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III. — La mission de Grussol

Rapports contradictoires faits à la Cour. — Propositions de Joyeuse rejetées par le Colloque. — Mission d'Antoine, comte de Crussol, pour pacifier le Midi. — Intervention dans ce sens de Pierre Yirel. — Evacuation des églises et prêche au fossé. — Atmosphère de paix. — Crussol et Joyeuse à Montpellier : pourparlers, la messe des Comtes. — Echec et départ des délégués royaux.

Sur les événements de Montpellier la Cour avait reçu des rapports contradictoires : d'un côté par Joyeuse, transmettant ceux des consuls k la première heure, ou par Jacques de Montaigne, emportant les procès-verbaux des magistrats locaux2, tous alors calvinistes; de l'autre, soit par les lettres tout à fait suppliantes de l'évêque à la Cour3, soit par les doléances et remontrances des Etats de Languedoc4. D'ailleurs, si les deux partis s'en rejetaient les responsabilités, les faits étaient là, suffisamment graves en eux-mêmes pour qu'on ne se méprît guère sur le côté où il fallait voir les victimes. Et l'état violent, anarchique. de rébellion aux édits d'octobre où se débattait la ville, indiquait assez au gouvernement central la nécessité d'intervenir plus efficacement que par ses agents ordinaires.

Ce n'était point que Joyeuse ne s'efforçât encore d'obtenir

1 L. Guiraud, Le Proccs de Guillaume Pellicier, pp. 42 et 43.

2 Délib. du Conseil de Ville des 21, 26 octobre et 2 novembre 1561.

:t Lettre à la reine-mère, publiée par Gariel [L'origine, les cliangemens, etc., p. 128), et qui témoigne qu'il y en avait une autre, détaillée, pour le roi.

* Voir p. 224.

v L'ÉTABLISSEMENT DU È>B.OTËSTÂNTtSMË 22 1

la soumission aux ordres royaux. Impuissant par la force, il recourait à la négociation. 11 avait présenté des articles aux réformés '. Mai? ces derniers, fidèles à leur organisation politico-religieuse, prétendirent en déférer l'examen à une assemblée ou colloque de toutes les églises calvinistes du Languedoc, qui se tint le 10 janvier 1562. On y déclara qu'il n'y avait pas lieu de répondre à Joyeuse sur ses articles, puisque Crussol était chargé d'une mission spéciale dans la province -.

Le choix d'un tel émissaire avait été, en effet, inspiré cà Catherine de Médicis, outre peut-être par la reconnaissance3 en raison de ses origines et de ses intérêts languedociens, de son adhésion à la Réforme et du crédit que celle-ci lui assurait auprès de ses coreligionnaires. Il fut donc envoyé dans le midi, c'est-à-dire en Dauphiné, Provence et Languedoc, provinces qui venaient d'être profondément troublées, avec des pouvoirs le mettant au dessus des lieutenants du roi en ces gouvernements ; et, comme orientation générale de la conduite à suivre, il reçut la recommandation de « tenir la main bien roidde»4. Une commission judiciaire, choisie dans le Parlement de Paris, le suivait 5.

A Montpellier, ces nouvelles furent accueillies avec faveur et confiance par l'administration. Même les calvinistes proposèrent, en conformité des ordres de la Cour, le dépôt des armes dans un arsenal à trois clefs gardées par les Consuls, les catholiques et eux-mêmes, proposition qui fut renvoyée au gouverneur °.

Crussol, dès le commencement de janvier 1562. reçut cà Villeneuve-lez-Avignon les délégations montpelliéraines. Il en provoqua de nouvelles, qui fussent mi-parties7. Caria

1 Qui constituaient, sans doute, la pièce NN [Chron. et Doc, p. 390).

2 Chroniques et Documents, p. 264.

?> Pour son rôle aux États de mars 1561 (Chron. et Doc, p. 261).

4 Bibl. Nat., fr. 15.875, f° 434.

5 Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. 974.

6 Délib. du Conseil général du 31 décembre 1561.

7 Chroniques et Documents, pp. 51 et 266. Cf. Histoire ecclésiastique,

grosse préoccupation, c'était la restitution «tes églises. 11 l'avait résolue pour les Ni mois. Quant aux Montpelliérains, il en avait espoir1. Cependant il lit appel au concours de Viret. Ce dernier était à Nimes, attendant le printemps pour venir se faire soigner à Montpellier. Au courant des négociations par les délégués, plein de confiance en Grussol, il aida celui-ci de son ascendant religieux, au moyen d'une lettre pressante écrite dès le 15 janvier. Il y faisait valoir tous les avantages légaux obtenus déjà. Sans doute, pour lieux de réunion, on n'aura plus les églises, mais d'autres sont promis et les assemblées seront dorénavant licites, au lieu d'être tolérées : distinction essentielle, susceptible d'autoriser les plus grands espoirs. Viret faisait ensuite l'examen de conscience des calvinistes, leur montrait les peines méritées et esquivées, encore menaçantes néanmoins dans le cas du refus d'obéissance. Enfin il élevait la question par des considérations théologiques tirées de l'Ecriture-Sainte 2.

Cette lettre fit beaucoup, ajoute Y Histoire ecclésiastique et, de fait, les esprits étant ainsi préparés, on procéda, le 21 janvier, d'autorité de Crussol, à une nouvelle proclamation de l'édit de restitution, suivi d'une déclaration, prescrivant le respect mutuel des deux cultes3. Le 22 les clefs des églises furent remises aux mains du lieutenant-criminel, et le prêche se fit tant à l'Ecole-Mage qu'à la Loge4. Mais le service catholique ne fut pas pour cela repris5. Il semble même qu'au moins une fois, pour un prêche solennel fait par Viret, le 18 février, l'église Notre-Dame ait été réoccupée0. C'est peut

t. I''1', [i. 974. — C'étaient des déléguée de la Ville et du Consistoire ; il en réclamait de la population.

1 Histoire de Languedoc, t. XII, c. 593, n° 252.

- Histoire ecclésiastique, 1. Ier, pp. 975 et suivantes.

3 Chroniques et Documents, p. 52.

4 Ibid:, p. 52. Cf. Histoire ecclésiastique, t. IH1', p. 977, laquelle indique la Cour du Bayle. Sans qu'on puisse décider la question, la source locale et contemporaine paraît préférable.

5 Chroniques et Documents, p. 52.

,; Philippi (Citron, et Doc, p. 52) place le fait à « la Loge », mais l'expression désignait alors aussi l'église Notre-Dame, et les mesures sui-

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être une telle infraction qui nécessita l'envoi d'une garnison par Crussol ', et donna lieu à une nouvelle publication de l'édit2. Les calvinistes réfugièrent donc leurs assemblées au lusse des Arbalétriers, à droite de la porte de Lattes, et c'est la que, Yiret prêchant, ils tirent la cène le jour de Pâques, 29 mars 1562. Un phénomène météorologique, halo ou parhélie, qui se produisit dès le matin dans la région, frappa vivement les imaginations comme présage de malheurs prochains, et la réalisation de ceux-ci ne contribua pas peu à accréditer cette opinion.

Moins favorisés encore que leurs adversaires, les catholiques allèrent remplir leur devoir pascal dans ceux des villages avoisinants où le culte avait pu être remis ;!.

Pourtant on espérait encore la pacification. Depuis le 25 mars, Jacques David, premier consul, avait été remplacé par un professeur de l'Université de Droit, Jean Martin4, que rien ne désigne comme un combatif. Sans doute sa magistrature coïncide avec la première des guerres de religion, mais son initiative n'y parait point; et, en fait, son autorité fut toujours annihilée par le rôle dictatorial du Consistoire ou du Conseil politique. D'autre part, l'évêque était au loin, le juge-mage écarté, ainsi qu'on va le voir bientôt. Enfin Crussol, entré en Languedoc et, au passage, pacifiant Bagnols, \'/a>*, Nimes, approchait de Montpellier5. Il ne pouvait se dissimuler les difficultés qui l'y attendaient, et savait que le mal y avait été plus grand que partout. Décrivant, en effet'

vantes éveillent bien le soupçon d'une infraction. — Histoire e<-clèsiastique, t. I1'1', p. 977.

1 Délib. du Conseil de Ville du 26 février 1561 (a. st.). — Arch. niun. de Montpellier, Conmiand. de 15(31, au 28 février 1561 (a. st.).

- 11 semble bien qu'il y ait eu publication le 7 février [Hist. ecclës., t. Ier, p. 977, et t. 111, p. 163), et le 7 mars (Chron. et Doc, p. 53), à moins qu'il n'y ait erreur de mois dans une source ou l'autre. La date du 7 mars est confirmée par le fait du retour au fossé.

'■'> Chroniques et Documents, pp. 53 et 55. Cf. Histoire ecclésiastique, t. I"r, pp. 163 et 164.

4 Ibid., p. 221.

•"■ Ibid., \>. 56.

à la reine-mère les pillages et excès calvinistes: deux cents églises ruinées au diocèse de Nimes, beaucoup à celui d'Uzès, les commissaires royaux, qui étaient encore dans cette dernière ville le 24 mars, ajoutaient : «Et avons entendu qu'ilz ont encore faict pis au diocèse de Montpellier»1. Ce n'était donc pas trop de Grussol et de Joyeuse, qui l'accompagnait -, pour faire accepter par les deux partis les sacrifices ou transactions indispensables. Déjà le 4 avril avait été publiée la déclaration royale du 6 mars précédent, explicative de l'édit de janvier qu'on interprétait abusivement quant à l'accès des officiers de justice aux assemblées calvinistes. Seuls ceux d'entre eux qui avaient connaissance de la police, seraient admis à y pénétrer, et cela non à titre d'adeptes, mais afin d'y exercer leur devoir de surveillance. Caria déclaration ajoutait que par l'édit le roi n'avait point entendu approuver deux religions en ses Etats, et qu'il n'en reconnaissait qu'une seule, celle en laquelle tous ses ancêtres avaient vécu. Blâme, par le fait même, à l'endroit des magistrats qui avaient assisté au prêche du 18 février, cette déclaration fut une déception pour beaucoup de calvinistes, qui avaient équivoque sur les ternies de l'édit de janvier3. Elle éclaircissait la situation, néanmoins.

Crussol et Joyeuse arrivèrent donc à Montpellier le 8 avril 1562*. Ce même jour il fut procédé à un acte qui se rattachait à cette suprême tentative de conciliation. On se rappelle quel zèle constant et actif avait déployé à la défense du catholicisme Pierre de la Coste, juge-mage de Montpellier; contre lui cà proportion s'était accumulé le ressentiment des calvinistes. Dès longtemps leurs plaintes affluaient et l'am-

1 Bibl. Nat., fr. 3.186, f° 70. Cf. Histoire de Languedoc, t. XI, p. 345, note 2. — Les nouveaux éditeurs n'ont pas remarqué qu'Evelain et Guesle ayant emprunté l'usage languedocien, leur lettre est du 24 mars 1562, non 1561, où rien encore ne s'était produit.

5 Le prince de Salerne y était aussi (Délib. du Conseil de Ville du 13 janvier 1561 (a. st.).

:i Chroniques et Documents, p. 56.

4 Ibid., p. 57. — L'Histoire ecclésiastique (t. III, p. 163) donne à tort le V mars,

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bassadë de Montaigne à la Cour parait sur ce point spécial avoir porté tous ses fruits. Car, le 2 décembre 1561, puis le, 9 janvier 1502, les Consuls obtinrent contre Pierre de la Goste, retiré à Narbonne, des lettres le révoquant et commettant Chefdebien, conseiller du roi au Grand Conseil et général des finances en Languedoc, à faire désigner au choix royal son successeur. L'assemblée réunie à cet effet le 9 avril, et où furent portées nombre de candidatures, laissa, après une discussion confuse, en suspens sa décision ', et l'on ne voit pas qu'elle ait eu le moindre résultat effectif2.

Beaucoup plus pratique fut cette conférence, provoquée par Crussol et Joyeuse, dès le lendemain de leur arrivée, entre les délégués du Chapitre cathedra] et ceux du Consistoire, en présence des Consuls et des notables, et qui aboutit à un accord. Avec une magnanimité et un esprit de conciliation vraiment remarquables, le clergé consentit à renoncer à toute revendication judiciaire, à condition qu'on garantit désormais entière sécurité au culte, aux personnes et aux biens. Le Consistoire promit tout cela. Afin d'assurer l'exécution de cet arrangement, Louis de Bucelli, seigneur de La Mosson fut, de l'agrément des Consuls, établi capitaine de la ville avec vingt soldats stipendiés 3.

Chez les catholiques on accueillit avec joie cet arrangement4 : le culte, interrompu depuis le 19 octobre 1501, allait donc reprendre. Satisfaction bien éphémère ! Crussol et Joyeuse, en effet, voulant appuyer la mesure de l'autorité

1 Aroh. mua. de Montpellier, CC, Command. de 15(32, au Ier avril, et BB, procès-verbal inséré parmi les délibérations du Conseil de Ville au 9 avril 1362. — On voit dans ce dernier document que Jean de Téronde, avocat à Toulouse, y obtint moins de suffrages que d'autres candidats. L'assertion de Crespin [Histoire des Martyrs, t. III, p. 352) que son choix fut la cause du meurtre de ce personnage, massacré peu après à Toulouse, semble donc frivole.

- On retrouvera, en effet, Pierre de la Coste juge-mage jusqu'à sa mort, bien plus tard.

3 CJtroniques et Documents, pp. 56 et 57. — Histoire ecclésiastique, t. III, p. 163. — Délib. du Conseil de Ville du 17 avril 1562. — Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1562, au 18 avril.

4 Ibid., p. 109.

de leur présence, décidèrent qu'elle aurait lieu le dimanche suivant, 12 avril J, par une messe solennelle. Volontiers ils l'auraient vue célébrée à la Cathédrale, mais le Chapitre désigna Saint-Firmin. Sans doute confirmé dans son idée par le fait qu'on recourut à des prêtres étrangers. Philippi attribue pareille décision à la prévision de troubles. Mais, à coté de cette crainte, bien admissible, on doit tenir pour légitime le motif allégué par les chanoines. La Cathédrale ayant été polluée par effusion de sang le 20 octobre précédent, il fallait au préalable la purifier, la réconcilier. Or, étant consacrée2, elle ne pouvait être réconciliée que par l'évèque ou au moyen d'eàu bénite par lui à cet effet. Et l'on sait que Pellicier était absent et au loin. L'église paroissiale de Montpellier, Saint-Firmin, se trouvait tout indiquée, surtout au dimanche dit du Bon Pasteur. C'est donc là que, le 12 avril, pour entendre la messe, se porta « grandissime peuple que piecca en estoit fameliquement désireux»3, son zèle rivalisant ainsi avec celui des protestants. Les deux lieutenants royaux, c'est-à-dire Crussol et Joyeuse, escortés des gentilshommes de leurs suites et d'autres delà ville, s'y rendirent également. Mais ceux d'entre eux qui professaient le calvinisme demeurèrent hors de l'église.

Quel incident, au cours de la messe fît éclater le tumulte, produisit la panique ? Les deux historiens qui ont raconté la cérémonie*, diffèrent sur ce point. Mais la version de Philippi semble devoir être préférée à celle de Y Histoire ecclésiastique, soit parce que son récit émane d'un témoin possible, en tout cas d'un homme vivant sur les lieux, soit parce que. plus complet, il relate comme faits ou on-dit les provocations réciproques, tandis que de Bèze tait celles des calvi-

1 L'Histoire ecclésiastique (t. III, p. 164) la marque à tort au 13, qui était un lundi.

- Par Anglic Grimoard, frère d'Urbain V, en 1373 (L. Guiraud, Les Fondations du pape l rbain V à Montpellier, t. III, p. 88).

:l Chroniques et Documents, p. 57.

4 Philippi dans {'Histoire des troubles de Languedoc (Citron, et Doc, pp. 37 <■( 58) ei de Bèze dans {'Histoire ecclésiastique (t. III, pp. 164 et 105).

nistes, soit parce que ce dernier auteur fait état d'une invraisemblance notoire, soit enfin parce que la relation de Philippi se développe conformément à la logique et n'a rien qui reste, au fond, inconciliable avec celle de Bèze.

Pendant la messe, un attroupement, qui grossissait toujours, s'était formé devant la porte de Saint-Firmin. Des calvinistes, gens du peuple, dont femmes et enfants, le composaient. Pierre Serres accuse Viret de les avoir ameutés et envoyés là ', mais cet historien n'étaye l'assertion d'aucune preuve ni référence, et il ne doit s'agir que d'une déduction toute gratuite tirée de la présence à Montpellier du réformateur, qui en repartit seulement le 21 mai 2. Contre la cérémonie célébrée à l'intérieur, la foule murmura d'abord. Peu à peu quelques femmes et de jeunes enfants, tout prés des murs de l'édifice, se mirent par moquerie à hurler. Ce que voyant, les gentilshommes groupés au dehors essayèrent de faire retirer la populace. Celle-ci résista d'autant mieux, s'obstina à jeter des pierres dans l'église, tandis qu'une partie se répandait par les rues, en criant : Aux armes ! On voit l'effet. Au bruit, consuls, surveillants, protestants notables accoururent en hâte pour apaiser par la douceur ce peuple surexcité et pour faire escorte aux lieutenants du roi. Or, à cette émeute extérieure, bien explicable ainsi, de Bèze a donné pour cause la violence qu'aurait faite un catholique, le capitaine Rat, à son neveu, jeune garçon calviniste, qu'il aurait de force voulu faire assistera la messe en le traînant et battant. Et voilà qui n'est pas admissible, ce Guiraud Rat, capitaine de quartier, étant protestant notoire, puisque choisi pour membre du Conseil politique de l'Eglise 3.

Cependant, à l'intérieur de Saint-Firmin, une des pierres jetées du dehors par quelque fenêtre4, atteignit un assistant, lequel poussa un grand cri. Ce cri, joint aux bruits du dehors, détermina la panique. Rien de plus naturel si l'on

1 Histoire de Montpellier, p. 550.

- Barnaud, Pierre Viret, p. 578.

3 Chroniques et Documents, p. 264.

* << D'en iiaul », rapporte de Bèze.

songe aux terribles événements dont Montpellier avait été le récent théâtre, et à l'altercation funeste survenue à Vassy, certainement alors présente à l'esprit de tous. Le service s'acheva-t-il en hâte, comme Philippi le rapporte ? Les ecclésiastiques l' abandonnèrent-ils, ainsi que le dit de Bèze, dont les collaborateurs forcent habituellement la note ? Toujours est-il que la cérémonie fut profondément troublée, quoique sans grande violence, qu'il fallut sauver le clergé, qu'à la sortie les catholiques furent « accompagnés et salués d'outrages, hurlementz et moqueries »; qu'il y eut des «grandz qui ne disnerentpas sans peur», entre lesquels il faut mettre Joyeuse ; qu'enfin la moindre imprudence eût causé « chose détestable, que Dieu ne permit », néanmoins. Ainsi finit tristement la messe des Comtes, comme on l'appela depuis lors.

Pressés d'en terminer en face d'un tel échec, les commissaires du roi convoquèrent de nouveau, le 14 avril, les ministres et les anciens, et ils les interrogèrent sur les motifs de la première saisie des églises et sur le bris des emblèmes religieux. Pour le premier chef, les ministres s'excusèrent sur le manque de lieux de culte. Quant à la confiscation de l'argenterie et du mobilier des églises, ils alléguèrent les risques de pillage. Relativement enfin aux dévastations commises, ils se retranchèrent derrière l'impossibilité de calmer la fureur populaire, laquelle, d'ailleurs, s'était par là détournée des personnes sur les objets1. Les faits ainsi visés ont été assez longuement exposés pour qu'on apprécie l'exactitude ou la moralité de tels arguments. Mais la cause était gagnée d'avance devant un juge favorable 2, en face d'adversaires qui renonçaient à leurs revendications. Crussol donna donc congé à Messieurs de la religion, adressa de grandes exhortations île tous côtés, et s'empressa de repartir le 15 avril 1562 3.

Jamais mission solennelle, officielle de pacification n'avait

1 Histoire ecclésiastique, t. III. p. 165.

- Lettre de Virel du 15 janvier 1562 (Hist. ecclès., \. Ier, pp. 075 et suiv.).

'• Histoire ecclésiastique, t. III, p. 165.

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abouti plus fatalement à la guerre, ainsi que le démontrent avec surabondance tant les événements déjà relatés que la délibération du Conseil de Ville tenu le surlendemain 17 avril, dont il sera question.

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