance des autorités locales, les calvinistes se montrèrent bientôt agressifs. Dés la première réunion du nouveau Conseil de Ville, Jacques David avait porté la motion de faire rendre les armes aux habitants. 11 déchaîna aussi les convoitises des pauvres, en déclarant que, le quart ou le tiers de la valeur des bénéfices leur étant dévolus par les décrets mêmes de l'Eglise, il allait aviser aux moyens légaux de les réclamer i. L'occasion se renouvellera de parler de cette question. Le fruit de telles excitations et de l'enthousiasme provoqué par le retour des ministres ne tarda pointa se manifester. A la séance du Chapitre du23 avril, le chanoine chargé de desservir l'église Notre-Dame, officiellement abandonnée par l'administration municipale -, qui rompait ainsi avec un passé plusieurs fois séculaire 3, porta ses doléances. « Me de Bosco a protesté de ne faire le service a N.-D., d'aultant que les huguenaudz luy font grandes insolences, jusques a gecter les pierres dans l'esglise » *. On dut, pour les conserver, augmenter les gages des trois desservants, ses auxiliaires r>.
Devant l'inertie des magistrats montpelliérains les catholiques recoururent au Parlement de Toulouse et au Roi. Leur organe fut auprès de cette cour et auprès du souverain Pierre de la Coste, le juge-mage ,i. Dès le 26 avril, le Parlement, sur réquisitoire de son procureur-général, lança une commission
1 Délib. du Conseil de Ville du 28 mais 1561.
- A la séance du 28 mars du Conseil de Ville, le premier consul avait signifié qu'à l'avenir le prédicateur de N.-D. des Tables ne serait plus payé par la Ville.
3 Voir : L. Guiraud, Histoire du cuite et des miracles de N.-D, des Tables ; Montpellier, J. Martel, 1885.
4 Délib. du Chap. cathédral du 23 avril 1561. 1 Délib. du Chap. cathédral du 8 mai 1501.
6 la Histoire ecclésiastique, (t. III, p. 11) le montre, vers le 10 mai 1561, « arrivé de la Cour en poste » à Toulouse.
172 LA RÉFORJUE A MONTPELLIER
au gouverneur de Montpellier de c< fere resserche et description des habitans et de pourvoir a la police d'icelle ville » '. Mais ce corps de justice hésitait sur la conduite à tenir dans les poursuites. Son zèle n'était point douteux et l'un de ses présidents, de Paulo, pouvait assurer à la Reine avec sincérité « qu'il n'y a Court de Parlement en ce royaume qui y aye regardé de plus près et pourveu plus diligemment et songneusement aux desordres et scandalles que eestuycy ». Mais lui également réclamait des instructions précises -. Les reçut-il l agit-il de lui-même? Deux arrêts en forme d'édits prononcés par cette Cour souveraine alarmèrent les réformés, et le lieutenant-criminel de Montpellier, Charles de Barges, se hâta d'en informer la reine-mère, lui faisant craindre une sédition, et lui demandant de manifester le vouloir du roi sur ses propres édits et sur les arrêts de Toulouse 3. 11 n'était que temps, les esprits désemparés s'échau fiant aux provocations réciproques.
Celle qui est imputée aux catholiques par les historiens et chroniqueurs protestants mérite de retenir l'attention comme un de ces incidents, entre tant à cette époque, dont l'ignorance ou la partialité ont dénaturé totalement le caractère i. Exposons d'abord les faits.
Les laboureurs formaient à Montpellier une classe de la société exclusivement en possession de nommer le sixième
1 Délib. du Conseil de Ville du 18 niai 15(51.
- Bibl. Nal., fr. 3.186, f° 107.
:i Histoire de Languedoc, t. XII, c. 570, n° 244.
i Les relations de cet incident sont contenues dans :
1° Complainte apologique, datée de 1501, dans les Mémoires de Condc (éd. Secousse, t. II, p. 300);
"2° Histoire des troubles de Languedoc {Chron. et Doc, p. 38) ;
3° Histoire de l'Europe, analyse des Bénédictins dans YHisloire de Languedoc (t. XI, p. 361) ;
4° Histoire ecclésiastique (t. 1er, p. 969;.
Toutes sont d'origine calviniste et offrent de nombreuses variantes. A cause de la suspicion où les remarques qui vont suivre, jettent les auiivs relations, je suivrai surtout celle de Philippi, en y mettant toutes choses au point.
L'ÉTABLISSlîMEx\T Dt PROTESTANTISME 173
et dernier consul '. Ils habitaient de préférence le quartier urbain de la Valfère et les faubourgs de la Saunerie, de Saint-Jaume et des Carmes2. S'étant concertés avec quelques autres gens du peuple, ils s'assemblèrent, le dimanche 4 mai 1561, au nombre de douze à quinze cents personnes, au moins3, sans armes 4, et ils organisèrent un cortège à travers les rues de la ville. Leur but était de porter avec solennité dans les églises 5, surtout à la Cathédrale, pour la grand'messe, ces gâteaux nommés dès lors et aujourd'hui encore pains bénits, destinés, selon le rite catholique, à rappeler les oblations en nature des temps primitifs. En longues fdes, précédées de trompettes et de tambourins, d'une croix et d'une bannière, tous ces laboureurs et gens de métier se rendirent processionnellement à l'église Saint-Pierre.
Le dimanche suivant 11 mai, ce fut au tour de leurs femmes d'accomplir la même cérémonie, mais il ne faut pas s'étonner si la manifestation fut plus débordante, plus marquée. En tête l'une d'elles portait une bannière pieuse. Les jeunes filles marchaient les premières, nu-tête et les cheveux abattus sur les épaules. Chacun des quartiers énumérés plus haut avait tenu à honneur de fournir son pain bénit, et les brancards où ils reposaient étaient couverts de fleurs. Le cortège se rendit également à la Cathédrale pour la grand' messe.
Or le caractère religieux de ces manifestations extérieures, constaté par Philippi, déjà assez dénaturé chez Montaigne et
1 Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 100.
- Chroniques et Documents, p. 38. — L. Guiraud, Recherches topographiques, etc., p. 214.
:! La Complainte apologique dit : cinq ou six cents hommes avec leurs femmes el enfants, ce qui ramène bien an chiffre de Philippi.
4 La Complainte apologique et YHistoire de l'Europe leur donnent des pierres et des dagues cachées sous leurs manteaux. Rien plus tard pareille légende sera accréditée contre les Pénitents-Blancs.
•"' L'Histoire de l'Europe dit : dans les maisons, ce qui doit s'entendre soit de la demande, faite aux personnes notables par l'offrande préalable d'un gâteau, de subsides pour la fête, soit de la distribution aux mêmes des gâteaux après la bénédiction. Tous ces usages sont encore en vigueur. Il n'y a donc sur ce point aucune contradiction avec le récit de Philippi.
dans Y Histoire ecclésiastique, a complètement disparu dans la Complainte apologique. Celle-ci ne montre plus que la lie du peuple : hommes, femmes et enfants, semblables aux corybantes et ménades de l'antiquité, ivres et insolents, provoquant les réformés par leurs cris : a Nous danserons en dépit des huguenots » ; et elle prend occasion de là pour accuser l'évêque, le clergé et quelques magistrats d'avoir, par del'argent et du vin, excité, encouragé de tels débordements. Montaigne, qu'on peut soupçonner d'avoir fourni l'information, parle de même et Y Histoire ecclésiastique, en supprimant les détails, a retenu le mélange tendancieux du sacre et du profane. Il appartient donc à la saine critique de distinguer et d'expliquer.
Que les catholiques montpelliérains aient, en cette con- •joncture, eu l'intention fort nette d'affirmer publiquement leur foi, leur nombre, leur courage et, à leur tour, de se montrer les maîtres de la rue vis-à-vis d'adversaires réduits à se cacher, à ne s'assembler que de nuit, d'où la faveur du mot : Jiaguenoi M ; que, de plus, cette démonstration, étant faite par la classe populaire, ait eu un cachet d'exubérance et de grossièreté capable d'impressionner, d'induire à erreur des hommes étrangers, comme l'étaient, par exemple, de Barges ou Montaigne, au pays, à ses mœurs et à ses vieilles coutumes, — c'est là ce qui paraît complètement hors de doute. Le fait est humain, il est méridional. Mais qu'après la Complainte apologique et Y Histoire ecclésiastique, on veuille faire de cette manifestation le moyen prémédité d'exciter des troubles, rien de plus inexact. Avec la modération dont rarement il se départ, et la connaissance précieuse que lui donnait sa qualité de montpelliérain, Jean Philippi a fourni là-dessus, en peu de mots, la note juste : « Lesquelles choses les fidèles entendointbien estre faites par leur émulation, car auparavant n'avoit l'on acostumé ainsi le faire, combien chaque mestier en feit quelquefois ». C'est ce qu'il faut expliquer mieux.
1 Certainement c'est l'opinion courante à Montpellier que reproduit Philippi, à propos de l'étymologie du mot : huguenot [Chron. et Doc, p. 29 .
l'établissement du protestantisme 175
Eu l'année 1561, les \ et 11 mai représentent les deux dimanches précédant l'Aséension, qui tomba le 15. Or, dans toute la région, cette solennité portait au moyen âge le nom vulgaire de Caritat ou Charité des métiers, parce qu'on y faisait une distribution générale de pain aux pauvres. L'institution en était, à Montpellier, fort ancienne, puisque son fonctionnement fut, le 10 mai 1247, modifié par un statut des Consuls de ville, sur la base de la mise en commun des ressources par tous les métiers ou professions, de leur conversion en nature, c'est-à-dire en pain, et enfin de lasurveillance relative à la manutention et la distribution de cette denrée par quatre commissaires qu'éliraient les Consuls *. Peu à peu on réglementa aussi la contribution à fournir par la Ville -, les corps ecclésiastiques3, les corporations*. Quant au cérémonial de la distribution, fort intéressant5, mais trop long à rapporter ici, il comportait, entre autres détails : 1° une procession, partant de l'égliseparoissiale Saint-Firmin ; -2" la bénédiction, qu'on voit en 1397 faite au « niolon » ou tas. Y c< ovile panis » des documents, par l'évêque même, Antoine de Louviers c> ; 3" la distribution, dans le fossé de la ville, entre les portes du PeyroU et de Saint-Guilhem. Lorsqu'il y avait quelque empêchement, tel que guerre ou épidémie, l'aumône se faisait en argent. Mais peu à peu l'usage général s'était perdu ", et seuls quelques métiers le gardaient encore sans régularité8.
Pourquoi cette année-là le reprit-on ? A part l'intention très
1 Arch. mun. de Montpellier, Grand Thalamus, f° 41, art. 84. Cf. f° 72
Y", ait. 181.
- Elle fournissait raille pains do chacun quatre livres trois gros (Voir note 5).
3 Los Prouillanes étaient taxées à cont pains (Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 119).
4 Pour les bouchers, voir : Ibid., p. 120.
5 .le l'ai décrit (Recherches topographiques sur Montpellier au moyen âge, pp. 207 et suivantes) d'après un cérémonial du XVe siècle (Arch. mun. de Montpellier, RR, céréni. consul. n° 7, fos 13 et suivants).
I! Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 429.
7 Dans les comptes annuels de la Ville, on ne trouve plus mention des finis qui en résultaient pour elle.
8 Voir le témoignage de Philippi qui vient d'être rapporté p. 174.
probable de faire pièce aux protestants, qui amenait l'affluence
des catholiques aux églises *, un autre motif est fort plausible. La misère était grandi1. L'initiative prise par le premier consul pour y parer a été signalée -. Il avait donné suite à son dessein de procès, et le Chapitre cathédral venait justement de traiter avec lui pour « l'aumône de Saint Firmin » 3. Afin de contrebalancer l'effet moral du zèle laïque et municipal, le clergé, évêque en tête, aura bien pu favoriser la reprise de la « Charité », en modifiant le cérémonial selon les exigences nouvelles, les conjonctures présentes : ainsi pour la bénédiction à la Cathédrale, érigée dans l'intervalle/ et pour la distribution non plus dans les fossés, appartenant à la ville, en public, à tous sans distinction, mais dans des maisons privées et à de notoires catholiques. Rien déplus logique. Quant à certains détails, relevés par les narrations protestantes comme propres à rendre la chose dramatique, ils trouvent dans les usages locaux une explication fort simple et nullement suspecte. Qu'on en juge. LVenseigne de guerre», c'est la bannière corporative des laboureurs, ce saint Georges4 que l'iconographie sacrée représente toujours comme un cavalier armé. Les trompettes et tambourins accompagnaient la proclamation, faite quelques jours avant l'Ascension, dont la formule a été conservée par le Cérémonial consulaire cité : c< Rarons. mande la Court du roy nostre sire a tous consulz de mestier que pense de porter son pain au molon, et qui contre ce fera, etc. ». Un autre usage montpelliérain dans les processions de supplication était que les jeunes filles marchassent sous la conduite de dames de la ville, et portassent les cheveux pendants sur les épaules, «avalez », dit la chronique municipale à propos de celle du 24 mars 1506 5. La grande
1 Chroiiiqvrs et Documents, p. 39.
5 Voir p. 171.
3 Délib. du Chap. cathedra! du 14 avril 1561.
4 » E1 est leur enseigne saint Georges » (Cérémonial consulaire cité, f° 17). — Dans ce document, les bannières des corporations, toutes pieuse's, sont constamment appelées « enseignes ».
5 Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 489.
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croix fie hitis mentionnée par Montaigne rappelle un cortège de pénitence, et la crosse était certainement un hommage à l'autorité épiscopale. Quant au reste des circonstances relatées, elles se rapportent à d'autres scènes, dont il faut parler également et cela avec quelques détails.
Peut-être parce qu'il était la fête des corporations professionnelles, vraisemblablement aussi à cause de sa constante occurence avec le mois de mai, le jour de l'Ascension avait été, demeure encore en certaines villes avoisinantes, consacré cà des réjouissances populaires1, où d'aucuns veulent voir un souvenir de celles dédiées par les anciens à Maïa. Ces réjouissances avaient existé cà Montpellier sous le nom vulgaire de « las maias ». Elles se célébraient dans, la ville et les faubourgs en exécutant des courses au son des instruments et avec des chandelles et lampes cà la main, en plantant des arbres, en faisant circuler par les rues des« ramadas » ou chars ornés de branchages-. Mais on fut obligé de réprimer ces excès : déjà, en 12i7, le règlement visé plus haut mentionne les rixes et scandales qui accompagnent la fête de la Charité3; six ans après on en vint à interdire les maies *. Telles prohibitions demeurent souvent lettre morte. De l'ancien usage, qui si1 retrouvera aux premières années du XVIIe siècle5, dériveraient les brancards couverts de fleurs de 1561 et les danses dans les rues, sur la place commune, auxquelles tentaient de s'opposer les réformés0. Principalementles fêtes chômées, — et les Rogations l'étaient aussi bien
1 A Béziers, on revêtait ce jour-là d'ornements bizarres l'antique vulgairement connue sous le nom de Pépésuc. A Gignac, on se livre encore au jeu du senibelet, sorte de combat. Ces exemples pour le Midi pourraient être multipliés et développés.
2 Ducange (v° ramada et vereda), en donnant une définition identique de ces deux mots, rapporte la réglementation faite de la hauteur exagérée des chars.
:i Voir p. 175, note 1.
4 Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 1-47.
5 Donnant lieu de nouveau à un incident entre protestants au pouvoir et catholiques.
tà Chroniques et Documents, p. 39.
Soc. Arch. de Montpellier. [-2
que l'Ascension *, — devenaient une occasion de zizanie, les catholiques fermant leurs boutiques et les calvinistes affectant de travailler-. Avec « un peuple facile a esmouvoir », ainsi que le qualifiait alors un président au Parlement de Toulouse3, il a dû se produire, en faveur de la liberté de ses plaisirs, quelque protestation bruyante qui a été confondue avec l'offrande des pains bénits. La manifestation religieuse n'a eu aucune conséquence : le témoignage explicite de Philippi et l'absence de plaintes des protestants locaux ne laissent pas de doutes à ce sujet. L'autre, au contraire, a pu avoir pour corollaire des arrestations, puisqu'elle fut suivie de querelles, de rixes et jusqu'à des meurtres*. Le 18 mai il y avait des prisonniers criminels, et l'on se préoccupait soit de leur exécution publique, soit de l'attribution de leurs biens confisqués5. Malheureusement rien ne prouve indubitablement si c'étaient là délits de religion ou de droit commun ni, ce dernier cas supposé, s'ils étaient provoqués par la question religieuse.
Celle-ci prenait toujours cependant plus d'acuité. D'une part, les réformés, multipliant leurs assemblées désormais publiques 6, avaient présenté à la Cour une requête pour avoir concession d'une église7. Non seulement ils administraient le baptême8, célébraient un jeûne et des prières extraordinaires, mais La Chasse et Formy imposaient les mains à Montpellier, le 9 juin, à François Maupeau, envoyaient à Genève pour y étudier un écolier en médecine, enfin espéraient d'autres recrues '•'.
1 Le Petit Thalamus de Montpellier, p. 166.
2 Chroniques et Documents, p. 39.
3 Bibl. Nat., IV. 3.186, f° 107.
4 CJironiques et Documents, p. 39.
5 Délib. du Conseil de Ville du 18 mai 1561.
6 Chroniques et Documents, pp. 38 et 219.
7 Lettre de La Chasse à Calvin, du 14 juin 1561 (Corpus Reformatorum, t. XVIII, p. 513). C'est Chabot, de Nimes, qui fut chargé de présenter cette requête (Chron. et Doc., p. 261).
8 II y en eut cinq en mai, sept en juin Arch. iiiun, de Montpellier, GG, 314).
M Lettre de La Chasse à Calvin, du 14 juin 1561 'Corpus Reformatorum, t. XVIII, p. 513).
l'établissement du protestantisme 170
De leur côté, les catholiques, qui savaient les projets des réformés et se souvenaient des incidents de Tannée précédente, réclamaient de Joyeuse sa visite, son aide. Il vint ', il vit la situation là comme ailleurs dans toute la province2, et en instruisit la Cour. Prêta faire son devoir en cette guerre civile, qui reprenait partout depuis la rentrée des ministres, mais impuissant à y intervenir avec son seul train, il demandait des forces militaires, de la clarté dans les édils3, en un mot cette politique franche qui seule pouvait remédiera la situation. Il est à croire qu'il obtint quelque satisfaction de la Cour, puisqu'il put envoyer à Montpellier la compagnie de Terride * et commission pour hâter le règlement de la cotisation de Villars 5.
Mais on restait à la merci d'un incident. Or les incidents furent multiples pendant le mois de juillet 1561.
Ce fut d'abord, le S, la mort de Jean Bocaud, régent à l'Université de Médecine. Ou n'a pas oublié sa carrière. Elève studieux de celte Ecole, il y avait pris ses grades; puis, en 1547, il avait été successeur favorisé et discuté de Fontanon6. Et, de même qu'alors sa nomination avait suscité un débat confessionnel, maintenant sa mort allait servir d'occasion k îles troubles violents. Jean Bocaud, est, en effet, le premier calviniste à Montpellier qui ait été enseveli sans les cérémonies catholiques. Il en avait exprimé le désir, conforme aux convictions qui venaient de lui faire donner son fds
1 On l'attendait incessamment le 6 mai (Délib. du Conseil de Ville de ce jour) ; le 13 juin, on payait un présent pour lui (Areh. niun. de Montpellier, CC, Command. de 1561). .Te n'ai pu préciser le jour de sa venue.
2 Le Parlement de Toulouse, la dépeignant aussi à la reine, accusait Montauban de corrompre toutes les villes du Languedoc, parmi lesquelles Montpellier (Histoire de Languedoc, t. XI, p. 351, note 1). Après ce qui a été établi des origines de la Réforme à Montpellier, il n'y a pas lieu de croire à une telle influence.
3 Bibl. Nat, fr. 3.186, f° 146.
4 Chroniques- et Documents, p. ^60. — Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. 969.
5 Délib. du Conseil île Ville du 3 juillet 1561.
6 Voir pp. 68 et suivantes.
Pierre ] à l'église protestante. Ses parents, ses amis le réalisèrent. Le lendemain donc de sa mort, c'est-à-dire le mercredi 9, vers les cinq heures du soir, ils entreprirent de porter sa dépouille mortelle sans clergé ni pompe au cimetière de Saint-Denis de Montpelliéret, car la maison paternelle des Bocaud était située vis-à-vis la demeure épiscopale dite Sallel'Évêque 2. C'était là un scandale inusité, contre lequel le clergé protesta. En personne, le gouverneur et le capitaine de Terride, avec leurs forces, accoururent s'y opposer. Mais les réformés eurent le dessus. Deux hommes d'armes, trois ou quatre archers de la compagnie, le gouverneur lui-même furent hlessés et dépouillés. L'affaire fut assez grave et compromettante pour que, le jour même, un des Maupeau, s'intitulant syndic des habitants de Montpellier, crût devoir en écrire à la régente une relation fort atténuée ;;-
Au juste que se passa-t-il le vendredi 11 ? 4 Le 10, l'évêque, à titre de conservateur des privilèges de l'Université de Médecine, convoquait pour le lendemain, sept heures du matin, les trois régents royaux dans la chapelle de la Salle, à l'effet d'élire un nouveau collègue : le tout selon l'usage ancien, avec les formules accoutumées 5. Ce jour-là donc Pellicier avait encore la libre disposition de sa demeure. Et de Toulouse, le 13. les gens du Parlement expédiaient à la Cour par l'évêque d'Alet. leur délégué, un courrier portant que « a Montpeillier la maison de l'Evesque a esté assiégée et forcée par armes, ou se continuent publiquement lesdits presches
1 Baptême du 30 mai 1561 (Arch. mun. do Montpellier, GG, 314, f° 6 v°).
'2 Cession par Guillemette, fille de Jean Bocaud, à son frère Pierre de l'immeuble de leur père, le 7 juillet 1602 Min. «le Tandon, étude Cornier, reg. de 1597-1603, f° 520).
:i Chroniques et Documents,^. 379.
4 Le récit de cet incident est fourni par Y Histoire de l'Eglise de Montpellier [Chron. et Doc, p. 260) ; par Y Histoire ecclésiastique (t. 1er, p. 969), laquelle à faux en reporte la date au mois de mai ; enfin par la lettre du 9 juillet 1561 adressée à la Cour par Les protestants (Chron, et Doc., p. 379).
5 Arch. de l'Hérault, G, IV, 68-69.
avec la profanation des sacremens » '. L'événement s'est donc produit le vendredi, a moins qu'on ne doive l'avancer au jeudi même.
Quant à sa cause, elle peut résider dans la tactique pleine d'énergie adoptée par Pellicier et qui dérangeait les projets du parti réformé, dominant a l'Université de Médecine. Ses lettres de convocation, dressées d'après l'ancien mode, on l'a vu, portaient, en outre, qu'en l'absence des trois régents, lui-même pourvoirait à la chaire vacante. C'était là ne tenir aucun compte de l'arrêt de 1547 instituant le concours dans des conditions qui pouvaient exiger une quinzaine de temps. Les régents s'empressèrent de protester et déclarer que déjcà, trois jours à peine s'étant écoulés depuis le décès de Bocaud, ils avaient donné des points de thèse à divers candidats2. Pellicier réalisa-t-il sa menace, et par là le tumulte fut-il déchaîné? En tout cas la corrélation parait évidente entre la convocation des régents dans la chapelle épiscopale et l'invasion violente de celle-ci avec sacrilège le même jour précisément.
En droit, la prétention de l'évèque à nommer à la chaire Bocaud était excessive. En l'ait, la situation la justifiait. Que, cette fois encore, l'intrigue dût jouer un rôle prépondérant dans le choix de François Feynes, candidat des régents, qui le pourvoiront vingt mois après3, c'est ce que démontra une enquête ordonnée, en 1567, à la poursuite de l'un des candidats, Jean Blazin. 11 fut alors prouvé par cédule de Feynes qu'il avait, moyennant une pension et la promesse de sa voix pour la première chaire vacante, acheté le désistement d'un concurrent, Jacques Salamon dit de Bonnail, seigneur d'Assas4. Or, ce Salamon, étant le gendre du chancelier Rondelet 5, pouvait attendre et de fait il arrivera.
1 Bibl. Nat., fr. 15.875, t'° -47 ; cf. Histoire de Languedoc, t. XI, p. 350. — Bibl. Nat., fr. 15.876, f° 325 ; cf. Histoire de Languedoc, t. XI, p. 351. -' Arch. de l'Hérault, G, IV, 68-69.
:1 II en sera question alors.
4 Enquête du 14 février 1567 (Arch. de la Fac. de Méd., D, 3;. '■ Arch. mun. de Montpellier, GG, 314, f° 16 v".
Mais ce qui plus que tout semble avoir déterminé l'invasion du Palais épiscopal, c'est le retrait inopportun par Joyeuse de la compagnie de Terride. Livrant la ville à une faction audacieuse, cette mesure fut une faute véritable. Le lieutenant royal la prit-il dans l'espoir de tout apaiser? Fut-il circonvenu? Terride, humilié de l'aventure du 9 juillet ', se fit-il un point d'honneur de quitter la ville? Toujours est-il que, dès le il, Joyeuse donnait commission pour mener la compagnie à Gignac-, et le 14 le départ était chose accomplie depuis plusieurs jours :!. Ainsi fut déçu l'espoir que les catholiques avaient mis en Joyeuse, espoir dont témoignait l'envoi d'une ambassade du Chapitre auprès de lui à la veille même de ces événements4. Ils se retournèrent donc vers le Parlement de Toulouse, afin d'en porter la connaissance à la Cour, et ce fut l'évêque d'Alet que cette Chambre de justice députa à cet effet le 13 juillet 5.
Ce jour-là même une troisième émeute éclatait a Montpellier. C'était un dimanche. L'Histoire ecclésiastique* y donne pour occasion l'incident des pains bénits, erreur provenant sans doute de celle sur la date de la mort de Bocaud". En fait l'on ignore ce qui provoqua la rixe8. Mais elle fut sérieuse et coûta la vie a un. si ee n'est à deux9 catholiques. D'autres furent pris et livrés aux magistrats montpelliérains, qui ne les poursuivirent point. Et voilà qui, étant donné
' C'est la version adoptée par Y Histoire de l'Eglise de Montpellier [Ghron. et Doc., p. 261).
2 Arcli. niun. de (lignac (Communication de M. Maurice Luthard).
:) I bidet».
4 Délib. du Chap. cathédral du 7 juillet 1301.
5 Voir p. 181, note 1.
7 Voir j». 180, note 4.
* Kilo est racontée par Y Histoire ecclésiastique it. I", p. 909) et par une lettre des gens du Parlement de Toulouse à la reine, en date du 23 juillet 1501, d'après celle du gouverneur de Montpellier du 14 juillet (Bibl. Nat., fr. 15.876, f° 325).
9 L'Histoire ecclésiastique dit : « un » ; la lettre : m deux personnages chrestiens e1 catholiques tuez ».
l'établissement du protestantisme 183
l'attitude habituelle du lieutenant-criminel, montre bien de de quel côté la provocation était notoirement partie. Au contraire, on voit le Parlement, informé par une lettre du gouverneur de Montpellier en date du 14 juillet, lancer des décrets de prise de corps ou d'ajournement contre un certain nombre de personnes *, ensuite dépêcher à la Cour un nouveau message. Le péril, en effet, était pressant, il détermina le gouverneur et une partie des habitants notables à quitter la ville 2.
L'évèque, lui, demeura encore à son poste, et tenta un effort suprême, en se rendant un jour, pendant la seconde quinzaine de juillet, à la maison de François Maupeau, le nouveau ministre, où se tenait alors l'assemblée des protestants:f. A cette démarche inattendue, ceux-ci se méprirent et espérèrent. Puisqu'il venait à eux. en l'état des choses à Montpellier, c'était « que peut estre, estant touché en sa conscience, il reviendroit à soy ou pour le moins il en feroit le semltlant, pour l'apparence qu'il y avoit que les Eglises s'en aboient fleurir ». On lui offrit donc l'entrée et la parole. Mais, selon de Bèze, qui seul mentionne la scène4, il ne s'assit point. Parla-t-il, du moins, et que dit-il? Rien, évidemment, qui n'ait été digne de sa mission d'évèque, car l'historien protestant poursuit : « Aussi n'y estoit-il venu pour aucun bien », et il note l'attitude du lieutenant-particulier5, qui par-
1 L'état de pourriture sèche du registre de la Chambre criminelle au
Parlement de Toulouse ne m'a permis de relever que les noms suivants :
Décrétés de prise de corps et incarcération, afin que le juge-mage fasse leur procès : J. Porrichôn dit le Lorrain, J. Esparron, Guillaume Trial et sa femme nommée Françoise Bonnet, Gilis, Raymond Villaret, cordonnier de Florensac.
Décrétés d'ajournement : Nicolas Laurent, apothicaire, Demis le brûleur, Laurent Engarran, J. Gily, Fulcran Gily, etc., etc.
<>r le nom des Gily ou <nlis, qu'on trouve dans les registres protestants comme laboureurs originaires du Quercy (Arch. mun. de Montpellier, G(i, 315, f° 21 v"), peut donner à cette liste son caractère.
- Bibl. Nat., fr. 15.876, f°325; cf. Histoire de Languedoc, t. XI, p. 351.
;i Chroniques et Documents, p. 261.
4 Histoire ecclésiastique, t. Ir,\ p. 970.
5 11 se numiiiait Jean Fabre, fils de Bernard, de Sommières, et de Fran-
courait alors la ville en criant qu'on tuait le prélat, tandis que les gens de celui-ci l'entouraient pour le protéger. Belle scène assurément que celle où un évèque sexagénaire, en butte aux calomnies de ses adversaires et chassé de sa propre maison, vient, d' ïn courage tranquille, quand les autorités civiles ont déjà fui, affronter le danger pour ramener au bercail les ouailles qui l'ont déserté. Car on ne saurait prêter d'autre mobile à son action, pour peu qu'on réfléchisse à la date et aux conjonctures.
L'extrême limite où l'incident a pu se passer est le 28 juillet, le lendemain le départ de Pellicier de Montpellier étant constaté par le Chapitre '. Ledit de juillet, — qui confirme aux évèques la connaissance exclusive du crime d'hérésie et interdit non seulement les assemblées publiques mais aussi les privées où se célébrerait le culte calviniste, — ayant été rendu le 26, n'aurait su encore être connu à Montpellier. 11 était donc impossible â Pellicier de s'en prévaloir pour une action coercitive, et dèsiors c'est en vue d'un recours à la persuasion qu'il s'est résolu a la démarche. L'échec de celle-ci a déterminé certainement le prélat au départ de sa ville.
Mais il demeurait en communion étroite avec le Chapitre, malgré des questions d'intérêt2, ce corps ayant désavoué les injures d'un ; de ses membres, Galvet, contre Pellicier3 et, mieux encore, les chanoines décidé, « sur tout le faict concernant la religion », de n'agir que « par l'advis et bon conseil de Monseigneur l'evesque»4. Ensemble on procédait au remplacement des membres compromis5. De fait, la concorde devenait plus que jamais nécessaire.
rdisc Calvin (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1583-1586,1'° 516). Ce dernier détail rend vraisemblable une parenté avec un des chanoines tués à Saint-Pierre, comme on verra au chapitre qui suit. Selon un usage très répandu alors'dans les classes lettrées, ce magistrat avait changé son nom an celui, latinisé, de Fabri.
1 Délib. du Chap. cathédral du 29 juillet 1561.
- Délib. du Chap. cathédral des 12 mai, 29 juillet e.\ 14 août 1561.
n Délib. du Chap. cathédral du 16 juin 1561.
4 Délib. du Chap. cathédral du 10 juillet 1561.
5 Délib. du Chap. cathédral du 19 septembre 1561.
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