‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 65 sur 110 · III. — La question scolaire · texte numérisé non relu

III. — La question scolaire

Les Seules, objectif tant des uns que des autres, reçoivent constamment un caractère confessionnel. — L'administration protestante organise un Collège pour renseignement des lettres. — L'administration catholique rétablit ÏEcole-Mage. — A VUniversité de Médecine, débat entre l'Evèque et le Chancelier pour la nomination des régents royaux. — Installation de l'Université de Droit clans un nouveau local et sa tendance à renseignement du droit civil seul.

Le tableau de la restauration accomplie à la suite des premiers troubles ne serait pas complet pour une ville telle que Montpellier, si l'on n'y faisait figurer ses Ecoles. D'ailleurs la question rentre éminemment dans le sujet, car ces Ecoles avaient été profondément bouleversées, et leur réorganisation devait être le désir de tous les habitants. De fait, les deux partis s'en préoccupèrent. Mais à la reconstitution de ce glorieux et séculaire patrimoine chacun, en raison des circonstances, apporta son zèle de prosélytisme.

Une administration protestante se trouvant en fonctions lors de la paix d'Amboise, il lui échut de s'occuper d'abord de l'Ecole-Mage ou de grammaire. Déjà, le 13 décembre 1562, il y avait eu, de la part de la précédente, velléité de se procurer des fonds et des maîtres pour dresser un collège L Mais Crussol, à qui on s'adressa pour des subsides, avait d'autres soucis, d'autres dépenses, et l'on se tourna ailleurs, eu y appliquant les revenus des confréries et projetant de solliciter du roi l'autorisation d'y employer également ceux des chapellenies et couvents -. En attendant, on cherchait local et professeurs. L'Ecole-Mage restait ruinée et inhabitable. Mais l'ancien monastère Saint-Benoit, attenant à la Cathédrale, était vaste. En en laissant l'église libre, on décida d'affecter le local à l'Ecole-Mage, malgré les protestations du magistrat catholique Clerc, demandant qu'on fit assigner un

1 Délib. du Conseil général de ce jour.

- Délib. du Conseil de Ville du 2 juin 1563.

'lieu par le Présidial '. Le principal qui fut choisi, était ce Nicolas Bordenave, ancien étudiant en médecine devenu ministre, qui résidait alors cà Melgueil 2. On était en juin, et le 15 trois régents : Jacques Anastase, Nicolas Maistre et Jacques Villar. avaient commencé leurs cours. Ils les continuèrent jusqu'au 1er novembre 3. Pour Bordenave, si tant est qu'il a exercé sa charge 4, ce fut bien peu de jours, car, dés le 26 juin, les Consuls s'adressaient à un autre candidat5. Georges Grusier, l'un des deux surveillants du début en 1560. était réfugié depuis cà Genève. Sur une lettre et une ambassade des Consuls, il vint conclure un engagement °, et repartit chercher sa famille et ses auxiliaires. Mais, l'année scolaire à peine commencée, tout se trouva changé à Montpellier, et l'infortuné, non payé, actionné par l'un de ses professeurs, ne reçut qu'une dérisoire indemnité. Vingt-huit ans après, il réclamait encore, après avoir perdu son emploi à Genève et mené une vie errante en Languedoc 7.

Dès qu'une administration catholique fut installée à Montpellier en 1564, tout fut changé : local et personnel. On res taura l'École-Mage ; on rétablit le concours, que présida un certain « Me Aymond Robert », venu du dehors. Jacques Folchier et Bernard Martin furent choisis pour maîtres. Us régentèrent toute cette fin d'année scolaire et, pour la sui-

1 Délib. du Conseil général du 13 juin 1563.

2 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1563, au 30 juin.

3 Ibid., aux 19 juin, 11 août, 6 octobre et 1er novembre. i On ne trouve, en effet, aucun payement à son nom.

5 Tout ce qui concerne Crusier, est tiré d'un dossier des pièces justificatives de l'année 1591 (Arch. mun. de Montpellier, CC), et des Commandements de 1563 aux 30 juillet, 29 octobre, 3 novembre et 2 décembre.

c A signaler la distribution des matières scolaires en cinq classes, le programme desquelles comprenait le latin, le grec, la rhétorique et les sciences. Ce document peut donc servir à jalonner l'évolution des études.

7 II habitait Montpellier en 1568 (Min. de Jean Portai, étude Blain, reg. de 1568-1570, f° 161), et y testa le 20 mars 1593 (Min. de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1593-1595, f° 51). Entre temps, il fut principal à Ximes en 1571 et 1574 (Ménard, Histoire (h- Nismes, t. V, pp. 06 et 119).

Soc. Arch. de Montpellier.

vante, il faut noter un point très caractéristique : ces régents, présentés par le Chapitre, qui les subventionnait, à l'évêque, qui. les agréait, prêtèrent serment entre les mains de celui-ci *. Réclamation générale sur ce point ayant été faite au Grand-Conseil, l'arrêt du 28 août 1565 interdit derechef l'enseignement public aux maîtres calvinistes, tout en laissant l'enseignement privé absolument libre 2.

A l'Université de Médecine, où les études avaient été totalement interrompues, la chaire de Bocaud était restée vacante; il n'y avait plus de fait que deux professeurs royaux : Antoine Saporta. doyen, et Guillaume Rondelet, chancelier. Aussitôt la paix d'Amboise connue, ils procédèrent, le 5 avril 1563, à la nomination du biterrois François Feynes, au lieu et place de Bocaud. Puis, quand arriva la réorganisation définitive, ils renouvelèrent cette nomination le 24 février 1564 3. Mais alors ils se heurtèrent à une double opposition : d'une part, celle des candidats évincés : Jean Blazin, neveu de Scuron, Michel Hérouard et autres, lesquels réclamaient qu'on procédât au concours, ordonné par arrêt du Parlement de Toulouse du 22 août 1547 * ; d'autre part, celle de l'évêque. Celui-ci, sans doute s'autorisant de la clause de cet arrêt qui écartait les calvinistes et de l'interdiction récente, et connaissant bien en l'espèce le culte des réclamants 5, revendiquait le droit de promotion. Cette dernière prétention aurait remis les choses comme elles avaient pu être tout à l'origine, mais elle était contraire à l'usage et à la jurisprudence du XVIe siècle. Rondelet, le chancelier, qui jouissait partout d'une notoriété, d'une autorité sans égales

1 Arch. inun. de Montpellier, CC, Command. de 1504, passim. — Délib. du Chap. cathédral des 4 et 27 septembre 1504.

2 Bibl. Nat., fr. 18.150, f° 121 v".

:i Arch. de la Fac. de Méd., D, 3.

4 Ibid., D, 2.

6 Blazin dit Scuron fréquentait dès 1560 les assemblées calvinistes (Chron. et Doc, p. 355) ; Hérouardfut membre du Consistoire en l'année 15(51 [Ibid., p. 263) et activement mêlé aux guerres (Voir p. 275).

H avait grand crédit à la Cour '. obtint gain de cause contre l'évêque, tout en voyant rétablir le concours -.

L'Université de Droit, dont les locaux au Puecli Sainte- Aularie avaient été rasés, fut transférée près l'église Sainte- Anne, à la Gonservatorie, par les soins d'Etienne Ranchin, prieur des docteurs :!. Mais, détail curieux eu égard à son caractère ecclésiastique, jamais son fonctionnement n'avait cessé * ; elle évoluait seulement de plus en plus vers le droit civil, d'où son nom nouveau d'Université des Lois.

1 Une lettre de François de Montmorency à .son cadet Daniville rapporte que la reine, en septembre 1563, avait eu une grave maladie, consécutive d'une chute de cheval et d'une blessure à la tête, et que les médecins royaux, tous élèves de Rondelet, l'en avaient tirée. En conséquence Damville devait faire dispenser Rondelet de tout logement de gendarmerie et avoir aussi pour recommandé son gendre, le ministre Hervé de La Haye (Bibl. Nat., fr. 3197, f° 00. Cf. fr. 3202, f° 0).

2 Arch. de la Fac. de Méd., D, 3. Cf. Arch. de l'Hérault, (i, IV,G8-G9. 11 Un compte de ce professeur, du 8 juillet 1565, mentionne le charroi

des « pierres de la tour qu'estoict de lad. Université aux estudes près Saincte Anne » (Arch. riuin, de Montpellier, CC, pièces de comptabilité de 1527-1565, et Command. de 1565, au 27 octobre).

4 Le chanoine abjurant Calvet, son recteur, l'assurait, comme en témoigne son registre (Arch. de l'Hérault, G, IV, 70).

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