II. — L'action des catholiques
Lui h' des catholiques sur le terrain des droits "politiques. — Conduite prudente d'Henri IV dès son avènement un trône de Frimer.
— Son abjuration rend le courage aux catholiques, qui s'adressent au gouverneur de Languedoc, aux Etats, à lui-même. — Résistance des consuls. — La question des marrans. — Henri IV enraie Arnaud du Faur pour gouverneur intérimaire, afin de. faire respecter sa volonté : vif débat à ce sujet : du Faur obligé île se retirer ; mot du Béarnais. — Entrée des catholiques dans la commission de répartition de l'impôt. — .1 la suite du gaspillage du bien des pauvres, création de /'Aumône générale des pauvres catholiques.
Intéressants par leur caractère local et par un talent qui, vraiment, n'est pas négligeable, les pamphlets de Guillaume de Reboul empruntaient également une part de leur succès aux dispositions des catholiques de l'époque. Car, même antérieurement à leur publication aussi bien qu'à la prédication du P. Michaelis, la lutte avait été entamée par les laïques sur le terrain des droits politiques et tout spécialement orientée du côté financier.
On se rappelle que la désignation de Montpellier comme ville calviniste de sûreté n'était pas allée sans protestations vives des catholiques1. Mais ils avaient dû s'y résigner, le traité de Fleix ayant confirmé cette concession, et l'avènement au trône de France du roi de Navarre n'étant pas pour leur fournir des avantages. Particulièrement Châtillon, gouverneur de Montpellier, était fort influent auprès d'un prince qui l'avait appelé aussitôt auprès de lui et apprécié son zèle- à tel point que, lui mort, son 111 s en bas âge reçut le gouvernement de la ville3. Aussi, les protestants, eilcoura-
1 Voir pp. 428 et suivantes.
- Berger de Xivrey et Guadet, Lettres missives d'Henri IV, t. III, pp. 240 et 258 : lettres des 25 aoûl el 30 septembre 1590 à Montmorency.
:i Délib. du Conseil (]<■ Ville des 27 octobre 1591 ei ]:: mars 1592.
Lettres missives d'Henri IV, t. III, p, 552 : lettre du 19 janvier 1592 a Montmorency.
gés, s'étaient empressés de députer au nouveau souverain Fulcran des Vignolles, porteur d'un cahier de remontrances rédigé par les trois diocèses. Mais, tout leur coreligionnaire qu'il était, Henri IV n'était plus le chef d'un parti. Il se réserva. Ce fut avec des excuses, même de vagues promesses pour l'avenir !. Par contre, quand, de son côté, le gouverneur de Languedoc formula ses plaintes contre les calvinistes, et qu'elles eurent été reconnues mieux fondées, le roi lui répondit que, « ceux de la religion » ayant entrepris pour son exercice plus qu'il n'était porté par les édits, il leur écrivait pour les blâmer-. Puis, tandis que le député des Vignolles tombait dans une embuscade3, le 18 mars 1591, il accrédita son secrétaire, M. de Vicence, pour « estre esclarcy du faict et es tri f » survenu entre les trois diocèses et Montmorency4.
L'abjuration d'Henri IV changea plus complètement encore la face des choses. Les catholiques en manifestèrent leur joie par une procession d'actions de grâces, le 12 septembre 1593 5. Ensuite ils décidèrent de députer à Montmorency, afin de lui présenter leurs doléances « pour le faict de n'accorder aulcun.es impositions sans permission de Sa Majesté » °. Les moyens qu'ils prirent méritent d'être signalés. Aux frais du Chapitre cathédral, un homme de la ville passa de maison en maison convoquer les catholiques à la Canourgue. Là ils
1 Lettres missives d'Henri IV, t. III : p. 262, lettre du G octobre 1590 aux Consuls de Montpellier et d'Uzès ; p. 290, lettre du 4 novembre 1590 aux Consuls de Montpellier ; p. 292, lettre du même jour aux ministres (lu Languedoc.
2 Ibid., t. III, p. 336, lettre du 9 février 1591.
3 Ambassade à Nimes pour conférer entre les trois diocèses des moyens d'avoir réparation « du meurtre et assassinat commis en la personne de Mens1' des Vignolles, conseiller du roy en la Chambre de l'eedict, et de plusieurs autres de sa trouppe » (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1590, f° 75, au 23 mars 1591).
'• Délit), du Conseil général et extraordinaire du 18 avril 1591. — Cf. délib. du Conseil de Ville des 6 et 7 août 1591.
5 Délib. du Chap. cathédral du 10 septembre 1593.
6 Arch. mun. de Montpellier, CC, Conimand. de 1593, f° 72 v°, au 2-1 mars 1594.
ta réforme catholique 529
formèrent, par acte notarié, un syndicat, que le tabellion Auguste Comte alla faire signer à domicile. Puis le mandataire désigné dans l'acte, Jean Azemar, docteur ès-droits et lieutenant à la Cour ordinaire, partit le 2 lévrier 1594 pour Pézenas trouver Montmorency. Peut-être celui-ci exigea-t-il que la réclamation fût établie sous une nouvelle forme, car on prit une seconde délibération confirmative de la première 1, a la suite de laquelle le Connétable vint en personne se rendre compte de la situation.
Appelé par Henri IV auprès de lui. après un séjour ininter rompu de quelque vingt-deux ans dans son gouvernement 3, Montmorency désirait laisser la province en aussi bon ordre que possible. C'est pourquoi, consécutivement aux États de 1593, il tint à Beaucaire, au début de mai 1594, une assemblée extraordinaire des trois ordres. L'évèque d'Agde, organe tout indiqué, en un discours important, y exposa tous les griefs des catboliques. Quoique l'édit de Poitiers de 1577 stipulât le rétablissement, en tous lieux de la religion catholique apostolique romaine, elle n'était pas encore exercée en certains. Les ruines des églises étaient pillées impunément, et des bénéfices servaient à l'entretien des ministres. Surtout le délai de six années fixé en 1577 pour la possession des villes d'otage avait été indûment prolongé jusqu'alors; aussi en plusieurs les catholiques se voyaient exclus des charges municipales. Enfin l'assemblée politique des protestants tenue a Montpellier s'était ingérée de délibérer sur les affaires générales de la province, même sur la justice souveraine, c'est-à-dire sur la Chambre mi-partie.
L'orateur en était là, lorsque les députés calvinistes se mirent à protester que c'étaient affaires propres aux catholiques, et ils sortirent, le délégué niontpelliérain en tête, qui était David de Varanda. Tandis qu'on allait à leur recherche, la séance continua, et il fut résolu d'envoyer au roi une députation com-
1 Arch. iinin. de Montpellier, CC, Command. de 1593, f" 72 v0. — « Rolle des fraiz et vaccations n Aivli. de l'Hérault, G, pièces de compt. du Chap. cathédral de 1593).
2 Arch. nitin. de Montpellier, ('(', pièces de compt. de 159-1.
3 Chroniques et Documents, p. 202.
Soc. Arch. de Montpellier. p, \
posée de l'évêque de Castres, de François de la Croix, seigneur de Sairit-Brès, de Montpellier, et du syndic du Vivarais.
Pendant ee temps les députés protestants étaient allés se plaindre au Connétable. Celui-ci, les ayant ouïs, les fi t escorter jusqu'à la salle des Etats par le trésorier de France Marion. auquel il commanda d'y faire cette déclaration : l'assemblée protestante de Montpellier n'avait été autorisée que pour traiter des affaires religieuses et non de celles de la province, à rencontre des délibérations des Etats ; si donc ce dernier corps juge avoir quelque remontrance à faire an souverain au sujet de ladite assemblée, ou concernant des affaires qui intéressent les religionnaires, le Connétable le lui permet ; il s'engage même à ce que les délégués soient entendus par le roi.
Renchérissant sur ces déclarations si nettes, le lendemain 4 mai, quand s'ouvrit la séance à six heures i]u matin, le Connétable vint en personne, suivi de Marion et du président au Présidial de Montpellier, Claude Convers, son surintendant de la justice. Devant lui Varanda attaqua la légalité (\r> propositions à l'assemblée de Beaucaire el celle de l'assemblée elle-même. Alors et sur l'injonction de .Montmorency, lecture fut donnée du procès-verbal de la veille, puis le Connétable prit la parole. Il reprocha avec sévérité aux protestants d'avoir abusé de son autorisation pour se mêler d'affaires d'État, et les désavoua hautement. 11 établit la légalité de la présente assemblée et traça la marche à suivre pour la rédaction des remontrances : un même cahier poulies vieux communs ; des mémoires spéciaux pour les desiderata de chaque culte. Enfin il lit appel a l'union de tous, et approuva le choix de la délégation catholique. Mais, lorsqu'on vota les frais de cette députation, tous les membres protestants se retirèrent définitivement1. En cette conjoncture comme pour les biens ecclésiastiques, selon l'expression de Guillaume de Reboul, le Connétable << se gouvernoit un peu d'autre façon qu'à la huguenot te » -.
1 Procès-verbal des Etats en mai 1594,
'-' La (Jaba/e des Ref orniez, p. 121.
En lui les catholiques montpelliérains trouvèrent donc un avocat précieux, et leur succès s'acheva auprès d'Henri IV dès que les circonstances s'y prêtèrent. Ce fut l'année suivante, c'est-à-dire en 1595. Le roi séjournant longuement dans la région, ils se syndiquèrent à nouveau pour lui députer à Lyon trois personnalités : le chanoine Alphant, pour le Chapitre et le clergé; Jean delà Croix, seigneur de Teyran et de Montvilla, pour la noblesse ; l'avocat Barthélémy Vignes, pour le tiers1.
De leur côté, les protestants, maîtres de l'administration, désignèrent pour aller saluer le roi : Ranchin, premier consul, avec David de Varanda pour assesseur ; Fontanon, maître à la Chambre des Comptes ; Hébrard, seigneur de la Lauze. La nomination des deux derniers fut cassée par la Cour des Aides ; et Ranchin. qui se voyait seul en face d'affaires multiples et délicates, spécialement « pour respondre aux depputez de messieurs les catholicques de ceste ville », gens fort bien choisis d'ailleurs, se déclarait incapable d'y suffire. Il se fit, en conséquence, adjoindre le pasteur Gigord, « attendeu les occurrences des af'feres qui se présentent»2. Leur mission officielle était de saluer le roi et de solliciter de lui les mesures nécessaires au bien de la ville et à la sûreté des églises calvinistes 3 ; mais on a vu déjà que Gigord, poussant jusqu'à Genève, allait surtout essayer d'en ramener Çasaubon, même Goulart. La municipalité de Montpellier fit un appel de fonds à ses coreligionnaires provinciaux'1.
Au point de vue spécial à traiter ici, le résultat des demandes formulées par les catholiques- fut d'obtenir des lettres pour participer en nombre égal avec leurs adversaires à toutes les fonctions municipales à Montpellier. Or, avouaient peu après à de Bèze les consuls, c'était « le vray moyen pour nous fere perdre le pouvoir que nous y avons, veu le grand'
1 Requête des syndics catholiques à la Cour des Aides (Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de compt. de 1596). - Délib. du Conseil de Ville des 22 et 27 août. 1595.
3 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1595, f" 28 \". au 29 août.
4 Arch. mun. de Nimes, L, 13, f° 309, 11 août 1593.
"j."i"2 i.a réforme A Montpellier
nombre de noz ennemys qu'il y a au dedans », et ils prévoyaient que, «sur cette planche, on fera aussytost passer toutes noz autres villes » '. Aussi, défiants de tout et jaloux à l'excès du monopole du Consulat, ils en refusaient l'accès aux marrans même et provoquèrenl ainsi un curieux conflit.
()n donnait le nom de marrans aux immigrés, juifs ou maures, venus de la péninsule ibérique en Languedoc, de préférence dans les villes frontières de Narbonne, Béziers et Montpellier2. Si un tel mouvement remontait plus haut, il l'ut accentué considérablement lors do la réorganisation politique de l'Inquisition en Espagne. Montpellier, en décadence commerciale sensible après Jacques Cœur3, sut tirer parti de celle faute de la politique aragonaise. Ses consuls provoquèrent et, le dernier jour de février 1 583, obtinrent de Louis XI des exemptions et privilèges pour ceux qui viendraient s'y établir. Pins ils les firent publier tant dans les royaumes de Majorque, de Valence et le comté de Catalogne qu'en Italie et ailleurs. Aussitôt << aucuns marchans cathelans et autres gens de Barcelone riches et puissans ». même des indigènes de (( Valence la. Grande ». de Majorque, d'Aragon, de Navarre, du Portugal accoururent, constituant des recrues précieuses pour la science avec les Saporta, les Falcon, les Catalan, les Vives, mi pour le commerce, avec les Andrieux. les Janvier, les Pau, les Raymond, les Sartre, les Serre, les Vignes, il y eut bien quelques tentatives pour les pressurer pécuniairemont, mais elles furent réprimées légalement.
Pins grave que ces à-coups fut l'attitude du clergé local à l'égard des nouveaux venus, que lui rendaient suspects leurorigine et leurs pratiques : l'évoque de Maguelone, Isarn Barrière, institua, le 12 décembre 1492, un dominicain pour inquisiteur, lui déléguant les pouvoirs les pins étendus
1 Lettre du 17 octobre 1595 (Voir p. 536, noie 1).
2 Sur les màrrans on peut voiries registres d'habitanage de la série P>H des Archives municipales de Montpellier, el les récits des frères Platter [Félix et Thomas Platter à Montpellier, passini .
3 L. Guiraud, Recherches et conclusions nouvelles sur le prétendu rôle de Jacques Cœur en Languedoc.
« itsque ad suinmam inclusive juxta exhigenciam casuum o1. De fait, certains de ces nouveaux venus n'ont pas l'ait souche à Montpellier. Pour un toi motif peut-être, 1rs marrans furent, dès son apparition, attirés en forte, en énorme majorité par le protestantisme : ses registres baptistaires en font foi2. Néanmoins ils se maintenaient en caste, placée, pourrait-on dire, en marge fies deux cultes : du catholicisme ils avaient [tris la fidélité à la messe, uni? dévotion ardente envers la Vierge Marie ; du calvinisme les rapprochaient leur éloignement pour les prêtres, leur répulsion pour la figuration et le culte des saints ; et en ceci pouvait bien entrer un peu de leur fonds persistant de judaïsme, que trahissent leurs pratiques secrètes : circoncision, abstention du porc, auxquelles ils en mêlaient de superstitieuses.
A l'époque ou nous sommes arrivés, c'est-à-dire aux dernières années du XVI" siècle, leur situation était étrange, paradoxale. Malgré leur enrôlement dans les rangs calvinistes et en dépit de l'influence sociale très réelle (pie leur procuraient la richesse acquise, le talent, l'activité commerciale, les marrans. même a la deuxième ou troisième génération, se voyaient exclus des fonctions municipales et religieuses. Ils restaient même un objet de risée comme de vexations. Us réclamèrent l'accès à l'Hôtel-de-Ville et au Consistoire, car, devenus citoyens par l'habitanage, ils avaient eu le premier avant la domination protestante. Saisis de leur cas, les
I Airh.de L'Hérault, <i, not. de l'Evêché : Pierre Fulhozy, reg. 48, i'" 7v°. '- Tandis que Thomas Platter [Op. cil., p. 191) se contente de dire qu'on
trouve plus de marrans calvinistes que catholiques, voici, de 1470 à 1554, la proportion que j'ai relevée en comparant les actes d'habitanage et les registres baptistaires protestants postérieurs, sans parler d'autres documents.
Nombre total des familles immigrées d'Espagne <>7
sur lequel :
— — disparues avant la Réforme 25
— — devenues protestantes ii<S
— restées catholiques 4
II faut, en outre, tenir compte de beaucoup d'autres, d'origine espagnole, mais ayant t'ait escale dans certaines villes : Toulouse, Béziors, Limoux, et qui se retrouvent aussi dans les registres protestants.
synodes le résolurent deux fois en leur faveur '. Mais dans la pratique il ne fut guère tenu plus de compte de celle décision ecclésiastique; que de celle du pouvoir royal en faveur des catholiques.
C'est alors qu'Henri IV et Montmorency, prévoyant la résistance des consuls de Montpellier, voulurent la briser, en faisant appel à un homme énergique. Le bas-âge d'Henri de Châtillon en ces temps si troubles justifiait la nomination d'un gouverneur intérimaire de la ville. (Test Arnaud du Faur, seigneur de Pujols en Agenais, qui fut chargé de cette tâche par lettres-patentes du 31 août 1595 2.
Un tel choix n'avait en soi rien de suspect. Troisième fils de Pierre I"r, de la branche toulousaine. Arnaud du Faur était, comme toute sa famille, protestant. Même il avait été à ce titre condamné par contumace, le 7 septembre 1562, à être pendu et étranglé. Le roi de Navarre l'avait fréquemment employé pour des missions de confiance. Spécialement en Languedoc on l'avait vu délégué pour assister Montmorency et le maintenir dans l'Union. Il était plus particulièrement encore accrédité auprès des Montpelliérains par la charge de
1 « Mes. les Consuls et conseillers de Montpellier sont exhortés d'empêcher toutes injures a l'encontre de aucuns personnages et honnestes familles de lad. ville qu'ils nomment communément marrans, et de les recepvoir indifféremment aux charges et fonctions de vile et de consistoire, comme estant vrais membres de Christ » (Synode provincial de Saint- Germain-de-Calberte de 1599).
Deux ans après, le synode national de Cergeau revenait sur la question, ordonnant d'écrire aux consuls de Montpellier pour faire cesser les outrages envers les « familles qui depuis cent ans et plus se sont retirées des quartiers d'Espagne dans leur ville », de les recevoir aux charges, et cela « pour conserver la paix et l'union entre tous ceux de l'Eglise » (Aymon, t. 1", p. 249).
s Dans la délibération du Conseil de Ville du 14 octobre 1595, on a laissé la place pour coucher le document, ce qui n'a point été fait ; mais le texte en a été publié, d'après les archives de M. le marquis de Panât, dans l'intéressant ouvrage de M. Sylvain Macary, Généalogie de la maison du Faur ; Toulouse, d'Ecos et Olivier, 1907, p. 64. — Pour la biographie d'Arnaud du Faur, seigneur de Pujols, je renvoie à la notice qui lui est consacrée dans cet ouvrage (pp. 57-71).
gouverneur qu'avait exercée, pendant les guerres de religion, son cousin-germain, Charles du Faur ', et surtout par l'intérim qu'il avait lui-même fait on l'absence de Ghâtillon père,
sur la sollicitation et la désignation expresse des habitants. Henri IV ont, d'ailletirs, soin de rappeler ce précédent clans ses provisions. Mais 1rs conjonctures qui ramenaient maintenant M. de Pujols. suffirent a le faire rejeter.
il avait prêté serment entre les mains de Montmorency le 1 i septembre '-'. La nouvelle n*en fut apportée que le 5 octobre par les députés revenus de Lyon. On jugea qui! tant cette nomination que l'admission îles catholiques intéressaient la sûreté de toutes les églises calvinistes. Il importait dés lors d'y surseoir jusqu'à la réunion d'une assemblée3. Quelle diligence pourtant qui fut mise a la négocier, Pujols arriva bon premier, présenta ses provisions et refusa tout délai, disant n'avoir que faire des églises. Supplié d'attendre au moins le Conseil général, il dédain que, nommé par le roi, il ne demandait aucune autre autorisation et, saurait se faire craindre. Et, de fait, le lendemain 15 octobre, il se rendit au Temple de grand matin avant le prêche, et s'installa au banc des Ghâtillon. Coligny, cadet de la famille, arrivant ensuite, voulut lui faire vider la place. Mais Pujols refusa, excipant de son titre. Il s'ensuivit un tumulte, qui faillit dégénérer en malheur. Au Conseil général, réuni dans l'après-midi, tous ces faits furent exposés, Coligny vint protester, et l'on décida de surseoir jusqu'à la décision de l'assemblée politique et, en attendant, de conserver la garde i\r la ville. C'était la rébellion aux volontés royales; Pujols en lit dresser procès-verbal et repartit trouver le Connétable ''.
C'est alors seulement que les consuls, Ranchin eu tête, quelque peu anxieux, songèrent a demander une consultation à Théodore de Bèze. Ils lui exposèrent le cas et leur propre
1 Voir p. 341.
- Sylvain Macary, Op. cit., p. 66.
1 Délib. du Conseil de Ville du 5 octobre 1595.
1 Délib. du Conseil de Ville du 14 octobre et du Conseil général du 15 octobre ir>î)r>. — Sylvain Macary, Op. cit., p. 66.
opinion. Les articles secrets <lij 1577 portaient que le roi de France ne pourrait pourvoir lui-même de gouverneurs les villes de sûreté, mais que c'était au roi de Navarre à en faire la présentation et la nomination : ceci, interprétaient les consuls, à titre de représentant des églises calvinistes. Et ils continuaient par ce raisonnement : maintenant le roi de Navarre est devenu roi de France et, df ce l'ait, représente la personne du l'en roi, lequel s'était démis île son pouvoir ; ayant, d'autre part, embrassé le. catholicisme, il n'est plus apte à représenter les églises calvinistes, et c'est a celles-ci de faire la nomination '. Mais ce qu'oubliaienl d'ajouter Ranchin et ses collègues, c'est que la nomination du jeune Châtillon en 1592, quoique l'aile par le même roi de Navarre devenu roi de France, leur avait fort bien paru valable. 11 est vrai qu'Henri IV n'avait point encore abjuré, et que maintenant les catholiques se montraient irréductibles.
A Genève, ou l'on était dégagé de ces chaudes passions locales, on vit différemment les choses, et la réponse, donnée verbalement au pasteur Jean Gigord, fut « que l'église de Montpelier recourust aux jeusnes et prières et usage de toute diligence et bons moyens envers le Roy pour pourvoira leur estât, et qu'il m1 soit rien innové sur eux ne fait préjudice aux aultres villes de la religion qui y ont interest. Ft qu'ayant, avec le loisir qu'il sera possible, reffvé sur ces bons moyens, ils recommandent le tout a Dieu, et se disposent a endurer tout plustost que d'opposer force ei venir aux armes >> -.
Mais les bouillants calvinistes de Montpellier, sans attendre l'avis qu'ils avaient sollicité de Th. de Bèze, avaient, le lendemain même du départ de leur messager, pris des résolutions belliqueuses. Leurs envoyés étaient revenus de se concerter avec les Nimois. Ceux-ci acceptaient le principe d'une assemblée, le choix de Montpellier pour la tenir et la
1 Lettre des Consuls à Th. de Bèze du 17 octobre 1595 (Bibl. publ. do Genève, MFr., 197 aa, fos 256-257). — Le document a été publié par les nouveaux éditeurs do l'Histoire de Languedoc (t. XII, c. 1530).
2 Celle réponse, couchée à la suite de la lettre dans le manuscrit (Voir noie précédente), n'a pas été reproduite dans VHistoire de Languedoc,
LA REFORME CATHOLIQUE Oui
date du 31 octobre courant pour la convoquer. Sur le champ iJ fut décidé d'y inviter également les églises du Haut-Languedoc. On vota une imposition. Même on songeait â une levée de boucliers, car des particuliers offrirent des armes el la municipalité fut sommée de s'en procurer également1. Cependant, projetée à Montpellier, puis à Sauve sur le conseil des Nimois *, l'assemblée finalement se tint à Sommières. Y furent députés de Montpellier Ranchin, premier consul, le président Louis Philippi, le ministre Bernardin Codur en l'absence de Gigord, MM. de La Valette, Gabassut etGlauzel3. On sait qu'elle entra dans le sentiment des Montpelliérains, et dressa un cahier de remontrances au roi 4. De son côté, Arnaud duFaur, ayant « essayé tous moyens de ramener les Gonsulz de Montpellier a quelque lionne raison », se retira définitivement à son château de Pujols, d'où, le 18 décembre 1595, envoyant son procès-verbal au roi, il lui demandait justice de cet affront5. Gela valut un ajournement personnel au premier consul Ranchin et au cinquième, Antoine Azémar dit de Ganges, cordonnier de son état, tous deux plus particulièrement compromis pour leur attitude6. Mais, cinq ans après, Ventadour constate qu'aucun châtiment ne s'ensuivit et que l'insolence des Montpelliérains s'accrut de cette impunité7. Le Béarnais, qui avait alors d'autres soucis, se vengea de la mésaventure par une raillerie sur « ses roitelets montpelliérains », et le mot courait la ville8. Quant au pamphlétaire Reboul, il méditait, mais m1 donna point U Assemblée sur le fait des Citadelles9.
1 Délib. du Conseil de Ville du 18 octobre 1595.
2 Délib. du Conseil de Ville du 29 octobre 1595.
3 Délib. du Conseil de Ville du 29 octobre 1595, complétée par un ordre de payement du 27 novembre 1595 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1595, t'° 59).
4 Arch. du Gard, C, 904.
5 Sylvain Macary, Op. cil., p. lifi.
|; Délib. du Conseil de Ville du 27 février 159G.
7 Chroniques et Documents, p. 430.
8 Félix et Thomas l'hit ter à Montpellier, p. 207.
9 Voir p. 521.
Si le pouvoir royal avait cédé sur la question Pujols, c'est peut-être que les catholiques venaient d'obtenir un commencement de satisfaction. 11 a été dit qu'ils avaient adroitement porté le débat sur le terrain des impositions. Une gestion financière déplorable, avouée à propos de Casaubon l, leur donnait raison à tout instant. C'est par là qu'ils remportèrent leurs premiers succès. 13ès le 10 décembre 1505. on voit que sept des leurs étaient admis dans la commission, annuellement renouvelée, des répartiteurs de l'impôt dits les Quatorze de la Chapelle. L'histoire doit conserver leurs noms, si modestes soient-ils : Jean Vignes, docteur es droits; Antoine Comte, procureur au Présidial ; Jean Vidal, Jean Costier, Jean Bernardier, Jean Bouschet et Simon Gouzes, marchands2.
Peu de jours après, les catholiques réclamaient une conférence avec six délégués delà Ville, et on dut l'accepter. Ce fut à la condition qu'ils donneraient leurs desiderata par écrit et remplaceraient un de leurs députés. M. de Montvilla3, sans doute plus suspect depuis l'ambassade à Lyon. Il est vraisemblable qu'au nombre des objets, non spécifiés, de la conférence, figurait l'imposition à mettre sur tous les contribuables pour les frais de cette mission. Des lettrespatentes avaient été données à cet effet, accordant jusqu'à 400 écus. Les protestants trouvèrent moyen de faire égarer le document. Mais la Cour des Aides l'avait vu et, bien que les'consuls réclamassent l'original, elle donna arrêt d'établir l'imposition pour 250 écus'1. et finalement la Ville paya5.
1 On peut en croire Ranchin, disant au Conseil de Ville (Délib. entre mai et août 1595), qu' « il se représente les difficultés ordinaires que chacun a de tirer argent de la maison de ville »>. Il exigea donc un vote pour que les gages de l'humaniste lussent payés, « sans pouvoir divertir 1rs deniers quy seront imposés pour led. salaire a autres uzaiges, quel/, mandement/, que le clavaire puisse avoir des Consulz ou d'ailleurs ».
2 Arcli. mun. de Montpellier, OC, Command. de 1595, 1'" 61 v°.
3 Délib. du Conseil de Ville du 31 décembre 1595.
4 Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de compt. de 15913.
5 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1596, f° L'7 v", au 28 septembre 1596. — Annexes d'Ant. Comte, étude Coi'nier, vol, de 1591- 1597, f° 345.
Un autre objet des réclamations des catholiques était certainement le budget des pauvres, ainsi que le prouve leur conduite. Les consuls, patrons-nés des hôpitaux montpelliérains : Saint-Eloi, Saint-Jacques, Saint-Lazare, en géraient les revenus et n'en remplissaient pas les devoirs, par suite de la destruction de ces établissements. Même on leur reprochait d'en avoir employé les ressources à d'autres usages que la charité l. Les catholiques avaient ainsi vu avec chagrin tomber entre les mains d'une administration qui les traitait en parias la subvention de l'Ordre du Saint-Esprit '-', et les riches legs des catholiques convaincus qu'étaient, entre autres, le marchand Jean Ghristol et Jean Teinturier, seigneur de Montmaur3. C'est alors qu'ils conçurent la pensée de créer, au moyen de leurs libéralités privées, une œuvre de bienfaisance qui serait purement catholique. Ils la réalisèrent en tenant, le 17 avril 1596, une assemblée générale, où assistaient nommément le vénérable évêque Subjet avec tout son Chapitre cathédral ; le président à la Cour des Aides Pierre de Rozel et plusieurs de ses collègues ; Léonard Aguillon, avec d'autres membres delà Chambre des Comptes ; le seigneur de Bernis. conseiller au Présidial, et quelques autres de ce même Corps ; bon nombre, enfin, de notabilités. Cette assemblée élut six délégués annuels, un par sixain, qu'on appela procureurs des pauvres, et qui sur le champ élaborèrent le règlement, fort bien compris, de \* Aumône générale des pauvres catholiques.
1 Délib. du Conseil de Ville du 27 novembre 1601.
- Au moyen âge les enfants exposés étaient, après leur nourrissage, qu'on voit payé par la Ville, entretenus à l'hôpital du Saint-Esprit. Sa dest ruction en avait fait retomber la charge sur le budget public officiel des pauvres. En 1585 les consuls et les quatre procureurs de Saint-Eloi réclamèrent au commandeur du Saint-Esprit les arrérages de cet entretien. Il y eut procès devant le Présidial et, le 25 juin, transaction : le commandeur s'engagea, moyennant l'abandon des arrérages, à servir désormais à la Ville une rente annuelle de 25 livres (Arch. des Hospices de Montpellier, fonds Saint-Eloi, B, 159).
3 Arch. mun, de Montpellier, EE, Histoire de l'Edit de Nantes jusqu'en 1622, art. x des catholiques en 1600.
Leurs réunions auraient lieu toutes les semaines, le mardi à sept heures du matin el le vendredi à midi. Chacun d'eux y ferait un rapport relatif au sixain qui lui était dévolu. On pourrait donc utilement discuter les besoins des assistés. Le dimanche était un jour de charitable labeur, dont un roulement assurait la variété. Tous les quatre mois, en effet, deux des procureurs, sous les noms particuliers de receveur el contrôleur, prenaient en charge les deniers et les distribuaient aux six procureurs. Leurs collègues, eux, avaient pour mission de tenir les bassins aux portes de l'église tous les dimanches et fêtes el de lever l'argent des troncs. Une visite mensuelle en corps aux malades assistés permettait de tenir les rôles à jour. Et enfin le renouvellement annuel des procureurs des pauvres par une assemblée générale des catholiques fournissait une garantie de plus contre le favoritisme '.
Pour créer les premières avances, les procureurs allèrent à domicile faire des collectes : on marque au 24 avril, ainsi amassées à travers la ville, 14 livres et, au 26, 12 livres ■2 sols G deniers. Mais, afin de constituer un budget plus régulier, on eut recours aux souscriptions annuelles ou mensuelles ou hebdomadaires, au gré de chacun. L'évêque donna un généreux exemple avec 5 livres par mois, et MM. du Chapitre restèrent toujours fidèles à leur aumône de 40 sols par dimanche, le vicaire-général Fiolon à ses 30 sols le mois. Le Collège Saint-Ruf donnait 3 livres par mois ; ceux de Sainte- Anne, de Saint-Sauveur, de N.-D. du fPalais et de la Trinité di' Maguelone suivirent le mouvement. Ainsi le clergé faisait excellente ligure dans la pratique de l'aumône. Parmi les laïques il faut nommer : le prenne]' inscrit, le président Jean Philippi, pour 35 sols le mois : le président Jacques de Montaigne, pour 1 livre ; M. de Candi llargues, pour 2. Bornons la le relevé dans cet ordre d'idées. Le produit des troncs, certains dons spontanés, des collectes occasionnelles (telles une opérée à la foire de Beaucaire, une autre pour le jubilé de
1 Chroniques cl Documents, pp. 120 <■! suivantes.
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151)7 1 donnaient un casuel des plus appréciables. 11 y avait enfin des legs l, et celui que, peu de mois après, Subjet stipula éventuellement en faveur de l'œuvre, renseigne sur le but exact de celle-ci. En fondant une pension de cent écus pour l'entretien de deux nouveaux enfants de chœur, le prélat ajoutait qu'au cas où elle ne serait pas réalisée, il faudrait en reporter le bénéfice « a la bourse des pouvres indigens et soffrete[u]s catholiques de Montpellier, pour les vestir en yver et le jour de la Toussaintz, pryant messieurs les scindiez des catholiques el procureurs de leurs pouvres d'avoir l'oil a cessy»2. Mais cette éventualité ne se produisit point, le Chapitre ayant accepté la fondation.
Lorsque, à la fin de la première année, eut lieu le renouvellement des procureurs des pauvres, l'exercice accusa 1057 livres 17 sols \ deniers de recettes, 1007 livres 17 sols i deniers de dépenses, c'est-à-dire de distributions, et l'on commença avec un reliquat de 50 livres11. Chiffres déjà consolants, et qui se maintinrent, s'accrurent même, puisque, vingt-cinq ans après. Y Aumône générale des pauvres catholiques possédait une maison et des rentes et que, même privée par les événements de 1621 du concours si important du clergé, elle distribua encore cette année-là 746 livres 15 sols ''. Et cependant, comme on le verra, la situation s'était modifiée par l'accession des catholiques au contrôle de l'hôpital et par leur participation a son entretien.