IV. — Les décisions complémentaires
Phase administrative. — Illégalités commises par les consuls protestants. — Arnaud du Faur, lieutenant du gouverneur Chdtillon. -— Double députation protestante et catholique à Henri IV. —
1 Chroniques et Documents, p. 436.
•■> Délib. du Conseil de Ville du 13 août 1601.
3 Voir ci-dessous p. 581.
* D'où il ne revint que le 12 octobre (Voir p. 582).
■"■ Histoire de l'Edit etc., f° 82.
6 Falgueyrolles, lieutenant particulier, chargé par la Ville de poursuivre cet enregistrement, disait, le 8 avril 1603, avoir laissé à Castres la chose prête à juger et « tous messieurs les conseillers disposez pour en sortir en toute doulceur. - Délib. du Conseil de Ville de ce jour;.
Décisions du Conseil privé sur les questions encore pendantes : partage du Consulat, vote de Vimpôt, tour de l'Horloge, église Saint-Pierre, restauration des ordres religieux. — Difficultés apportées à la nomination des catholiques à la commission de l'impôt ; ferme conduite du Connétable de Montmorency. — Assemblée de Pézenas et ses décisions touchant le litige sur le partage du Consulat, la tour de V Horloge, la commission de Vimpôt, etc. — Création d'intendants des deux cultes. — Les catholiques mis sous la sauvegarde des protestants.
La phase administrative du débat entre catholiques et protestants qui suivit la sédition de 1600, est fort importante à mettre en lumière, car, à travers nombre d'incidents signifificatifs, elle aboutit à compléter la charte montpelliéraine issue de l'Edit de Nantes.
Selon l'arrêt du Conseil privé du 16 janvier 1601, les commissaires de l'Edit avaient fait démolir, aux frais de la commune, le ravelin de Notre-Dame des Tables côté clocher, et ils avaient rendu aux catholiques la tour de l'Horloge sur la rue Aiguillerie '. Cependant, quelques jours après, alléguant l'utilité de réparer et faire sonner cette horloge, les consuls reprirent les clefs de l'église et les gardèrent2. Première illégalité.
L'époque des élections consulaires approchant, les catholiques croyaient bien y participer. Leurs titres, c'étaient les lettres-patentes de 1595 et de 1600:\ une sentence provisionnelle des commissaires de l'Edit'1, l'attache du connétable sur cette ordonnance puis son ordre formel de surseoir aux élections jusqu'au jugement définitif du litige4. Les protestants se basaient sur les articles secrets accompagnant l'Edit, et qui portaient que rien ne serait innové dans les villes de sûreté. N'osant passer outre à l'opposition du Connétable, ils présentèrent au roi une requête pour pouvoir pro-
1 Comptes municipaux du 17 février 1601 (Chron. et Doc, p. 429). — Histoire de l'Edit de Nantes jusqu'en 1622, f° 52, art. ix catli.
2 Histoire de l'Edit etc., f° 52, art. ix cath.
3 Voir pp. 531 et 557.
4 Histoire de l'Edit etc., f° 45.
céder aux élections. Gela leur fut accordé par un arrêt du Conseil d'Etat du 26 février 1601, mais sous condition que ces élections se feraient sans distinction de culte1. De cet arrêt les consuls ne retinrent que le premier point. Le 22 mars, sans aucunement convoquer les catholiques, on élut: Pierre Clausel, maître à la Chambre des Comptes, premier; Etienne Ranchin, frère de Guillaume2, deuxième ; et leurs collègues autres consuls. Les catholiques appelèrent de cette seconde illégalité et firent inhibition à la Cour du gouverneur d'installer les nouveaux magistrats3. Il y eut, en effet, difficulté; mais, sur production de l'original du document4 et grâce aux bonnes dispositions de David de Falgueyrolles, lieutenant-particulier, la cérémonie eut lieu5.
Ce qui favorisait de telles entreprises, c'était le manque de tout gouverneur : celui pour la justice, Pierre de Dammartin, avait résigné et la nomination de Guillaume d'Hébrard était discutée0; celui pour les armes, Châtillon, était absent. Le roi résolut d'y remédier. C'est ce qu'il faisait prévoir dans l'arrêt dû 16 janvier, mais dont il voulait s'entretenir avec le Connétable. Leurs pensées se rencontrèrent sur Arnaud du Faur, seigneur de Pujols 7. Au fond, Henri IV, même après la mésaventure de 1595 8, n'avait cessé de le considérer et de le traiter comme gouverneur de Montpellier 9. Montmorency fut
1 Histoire de l'Edit etc., f° 45 r° et v°.
2 Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1605, f° 876.
3 Histoire de l'Edit etc., f° 51, art. cath. i.
4 Le jour même du 22 mars on alla en diligence à Nimes chercher l'original des provisions du roi. Les consuls de Nimes ne voulurent point confier le document à l'envoyé, Jean Aussatières, marchand, mais ils l'expédièrent par un homme à eux (Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1600, f° 79 v°, au 24 mars 1601).
5 Histoire de l'Edit etc., f° 51, art. cath. i. « Voir p. 560.
7 Berger de Xivrey et Guadet, Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 385, au Connétable, du 23 février 1601.
8 Voir pp. 534 et suivantes.
9 Lettres-patentes du 22 avril 1599 (Sylvain Macary, Généalogie de la maison da Faur, p. 67 i.
donc chargé do pressentir l'intéressé, au refus duquel le roi songeait à Saint-André l. Mais Pujols accepta, fut installé-. Avec lui désormais les protestants comprirent que les infractions seraient vite réprimées. D'ailleurs, la nouvelle municipalité avait cà sa tête non plus l'homme de l'action violente, le vétéran des guerres qu'était La Valette, mais un magistrat, Glausel, plus naturellement porté vers les voies légales, les savants calculs, les procédés de souplesse et de ténacité. La tactique avait changé, et l'occasion s'y prêta.
A peine les commissaires de l'Edit avaient rendu leurs décisions, certaines n'étant que provisionnelles, avec renvoi au souverain, les deux partis avaient songé à députer auprès d'Henri IV pour plaider leur cause. Montpellier n'était passeul en jeu ; il s'agissait de tout le Bas-Languedoc, surtout des trois diocèses confédérés. La remarque s'étend à ce qui devra être raconté par la suite ;-mais, dans cette action commune, il ne sera retenu ici que les points concernant la ville. Les catholiques donc ayant résolu de déléguer dix ou douze personnages, les consuls de Montpellier désirèrent qu'on en fit autant, et ils y invitèrent Nimes et Uzès. Eux-mêmes portèrent leur choix sur Daniel Pascal, général aux Aides et premier consul de 1598, Théophile Sarrazin, maître à la Chambre des Comptes. David de Varanda, conseiller au Présidial, et Jean Janvier, secrétaire de la couronne de France3. Avec ceux-ci devaient aller le premier consul, La Valette, et le cinquième, Rouzier, personnellement ajournés au Conseil privé 4. Surtout ils trouvèrent un auxiliaire précieux en. Guillaume Ranchin, spécialement chargé de poursuivre les renvois et appellations au roi et autres affaires, parmi lesquelles figurera plus tard l'abolition. La caravane se mit en marche le 4 mars. Après de longs délais son retour s'éche-
1 Voir p. 580, note 7.
2 Berger de Xivrey et Guadet, Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 404, au Connétable, du 30 avril 1601.
3 Arch. mun. de Nimes, LL, délib. du Conseil de Ville, reg. de 1599- 1604, f° 158 v°, au 26 décembre 1601.
4 Arrêt du 16 janvier 1601 [Chron. et Doc, p. 431).
lonna : pour Rouzier 1(3 10 juin, pour La Valette le 7 juillet, pour Ranchin seulement le 12 octobre. Ce dernier ne perdit, d'ailleurs, ni le temps ni ce que coûta son voyage '. De leur côté, les délégués catholiques partirent vers la même époque2.
Les uns et les autres portaient leurs articles, auxquels le Conseil privé répondit le 17 avril 1001 3. Nouvel élément pour le règlement, ces articles doivent être analysés ici.
Quant au partage des fonctions municipales, surtout du Consulat, les protestants feignaient de juger la question tranchée à leur profit par les provisions du 20 février 1001, et ils en remerciaient le roi ; mais les catholiques se plaignaient d'une telle interprétation. La décision définitive fut ajournée après consultation de personnages notables, « amis speciaulx )> du roi en Languedoc 4; mais par provision les catholiques furent admis5.
Désormais, selon les réclamations de ceux-ci, les impositions ne pourraient être votées qu'en Conseil général avec assistance de tous sans distinction de culte, et sous la présidence d'un des magistrats de la Cour du gouverneur : jugemage, lieutenant principal, plus ancien conseiller au Présidial. Et voilà qui allaita rencontre d'une décision des églises réformées du Languedoc appliquée par Châtillon dès 1579°. La vérification de ces impositions était attribuée à la Cour des
1 Délib. du Conseil de Ville du 12 octobre 1601. — Arch. niun. de Montpellier, CC, pièces de compt. de 1601. — Min. de Fesquet, étude Grpllier, reg. de 1597-1601, 2e part., fos 161 v° et suivants. — Arch. mun. de Nimes, LL, délib. du Conseil de Ville, reg. de 1599-1604; f°s 159 v», 163 v°, 164 v» et 165.
2 Lettre de Ventadour au Connétable du 11 mars 1601 (Bibl. Nat., fr. 3589, p. 70).
3 Ces articles sont transcrits dans Y Histoire de l'Edit de JSantes jusqu'en 1622 : les seize articles des protestants aux fos 47-49 ; les treize articles des catholiques aux fos 51-52 v°.
4 Au nombre desquels sans doute était l'avocat-général à la Chambre de l'Edit, Pierre Bocaud, lequel quittait la Cour en emportant une lettre du roi au Connétable écrite le 30 avril 1601 (Berger de Xivrey et Guadet, Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 404).
5 Art. prot. i ; art. cath. i à v.
a Voir p. 431.
Aides, leur approbation au Conseil privé, le jugement des litiges à la Chambre de l'Edit1. Ainsi des garanties réelles étaient accordées aux catholiques et c'est, on le verra bientôt, par là de nouveau qu'ils s'imposeront.
La possession de la tour de l'Horloge à Notre-Dame des Tables restait une question irritante. Les catholiques invoquaient pour sa restitution l'arrêt du Conseil du 16 janvier 1601. Les protestants discutaient cet arrêt, rendu, disaient-ils, sans appel préalable de la part des catholiques et parties non ouïes. Ils rappelaient les arguments présentés aux commissaires : droits de la ville sur le monument-, ordonnance de Catherine de Médicis en 1579 3, des commissaires le 23 décembre 1600 4. Surtout ils faisaient valoir qu'il n'y avait aucun autre lieu propre à l'usage de garde et guet. Or il eût été aisé de leur répondre qu'il en existait un et qu'eux-mêmes avaient su l'utiliser peu d'années auparavant : le clocher de l'église ruinée Saint-Finnin 5. La décision royale fut de laisser provisionnellement aux consuls la garde de la tour de l'Horloge, mais en fermant les vues à l'intérieur de l'église et pratiquant une entrée spéciale ; l'avis du Connétable ou, à son défaut, de Ventadour, inspirerait ensuite la sentence définitive t;.
Dés lors le clocher de Saint-Firmin fut condamné. Le 5 mai 1601, sur la plainte des voisins craignant dommage, le Chapitre cathedra] était appelé a délibérer de la «ruy ne qu'est cejourd'huy survenue au clocher de l'esglize de Sainct Firmin ». Fallait-il réparer le clocher ou achever de le démolir '. c'est ce que diraient les hommes du métier 7. A la réflexion ou à la vérification, cet événement brusque, qualifié « fortuit », sembla louche, car on résolut d'en faire constat devant un
1 Art. prot, m ; art. catli. vi.
- Résultant sansâdoute de la réparation faite en 1598 (Voir p. 5-15).
3 Voir pp. 438 et 439.
4 Voir p. 003.
■• Voir }). 544.
0 Art. prot. x ; art. catli. i.\.
7 Délib. du Chap. cathédral du 5 mai 1601.
magistrat du roi '. Finalement le clocher sera réparé2. Mais, à l'avenir ce fut une leçon : en 160(5, le Chapitre s'enquérait discrètement si Carrière, locataire de la tour, était protestant, allait au prêche; et, comme cela était, il fut congédié, moyennant indemnité3. Ces chutes de clochers avaient été toujours à Montpellier si opportunes depuis les luttes religieuses 4 ! et vraiment celle-ci servait singulièrement la décision à intervenir en ce moment même.
Pour Saint-Pierre, les catholiques ne revendiquaient spécialement rien, mais, de par l'arrêt du 16 janvier, l'église leur appartenait tout entière : vaisseau et tours. Les protestants firent donc valoir que l'édifice avait jadis servi de forteresse et soutenu deux sièges. La même décision fut prise qu'à l'égard de la tour de l'Horloge 5.
Les jésuites ne pouvaient être oubliés dans les réclamations des protestants. « Si nous avions encore été dans la ville au moment de la sédition, il eût été étonnant, remarque avec humour leur chroniqueur, qu'on ne nous accusât pas d'en être les auteurs »fi. Tout au moins les calvinistes disaient c< avoir recongneu qu'ilz sont principallement cauze des aigreurs etanymosités qui ont lieu ce jourd'hui en icelles [villes de sûreté] ». Us réclamaient donc une interdiction de prêcher, que le roi n'accorda point. Et, si ce dernier recommanda la modération de langage, ce ne fut point aux prédicateurs seulement. Les ministres reçurent le même avis 7, qui paraît se rapporter au cas Bansilion8.
De même les protestants ne purent empêcher les ordres
1 Délib. du Chap. cathédral du 7 mai 1001.
2 Délib. du Chap. cathédral des 7 et 21 mai, 3 décembre 1001 et 27 février 1602. — On clôtura aussi l'église ruinée (Reg. de compt. de 1601, au 30 mai).
3 Délib. du Chap. cathédral des 14 avril et 5 juin 1606.
4 Voir pp. 338 et 445.
5 Art. prot. x.
8 Littcrœ annuse de 1600, p. 305.
7 Art. prot. vi.
8 Art. prot. xvi. Il en sera question au chapitre V, à propos des controverses.
mendiants ni les autres ecclésiastiques de se rétablir, et même de le faire intra mitres*.
Les provocations dont se plaignaient les catholiques de la part Lies patrouilles, qui tiraient de grands coups d'arquebuse en passant devant l'église, furent sévèrement interdites. Mais ils n'obtinrent point la suppression des rondes diurnes les dimanches et jour- de fêtes, Montpellier restant ville de sûreté et de garnison 2.
Du moins ne les payeraient-ils plus désormais [i. Car il fallait sur ce terrain de l'impôt compter avec eux, et c'est là que les intraitables gouvernants durent fléchir.
En magistrat avisé, le consul Clausel semble l'avoir aussitôt compris : c'est le jour même de son élection qu'on décide d'aller à Pézenas saluer Yentadour l. D'autre part, la situation financière de la Ville le lui conseillait. Le budget était, comme dépenses, chargé des frais de l'ambassade au roi, de ceux que nécessitaient la mission confiée a Guillaume Ranchin et l'engagement avec Julius Pacius5. Pour l'équilibrer, on s'était servi du bien des pauvres 6, ensuite on avait emprunté''. Si les catholiques, couverts par la sentence des commissaires de l'Edit, se refusaient à payer des impositions votées sans eux, ils étaient assurés d'obtenir gain de cause, d'autant mieux que le Connétable revenait alors de la Cour en son gouvernement. Or les consuls nouveaux avaient à se faire pardonner leur élection opérée par surprise et contre son gré. 11 s'agissait de se présenter a lui avec déférence et s'en faire bien voir. Aussi, dès Beaucaire, du 28 mars au
1 Art. prot. v.
- Art. cath. vin.
;1 Art. cath. vi ; art. prot. n et xn.
4 Arch. mun. de Montpellier, pièces de conipt. de 1601, au 22 mars.
5 Pour tous détails sur l'appel et le séjour à Montpellier de ce célèbre humaniste, voir : L. Guiraud, Julius Pacius en Languedoc, dans Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, 2e série, t. IV, pp. 300-331.
6 Auxquels la Ville ne payait pas même les intérêts (Délib. du Conseil de Ville du 27 novembre 1001).
7 Min. de Pierre Fesquet, étude Grollier, re°:. de 1597-1601, 2e partie, foa K3i vo et suivants.
lPr avril, le Connétable trouva dans ce but Guillaume d'Hébrard, le gouverneur en instance, Clause!, premier consul, et Daniel Pascal, général à la (lourdes Aides, accourus lui faire révérence et l'inviter à venir à Montpellier. Mais ils furent très fraîchement accueillis et la visite rejetée après celle des villes frontières1. Et de fait, le 12 avril, le gouverneur du Languedoc passa à Maguelone, se rendant par eau à Frontignan, pour se diriger sur Pézenas. C'était un affront. On n'en envoya pas moins le saluer à Frontignan une autre délégation, conduite par le deuxième consul, Etienne Ranchin 2.
Devant celte attitude sévère et la nécessité de faire montre de bonne volonté au moment même où se poursuivait à Paris l'affaire des cahiers, l'administration protestante lit une concession : elle admit de nouveau les catholiques à cette, commission du budget qu'on appelait à Montpeilier les Quatorze de la Chapelle. Mais elle les désigna elle-même, et c'est pourquoi les élus refusèrent un mandat qu'ils entendaient ne tenir que de leurs coreligionnaires3. Sur ces entrefaites, les catholiques obtenaient satisfaction définitive, le 17 avril, sur le mode d'assiette de l'impôt.
Aussi ce fut en vain que. au début de juin, les consuls, apprenant que le Connétable se rendait à la Font de Meynes, allèrent le supplier d'en profiter pour une visite à Montpellier4, et ensuite qu'on réitéra cette prière lorsqu'il passa à Frontignan 5. Par la soumission seule, on vaincrait sa résistance. Pourtant, ni protestants ni catholiques ne capitulaient. En juillet, le juge-mage envoya prendre le premier consul et l'avertit que mieux valait procéder cà l'amiable pour l'exécution des cahiers du 17 avril. Plusieurs conférences eurent lieu entre délégués ". Une double députation partit pour Beau-
1 Délib. <lu Conseil de Ville des 27 mars el, 2 avril 1601. — Pièces de compt. de 1601.
- Aivh. mun. de Montpellier, CC, pièces de compt. de 1601.
3 Délib. du Conseil de Ville du 2 avril 1601.
1 Délib. du Conseil de Ville des 5 et 8 juin 1601.
5 Délib. du Conseil de Ville du 8 juin 1601.
« Délib. du Conseil de Ville «les 10, 15, 18, 19 et 27 juillet 1601.
caire: d'une part, les catholiques; de l'autre Clausel et Fargcs, maître aux Comptes. Quelle qu'ait été l'insistance do
ceux-ci, ils durent confesser qu' « ils n'y auroient gueres advancës » L La victime principale de ce conflit, c'était dés lors et ce sera encore, je l'ai dit, le professeur de droit Julius Pacius, alléché à l'instar de Casaubon par de beaux gages, et trop confiant dans un pacte solennel.
Le 2 août, l'administration était, aux abois, sans aucun budget établi, nulles impositions levées. On ne pouvait plus rester ainsi. Mais que faire ? Implorer le Connétable ? Plaider à Castres ? On vota les deux moyens à la fois2, tout en commençant par la conciliation. Le surlendemain partirent pour Beaucaire Clause), Varandaet Gigord. Us étaient chargés de supplier encore, — c'était la quatrième fois, — le gouverneur du Languedoc de s'arrêter en se rendant aux Etats, et aussi de « sca voir comme l'on se doibt gouverner sur la nomination faite par les consulz des sept catholicques pour le faict des impositions»3. La réponse reçue peut s'inférer de la résolution relative à une entente qui fut enfin prise sur leur rapport4. Et, ses conditions ainsi acceptées sans doute, le Connétable consentit à venir à Montpellier. Il n'y entra pas cependant, et choisit son gîte hors la ville, au clos de Biaise Aguillon5, président aux Comptes, l'un des catholiques les plus militants. C'est là que, le 18 août 1601, les consuls lui firent la révérence et lui offrirent un déjeuner1'.
Surplace, le gouverneur du Languedoc se rendit compte
I Délib. du Conseil de Ville du 27 juillet 1C01. — Leur voyage dura sept jours (Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de compt. de 1(301 ) .
* Délib. du Conseil de Ville du 2 août 1601,
3 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1601, f° 28 v°, au 5 octobre 1601, et pièces de compt. de 1601.
4 Délib. du Conseil de Ville du 9 août 1601.
■s Ce clos avait appartenu à l'ancien gouverneur Pierre de Bourdic (Min. de Degan, étude Grollier, reg. de 1588-1589, f° 387 v°). Biaise Aguillon en fit relever les murailles en 1585 (Arch. de l'Hérault, G, not. du Chapitre : Darles, reg. de 15(56-1591, f° 400).
II Délibération du Conseil de Ville du 14 janvier 1602. — Pièces de compt. de 1601.
de tout, el décida de profiter de l'occurrence des Etats du pays pour tenir une assemblée spéciale, où seraient enfin élucidées les difficultés encore pendantes après les décisions du 17 avril. Il convoqua cette assemblée à Pézenas pour le 26 août1, et partout on s'y prépara.
Bien qu'il s'agit d'administration, la commission choisie par le Connétable avait allure de tribunal, car elle comprenait dix membres mi-partis, tous magistrats éminents et ne représentant pas moins de huit juridictions. Elle offrait donc toutes les garanties désirables de compétence et d'impartialité. Ces membres étaient : de Paulo, président au Parlement de Toulouse ; de Vignolles, président, de Maussac et d'Airebaudouze, conseillers, et de Bocaud, procureur du roi à la Chambre de l'Edit à Castres ; Arnaud du Faur de Pujols, gouverneur de Montpellier, mais aussi conseiller aux Conseils d'Etat et privé ; Marion, trésorier de France en Languedoc ; de Rochemore, juge-mage de Nimes ; de Convers, président au Présidial de Montpellier, et d'Arnoye, président au Présidial de Béziers 2,
Devant ce tribunal se présentèrent les députés des villes, appartenant aux deux cultes. Pour Montpellier, Montmorency avait écrit aux consuls et aux députés des églises réformées d'envoyer trois délégués. Mais le Conseil de Ville jugea utile, les catholiques en ayant choisi quatre, d'en envoyer un égal nombre. Ce furent : de Farges, maître aux Comptes ; Pascal, général aux Aides ; Varanda, conseiller au Présidial, et le pasteur Jean GigordA En outre, on spécifia que les députés aux Etats, c'est-à-dire le consul actuel, Clausel, et l'ancien, La Valette, seraient là pour les assister4. Ils partirent le 27 août et. rentrèrent le 3 septembre 5. Des quatre catholiques
1 Délib. du Conseil de Ville du 22 août 1001.
- Histoire de l'Edit etc., f° 56.
:! Délib. du Conseil de Ville du 22 août 1001. — Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1001, f° 45, au 14 décembre 1601, et pièces de compt. de 1001.
4 Délib. du Conseil de Ville du 22 août 1001.
"' Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de compt. de 1001.
délégués à Pézenas, un seul est indiqué : Orner de Gérard1.
C'est pour recevoir les plaintes des catholiques que l'assemblée avait été convoquée. Ils les formulèrent en un cahier de douze articles2, répondus le 2 septembre 1601, et dont la grande majorité concerne Montpellier. Comme questions cà résoudre, il ne restait plus que celle, si importante, du Consulat et celle de la tour de l'Horloge. On semble avoir, de part et d'autre, réservé la première : ainsi les catholiques, de par les provisions obtenues et les décisions données, gardaient le droit d'y prétendre, et les protestants par leur intransigeance demeuraient en possession. Quant cà la seconde, la ruine du clocher de Saint-Firmin ne laissant plus de choix, la tour resta aux Consuls. Du moins l'obligation de fermer les vues et de faire une entrée extérieure spéciale dans un délai maximum de deux mois3 fut-elle enfin observée. La Ville mit ses armoiries sur cette porte4.
Toutes les autres réclamations visaient des infractions aux décisions précédentes : insolences nouvelles de la patrouille, qui avait un jour, pendant le sermon, tiré des coups d'arquebuse dans la porte même de la Canourgue, y causant effroi et scandale-» ; abus de la cloche de l'Horloge pour sonner la retraite6; empêchements donnés à la perception des dîmes 7; emploi exclusif au Collège de régents calvinistes, nommés par les consuls à l'insu de l'évêque et des intendants 8; inquisition arbitraire exercée aux portes de la ville sur le culte de ceux qui se présentaient et obligation de se munir d'un billet de passe9; dilapidation des deniers publics par le favoritisme dans les baux, qu'on passait sans publicité ni
1 Histoire de l'Edit etc., f° 56 v°.
- Ce cahier est transcrit dans V Histoire de l'Edit etc., f,jS 54-56.
:< Art. iv.
i Arch. raun. de Montpellier, CC, Command. de 1601, fos 39 v°, 77 et 92.
5 Art. m.
8 Art. iv.
7 Art. vi.
8 Art. vu.
9 Art. vin.
590 la nÉFomiE a montpellieh
concours ut moyennant gratification '. Toutes ces plaintes ayant été reconnues fondées, l'assemblée y pourvut en renouvelant les prescriptions antérieures et recommandant à Pujols, gouverneur pour les armes, d'y tenir sérieusement la main.
Dans cette assemblée également le Connétable trancha la question des répartiteurs de l'impôt. Il approuva une liste de trente-cinq catholiques qui, par séries annuelles de sept, exerceraient cette charge de concert avec autant de protestants nommés parles consuls. L'audition des comptes leur fut aussi dévolue, avec recours successif au Conseil de Ville, à la Cour des Aides -.
L'œuvre fut enfin complétée par la création d'une commission locale et permanente d'arbitrage sur tous les différends éventuels issus de contraventions aux divers articles. La commission se composerait de quatre catholiques, à nommer par le Connétable, et de quatre protestants, à nommer par les consuls3. Ces délégués, qu'on appela intendants, étaient toujours des notabilités à même d'imposer par leur influence. Par ce moyen, on évitait l'inconvénient des assemblées et des syndicats 4, qui s'étaient multipliés depuis quelques années 3 et fatalement produisaient l'excitation des esprits, l'agitation publique.
Pour tout clôturer, le clergé et les habitants catholiques furent mis sous la sauvegarde des consuls et des habitants protestants, et deux députés montpelliérains : Pascal et de Gérard, au nom de tous les autres, acquiescèrent aux déci-
1 Art. x.
2 Art, ix.
:! Histoire de l'Edit etc., f° 5G.
4 Ibidem.
5 Dans sa délibération du 30 juillet 1601, le Chapitre cathédral décidait qu'aux assemblées particulières faites par les catholiques n'assisteraient que les chanoines déjà députés : sacristain, aumônier et syndics ; aux assemblées générales tous pourraient se rendre. La mesure entra en vigueur ce jour-là (Chron. et Doc, p. 423). Elle permet la distinction des assemblées.
LA RÉFORME CATHOLIQUE 50 i
siuns données, en remercièrent le Connétable, et promirent de les respecter l.
Désormais, au prix de tant d'efforts, par l'intervention des plus hautes autorités du royaume, la charte de tolérance était complète dans sa teneur. Cependant c'est une à une que les catholiques durent rendre effectives les libertés qu'elle stipulait en leur faveur. Sur ce terrain légal, leur énergie et leur persévérance se déployèrent sans lassitude, et ne furent point vaines.
Y. — L'application progressive
Fonctionnement de la commission mixte de l'impôt. — Visite du Connétable. — Intendants et répartiteurs catholiques. — Les catholiques admis à l'administration de l'hôpital, — au Conseil général, — à nommer leurs intendants, — à la garde des archives de la province. — Refus de les laisser participer au Consulat ni au Conseil de Ville. — Gouverneurs pour la justice : d'Hébrard, de Saint-Jlavy, protestants; de Montlaur, catholique. — Gouverneurs pour les armes : du Faur, de Saint-André.
En application de la sentence rendue le 2 septembre 1001, le Connétable avait désigné pour répartiteurs catholiques de l'impôt : Pierre de Griffi, maître à la Chambre des Comptes ; Isaac Joubert. conseiller au Présidial ; Guillermin, receveur du Chapitre cathedra] ; Azemar, avocat; Jacques Lautier ; Antoine de Sarramejan ; Louis Reynes -. Il est assez vraisemblable que c'était là une liste de fusion 3. Sur le rapport des députés à Pézenas, le Conseil de Ville y donna son agrément et nomma les sept autres membres des Quatorze de la Chapelle, qui furent : de Bossuges, maître aux Comptes ; de Varanda, conseiller au Présidial ; Cnbassut, docteur en droit;
1 Histoire de l'Edit etc., f° 56.
2 Ordonnance du Connétable du 2 septembre IGOl {Histoire de l'Edit etc., f° 58).
3 Les noms de Lautier et Reynes figuraient, en effet, sur la liste nommée par les Consuls (Délib. du Conseil de Ville du 18 juillet 1601; ; quant à celle dressée primitivement par les catholiques, je ne l'ai point trouvée.
592 LA RÈFOllMÈ A MoNTPELLtEh
Atgier, seigneur de La Bastide ; Ghaugier, receveur aux Comptes ; Claude de la Combe et Jean Bigossy, marchand L
Ces répartiteurs se mirent aussitôt à l'œuvre. Pendant plusieurs jours ils travaillèrent paisiblement, solutionnant les difficultés à l'amiable pour le plus grand soulagement de la ville, et les catholiques acceptant tous les articles du budget, à l'exception des gages du sergent-major, de la sentinelle et du porteur de convocations pour les rondes, dont ils étaient déchargés. Quand l'état fut arrêté, Grifii, au nom de ses collègues catholiques, vint expliquer au Conseil de Ville leurs motifs. 11 expliqua que quelques dépenses avaient été acceptées par esprit de conciliation, mais devraient être à l'avenir épargnées aux catholiques, et il exhorta à réformer l'administration de l'hôpital. Enfin il réclama que le contrat de Pacius, trop onéreux, fût soumis k un Conseil général. De fait, ces observations furent prises en considération2, et cette première collaboration devint profitable à la paix et à l'intérêt publics.
Ceci eut pour effet de décider le Connétable cà réaliser enfin sa visite officielle. Son entrée eut lieu le 25 septembre 1601. Les clefs dé la ville lui furent présentées dans un sac de velours noir par le sergent-major, Léonard Argelliers ; et la comtesse d'Auvergne, qui rejoignit son père, reçut des poudres de senteur3.
Le gouverneur de Languedoc profita de son séjour pour désigner, par ordonnance du 27 septembre 1601, les quatre premiers intendants des catholiques. Ce furent : Pierre de Rozel, premier président à la Cour des Aides ; Biaise d'Aguillon, président à la Chambre des Comptes; Jean de Trinquaire, juge-mage; et Claude de Jaule, avocat4. Enfin, par une nouvelle ordonnance, le 9 octobre, il trancha, en se pro-
1 Délib. du Conseil de Ville du 8 septembre 1601. - Délib. du Conseil de Ville du 21 septembre 1601.
3 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1601, f03 52 v°, 57, 02, et pièces de compt. — La comtesse' d'Auvergne, on le verra (Chap. VI § h), possédait la seigneurie de Lattes.
4 Histoire de l'Edit etc., f° 58 v°.
nonçant pour l'affirmative, le différend entre les habitants catholiques et les consuls, qui discutaient encore de l'application à Montpellier du règlement du 2 septembre 1601 *.
Représentants officiels des catholiques montpelliérains auprès de leurs concitoyens calvinistes 2. les quatre intendants et les sept des Quatorze de la Chapelle formaient entre eux une sorte de conseil à réunions occasionnelles, qu'on voit fonctionner surtout dans les premières années du XVIIe siècle3. Peu à peu, les conquêtes s'étendant, plus de notables participèrent à ces assemblées, dont le nombre sera parfois imposant.
L'extrême pénurie des finances municipales en 1601, déjà constatée 4, se répercutait lamentablement sur l'entretien des pauvres, et je spécifie des pauvres appartenant au culte réformé, car les autres étaient secourus grâce à cet organisme à part créé dès 1596, l'Aumône générale des pauvres catholiques 5. Quand les libéralités quotidiennes des catholiques avaient ainsi fait défaut à l'administration officielle, le déficit devint très sensible. On jugea commode d'usurper leurs legs, et les commissaires de l'Edit durent s'en occuper0. Dès lors, les consuls ayant, de leur propre aveu, diverti de son usage le capital ou fonds des pauvres et ne leur en payant plus l'intérêt, on n'eut plus de quoi nourrir ces malheureux. Les mendiants pullulèrent aux portes des maisons. Devant cette pénurie, ce danger, l'administration consulaire vint à résipiscence et sollicita elle-même le concours des catholiques, comme autrefois 7. Ceux-ci se laissèrent toucher et, sans
1 Histoire de l'Edit etc., f° 56 v°.
s Délib. du Conseil de Ville des 13 mai et 16 août 1603, 17 juillet 1611, 8 octobre 1612, 29 janvier 1614 et 15 août 1617.
3 Par exemple le 9 mars 1603 pour nommer Jean de Mariotte receveur des deniers des catholiques (Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de conipt. de 1603).
4 Voir pp. 538 et 539.
5 Voir pp. 539-541.
6 Voir p. 567.
7 Délib. du Conseil de Ville des 22 août et 27 novembre 1601.
Soc. Ancn. de Montpellier. 38
abandonner leur œuvre particulière l, ils multiplièrent généreusement leurs aumônes pendant un hiver que les pluies rendaient plus cruel par le chômage. Sur leur avis on distribua des secours immédiats aux nécessiteux, le Chapitre s'inscrivant pour 10 écus, ensuite on emprunta. Et. comme une épidémie s'ensuivait, la commission destinée à y remédier fut composée de trois membres de chaque culte. On la doubla même, en lui conservant son caractère mixte, lorsqu'il s'agit de visiter les maisons et d'expulser les vagabonds de la cité2. Enfin, l'année suivante, en 1604, les catholiques, qui avaient réclamé souvent la réforme de l'administration hospitalière 3, obtinrent d'y faire siéger quatre procureurs à côté des quatre protestants. Ventadour les nomma 4.
En l'année 1605, les catholiques enregistraient une autre victoire. Une question des plus importantes occupait la ville : celle des moulins du Lez, qui l'alimentaient et que les propriétaires prétendaient faire servir à leur gré. Les avis, au Conseil des Vingt-quatre, furent tellement partagés et chacun entendait si fort donner le sien d'abord que, « sur ces estrifs », constate le greffier, « le Conseil s'est desbandé, n'ayant personne volleu oppiner » 5. 11 fallut un Conseil extraordinaire pour régler les préséances. Mais cette assem-
1 Elle gardait ses quatre « procureurs ou recteurs des pauvres catholiques », élus le premier dimanche de mai (Min. de Sabatier, étude Coste, reg. de 1615, f° 664 v°, au 23 novembre 1615). J'ai indiqué son budget en 1621 (Voir p. 541).
* Délib. du Conseil de Ville du 17 février 1603.
3 Voir pp. 539, 566 et 567.
4 « Touchant la nomination faicte par messieurs les catholicques pour assister avec les procureurs des pouvres de l'hospital S. Klloy, arresté que nions1- le Juge maige leur en parlera, et le tout renvoyé au premier Conseil », porte la délibération du Conseil de Ville du 22 mars 1604. Mais il manque celles de l'année suivante. Néanmoins la solution de l'affaire est indiquée par la délibération du Chapitre cathédral du 9 juin 1604, où l'on voit ce Corps surseoir a la nomination de son délégué jusqu'à la réception des procureurs de l'Hôpital nommés par Ventadour. Il fut donc, pour le début, en 1604, des procureurs des pauvres, procédé comme on l'avait fait en 1601 à l'égard des intendants et des répartiteurs de l'impôt.
5 Délib. du Conseil de Ville du 7 avril 1005.
blëe souleva une question nouvelle : l'admission des catholiques, et voici la conclusion votée :
« Ayant sur ce meurement délibéré et considéré que le faict [des moulins] est de grande importance a tout le gênerai de la ville et, comme tel, que messieurs les catholicques de la ville y ont aultant d'interest que ceulx de la religion, et partant qu'on ne peult délibérer sur ce faict sans qu'ilz soyent appelles et fere a ces fins assembler ung conseil gênerai, a esté arresté et conclud que messieurs les Consulz assambleront ung conseil gênerai de tous les principaulx de la ville, tant d'une religion que d'aultre, pour estre délibéré amplement sur ce faict » '.
Ce Conseil extraordinaire de notables fut, en effet, tenu le 25 août 1605 et présidé par David de Varanda. 11 comprenait quarante assistants. Mais, par la décision qu'au début on y prit de sonner la cloche, il se transforma en Conseil général : on y compta vingt-six assistants énumérés dans l'acte et «deux cens et plus» des autres, restés anonymes2.
En 1606 finissait la période de cinq années assignée pour la validité des pouvoirs soit des intendants soit des sept, renouvelables, répartiteurs de l'impôt3. Il y eut chez les consuls velléité de se débarrasser d'un contrôle financier exact et gênant. Mais les catholiques, qui n'abdiquaient point, parlèrent de s'adresser au roi ou au connétable, et l'on décida de s'accorder avec eux. Les consuls et les quatre intendants protestants s'abouchèrent, dans la propre maison de l'évêque, avec les représentants des catholiques, rendirent compte au Conseil de Ville, et celui-ci vola un « concordat » sur ces bases :
« Messieurs les catholicques nommeront toutes les années quatre personnages des plus quallifiez et gens de bien, qui auront toute puissance de décider de tous leurs af'feres qui se présenteront durant l'année, et lesquels auront puissance aussi de nommer toutes les années sept personnaiges qualif-
1 Ce Conseil est inscrit entre ceux des 7 avril el 25 août 1605.
2 Délib. des Conseils extraordinaire et général du 25 août 1605.
3 Voir p. 50U.
fiez, aussi gens de bien, pour procéder aux impositions des deniers qu'il conviendra imposer sur la ville avec les sept autres qui seront nommez par messieurs les consulz. a la charge qu'ilz seront tenuz de nommer lesd. sept personnaiges par tout le moys de mars ; aultrement et a faulte de ce fere, par messieurs les consulz en seront nommez. Lesquelz neaulmoings seront tenuz de se ranger et réduire a la plus grand oppinion, et qu'ilz seront tenuz de prester le serment requis et accoustumé entre les mains de messieurs les consulz, autres toutesfoys que les officiers, lesquelz en seront exemptz » l.
En 1607, nouvel avantage, au moins moral. Les archives concernant la province étaient contenues dans une armoire à trois clefs. Jusque-la les consuls de Montpellier en détenaient deux, le syndic du Languedoc, l'autre. Or les Etats décidèrent que le premier consul en remettrait une à l'évêque. Pierre Massane était à la Cour afin de poursuivre l'affaire du Collège dont il sera question bientôt. Le second consul, Jacques de Farges, se retrancha derrière cette absence2; mais, sur une nouvelle injonction, il dut s'exécuter. Le siège épiscopal étant vacant, ce fut le vicaire-général qui reçut la clef3.
Ce que jamais pourtant ne purent conquérir les catholiques, c'est l'accès au Consulat ni au Conseil de Ville, bien qu'à diverses reprises ils l'eussent tenté4. C'est certainement le renouvellement du brevet royal pour les villes d'otage qui en fut la cause.
1 Délib. du Conseil extraordinaire du 6 janvier 1600 et du Conseil de Ville du 9 janvier 1606.
1 Délib. du Conseil de Ville du 19 décembre 1607.
3 Délib. du Conseil de Ville du 14 mars 1608.
4 En 1610, les catholiques insistant pour le Consulat, on décide d'en avertir les députés-généraux protestants auprès du roi (Délib. du Conseil de Ville du 11 juillet 1610). — En 1618, un consul refusant son élection pour une question de rang, on le supplie d'accepter « pour le bien de l'Eglise et de la Ville » (Délib. du Conseil de Ville du 2 mars 1618).
Quant au Conseil de Ville, les catholiques réclamaient encore en 1613 (Délib. du Conseil de Ville du 17 octobre 1613).
En revanche, un catholique réussit enfin à devenir gouverneur pour la justice. Guillaume d'Hébrard n'avait pas bien longtemps exercé son office : installé le 7 décembre 1601 par la Chambre de Castres *, il n'avait reçu que le 30 juin 1603 l'attache des Trésoriers de France 2. Et le 22 novembre 1605. à suite de son décès, fut nommé son successeur, Jean de Saint-Ravy3. C'était un fils de Michel, protagoniste de la Réforme à Montpellier, et il était seigneur de Pignan, Vallautre et Meyrargues 4. Saint-Ravy eut-il des besoins d'argent5? Lui parut-il avantageux de saisir le prix de 25.000 livres, que lui offrit et le 20 février 1610 lui compta François de Montlaur, seigneur de Mûries6? Toujours est-il que ce dernier, un excellent catholique, exerça désormais cette charge, transformée après lui en celle de sénéchal, le 7 août 1624 7.
Quant au titre de gouverneur pour les armes, il appartenait au\ Châtillon : le fils aine après le père, le cadet après l'aîné. Mais ceux-ci ne parurent à Montpellier que pour s'y faire voir8, et c'était bien tout ce que désiraient les consuls. Henri IV, lui, ne l'entendait point ainsi : d'où sa tentative en 1595 pour mettre Arnaud du Faur de Pujols gouverneur en
1 Arch. du Pari, de Toulouse, Chambre de l'Edit, reg. d'offices de 1598-1009, fos 102 v° et suivants. — Le document cité à la note suivante donne la date du 7 septembre 1601.
2 Arch. de l'Hérault, C, Trésoriers de France, reg. de 1003, f° 192.
3 Ibid., reg. de 1005, f° 270.
4 Contrat du 12 septembre 1009 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1009, f° 773 v°). — Délib. du Conseil de Ville du 8 janvier 1003.
5 On voit que, le 29 juin 1010, il aliéna aussi la seigneurie de Vallautre (Min. de Jean Vignes, étude Blain, reg. de 1014-1015, f° 500, au 3 juillet 1015).
fi Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1010, f° 102 v°.
7 Mémoires inédits d'André Delort, t. Ier, p. 26.
s Henri de Châtillon fit son entrée de nuit le 30 août 1598 (Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de compt. de 1598), et ce n'est qu'en considération de son père que les consuls lui offrirent des poudres de senteur
En 1611, le Châtillon troisième gouverneur ayant écrit qu'il devait venir, on décida de le recevoir avec le même cérémonial que son frère, ce qui eut lieu vers la fin avril (Délib. du Conseil de Ville des 7 janvier et 29 avril 1011).
l'absence d'Henri de Châtillon, et l'installation de ce seigneur une seconde fois en 1601 l. Lorsque du Faur mourut, dans les premiers jours de niai 1005 -, Henri IV voulut le remplacer.
Lui et le Connétable estimaient cela indispensable dans une ville où les esprits surexcités envisageaient toujours la possibilité d'une surprise. En 1601, on y avait pris ombrage d'un agrandissement du Palais, obstruant le chemin de ronde3. En 160-2, les menées de Biron et de Bouillon eu Languedoc avaient causé au mois d'août une tentative sur la ville, dont les circonstances restent obscures 4, et Bouillon y était retourné sonder le terrain le 22 décembre 5. En février 1003, nouvelle alerte pour de mystérieux avertissements venus de Béziers6. Il importait de surveiller ces tendances.
Henri IV jeta donc les yeux sur un personnage auquel il avait déjà songé, en 1001, au refus éventuel de Pujols7. C'était
1 Voir pp. 534-537 et 580-581.
- Sylvain Macary, Gênëçtlogie de la maison du Faur, p. 70.
3 Prix-fait du 25 septembre 1000 (Min. d'Ant. Comte, étude Cornier, reg. de 1000-1001, f° 395). — Délib. du Conseil de Ville du 27 novembre 1001.
4 « Despence faicte tant par messieurs les consulz, monsieur le conseiller Blancard et autres habitans, lhors que aulcungs s'en estoyent saysis, soubz le faulx bruict de la mort du roy, au moys d'aoust dernier, ou pour aller trouver monseigneur le duc de Vantadour en la ville de Pezenas, pour luy porter le procès verbal que sur ce en avoyt esté faict » (Arch. iinm. de Montpellier, CC, Command. de 1002, i'° 42 v°, au 9 janvier 1003). — Un arrêt criminel de la Chambre de l'Edit à Castres (reg. 7), en date du 13 septembre 1002, nomma deux commissaires pour informer sur les bruits de la mort du roi, ce que le gouverneur de Montpellier, malgré la réquisition du procureur du roi, n'avait « daigné » faire.
6 Arrivé le 22 après dîner, il en repartit le lendemain grand matin. Aussitôt Pierre de Serres, premier consul, assembla un Conseil extraordinaire pour narrer son passage et faire députer Jean de Saint-Ravy, gouverneur, afin de prévenir le roi et l'assurer de la fidélité de la ville (Oélib. du 23 décembre 1002). Pour cette députation et celle du délégué de Nimes, Saint-Chapte, voiries délibérations des 20 et 31 décembre 1002, et le registre des Commandements de 1002, f° 38 v°, au 8 janvier 1003.
6 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1002, f° 71, au 19 mars 1003, et pièces de compt. de 1003.
7 Voir p. 581,
Jean de Grégoire, seigneur de Saint-André1 de Val-borgne-'.
Protestant, languedocien, appartenant à l'un des trois diocèses confédérés, pourvu par son colloque, celui d'Uzès, des attestatoires nécessaires3, le candidat semblait devoir bénéficier très aisément des provisions que lui accorda le roi dès le 9 juillet 1605 et qu'il lui renouvela le '27 décembre après les attestatoires d'Uzès ''. Mais, quand Ventadour, ayant convoqué pour le 15 janvier 1606 le nouveau gouverneur et les consuls en sa présence à Pézenas, crut l'affaire assez arrangée pour, annoncer l'intention de venir le 28 l'installer luimême, il se heurta a une telle opposition que, par ordonnance du 30, il renvoya l'affaire au roi. Je ne suivrai point par le détail un débat qui se prolongea plus de deux ans 5. Ce qui était au fond, c'était le désir des consuls de conserver la garde et la police de la ville. Après avoir mis en branle Consistoire, colloque, synode provincial, voire députés-généraux, tenu en échec Ventadour, Montmorency et. le roi, finalement ils recoururent a cette thèse : des provisions de Saint-André il n'appert point qu'il soit gouverneur, mais seulement gouverneur pour les armes en l'absence de Châtillon, c'est-à-dire lieutenant; or, quand le gouverneur n'y est pas, c'est aux consuls que revient le droit de garder les clefs et de faire la police de la ville. Cette prétention allait cà rencontre des décisions royales du \G janvier 1601 °. Mais, sous le ré-
1 Annexes de David Gibert, étude Blain, t. Ier, f° 358, 2 mars 1613.
2 Cette précision est fournie par le procès-verbal de l'assemblée politique de Sommières le 20 décembre 1611 (Histoire de l'Edit etc., f° 187).
:i Pelles sont mentionnées au procès-verbal du synode provincial d'Alais de 1606, lequel les désavoua, d'ailleurs.
'' Délib. du Conseil de Ville et des notables du 3 février 1606.
5 Sur cette atfaire, très curieuse, voir : Délib. du Conseil de Ville de Montpellier des 9, 18, 27 janvier, 3 février, 3 mars 1G06, du Conseil extraordinaire des 29 juillet et 5 août 1607, et du Conseil de Ville du 4 octobre 1G07 ; — Bergerde Xivrey et Guadet, Lettres missives d'Henri IV, t. VII, p. 288, au Connétable, du 19 juin 1607, et p. 294, au même, du 27 juin 1007 ; — procès-verbaux des synodes provinciaux d'Alais en mars 1606 et de Sauve en octobre 1606 ; — acte du 5 février 1607 aux Annexes de Samuel Vidal, étude Blain, vol. de 1607, f" 16.
0 Chroniques et Documents, p. 433.
gime complexe de l'Edit, après avoir longtemps débattu sur un point, on était toujours amené cà trouver un terrain transactionnel, lorsqu'on se voyait de nouveau en présence d'autres difficultés. Il semble donc, à défaut d'un document formel, qu'un accord au moins tacite se soit établi quand, en octobre 1607, les consuls et treize notables allèrent trouver Montmorency, puisque Saint-André demeura gouverneur1 et que les consuls plus que jamais gardèrent la police de la ville.
1 On le voit en 1617 et 1618 s'installer pour cinq ans dans la maison du Pleix de Lèques, rue En Bocador (Min. de Samuel Vidal, étude Blain, reg. de 1617, f° 576, et reg. de 1618, f° 650). De plus, le 20 avril 1617, était baptisé à Montpellier Marc-Antoine, fils de Jean de Grégoire, seigneur de Saint-André, et d'Anne de Chaumont, cette Anne étant fille d'Abdias de Chaumont et de Madeleine du Pleix (Arch. mun. de Montpellier, GG, reg. 326, f°33v°).