I. — La cession des églises
Culte protestant à Saint-Firmin. — Ambassades. — Triste situation du Chapitre cathédral. — Propositions du Consistoire. — Les pourparlers. — L'accord, sa portée.
Un des effets de l'invasion des églises avait été de procurer aux calvinistes de nouveaux lieux de culte. Ils choisirent Saint-Firmin, où, dès le dimanche qui suivit, c'est-à-dire le 26 octobre, le prêche fut fait '. Ils se servaient ainsi des deux églises les plus fréquentées jadis, comme sanctuaire et paroisse, celles aussi où les prédicateurs catholiques avaient le plus fortement tonné contre leurs doctrines.
Mais une usurpation fondée sur une telle violence restait bien précaire, toute subordonnée a la tolérance de la Cour- Auprès de celle-ci les catholiques ne manqueraient point de se plaindre. Les protestants multiplièrent donc ambassades et rapports, quoique les délégués montrassent un zèle très relatif-. Ensuite, tandis qu'une action collective des cal-
1 Chroniques et Documents, p. 47.
* Délib. du Conseil de Ville des 26 octobre et 2 novembre 1561. — Clironiques et Documents, pp. 48 el 262. — Histoire ecclésiastique, t. I" p. 973.
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vinistes languedociens se manifestait par un colloque1 et par des démarches auprès des Etats -, ceux de Montpellier avisèrent à une transaction. L'édit de restitution des églises, rendu en octobre, venait d'être publié le 19 novembre 1561 3. Le jour même s'entamèrent les négociations entre le Consistoire et le Chapitre cathédral pour un partage des édifices.
Qu'an tel accord ait pu être conclu de la part des chanoines, c'est ce qui a rempli d'indignation tous les historiens catholiques4, et l'on conçoit ce sentiment. Mais, pour juger de cet acte, ne convenait-il pas de le replacer en son milieu de contingences? C'est là ce qui a été totalement négligé, et qui sera fait ici d'après tous les documents.
Le 20 octobre, le Chapitre cathédral s'était vu amputé de trois de ses membres tués, d'autres blessés et fugitifs. Méthodique, il tint pourtant le synode d'automne, vota son budget annuel. Néanmoins, l'anarchie qui persistait lui fit aussi envisager la dispersion comme nécessaire et, le même jour, vingt-six chanoines nommèrent une commission permanente chargée de liquider la situation, tandis qu'euxmêmes s'ajournaient au début du mois de janvier 1562 5. C'est en un tel état d'esprit que les ouvertures du Consistoire trouvèrent les membres du Chapitre. Le seul fait de se réunir, en dépit des résolutions votées, et de le faire le jour même de la publication de l'édit, témoigne de l'urgence de la situation. Une preuve de sa gravité est fournie par le ton du chef des négociateurs calvinistes : «Tellement que nous vous requérons de trouver bon et de consentir que les temples de Nostre Dame de Tables, de S. Paul et de S. Mathieu nous servent de temples et de lieux pour nous assembler, et que vostre
1 Chroniques et Documents, p. '262.
- Ibidem. — Procès-verbaux des Etats de* 20, 27, 28 novembre et 2 décembre 1561.
3 Ibid., p. 2(52. Cf. p. -18, où Pliilippi a mis le fait au 20 ; mais la délibération du 19 (Ibid., p. 383) semble la conséquence de la publication.
4 Pierre Serres [Abrégé du Calvinisme, p. 10) parait leur avoir donné le ton ; mais son extrême indignation nous a valu la conservation des pactes intervenus.
5 Délib. du Ghap. cathédral du 17 novembre 1561.
consentement paroisse par acte de notaire, que nous avons exprez mené; et, en cas de refus, ne trouvez pas mauvais que nous procédions de voye de faict » ' . Or ceci ne figurait point une menace vaine : par expérience on savait à quoi s'en tenir. D'autre part, qui, en cette ville livrée à l'état anarchique, assurerait l'exécution de l'édit de restitution l Contre le droit impuissant se dressait le fait brutal et persistant : « la infortune et invasion de l'esglise cathedralle »-, l'égale dévastation des autres, l'affectation au culte calviniste réalisée pour Notre-Dame et Saint-Firmin, la main-mise sur toutes les églises sans exception. A ce désastre la transaction offerte apportait un remède, triste remède, il est vrai : général par une amputation locale. Car, en donnant aux calvinistes le consentement de faire leur prêche aux trois églises nommées, les chanoines pensaient qu'ils récupéreraient toutes les autres, c'est-à-dire la cathédrale Saint-Pierre, la paroisse Saint- Firmin avec sa succursale Saint-Thomas, la paroisse Saint- Denis avec sa succursale Sainte-Foy, les églises Sainte-Croix et Saint-Nicolas, et qu'il leur serait loisible d'y célébrer le culte. Second avantage : ils recouvreraient h la Cathédrale au moins une portion des richesses qu'on y avait déposées. D'autres considérations enfin pouvaient incliner les chanoines à ce parti : perspective de rétablir sur le champ, sans lutte armée ni risques, le service religieux ; désir de procurer le bien public, en s'associant, comme ils disent, à cette «pacification des troubles et des séditions que par cy après pourraient arriver entre les habitans de ladite ville de Montpellier a cauze de la religion ». Le Chapitre s'engagea donc dans la voie des négociations.
Elles furent facilitées et favorisées par un des plus hauts dignitaires du corps. D'étroits liens de parenté, celle d'oncle à neveu, unissaient Jacques de Manse, archidiacre de Valence, au ministre Forai y 3 ; et l'archidiacre, échappé non
1 Gariel, Idée de la ville de Monlpelier : De l'église, p. 43. — C'est Michel de Saxnt-Ravy qui parla de la sorte.
- DéTib. du Chap. cathédral du 17 novembre 1561. 1 Voir p. 134.
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indemne au massacre du "20 octobre, avait abjure a Saint- Pierre de la Salle, son lieu natal devenu son asile1. Tout se passa dans sa maison de Montpellier. Ce fut, d'abord, le 19 novembre, l'assemblée de vingt et un chanoines qui, sous la présidence du prévôt, décida à l'unanimité de donner pouvoirs définitifs, sans obligation de rapport, à ses mandataires, lesquels seraient, avec les quatre commissaires désignés Pavant-veille, l'ouvrier Pierre Deleuze et le syndic Pierre Solier-. Ce fut ensuite, le 22, le contrat notarié arrêté entre les parties3. Mais il est permis dépenser que la commission capitulaire discuta, hésita, posa des conditions, atermoya, ne céda finalement qu'à la menace. Ceci découle des circonstances suivantes :
1" Durée des négociations : officieusement ouvertes avant la séance du 19, qu'on tint pour leur donner un caractère officiel, elles prirent fin le 24 seulement, comme il va être dit.
2° Réunion du Chapitre le 20, motivée, contrairement aux décisions prises de laisser ce soin à la commission, sur le bail du bénéfice de Frontignan, mais où l'on put s'entretenir officieusement des pourparlers.
3" Garanties exigées par le Chapitre au moyen de l'adjonction aux trois délégués du Consistoire de trois autres calvinistes, sans titre officiel, mais jouissant d'une personnelle notoriété4.
4" Remplacement de certains membres îles deux commissions : dans celle du Chapitre, Jacques de Manse. archidiacre de Valence, fut substitué à l'ouvrier Deleuze ; dans celle des calvinistes, à Pierre de Combes de Montaigu, seigneur de Combas, et à Michel Hérouard succédèrent Bertrand Manni, seigneur de La Tour lez Juvignac, et Pierre Maupeau5. Si l'on remarque que Jacques de Manse était l'oncle
1 Chroniques et Documents, p. 393.
2 Ibid.,?. 383.
3 Ibid., p. 384.
1 Ibid., pp. 262 et 263.
5 Comparer, dans Chroniques et Documents, les noms donnés pp. 263 et 384.
du ministre Formy et que le seigneur de la Tour était parent du chanoine son homonyme, on conclura qu'il y avait besoin ou désir réciproques de faciliter les tractations par le choix des négociateurs.
5° Ce fait, enfin, que, même une fois raccord arrêté le 22 novembre, on n'en considérait point encore la clause unique comme acquise. Sans cela pourquoi les calvinistes seraient-ils allés s'installer le 23 à l'École-Mage pour revenir le 25 à Notre-Dame1? Leur conduite en ceci, de même la constatation que le contrat notarié ne porte point mention des signatures, enfin la divergence de la date de ce contrat avec relie du 24, que fournit Y Histoire de l'Église de Montpellier-, semblent bien imposer la distinction suivante : l'accord se sera établi le 22, mais il n'aura été validé par l'échange des signatures que le 24. Ue pareils procédés sont fréquents à cette époque : on donnait le nom de pactes au premier genre de documents, écrits sur feuilles volantes, et de contrats au second, que le notaire prenait au registre ou en liasse.
Si maintenant on examine la teneur de l'acte3, on y remarquera que la commission stipulant pour le Chapitre n'aliénait point la propriété des trois églises, mais en concédait l'usage temporaire et comme provisionnel, les Etats devant bientôt être saisis de la question des temples, usage précaire aussi, puisqu'elle réservait le bon plaisir duroi, lequel venait de se prononcer en sens contraire, et de tous intéressés, ce qui comportait l'évêque, certainement intraitable. Encore eutelle soin d'insérer qu'elle agissait en cela afin d'« éviter les inconveniens susdits», c'est-à-dire les troubles à venir pour cause de religion par le manque de lieux de culte pour les calvinistes, fait qui, à l'expérience, les avait conduits plus d'une fois aux excès. En raisonnant, en agissant de la sorte, les chanoines adoptèrent donc la théorie i\u moindre mal, et se résignaient à faire la part du feu. Au surplus, ni l'assem-
1 Chroniques ri Documents, p. 263. Cf. pp. 48 e1 4(J. s lbid., p. 263.
:i Que j'édite pour la première fois d'après Pierre Serres [Chron.et Doc, p. 384), les minutes de Pierre Hilaire ne le contenant pas.
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blée du 10 novembre ne constituait la totalité, mais seulement la majorité présente du Chapitre ; ni ses membres ne restent dignes de tout respect, puisque nombre d'entre eux sacrifieront, quelques mois après, leur état ecclésiastique à l'intérêt ou à la crainte; ni en particulier la commission n'échappe à ce dernier motif de reproche, car elle comptait quatre actuels ou futurs renégats pour deux fidèles.
Ainsi ce contrat des 22-24 novembre 1561, dont il a été toujours parlé dans l'ignorance complète de ses préliminaires et, quant à la plupart des auteurs, sans en connaître même le texte, ne doit demeurer ni sans blâme ni sans excuse. Produisit-il du moins les résultats escomptés ? Pour les protestants, il faut répondre par l'affirmative mitigée; pour les catholiques, par la négative absolue. On se l'expliquera par les événements de cet hiver 1561-1562.
IL — Anarchie et despotisme
La populace maîtresse de la ville. — Ses excès. — Théocratie protestante. — Conseil politique de l'Eglise. — Les Consuls et les catholiques montpelliérains aux Etals de Languedoc de novembre 1 56 I . — Influence du Conseil politique sur les Consuls. — Cène solennelle. — Assemblée du Chapitre cathédral.
« Et voilà combien est dangereux permettre governer ung peuple auquel l'on a lasché la bride et laissé gaigner le hault. Messieurs de la religion et fidèles, [tour se faire valoir et estre les plus fortz contre les papistes, avoint armé ce peuple et l'avoînt aguerry; aussi governoit-il. Et, quelz excez qu'ilz fissent soubz prétexte de religion, il n'y avoit justice ny religion que leur ozat rien dire Par quoy ung temps fut fort
piteux l'estat de ceste pouvre ville, car, jusques aux debtes et actions civiles, ung papiste n'ozoit rien demander aux huguenaulx, et messieurs du Concistoire, avec ce peuple, tenoint la ville en leur main ».
En raccourci, ce tableau, tracé par un témoin calviniste ', retleteavec fidélité l'état de la ville, dont certains documents complètent les détails.
1 Chroniques ri Documents, p. ."38.
220 LA RÉFURME A MONTPELLIER
: Depuis la journée du 20 octobre 1561, le véritable maître ou le tyran de la ville, c'est le peuple, disons mieux la populace, en partie étrangère à la cité. Elle t'ait tout ce qu'il lui plaît, sans respect des personnes ni des biens. Elle terrorise surtout le clergé. Traquant prêtres, moines, religieuses, elle a poussé les uns à fuir, elle force ceux qui demeurent à fréquenter le prêche '. Et ce détail ramène peut-être à sa portée l'acte de Pierre du Menin, prédicateur à la Cathédrale, qui, le 14 décembre 1561, abjura publiquement pour devenir ensuite ministre k Poussan -. Garanti à grand'peine de la mort lors du massacre à la Cathédrale, mais demeuré « fort blessé» et prisonnier a, il a pu succomber aux tentations qu'on a vues entourer le jeune cordelier Chaissy 4.
De même, la populace poursuit le pillage. Tout de suite on a dû se garder d'elle. A peine les reliquaires et meubles de Notre-Dame étaient déposés à l'Hôtel de Ville, on y a établi une surveillance. Quand le dépôt s'est accru, on s'est préoccupé d'y réparer et cadenasser la chambre secrète, dite le trésor5. On se plaint au Conseil de Ville des « larrecins et voleries»0. Un récompense ceux qui en restituent .". 11 faut enfin en venir à armer cinquante hommes, sous la conduite d'un habitant des plus honorables, Louis de Bucelli, seigneur de La Mosson, pour faire le guet de nuit et de jpur8 ; a solliciter de Joyeuse, qui l'accorde, l'envoi d'un lieutenant du prévôt de la maréchaussée °.
I Chroniques et Documents, p. 49.
- Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. U73. — 11 y est appelé Mesmin, et une erreur de ponctuation attribue à la transaction des 22-24 novembre la date du 14 décembre, qui, de ce fait, devient en réalité celle de l'abjuration de Menin.
3 Chroniques et Documents, p. 4.").
4 Voir p. 202.
5 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1561, aux 4 octobre, 12 novembre el 17 mais 1551 (a. st.) — Il semble que ce lieu soit la chapelle.
II Délib. du Conseil de Ville du 2 novembre 1561.
" Arch. mun. de Montpellier, Command. de 1561, au 3 janvier lôtil (a. st.). * Délib. du Conseil de Ville du 2 novembre 1561.
9 Ibid. — Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Guill. Tourrenc, reg. 35,
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La tourbe, une lois déchaînée, haineuse à l'extrême de tout vestige de catholicisme, se vautre dans les excès les plus répugnants, dépouille, profane les cadavres, ou bien elle s'attache aux plus absurdes minuties, comme obliger les magistrats à changer la forme de leurs bonnets de justice '.
Car on l'a faite maîtresse et elle se moque de toute autorité : en premier lieu, de celle, d'ordre moral, des ministres, qu'elle déborde2; même de celle des magistrats judiciaires, auxquels, par de secrètes menaces, elle inspire la crainte d'être assassinés :j; et enfin de celle des magistrats civils, à qui revient la police de la ville. Solennellement maître Jacques David, a pu aller instrumenter aux Augustins le 2-2 octobre ; dès la nuit suivante, le torrent passe et emporte ou détruit tout ce qui figure sur son inventaire l. Y a-t-il encore en réalité des consuls à Montpellier et, auprès d'eux, un Conseil de Ville ? Des premiers il sera question bientôt. Le second était, selon l'usage, admirablement composé pour 1561. Laissant de côté les préoccupations confessionnelles, on ne peut qu'y reconnaître la représentation, dans un équilibre harmonieux, de toutes les classes de la population, formant un choix d'honnêtes gens, non compromis dans un sens ni l'autre, en tête desquels Jean Philippi 5. Hé bien! à partir du 2 novembre ce Conseil ne se réunit plus, car ses membres ne répondent pas aux convocations réitérées lancées parle premier consul '• : évidemment ils ne veulent plus partager la responsabilité d'une telle situation. Toutes les affaires publiques demeurent donc en suspens7, et c'est l'anarchie ou l'arbitraire administratifs les plus complets. « Pouvre ville !» faut-il, pour conclure, répéter avec Philippi.
Elle ne sortit de cette crise que pour se voir placée sous le
1 Chroniques et Documents, p. 50.
2 Ibid., p. 59.
3 Ibidem.
4 Voir p. 208, note 2.
5 Registre des élections consulaires.
t; Délib. du Conseil général du 22 décembre 1561. " Ibidem.
régime d'une théocratie exigeante. Non pas la théocratie catholique, laquelle n'avait jamais existé dans une commune fort jalouse de toutes ses libertés, et chatouilleuse sur ses privilèges de tout genre. D'ailleurs, qui l'eût alors exercée? Ce n'était pas l'évêque, fugitif, que nous retrouverons soit aux Etats de Béziers en suppliant, soit à Aiguesmortes recueilli chez les Cordeliers, avec quelques chanoines restés fidèles, y votant, sans même pouvoir les assurer, les gages de deux chantres '. Ce n'était pas davantage la majorité du Chapitre, bloquée dans Montpellier en ébullition, et que l'illusoire transaction des 22-24 novembre laissait sans autels- ni autre abri que la maison d'un de ses membres, renégat3. Il s'agissait d'une théocratie calviniste, calquée sur celle de Genève : au sommet les ministres, puis le Consistoire, enfin le Conseil politique de l'Église, créé le 20 décembre 1501 4.
Des excès du peuple, — que tous déploraient probablement, même ceux qui l'avaient armé et s'en servaient, on le sait par le témoignage invoqué de Philippi, — naissait le besoin, par conséquent le désir, de trouver un frein, une force capable de le maîtriser autrement que par une impuissante morale. C'est, à n'en pas douter, dans cet effroi de l'anarchie qu'il faut chercher le motif de la création, très illégale au surplus, du Conseil politique de l'Eglise. L'appellation en différencie le rôle, relatif à la police, au gouvernement de la cité, des attributions du Consistoire, religieuses et matérielles. De fait, par le nombre de ses membres, dix-huit, qui répondait à trois par sixain ou quartier, et par leurs catégories sociales, ce Conseil rappelait le Conseil de Ville ou des Vingt- Quatre ; mais il en différait d'une manière quil est intéressant de noter. Les statistiques sont toujours instructives.
1 Délib. duChap. cathédral du 22 décembre 1501.
i Chroniques et Documents, p. 49. — En avril 1502, le service n'était pas encore repris (Chron. et Doc, p. 57. Cf. Histoire ecclésiastique, t. III, p. 164).
3 Délib. du Chap. cathédral des 28 octobre, 17 et 19 novembre 1561, 5 janvier 1562 et suivantes.
4 Chroniques et Documents, p. 263.
Deux membres seulement sont communs aux deux corps : Conseil des Vingt-Quatre pour 1561, Conseil politique de l'Eglise. C'est Guillaume de Chaume, seigneur de Poussan, qui figurait de droit au premier à titre de consul précèdent, et qui peut avoir été admis dans le second soit en cette qualité, soit comme noble. C'est Louis de Bucelli, seigneur de la Mosson, éminemment indiqué, à cause de la charge récemment reçue, pour participer au rôle de rétablir l'ordre. Ces exceptions faites, le personnel était entièrement nouveau, composé d'hommes à nuance confessionnelle beaucoup plus accusée. En outre, la représentation de certaines classes sociales est supprimée : clergé, Présidial, universités, artisans, laboureurs. Pour le clergé, il va de soi. Mais éliminer ainsi ceux qui jugeaient, ceux qui devaient enseigner, car, en l'espèce, ils n'enseignaient plus, ceux qui vivaient de leur travail et de la terre, ne serait-ce pas avouer qu'on tenait à écarter d'importuns avis ? Par contre, une délégation très importante était réservée au commerce, qui formait le tiers du Conseil politique au lieu d'un douzième dans l'ancien Conseil de Ville.
De ce Conseil politique de l'Eglise, Philippi, dont pourtant le beau-frère Bucelli en était membre, n'a dit mot, et je n'ai pas trouvé trace de ses délibérations ; mais son action se fait sentir aussitôt par réaction sur les Consuls.
Si bien disposés, en effet, que fussent pour le culte calviniste Jacques David et la majorité de ses collègues, étant magistrats réguliers et responsables, ils devaient compte de leurs actes au roi et à son lieutenant Joyeuse, à la province et, en quelque sorte, au royaume, où l'on avait les yeux sur Montpellier, aussi bien que Nimes, en effervescence. Dans l'atmosphère de leur ville, embrasée alors de haine et de folie1, leur tolérance des excès pouvait sembler naturelle. Mais l'aspect des choses dut changer pour eux, lorsque Jacques David et Guillaume de Chaume, c'est-à-dire les consuls nouveau et ancien de Montpellier, se trouvèrent perdus, sim-
1 Expressions de Philippi Chron. et Doc, pp. 49 et 50).
pics députés, dans l'assemblée générale des Etats de Languedoc, réunis à Béziers le 20 novembre 1561 *. Devant ces assises provinciales, se présentaient comme plaignants nombre de victimes des troubles récents : le sixième consul Valez, Etienne Roujon, les syndics des Dominicains, des Cordeliers, des Clarisses, et surtout l'évêque en personne, ce Guillaume Pellicier, doyen de Fépiscopat languedocien et à ce titre depuis longtemps le président des Etats. A la lecture de leurs requêtes, à l'audition de leurs récits, confirmés par le seigneur de Montpeyroux, les députés montpelliérains virent rassemblée s'émouvoir, s'indigner, voter des doléances et remontrances au roi et à son Conseil privé, passer aussi à des mesures immédiates et pratiques. Car les États décidèrent que chaque diocèse poursuivrait l'exécution de l'édit de restitution des églises, sauf à en recouvrer les frais sur les biens des coupables. Spécialement ils enjoignirent aux consuls de Montpellier de rétablir les Clarisses et d'en faire la preuve aux prochains Etats, à peine de 500 livres d'amende. Vainement les Consuls essayèrent de donner le change, en appelant l'action du syndic de Languedoc contre « les sedicieux de Montpellier», c'est-à-dire les chanoines, ainsi que contre les malfaiteurs qui avaient pillé ou volé, et l'avocat Chabot voulut mettre en suspicion les dires de Valez et de Roujon. L'assemblée maintint ses résolutions. Il en fut de même pour les ordres mendiants. Dans le même sens de la négative fut solutionnée la demande de temples; mais les calvinistes obtinrent que les frais de la gendarmerie de Villars retomberaient sur le commun des diocèses de Nimes et de Montpellier.
A l'invite des Etats de rétablir les catholiques répondit à Montpellier comme par défi la création du Conseil politique de l'Eglise, et immédiatement, sous l'inspiration de quatre de ses membres, on voit un Conseil général composé de gens obscurs voter soit le refus de rendre au gouverneur la police de la ville, soit la main-mise sur le trésor de Saint-Pierre -.
1 Procès-verbaux de ces États, spécialement aux 28 novembre, 1er et 2 décembre 1561.
2 Délib. du Conseil général du 22 décembre 1501.
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Au point où en étaient arrivées les choses, il ne faut pas être surpris de l'éclat officiel donné à la cérémonie calviniste du dimanche '\ janvier 1582. Ce jour-là, y assistant les Consuls et les autres officiers, la cène fut célébrée publiquement dans les églises N.-D. des Tables et Saint-Paul '. Jl ne paraît donc point que le nombre des calvinistes ait nécessité l'usage du troisième édifice concédé. C'est très probablement à ce moment que, pour admettre à la cène ceux qui, ayant d'abord adhéré au calvinisme, étaient revenus aux pratiques catholiques pendant la réaction, on les obligea, sans distinction de rang ni de sexe, à une réconciliation publique2.
Le lendemain même de cette manifestation calviniste, la fraction du Chapitre cathedra! demeurée à Montpellier se réunit, ainsi qu'elle l'avait décidé sept semaines auparavant. Dix-sept chanoines étaient présents à la séance, qui se tint chez l'archidiacre de Valence. Sentant le besoin de se grouper autour de leur évêque, ils décidèrent une ambassade auprès de lui, à Aiguesmori.es. Jean Plantade se chargea de lui porter une lettre, lui exprimant le désir de le voir à Montpellier le jeudi suivant, 8 janvier; il convoquerait, en même temps, ses collègues qui avaient rejoint Pellicier :i. Tandis qu'on tenait la séance projetée et qu'on la prorogeait au lendemain, afin d'attendre le prélat, Plantade reparut avec la réponse. Pellicier y disait entre autres choses avoir reçu du roi un pli qui, «suyvant le contract passé avec l'esglise galicane », nécessitait une réunion urgente. Il assignait celle-ci cà Maguelone pour les dimanche et lundi 11 et 12 janvier. Le Chapitre, qui ce jour-là comptait vingt-six membres, à la pluralité des suffrages, donna tous pouvoirs à ceux qui se rendraient à Maguelone de traiter au nom du Corps avec l'évèque pour tous objets. Les délibérations ne précisent rien *. Néanmoins, comme, le 14 mai 1501 •"•, on constatait que le prélat se trouvait
1 Chroniques et Documents, p. 261.
2 Ibid., p. 49.
:î Délib. du Chap. cathédral du 5 janvier 1561 (a. st.).
4 Délib. du Chap. cathédral du 8 janvier 1561 (a. st.).
5 Délib. du Chap. cathédral de ce jour.
Soc. Arch. de Montpellier. |.">
parti pour le concile de Trente, selon les ordres du souverain, il semble probable; que dès lors il s'agissait de cette mission de haute confiance. C'est la seconde fois que Guillaume Pellicier en était investi *, et il n'aurait pu remplir plus utilement les loisirs que lui créait l'état d'une ville et d'un diocèse où triomphait alors le calvinisme, ruinant tous les désirs, les efforts, les tentatives de pacification.