‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 93 sur 110 · I. — De la promulgation a l'arrivée des commissaires · texte numérisé non relu

I. — De la promulgation a l'arrivée des commissaires

Appel et mission du P. Jacquinot, jésuite, comme prédicateur à Montpellier. — Nouvelle démarche des catholiques auprès d'Henri IV ; son succès. — Les cahiers des catholiques. — Tentative des protestants pour mettre la main sur la justice du gouverneur.

Tant que les événements et surtout la répugnance du très catholique Parlement de Toulouse avaient en Languedoc retardé la publication de l'Edit de Nantes, les catholiques montpelliérains subirent ces vexations. Mais, dès que la formalité eut été remplie par les Cours de justice : à Toulouse le 19 janvier 1600, à Montpellier le P2 février suivant1, ils prétendirent en goûter le bénéfice. Et, parce que l'occurrence s'en présentait dans le choix à faire d'un prédicateur2, ils com-

1 Chroniques et Documents, p. 204.

- Au refus du P. Michaelis (Voir p. 309, note 3).

mencèrent par appeler les jésuites à la chaire de Montpellier1: choix très naturel, si l'on songe au succès que ces religieux obtenaient alors à Nimes avec le P. Gotton 2, à Béziers, où s'opérèrent, en 1599, première année de leur établissement, cinquante conversions, et en 1G00 jusqu'à cent3. La vogue du P. Cotton les tentant, le Chapitre cathédral lui lit parvenir une invitation pressante4. Mais il avait un engagement personnel avec les Nimois. Tout ce qu'il put et qu'il lit, les conjonctures lui paraissant plus favorables pour réaliser un dessein depuis longtemps caressé des deux parts, c'est d'envoyer quelqu'un à sa place. Le P. Barthélémy Jaequinot5, qu'il choisit, était fort propre à ce rôle par ses qualités naturelles ou acquises : facilité de parole, sérénité d'âme et de visage, sûreté de doctrine, force, prudence, haute vertu. Né à Dijon et entré à dix-huit ans dans la Compagnie de Jésus6, il avait alors à peine dépassé la trentaine, âge du labeur conscient et infatigable. Il vint avec un compagnon 7

1 Avant le 23 février le chanoine Montgrenier était allé à Avignon (Reg. de conipt. du Chai), cathédral de 1600, à ce jour).

- Le synode provincial d'Uzès en 1600 atteste « les grands dangers esquels l'église de Nimes est exposée tant a raison des apostasies ordinaires » etc. ; mais, grâce à l'action du ministre Ferrier, << ils ont recognu lesd. apostasies estre arrestées, les fidèles affermis et l'audace de Coton, jésuite, reprimée ».

:i Litterse annusc de 1599, p. 243, et de 1600, p. 277.

4 Délib. du Chap. cathédral du 15 mars 1600. Cf. Paul Dudon, Op. cit., p. 238.

5 Les Litterœ annuse, suivant leur coutume, ne nomment point ce prédicateur. Je le fais d'après six quittances, relatives à sa dépense de bouche, datées des 17 juin, 11, 13 et 25 septembre, 9 octobre et 20 novembre 1600. Cf. délib. du Chap. cathédral du 22 octobre 1601 et reg. de comptabilité de 1600, aux 17 juin, 3 août, 13 septembre, 1er décembre 1600. Un y voit que le P. Jacquinot repartit le 15 octobre, après être allé du 3 au 9 à Balaruc.

6 D'après le nécrologe du P. Barthélémy Jacquinot, tiré des Archives de la Compagnie de Jésus à Rome et photographié à l'intention de cette Etude sur l'obligeante intervention du P. Paul Dudon.

7 Indiqué sous ce titre dans les quittances, cet auxiliaire est peut-être le (i Monsieur Jean Brousse, de la Societté de Jliesus », auquel, le 26 mars

et fut autorisé a pénétrer dans la ville seulement pour huit jours. Sur le champ donc il se mit à prêcher, d'où grande colère des protestants, conciliabules réitérés et projet d'expulsion. Quand les catholiques apprirent cela, eux aussi tinrent conseil, et dépêchèrent aux consuls pour leur remontrer que, les calvinistes faisant prêcher qui bon semblait à leurs ministres, une égale liberté devait être laissée à eux-mêmes. A ce ferme langage, les magistrats, redoutant des troubles. qu'on les accuserait d'avoir déchaînés, accordèrent un sursis de quinze autres jours, lequel fut transformé depuis en permission pour six mois, vraisemblablement jusqu'à l'Avent, l'habituel point de départ des prédications. Et de fait la mission du P. Jacquinot, qui avait commencé bien avant le 17 juin, se prolongea jusqu'au 15 octobre. Elle fut féconde en résultats discrets mais sérieux '.

Dès qu'il s'était senti du temps assuré, le jésuite s'était concerté avec les calholiques. afin d'être utile sans exaspérer les calvinistes. Et l'on saisit bien cette nuance entre lui et l'ardent dominicain Michaelis. Le P. Jacquinot traita donc spécialement des pratiques du culte extérieur, en préconisant celles qui n'avaient jamais été établies à Montpellier, en restaurant celles qui étaient tombées en désuétude. 11 propagea particulièrement l'emploi des agnus dei~ et quelques faits, tels la subite extinction d'un incendie violent, la préservation d'une jeune tille dans un accident de cheval, servirent merveilleusement ses conseils à ce sujet. Mais il ne négligeait point pour cela la doctrine. Il se préoccupa beaucoup des enfants, d'abord en exigeant que le baptême ne leur fût point, cà l'exemple des calvinistes, différé jusqu'au dimanche,

1600, le Chapitre faisait payer 3 écus pour son voyage à Rome (Arch. de l'Hérault, G, comptes du Chapitre cathedral).

1 Sauf cote spéciale, le récit de cette mission est emprunté aux Lilterse annux de 1600, pp. 301-305.

1 L'usage des ag'Hus (ici était au moyen âge fréquent à Montpellier. En 1495 on en plaçait trois, avec des reliques diverses, dans la croix surmontant l'Aiguille de Notre-Dame des Tables (.1. Renouvier el A. Ricard, Des maîtres de pierre, etc., p. 202).

ensuite en réorganisant les catéchismes. Pour cet enseignement, adapté aux jeunes intelligences, il traça un programme tout différent de celui qu'on suivait l et lui-même, un mois durant, l'inaugura. (Tétait chose toute nouvelle. Le succès fut considérable. Le catéchiste groupait jusqu'à quatre cents enfants des meilleures familles. Gomme prédicateur, il eut parfois trois mille auditeurs, parmi lesquels magistrats et professeurs en droit ou en médecine.

Habile à profiter de tout pour sa mission, le P. Jacquinot réussit, dans une ville où l'on avait par l'horreur de la messe accumulé tant d'outrages envers le sacrement eucharislique, à lui procurer un hommage public très impressionnant. Ce trait, raconté comme les autres sous une l'orme anonyme, est confirmé et éclairé par des documents qui, en révélant les noms, lui donnent une portée bien plus grande.

Un magistrat, de famille noble et désigné pour être premier président, étant tombé gravement malade, lit appeler le P. Jacquinot pour l'assister. Celui-ci, qui escomptait sans doute la déférence forcée des consuls, lui conseilla de se faire apporter le viatique solennellement, avec une longue suite de cierges, ce qui n'avait plus été fait depuis que Montpellier était devenu ville d'otage. Le malade, ayant adoré le Saint- Sacrement, le reçut, puis il prononça publiquement une profession de foi catholique, et peu après rendit le dernier soupir entre les bras du missionnaire.

Or celui dont le P. Jacquinot lit un tel exemple de piété. c'était Charles de Rozel, neveu par alliance de Claude Baduel 2, petit-neveu par sa grand'mère de ces Malpel ou Maupeau qui avaient joué un rôle marqué dans l'introduction à Montpellier du protestantisme 3. Fils de Pierre.de Rozel, un

1 Dans sa délibération du 2(5 août 1600, le -Chapitre cathédral chargea deux de ses membres les plus éminents de s'entendre avec le carme Pierre Fiolon, vicaire-général de l'évêque, afin « qu'il treuvast bon et permit de l'ère la doctrine en l'es^lise de céans a la jeunesse tout autrement et ainsin qu'il sera advisé ».

3 Voir .,. 129.

ancien protestant lui-même l, qui, le i avril 1590, avait été pourvu de l'office de premier président a la Cour des Aides, précédemment exercé par un Chefdebien2, Charles était, en

vertu de la résignation de son père :\ sur le point de lui succéder. Dans ces vues, il avait vendu son propre oftice de conseiller au Parlement de Toulouse4, et il était venu se fixer à Montpellier5 avec sa femme, jeune, noble, élégante, Madeleine de Castillon6, dont il avait deux entants : Honorade et François. C'est le H juillet 1600 que parait s'être passée la cérémonie, car, ce soir-là, à dix heures, couché dans la chambre qui donnait sur le jardin de sa maison, aujourd'hui occupée par l'Ecole de Commerce \ Charles de Rozel ht son testament 8 et il fut enseveli le 14 juillet '•'. Les autres détails de la relation ne sont pas moins bien continués : zèle du père à soutenir désormais énergiquenient la cause catholique, dont on verra quelques jours après une preuve éclatante 10; éducation pieuse donnée à ses petits-enfants n ; frivolité anté-

I Pierre Rozel avait été délégué de Nimes à rassemblée politique de Bagaols en mais 1503 (Bulletin S. P. F., t. XXIV, p. 310).

- Arch. de l'Hérault, C, Trésoriers de France, reg. de 1590, fos (34 et 173.

3 Procuration de Pierre de Rozel, du 3 décembre 159G, pour résigner en faveur de son fils Charles (Arch. de l'Hérault, (i, not. du Chapitre : Planque, reg. de 1594-1611, f° 575 v°).

4 Provisions du 12 mars 1597 pour son successeur Nicolas de Rabaudy Arch. du Parlement de Toulouse, reg. 1909, f° 318 v°).

5 Achat par Charles de Rozel du jardin de Louis Uupré, peintre, aux faubourgs (Arch. de l'Hérault, (i, not. du Chapitre : Planque, reg. de 1594-161 1, f° 552 v°). — Prix-fait d'une galerie à sa maison (Min. de Julien Paretz, étude Coste, reg. de 1597-1598, f° 502 v°), que sa veuve fera achever en 1610 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1610, f" 530 ,

0 Leur contrat de mariage fut dressé le 7 avril 1591, comme l'indique une transaction de Pierre de Rozel avec sa belle-fille, le 10 février 1603 (Min. de Julien Paretz, étude Coste, reg. de 1603, fos 119-131 v°). Madeleine était fille de noble Jean-Léon de Castillon et d'Honorade de Grasse, seigneur et dame de Veynes (Min. de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1595-1597, f° 764).

7 Rue Saint-Pierre, 2.

8 Min. de Vignes, étude Blain, reg. de 1599-1601, f" 116.

9 Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 207, f° 24 v°. lft Voir p. 557.

II Ils furent d'abord confiés à Blanche de Castillon, sœur de Madeleine

rieure de la jeune veuve, qui l'avait tenue deux ans éloignée des sacrements, et ses bonnes résolutions actuelles, qui ne semblent pas néanmoins avoir toujours persisté l. 11 y a donc là une parfaite garantie de véracité quant au récit que j'emploie.

Malgré ces avantages sérieux obtenus en laveur de ridée catholique, le jésuite Jacquinot se rendit agréable même aux protestants par ses soins et son succès pour apaiser les inimitiés, l'une, en particulier, qui depuis deux ans divisait la ville en factions, prêtes cà en venir aux armes2.

L'influence ainsi acquise par ce prédicateur ne permet guère de douter qu'il n'ait été pour quelque chose dans la résolution prise par les catholiques montpelliérains d'envoyer une nouvelle ambassade a Henri IV. afin de lui exposer leur situation, si contraire à l'Edit de Nantes. Pour son mariage, le roi était de nouveau a Lyon. Les religionnaires de Languedoc s'apprêtaient a lui porter leurs réclamations. L'administration consulaire avait, le 23 juillet, fait désigner ses délégués, parmi lesquels Guillaume Ranchin :!, mais sans vouloir y comprendre aucun catholique. 11 importait de se faire entendre aussi du souverain. Pour cela aucun sacrifice ne coûta. Les catholiques tinrent une assemblée générale dans l'église même, à l'issue de la grand'messe. le dimanche 30 juillet, et ils y décidèrent la revendication de toutes les libertés, étroitement liées : religieuse, civile, individuelle, par la fin du régime d'exception que maintenaient les calvi-

et prieure des Dominicaines (Min. de Jean Rodil, étude Blain, reg. de 1601-1602, f° 583), dont il sera qneslion au chapitre IV. Ensuite le président de Rozel se les fit remettre par autorité de justice [Ibid., reg. de 1603-1604, f« 507).

1 Voir note précédente. — En cas de mort de son fils, c'est son frère François et non sa femme (pie Charles de Rozel avait substitué pour son héritage.

- Peut-être s'a<rissait-il de l'animosité signalée entre le capitaine Bedos d'une part et, trois habitants de l'autre, qui menaçait de diviser la ville en factions (Délib. du Conseil de Ville du 28 juillet 1597).

3 Arch. imm. de Montpellier, CC, pièces de conipt. de 1000 : versement de 60 écus le 26 juillet.

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nistes. En tête des assistants figure le président Pierre de Rozel ; les noms et qualités de ceux qu'on cite après lui témoignent du retour au catholicisme de la magistrature, des gens de loi et de commerce. Trois délégués furent élus pour aller porter au souverain les doléances. (Tétaient Orner de Gérard, général des Aides, Etienne Textoris, procureur aux Comptes, et Claude Tallainandier, lieutenant au Prés idial1. De son côté le Chapitre cathédral et le clergé nommèrent le chanoine Engarran 2. Sur les 250 écus votés pour les frais, le Chapitre en paya 25 :î.

Le résultat des deux ambassades est connu. Aux protestants, qui réclamaient la suppression des Pénitents-Blancs et l'interdiction de laisser les jésuites prêcher, Henri IV répondit par une fin de non-recevoir, sauf abus à punir, s'il s'en produisait ; et il souligna cette attitude par le refus de rétablir k Montpellier le bureau des Trésoriers de France 4. Les catholiques, au contraire, obtinrent de nouvelles lettrespatentes, en date du 11 septembre 1600, réitérant l'injonction de les admettre à toutes les fonctions municipales5. Et, pour étudier sur place toutes les autres questions en litige, le souverain promit d'envoyer à Montpellier les commissaires exécuteurs de l'Edit. Dès lors on se prépara à faire valoir chacun ses droits. Les catholiques étaient les plaignants. Ils donnèrent les premiers leurs articles et les accompagnèrent d'une déclaration modérée, conciliante. Après avoir fait valoir qu'ils étaient les plus gros contribuables, ils revendiquaient la participation en même nombre aux fonctions municipales; et sur ce terrain, légal pour eux depuis les lettres-patentes de 1595 et de 1600, comme sur celui de la liberté religieuse, assurée légalement aussi par l'Edit de Nantes, ils se déclaraient prêts cà une entente sincère, h une fraternelle amitié, invoquant l'exemple des autres villes languedociennes qui avaient

1 Chroniques et Documents, pp. 422 et suivantes. - Délib. du Chap. cathédral du Ier août 1600.

3 Délib. du Cliap. cathédral du 20 novembre 1600.

4 Histoire de Languedoc, t. XI, p. 885.

5 Ces lettres sont mentionnées dans les articles des catholiques dont il va être question.

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déjà réalisé ce programme do justice et de concorde. Leurs articles, au nombre de trente, furent signés par l'évoque Guitard de Rate, quatre chanoines, dont l'un à titre de syndic du clergé, dix représentants des diverses classes sociales et enfin le syndic des catholiques. Planque, et leur notaire, Antoine Comte L Les réponses à ces articles, qui les suivent, sont datées du 1er du mois d'octobre2 et signées des commissaires : du Bourg et de Glermont3. Sur la plupart des points elles donnent satisfaction aux demandeurs ; certains cas étaient néanmoins renvoyés au souverain lui-même ou ajournés à la venue des commissaires. Pour un motif que je n'ai pu préciser, mais qui paraît provenir d'une récusation par les calvinistes pour cause locale et religieuse, Alexandre de Glermont fut remplacé par un maître des requêtes du roi. Fondriac de Champlay, et c'est là peut-être la raison du retard apporté a l'arrivée des commissaires à Montpellier.

Ce délai fut mis à profit par les protestants. Surtout depuis les vingt dernières années, les consuls avaient monopolisé le pouvoir, l'influence. Par le rachat de la viguerie, ils tenaient, déjà depuis 1551. la justice ordinaire et la police4. Graduellement ils annihilèrent et venaient précisément de tenter de supprimer la Commune-Clôture5, institution prési-

1 D'après un registre fies Archives municipales de Montpellier, série II, intitulé Histoire de VEdit de Nantes jusqu'en 1G22 (fos 39-4-4 pour les articles catholiques, et fos 35-37 pour les articles protestants), ils ont et.'' publiés par M1' A. de Cazenové dans un mémoire sur la Promulgation de VEdit de Nantes dans les villes de sûreté huguenote (Bulletin S. P. F., t. XLVII, pp. 343-371 : art. cath. pp. 344-301, et art. prot. pp. 302-308).

- Le texte publié donne : « du pnt jour », ce qui signifierait : « présent ». Mais le manuscrit porte : premier, par addition, dans l'interligne, de ce mot, qu'avait omis d'abord le copiste

3 Par ce « de Clermont », lequel était catholique, du Bourg étant protestant, il faut entendre Alexandre Guillem, seigneur de Clermont de Lodève, ancien ligueur très zélé, mais rallié à Henri IV en 1593 (Ernest Martin, Chronique et généalogie des Guillem, seigneurs de Clermont, p. 02).

4 Voir p. 19.

r> Le 2 mars 1000, jour où l'on aurait dû. selon la coutume, procéder à l'élection îles ouvriers de la Commune-Clôture, les consuls ne le voulurent lias, d'où requête des ouvriers de 1599 au gouverneur de la ville. Ce n'est qu'après beaucoup de réquisitions et de menaces qu'ils réussirent, le

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dant à la fortification de la ville. Ils déléguaient à l'administration du Collège, absorbaient complètement celle de l'Hôpital. L'absence ou le bas âge des Châtillon leur avaient permis d'usurper le rôle du gouverneur militaire, et l'on a vu qu'ils avaient, pour le conserver, discuté et rejeté le choix du roi l. Seul le gouverneur pour la justice et sa cour, le Présidial. étaient un frein, parfois très gênant2 et qui pouvait le devenir d'autant plus que certains desiderata des catholiques venaient d'être soumis à cette juridiction compétente.

Or les circonstances suggéraient aux consuls. — dont le premier était ce Mathurin Tremolet de Bucelli, seigneur de La Valette, jadis fortement compromis dans les guerres :!. — un plan assez habile. Pierre de Dammartin. écuyer. seigneur de Deyme et de Montlaur, mari de Violande des Ursières, qui exerçait alors l'office de gouverneur, songeait à le résigner, peut-être pour cause de santé, car, de fait, il mourut moins d'une année après4. Il avait déjà promis l'office au seigneur de Fabrègues, lorsque les consuls et le Consistoire l'apprirent et s'en émurent. Eux avaient leur candidat. Guillaume d'Hébrard, seigneur de la Lauze, un noble de fraîche date et d'occasion, qui était fils de marchand5, mais avait épousé la fille du seigneur de la Lauze t;. Aussi, l'année prêts mars, à maintenir l'institution (Arch. mua. de Montpellier, Thalamus de la Commune-Clôture, f°9 306 et suivants).

1 Voir pp. 534 et suivantes. — De même pour le sergent-major, Olivier Molinet d'Olivier (Délib. du Conseil général du 8 novembre 159S).

- Par exemple dans les affaires de la revendication des ruines de Notre- Dame par li- Chapitre, de l'interdiction par les consuls de la procession de la confrérie du Rosaire et autres, il y avait eu procès-verbal dressé par les magistrats. — Voici un autre fait. Au Conseil de Ville du 0 septembre 1597, il fui rapporté que le Présidial en corps, ému des propos tenus à l'assemblée de Nimes par un député de Montpellier sur l'aide à fournir à l'entreprise de Fosseuse contre Mende, avait admonesté fortement les consuls à ce sujet.

3 Voir à son nom.

4 Le 22 novembre 1601, il est mentionné' que les consuls ont assisté- à ses obsèques (Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de comptabilité).

5 De Jean Hébrard [Chron. ri Doc, p. 281).

6 Isabeau, fille de feu Pierre de la Volhe, premier président à la Cham-

of>0 la nF.Fomir: a Montpellier

cédente, on l'avait l'ait premier consul1. 11 donna sa parole que, aussitôt pourvu, il ferait unir l'office au Consulat. Alors de pressantes démarches auprès de Dammartin induisirent ce dernier à retirer sa promesse à M. de Fabrègues et à conclure avec d'Hébrard. En effet, avant qu'une lettre du 9 décembre de Ventadour à Montmorency, par laquelle, l'informant de ces menées, il le priait d'y parer-, ait pu porter ses fruits, les provisions royales en faveur d'Hébrard étaient données, le 19 décembre 1600 :î. Mais il ne fut installé, à Castres, que le 7 décembre 1601 4, c'est-à-dire quand la mort de Dammartin eut rendu la eliose urgente. Que s'était-il passé ? Dans la lettre que j'ai visée, Ventadour suggérait un moyen auquel les catholiques n'ont pas manqué de recourir. D'Hébrard ne remplissait point les conditions requises par les ordonnances royales chez les baillis et sénéchaux des provinces : être gentilhomme de nom et d'armes, et avoir commandé auparavant en une compagnie d'ordonnance comme capitaine, lieutenant, enseigne ou guidon. Or l'état de gouverneur pour la justice à Montpellier était, selon leur théorie. « en quallité semblable de ballif ou seneschal ». Ils avaient déjà fait requête d'opposition au roi, fondée sur le défaut de ces qualités chez d'Hébrard, et le souverain avait ordonné que les parties se retireraient au Parlement de Toulouse. Le 19 janvier 1601, dans la maison du président de Rozel, quelques nobles de la ville ou du gouvernement constituèrent leur procureur auprès du Parlement Louis de Pelet, seigneur et baron de Combas 5. D'Hébrard, on l'a vu, gagnera finalement son procès, mais la manœuvre pour unir l'office au Consulat, ayant été ainsi éventée, ne réussit point.

bre des Comptes, d'après leur contrat de mariage du 15 octobre 1582 'Min. d'Ant. Comte, étude Cornior, reg. de 1570-1582, f° 700).

1 Chroniques et Documents, p. 410.

2 Ibid., p. 425.

:! Arch. de l'Hérault, C, Trésoriers de France, reg. de 1003, f° 192.

4 Ibid. — Kncore l'attache des Trésoriers n'est-elle que du 30 juin 1003, ce qui dénote la continuation de la résistance.

5 Min. de Julien Paretz, étude Coste, reg. de 1001, f° 8.

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