Etat de conflit
Alertes continuelles suscitées par l'administration protestante. — Régime de guerre. — Fortification du l'ancienne église N.-D. des Tables. — Vexations à Vendrait <(n ritltt> catholique. — Iiéac-
1 Arch. des Hospices de Montpellier, fonds Hôpital-Général, II'' E, 1, passim.
- Codicille d'Antoine Subjel du 1 octobre 159G Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, rag. de 1596-1597, f" 332).
:< Arch. des Hospices de Montpellier, fonds Hôpital-Général, IIe E, 1, pp. 21 à 23.
4 Ibid., pp. 361, 36- et passim.
o42 I.A REFOftMË A MONTPELLIER
tion économique contre le protestantisme. — Restauration de la Compagnie des Pénitents-Blancs. — Etat de conflit etrixes dans la nie.
Une action entamée si résolument par leurs adversaires, ne pouvait, dans l'état d'esprit où se trouvaient les dirigeants protestants, que leur inspirer des craintes. Une fois de plus ils agitèrent aux yeux du peuple le spectre du péril catholique, afin de justifier les mesures arbitraires. C'est le deuxième consul de 1595, Mathelin ou Mathieu Baille, en même temps membre du Consistoire, qui se chargea de venir en plein Conseil de Ville raconter qu'il se tramait «une entreprise et trahison en ceste ville » ; il prétendait en connaître les auteurs et les moyens, mais ne les spécifia point. Il assurait n'avoir rien voulu faire sans le Conseil, et reçut de celuici un véritable blanc-seing pour murer les portes et bannir les gens que jugeraient bon les Consuls l. Deux mois après, c'était, disait-on, Joyeuse qui « brasse » quelque chose dans la ville -. En juillet, on prétendit que l'armée d'Espagne allait venir :i. Chaque fois on courait avertir Ventadour, qui gouvernait enl'absence de Montmorency; il arrivait 4, s'efforçait d'apaiser les esprits, et l'on saisit aisément qu'une telle conduite ne le disposât qu'à la sévérité.
L'effet voulu était néanmoins produit, car ces alarmes continuelles servaient de prétexte à rétablir dans la ville le régime de guerre. Le capitaine Jean du Couty dit Argent court5,
1 Délib. du Conseil de Ville du 12 janvier 1596.
- Délib. du Conseil de Ville du 9 mars 1596.
3 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1596, f° 18 v°, au 24 juillet.
* Le 25 avril, en sortant de l'église, il donna 15 sols à l'Aumône catholique (Arch. des Hospices de Montpellier, fonds Hôpital-Général, II'' E, 1 . — Le 5 septembre on payait pour lui des melons et il avait séjourné «pialre jours (Arch.mun.de Montpellier, CC, Command. de 1596, f° 25 v°).
5 Tous les historiens ont défiguré ce nom en celui de « Conti d'Argencourt ». Or on trouve : « in1' Jan du Couti dit Argencourt », le 27 novembre 1589 (Arch. mun. de Montpellier, GG, 317, f° 31 v° ; cf. f° S6\°) ; cappne Jean du Goutti » (Ibid., f° 139); « noble Jean du Coutty dit cappitaine Argencourt » (Ibid., 364, p. 325' ; « noble Jean du Coty dict le cappitaine
chargé do la fortification1, avait spécialement élevé un boulevard au Peyrou et au faubourg Saint-Jaume '-'. Pour le construire on pilla la pierre des églises et couvents voisins :!. Une garde armée veillait aux quelques portes laissées ouvertes ''. Matin et soir des patrouilles parcouraient les rues, tambour battant, arquebuse au poing5. Et les catholiques étaient contraints de contribuer de leurs deniers à tout cet appareil dirigé contre eux, et qui ramenait les esprits vers les plus tristes jours jadis vécus.
Au cœur même de la cité un spectacle affligeait particulièrement leur foi traditionnelle. Depuis la chute si opportune du clocher de Notre-Dame des Tables en 1581 6, cette église était demeurée « ruynée et pleyne de pierres et ruynes du couvert d'icelle » 7. Les consuls, qui en avaient gardé les clefs8, l'utilisèrent néanmoins comme forteresse, en l'absence de toute autre. Dès 1580, ils y élevèrent, en avant de la porte principale, vis-à-vis la Loge, un ravelin, qui protégeait le porche, celui-ci étant affecté à un corps de garde'1. Quant
Argent Court » dans un contrai du 10 août 17)1)2, portant la signature autographe : « -T. du Couty » (Min. de Degan, étude Grollier, reg. do 1592-1593, f° 220 v°).
1 Délib, du Conseil de Ville du 3 janvier 159(3.
i Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1596 à 1000, et pièces de comptabilité, passim.
3 Le prieur des Cannes s'en plaignait pour leur fonds (L. Guiraud, Le premier Jardin des Plantes français, pp. 277, 308 et. suivantes). — Le Chapitre cathédral également pour Saint-Pierre (Arch. de l'Hérault, O, comptes du Chapitre pour 1597).
4 Celles de la Saunerie, de Lattes, du Pyla Saint-Gély et du Peyrou étaient les seules sur les onze qu'on n'eût point murées et encore n'en ouvrait-on que deux alternativement [Félix et Thomas; Platter à Montpellier, p. 200).
5 Chroniques et Documents, p. 424.
c Voir pp. 445 et suivantes.
7 Mise en possession, le 24 octobre 1586, pour le chapelain de Saint- Suffre Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1583-1586, f°82P.
8 Les chapelains des anciennes fondations étaient mis en possession devant la porte (Voir note précédente et Arch. de l'Hérault, G, not. du Chapitre : Darles, reg. de 1560-1591, f°356v°).
M Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1589, f° 31, au 23 septembre, et passim.
à la tour de L'Horloge, à défaut de l'Aiguille, elle servit à installer un guetteur en permanence l. En 1594, de nouveaux ouvrages furent exécutés : la petite porte du chevet, en face de l'Hôtel-do-Ville, fut protégée par des dagues ou pointes acérées; on ferma les autres, soit entièrement celle vers la Loge, soit à moitié celle répondant à l'Orgerie ; dans l'intérieur de l'édifice, on dégagea de ses ruines une «allée», sans doute une des nefs, pour assurer le passage de la porte du chevet au corps de garde sous la tour de l'Horloge ; enfin la ruelle entre l'église et le Consulat fut close -. Mais un événement inattendu troubla ces dispositions. Le mercredi 25 octobre 1595. les voûtes voisines de la tour de l'Horloge, épargnées par la chute du clocher de l'Aiguille, s'effondrèrent sous l'action de pluies persistantes3; la sécurité de la tour en fut à ce point compromise qu'on ne trouvait plus de guetteur'1, et que la retraite fut désormais sonnée au clocher de Saint- Firmin :\ Les consuls liront alors, par l'organe du juge-mage, convoquer le syndic du Chapitre, qui se fût chargé volontiers de la réparation, mais revendiquait, comme de juste, la possession de l'édifice. Us ne voulurent point consentir à cette dernière condition0. Sur ce, Donnât, ingénieur du Connétable, fut envoyé vérifier l'état de la tour 7 et la municipalité dut se décider cà agir. La terre provenant de la démolition fut ôtëe, et un corps de garde bâti devant la porte vers la Loge pour remplacer l'ancien sous le porche. C'était en 1596 8. L'année suivante, le Chapitre cathédral lit une nouvelle proposition avantageuse pour recouvrer l'église; ou la rejeta'1. Au con-
1 Arch. raun. de Montpellier, CC, Command. de 1394, f° 21, au 8 août.
* Ibid., f°* 11 v° et 22 v°.
'■"■ Délib. du Chap. cathédral du 20 octobre 1595.
4 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1595, f° 50 v", au 28 octobre.
r' Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de compt. et Command. de 1596, f° 70.
'■ Délib. du Chap. cathédral du 26 octobre 1595.
' Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1595, f° 51.
* Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1595, t'u TU v", au 2 février 1596; et pièces de compt. de 1596.
» Voir p. 489, note 1.
traire, devant l'autre grande porte, celle du clocher, un second ravelin fut construit, cette porte rouverte et un corps de garde aménagé à côté de la tour l. Car entre temps avait été donné l'Edit de Nantes, qui stipulait la restitution de toutes les églises; et déjà, dans l'esprit qui va inspirer la décision toute contraire de l'assemblée politique de Castres, en avril 1599 -, les consuls de Montpellier se préoccupaient de mettre de plus fort la main sur Notre-Dame des Tables et sur sa tour de l'Horloge, qu'ils réparèrent afin d'y replacer une sentinelle 3.
Ainsi, — et pour résumer des détails un peu longs mais indispensables à l'intelligence des événements qui suivront bientôt, — l'église Notre-Dame était, en 1600, aménagée en forteresse annexée en quelque sorte à l'Hôtel-de-Ville par sa petite porte du chevet, les autres issues étant fortement défendues chacune par un ravelin et un corps de garde. Ces derniers étaient extérieurs à l'édifice. Enfin la tour antérieure, dite de l'Horloge, sur la façade, en bordure de la rue de l'Aiguillerie, abritait une sentinelle.
Même les autres édifices cultuels ruinés, pour lesquels on ne pouvait invoquer une utilisation analogue à celle de Notre- Dame, n'avaient pas davantage été restitués 4 ; non seulement les processions étaient prohibées5, mais c'est entre des soldats en armes que devaient, la nuit de Noël, défiler les catholiques montpelliérains pour entrer à la Canourgue6. L'accès de la ville, permis à tous les forains protestants pour la cène7, était interdit aux catholiques8, coutumiers d'y remplir leurs
1 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1597, f° 5, au 2 juin ; de 1598, f° 73 v°, au 4 mars 1599; et pièces de comptabilité de 1598.
2 Bulletin S. P. F., t. XXXI, p. 308.
3 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1598, au 15 février 1599.
4 Chroniques et Documents, p. 424.
5 Voir p. 507, et articles des catholiques au chap, III. G Félix et Thomas Flatter à Montpellier, p. 206.
7 Voir p. -159.
8 Chroniques et Documents, p. 424.
Soc. Arch. de Montpellier. 35
54C> là réforme à Montpellier
devoirs religieux l, lorsque le culte était supprimé chez eux. Enfin l'administration consulaire, qui s'était, en l'absence du gouverneur Henri de Châtillon, emparée de tous les pouvoirs 2. s'ingérait des choses mêmes de la religion, en refusant de laisser prêcher les jésuites. On verra combien les protestants en général appréhendaient les succès d'enseignement et de prédication de ces religieux 3. Or, maintenant, c'est de près que leur action se faisait sentir : le P. Cotton prêchait et convertissait à Nimes 4, le Collège de Béziers était fondé 5. A Montpellier des considérations personnelles accroissaient encore la défiance : le pasteur Gigord venait de se mesurer à Castres devant les magistrats des deux cultes avec le P. Gontëry ou Gpntier ° ; et l'un de ses collègues était Daniel Peyrol, transfuge de la Compagnie de Jésus, « ce pseudo-jésuite », dont la mine et les façons confirmaient bien, assure un peu malicieusement un jésuite authentique, la réputation d'hommes sombres et sévères faite dans Montpellier aux fils de saint Ignace'.
1 Voir p. 400, nolo 3.
2 Chroniques et Documents, p. 430.
3 Voir chap. IV.
4 De novembre 1599 à novembre 1600 (Dr A. Puech, Le pamphlétaire Guillaume de Reboul, p. 549). — Il y soutint une célèbre controverse avec le ministre Daniel Charnier. Les abjurations sont constatées par le synode provincial d'Uzès de 1G00 (Voir p. 552, note 2).
5 Malgré l'opposition du synode provincial de Saint-Germain-de-Calberte en 1599.
,; Actes de la dispute et conférence tenue en la ville de Castres au mois de septembre 1599, avec, permission et soubs la modération de voz Seigneurs du Parlement et Chambre de l'Edit èstablie audit Castres, entre M. Jeun Conter//, jésuite, et M. Jean Gigord, l'un des pasteurs de l'église reformée de Montpellier ; Montpellier, Jean Gillet, 1599, in-4°, 72 et 32 pp.
7 « Ko magis amore quod nostros tetricos esse et austeros passim audierant, et in pseudojesuita, religionis et ordinis desertore, archiministro Monspeliensi, locum habere cernèrent». — En citant pour la première fois ici les relations empruntées aux Litterse annuse de la Compagnie de Jésus, je dois signaler ù la fois l'emploi qui a été déjà fait de certaines par le P. Paul Dudon dans son très intéressanl mémoire sur Y Etablissement des Jésuites
« Ces toesaius redoublez »,pour parler comme Guillaume de Reboul ', ayant pour effet de tout paralyser au point de vue ëeonomique, ceci explique la réaction significative constatée chez les gens de commerce et d'état, que jadis on avaitvus embrasser la Réforme, à ses débuts, avec uneparticulière ardeur. Aussi est-ce surtout dans la classe moyenne et laborieuse des marchands, des procureurs, des artisans, qui, lésés dans leurs intérêts par les guerres, s'en montrent le plus « recreus » -. qu'on trouve les restaurateurs en 1597 de la Compagnie des Pénitents-Blancs. Dhs deux confréries, celle-ci et celle des Gris, qui avaient été fondées pendant les guerres de religion et s'étaient vu disperser en 1577, la première a très vraisemblablement dû de revivre au rôle alors joué par les Dominicains à Montpellier. Mais le prieur zélé qui la releva fut un certain Pierre Sidos, originaire de Frontignan, et qui y était procureur en la Cour royale ordinaire, lorsque son mariage avec Sandre Saillens, fille d'un bourgeois de Montpellier :i, l'amena à se fixer dans cette dernière ville, où on le voit, précisément fin mai 1597, procureur au Présidial *. Avec lui5 sont cités le notaire Pierre Gallet n, le marchand
à Montpellier [Mélanges de littérature et, d'histoire religieuses ; t. II, Paris, Picard, 1899, pp. 211-271), et sa bienveillante communication dos textes. Celle-ci a été complétée ensuite par celle des volumes mêmes par le P. Ernest - M. Rivière. .le désignerai cette source par la cote Litterte annuse.
1 Voir p. ,520.
- Guillaume de Reboul, La Cabale, p. 125.
3 Contrat de mariage du 21 novembre 1584 (Arch. de l'Hérault, G, not. du Chapitre : Darles, reg. de 1500-1591, f» 348 v°).
* Min. de Pierre Roussel, étude Blain, reg. de 1597, f° 340 v°.
5 En 1002, le chanoine Pierre Darles, ancien confrère d'avant 1577, est inscrit de suite après feu Pierre Sidos, « premier restaurateur et qui a remis sus lad. Compaignie, desbandée a cauze des guerres » (Délib. des Pénitents-Blancs de Montpellier du 2 juin 1002). Voir p. 548, note 1. — J'accomplis un agréable devoir en adressant, ici mes remerciements à M. Pierre Roussel, secrétaire dévoué de la Compagnie des Pénitents- Blancs, pour m'avoir ouvert ses archives.
,; Lequel, par codicille du 25 janvier 1599, léguait « a la chappelle du Saint Esprit, de laquelle il est contraire .., la somme de dix écus (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1598-1599, f° 508 v").
548 I.A REFORME À MONThF.t.t.îF.R
Jean Finot1. Evidemment il y en avait d'autres, mais je manque du moyen de dater leur réception 2.
Au contraire, il est possible d'établir le moment et les circonstances de la restauration de la confrérie. Tous les auteurs la plaçaient en 1517, par suite d'une omission commise dans le libellé de la plus ancienne liste connue des confrères :!. Mais un autre texte * et les renseignements apportés sur Pierre Sidos, ne laissent aucun doute sur la correction ta opérer: c'est de 151)7 qu'il s'agit. En outre, les fêtes de la Pentecôte furent choisies pour cette restauration, soit qu'antérieurement la Compagnie ait existé sous le patronage du Saint- Esprit, soit qu'elle l'ait adopté alors. On gagnait, à ce moment, le jubilé et le P. Michaelis prêchait. Le mardi 21 mai il y eut, vers les six heures du soir, absolution générale ; le vendredi matin, une procession, et le soir un nouveau pardon. Même programme le lendemain. La fête de la Pentecôte couronna le tout 5. Pierre Sidos survécut peu à ce succès, dans l'année même il mourait6. Le zèle de ses compagnons n'en fut pas ralenti, car ils demandaient bientôt au Chapitre la concession d'une salle voûtée au rez-de-chaussée de la
1 h L'ung dos piincipaulx et premiers qui a assisté et acompaigné led. l'en frère Pierre Sidos a lad. remize de confrairie » (Délib. des Pénitenls- Blancs de Montpellier du 2 juin 1002).
- En effet, le rôle visé dans la noie suivante n'a été rédigé sous sa forme actuelle qu'entre les années 1601 et 1007.
J (( Rollc des Frères Penitentz Blancz de la confrairie du benoist Sainct Speril qui l'ont remize en l'an mil cinq cens dix sept, et entretenue sans chapelle jusques en l'année mil six cens deux, que Monseigneur le Reverendissime Evesque messire Guytard de Ratte leur a permys et accordé lieu public pour y exercer leur dévotion » (Arch. des Pénitents-Blancs de Montpellier, en tête du 1er reg. de délib.).
4 (( Afiln de ne perdre ces beaulx commencement?, que la Compaignie a prins en la restauration de ceste Confrairie despuis l'année m vc quatre vingtz dix sept » (Délib. des Pénitents-Blancs de Montpellier du 14 avril 1002).
5 Arch. des Hospices de Montpellier, fonds Hôpital-Général, IIe E, 1, pp. L'iî et 24.
6 « Feu M. Sidos » (Arch. de l'Hérault, G, Comptes du Chap. cathédral de 1507,.
Vestiairie, afin d'y installer une chapelle '. Mais les réclamations des protestants, qui s'effrayèrent do la réapparition de cette milice, et la croyaient même accrue, parce qu'ils laconfondaient avec la confrérie du Rosaire2 et pour ce motif interdisaient les processions de celle-ci3, ne permirent jusqu'en 1602 aux Pénitents-Blancs que de végéter. Nous les retrouverons alors.
Par de tels efforts pour s'émanciper et s'organiser, par la prédication et la controverse redoutables du P. Michaelis, par les pamphlets acérés et populaires de Guillaume de Reboul, d'une part; de l'autre, par la tentative théologique et scolaire de Gigord et de Ranchin, par l'ardeur juvénile des étudiants protestants, par la fréquence inusitée des synodes et assemblées politiques dans ses murs, — la ville était devenue le théâtre d'un conflit d'idées, d'une lutte de personnes dont il a fallu sérier les incidents pour les faire comprendre. Mais, si l'on veut bien se livrer mentalement à leur rapide synthèse, et en établir le synchronisme, il deviendra plus aisé d'apprécier le degré d'acuité où, à la clôture du XVP siècle, en étaient arrivées les choses entre catholiques et protestants montpelliérains.
Immanquablement cette excitation grandissante et mutuelle des esprits devait se traduire en querelles etrixes dans la rue. La disparition de la plupart des procès-verbaux du Conseil de Ville ne permet iYvn saisir que quelques-unes. Elles sont, du moins, caractéristiques. Lorsque vint la mois son en 1597 et 1598, la perception des dîmes fut troublée, et des hommes masqués allèrent saccager la récolte du Gha pitre cathédral dans la banlieue *. Pour animosités indivi-
1 " Sur la requeste présentée au Chappitre par les Recteurs et confrères de la Confrérie fondée en cesle ville soubz l'invocation du benoyst S' Sprit » etc. (Délib. du Chap. cathédral du 8 avril 1598).
4 Voir p. 507 et chap. III.
a Voir j). 507.
4 Requête du Chapitre au gouverneur « luy suppliant de nous vouloir mettre en sauvegarde nous dimeurs, représentant toutes les follies que l'on avoit t'a i c t » (Arch. de l'Hérault, G, Comptes du Chap. cathédral pour 1597).
duelles, des habitants furent bannis '. Malgré cela une sédition fut surit1 point d'éclater le 13 novembre 1597. A propos d'une rixe survenue la veille, les gens du guet municipal furent inculpés par le Présidial. Les huissiers de cette Cour, en venant arrêter un sergent, en blessèrent un autre. Au bruit, la sentinelle de garde sur la tour de l'Horloge supposa la ville prise et donna l'alarme par quelques coups de cloche. Sans la prompte intervention des consuls, il y aurait eu grand tumulte. Et. avec cela, plus de forces policières2. La redoutable anarchie reparaissait.
C'est dans une atmosphère si surchauffée que tomba comme une étincelle la nouvelle de la promulgation en Languedoc de l'Edit de Nantes.
— « Plus pour aller a S1 llilayre fere faire des procédures pour le degast qu'on (sic) t'aie! les masques de ceste ville a L'ayre et bled d'icelluy ». (Ibid., compte de 1598j. Aussi y remit-on de la terre (Reg. de conipt. du Chap. cathédralde 1599, au 8 juin).
1 Délib. du Conseil de Ville du 28 juillet 1597.