L'ÉMEUTE DE
Difficultés "prévues. — Incidents les '■! / et '25 décembre — La restitution à opérer de l'église N.-D. des Tables. — Résistance préparée. — /.'émeute du 28 décembre : conduite de Véoêque, des consuls, de Ventadour. — La répression judiciaire : ordonnée sévère, elle est énervée par les complicités et les lenteurs] annulée par une abolition royale. — Bilan des deux parts.
Le due de Ventadour, dans sa dépèche du samedi 23 décembre L indiquait au Connétable que les difficultés si nombreuses surgies au cours du règlement des questions discutées allaient vraisemblablement se reproduire à l'exécution. N'a-t-il pas déjà constaté avoir affaire à « des personnes que, n'ayant accoustumé de vivre soubz l'ordre p rescript par les loix et eeditz de Sa M16, ne s'y peuvent resouldre» et « se faschent de se remetre dans l'ordre»2? Et sans doute l'imminence de la fête de Noël lui inspirait ce langage, car elle amenait les premières applications des articles répondus. La fermeture des boutiques l'ut donc l'objet d'une ordonnance de sa part, qu'on publia par la ville3. C'était évidemment le 24, jour de dimanche.
1 Bibl. Nat., IV. 3589, p. 45.
- Lettres des 13 et 20 décembre 1600 [Citron, et Jhe., pp. 427 el 428).
3 Arrêt du 16 janvier 1001 (Chron. el Doc., p. 431).
Le soir même un incident grave se produisit. Deux catholiques furent l'un tué, l'autre blessé par la patrouille devant l'Hotel-de-Ville. Quel en fut le motif, c'est ce que les documents ne spécifient pas, mais qu'il semble naturel d'inférer des circonstances de cet événement1. La victime, nommée Vital Roussel, était un meunier. Elle périt d'une balle tirée parles soldats que commandait le capitaine du sixain Sainte- Foy, André Montaud. Aussi en fut-il rendu responsable et condamné, comme il sera dit. Il parait donc vraisemblable que Roussel, prétendant venir assister a la messe de minuit dans la ville, fut, en sa qualité de forain, pourchasse par la patrouille, ainsi que l'autre victime, qui fut simplement blessée. Il avait commis là une infraction au règlement des commissaires, mais ce dernier n'édictait aucune peine ; le délit relevait plutôt des tribunaux. Jamais il ne pouvait comporter ce tragique et prompt dénouement. C'était un ((excès» de Montaud, et il fut poursuivi comme tel.
Le lendemain, un protestant, au contraire, enfreignit l'ordonnance de Ventadour, en ne fermant pas sa boutique. Il se nommait Philippe Grouliet dit la Mère, et exerçait la profession de menuisier. Un l'arrêta. Mais, tandis qu'on le conduisait en prison, il fut arraché des mains de ses gardiens par certains habitants2 et ne reparut plus, puisqu'il sera condamné par défaut.
Cette différence sensible dans l'issue de deux incidents où les responsabilités étaient inversement engagées, — car Roussel, forain, pouvait encore ignorer la décision des commissaires, mais Grouliet la bravait indubitablement, — dénote la mentalité des dirigeants montpelliérains. Elle montra au duc de Ventadour et aux commissaires la nécessité de présider eux-mêmes cà la restitution de l'église Notre-Dame
1 Elles sont relatées dans les arrêts des 16 janvier 1601 (Chron. et Doc., p. 431) ; 18 janvier 1601, relatif à l'enregistrement du premier (Arch. du Parlement de Toulouse, Chambre de l'Edit, reg. 68, f° 67) ; 4 avril 1601 (Chron. et Doc, p. 435) ; 11 avril 1601 (Ibid., p. 436).
- Arrêts des 16 et 18 janvier et 4 avril 1601 (Voir note précédente) ; arrêl du 16 mai 1601 (Chron. et Doc, p. 437).
des Tables, qu'ils fixèrent à huit heures de la matinée du jeudi 28 décembre. On a suffisamment expliqué qu'il s'agissait de démolir le ravelin et le corps de garde appliqués
devant la porte principale sous la tour de l'Horloge, afin de livrer tout le vaisseau aux catholiques. L'évèque en personne, Guitard de Rate, et quelques-uns de ses chanoines étaient venus prendre possession de l'église, laquelle dépendait du Chapitre. Mais la démolition n'était en rien le fait du prélat : Ventadour, Fondriac de Champlay, le protestant du Bourg, tous trois en vertu d'une commission royale, la commandaient et. la ville, représentée par ses consuls, tous protestants, en assurait et en payait l'exécution. On était même tombé d'accord sur le libellé transactionnel de la sentence, puisqu'il y avait eu consentement de certains catholiques a laisser aux consuls l'autre corps de garde du clocher '. Goiiséquemment il n'y avait nullement provocation de la part de l'évèque 2.
Avec Ventadour, les commissaires, les consuls et le clergé, étaient présents aussi les gentilshommes de la suite du lieutenant royal et ceux du pays. Oariel n'en a nommé qu'un : le baron de Gastries. Mais François du Bousquet, seigneur de Montlaur et de Mûries, Louis de Pelet, seigneur de Combas lez Sommières, François de La Vergue, seigneur de Montbazin et coseigneur d'Antonègues, Paul de Bouques, seigneur de Viols, Antoine du Pont, seigneur de Goult, Claude de Beaulac, seigneur de Poussan, Jean Domergue, seigneur de Prades, Tannequin de Vaux, seigneur de Doscares, Jacques de Quissac, seigneur de Rieux, et Jean Dandrea, tous ceux que Ventadour poussait à protester contre la nomination
1 Arrêt du 1(3 janvier 1601 {Chroa. et Doc, p. 431).
- Comme de très bonne foi a pu l'écrire M. de Cazenove, lequel, ignorant de la distinction à faire entre les deux ravelins, trouvait mal élucidée la sentence des commissaires à cet égard {Op. cit., pp. 3G9 et 370 et note 1). — A relever également Terreur commise dans une planche de X Office pour la fête des Miracles de Notre-Dame des Tables (Montpellier, Rochard, 1772, in-8°); où la scène de l'émeute est figurée devant le portail latéral de l'église, lequel était très différent à cette époque-là.
ïyrZ LA REFORME A MONTPELLIER
d'Hébrard '. el le seigneur de Fabrègues, qu'elle frustrait, se sont vraisemblablement rangés, avec les magistrats et 1rs notabilités de la ville, autour du lieutenant du roi en Languedoc, en une circonstance où c'était leur devoir de 1(3 faire.
Dès que parut en haut de l'échelle le premier maçon qui se risqua à entamer la démolition 2, une grêle de pierres l'assaillit et le blessa. Or ici se montre la duplicité des consuls, à laquelle Ventadour se laissa prendre sur le premier moment3. Ils avaient appelé à l'Hôtel-de-Ville, communiquant avec l'église, et ils y nourrirent tout le jour des soldats et des habitants '*, et c'est de là que partit le coup de cloche, signal au guetteur de la tour de l'Horloge, un Antoine Lafoux dit Lambrandes, cardeur de son état, qui aussitôt sonna le tocsin. En bas. sur la place retentissait le cri : « Aux armes ! » et Ventadour. s'avançant, avec le premier consul, pour apaiser le tumulte, se vit soudain entouré d'hommes, l'épée nue à la main. Des rues, — où se répandait la rumeur que le premier consul La Valette venait d'être tué, et que les catholiques s'étaient emparés de l'Hôtel-de-Ville ainsi que du magasin d'armes à la rue de la Blanquerie, — accouraient sans cesse les gens d'état et la populace. C'est, en effet. l'élément qui constitue à peu près uniquement les listes d'inculpés.
Ventadour, les commissaires et les chanoines se réfugièrent dans une maison vis-à-vis l'église, appartenant à Jean de Mariotte, maître aux Comptes. Pour l'évèque, il resta courageusement au milieu des quelques gentilshommes ca-
1 Lettre, du 9 décembre 1(500 (Citron, et Doc, p. 425). — Constitution de procureur le 9 janvier 1601 (Voir page 560, note 5).
- 11 se pourrait que ce maçon fût un certain Jean Machot dit d'Albi, contre lequel fut faite une procédure devant la Cour ordinaire (Arch. niun. de Montpellier, CC, pièces de comptabilité de 1601, rôle de procédures).
:i Lettre au Connétable du 28 décembre 1600 [Histoire de Languedoc, t. XII, c. 1620).
4 Comptes municipaux du 17 février 1601 (Chron. et Doc, p. 428). Cf. Command. de 1600, f° 64. — La force armée fut donc employée contre et non pour l'exécution de la loi.
tholiques, les animant d'une exhortation héroïque. Gariel en a rapporté l'esprit, sinon- les termes mêmes : « Plût à Dieu qu'il nous soit permis de mourir ici pour une telle cause ! »
Ce souhait faillit n'être que trop vérifié par l'événement. A un moment donné, comme Castries assurait le prélat de leur dévouement, un forcené approcha de l'évêque et il l'eût tué d'un coup sur la tête, si un capitaine protestant n'avait détourné sa main. Il est possible que le meurtrier soit ce Saint-Hilaire alias Guillaume Hilaire qu'on voit, sans précision du délit, rangé parmi les principaux inculpés, et condamné à dix ans de bannissement hors de la ville et son ressort, peut-être pour lui ôter la tentation de renouvelé]' son crime.
La scène de désordre dura quatre cà cinq heures. Pourtant il n'y eut d'autre blessé que le maçon, et Ventadonr s'en étonnait très fort1. Le jour même il en informa le Connétable, et le surlendemain il fit son rapport au roi. Les commissaires avaient établi le leur le 29 2, après avoir ce jour-là, grâce ta un déploiement considérable de forces, compagnies des sixains en permanence sur les lieux et garnison en patrouille dans les rues, fait démolir le fameux ravelin, aux frais de la Ville et sous la surveillance des consuls :i. Mais, avec beaucoup de douceur et de souplesse, c'est tout ce qu'on tira de ces derniers. Vainement le lieutenant du roi et les commissaires voulurent se saisir des coupables. Ils n'obtinrent de ces faits accomplis sous leurs yeux « ni preuve ni justice ». Ils comprirent alors que l'attitude des consuls n'était que feinte et qu'au fond la sédition s'était produite « avec delliberation et commandement ». Jugeant donc leur prestige compromis et la majesté royale même, qu'ils représentaient, bafouée par cette conduite des autorités locales, ils
1 Le récit de cette sédition est emprunté aux pièces imprimées dans les Chroniques et Documents (pp. 429 à 440) ; à la lettre de Ventadour au Connétable du 28 décembre 1000 (Histoire de Languedoc, t. XII, c. 1620) ; à Gariel {Séries Prœsulum, éd. de 1652, pp. 623-629 et Idée de la ville de Montpellier, dernière partie, pp. 186-187).
2 Lettres de Ventadour au Connétable des 4 et 8 janvier 1601 (Chron. et Doc, pp. 429 et 431).
'J Comptes municipaux du 17 février 1601 Chron. et Doc, p. 428).
résolurent de quitter la ville. Le samedi 30 après dîner, Ventadour monta à cheval pour se rendre à Pézenas. 11 était convenu que les commissaires s'en iraient aussi le lendemain 1, et c'était bien a peu près l'époque où on les attendait à Nimes 2. Mais une lettre de Fondriac de Champlay à Ventadour, parvenue le 8 à destination, lui montra qu'ils se trouvaient encore à Montpellier3. Etant restés trente-cinq jours4, leur départ n'a pas dû cependant dépasser la date du 0. Ce long délai et le fait que le 11 janvier furent expédiées à la Cour une missive du premier consul, une déclaration de ses cinq collègues, une lettre des commissaires 5, témoignent des difficultés soulevées.
Comme on s'en doute, ces difficultés avaient pour but d'entraver et finalement d'énerver la répression.
Il avait pourtant semblé que celle-ci serait sévère. Quand le roi, toujours à Lyon, eut reçu les rapports écrits de Ventadour et des commissaires, entendu les relations de témoins oculaires0, formé sa conviction par la lecture des lettres du 11 janvier7, il porta, son jugement sur- l'affaire. La timidité de Ventadour, l'intrépidité de Gtiitard de Rate lui avaient dès l'abord inspiré un de ces mots qui sentent le Béarnais : a M. de Ventadour a fait ce que M. de Montpelier devoit faire, et M. de Montpelier a fait ce que M. de Ventadour devoit faire»8; mais il prit énergiquement fait et cause pour ses
1 Lettres de Ventadour au Connétable des 4 et 8 janvier 1G01 (Chron. et Doc, pp. 429 et 431).
"2 Bauzille Fontfroide, deuxième consul de cette ville, revenant de celle de Montpellier, annonçait, le 26 décembre 1600, l'arrivée des commissaires à Nimes le lundi ou le mardi suivants (Arch. mun. de Nimes, LL, délib. du Conseil de Ville de 1599-1004, f 158 v°).
3 Lettre de Ventadour au Connétable du 8 janvier 1001 (Chron. et Doc, p. 431).
4 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1600, f' 04 v°, au 17 février 1601.
5 Arrêt du 16 janvier 1601 (Chron. r! Doc, p. 431).
B Lettre de Ventadour au Connétable du 4 janvier 1601 (Chron. et Doc., p. 429).
7 Arrêt du 16 janvier 1601 (Chron. et Doc, p. 431).
8 Gariel, Idée de la ville de Montpellier, dernière partie, p. 187.
LÀ REFORMÉ CATiTOLtOUË 5*5
délégués, et un arrêt du Conseil privé, en date du 1(5 janvier 1601, ordonna :
1° L'arrestation et l'incarcération aux prisons royales d'Aiguesmortes, en attendant leur procès par deux commissaires de la Chambre de l'Edit, du capitaine commandant la patrouille le 24 décembre au soir ; du menuisier qui le 25 n'avait pas fermé sa boutique ; des deux habitants qui avaient donné le signal par les cloches ; et de Guillaume Hilaire (probablement agresseur de l'évêque).
2° L'ajournement personnel du premier et du cinquième consuls: Mathurin de Tremolet de Bucelly, soigneur de La Valette, et Jean Rouzier, brodeur, devant le roi et son Conseil, dans le délai d'un mois après la signification à eux faite, afin de répondre de leur attitude dans l'émeute du 28 décembre.
3° L'interdiction formelle aux consuls de s'ingérer jamais du commandement de la garnison, et l'ordre d'en remettre toute l'autorité au gouverneur ou à celui que le roi nommera pour en tenir la place.
4° La suppression de toutes restrictions à l'Edit de Nantes consenties par les commissaires, même celles qu'auraient pu accepter les catholiques, notamment à l'égard de Notre-Dame des Tables, dont absolument aucune partie ne sera retenue. Les commissaires devaient, au besoin, revenir à Montpellier pour faire procéder à la démolition de l'autre ravelin l.
Il y avait donc une double action à exercer, judiciaire d'un côté, administrative de l'autre. C'est ainsi qu'elles vont être sériées, pour plus de clarté, mais il faudra tenir compte que, comme effet moral, elles se pénétraient et réagissaient l'une sur l'autre.
La répression judiciaire, entamée par l'arrêt du 16 janvier 1601, fut confiée à la Chambre de l'Edit de Castres, par commission envoyée à cette cour de justice, le 18 janvier, de députer deux de ses membres, catholique et protestant, à l'effet d'enquêter sur place et faire le procès aux cinq inculpés
1 Arrêt du 1G janvier 1601 [Chron. et Doc, p. 431).
principaux : le capitaine de la patrouille, le menuisier, les deux sonneurs de la cloche du Consulat et du tocsin, enfin Guillaume Hilaire l. Le lendemain 19, ces instructions furent réitérées par lettres-closes à la même Chambre, et le roi y ajouta l'ordre de recueillir non les témoignages intéressés des habitants, mais ceux de la suite de Ventadour et des commissaires de l'Edit, puis de faire conduire les prisonniers d'Aiguesmortes à Castres, afin d'y parfaire leur procès2. En conséquence, la Chambre de l'Edit désigna le 29 le conseiller catholique François de la Porte et le conseiller protestant Richard de Scorbiac3. Mais celui-ci, s' étant excusé sur son grand âge et sa santé, elle le remplaça, le 30. par Paul de Juge''. Ces commissaires paraissent être arrivés à Montpellier le 20 février5. Ils y demeurèrent dix-huit jours 6. Quand ils en repartirent, pour se rendre à Aiguesmortes par eau, en passant par Pérols, un consul et deux notables les accompagnèrent jusqu'à destination".
La présence des commissaires du Parlement à Montpellier avait eu pour résultat de faire opérer à Sommières l'arrestation de la sentinelle8, qui s'échappa, puisque, dès le 27 février, ce Lafont était, comme le menuisier et Hilaire, convoqué dans les trois jours par proclamation publique en vertu d'une ordonnance des commissaires9. Assez vraisemblablement
1 Commission du 18 janvier 1001 (Arch. du Parlement de Toulouse, Chambre de l'Edit, reg. 68, f° 67).
2 Lettres closes du 19 janvier 1601 (Chron. et Doc, p. 434).
3 Arrêt du 29 janvier 1001 (Arch. du Parlement de Toulouse, Chambre de l'Edit, criminel, reg. 0).
* Arrêt du 30 janvier 1001 (Ibid.).
5 Le compte municipal de la dépense faite pour eux commence ainsi : « Et premièrement le vingtième de février mil six cens ung, pour ung pavre de perdrix lardées, xxxv s. t. » (Arch. mun. de Montpellier, CC, pièces de comptabilité de 1600).
fi Le 19 mars on payait sur cette base « les ustencilles et louaige de maison » (Arch. mun. de Montpellier, CC, Comniand. de 1600, f° 71 v°}.
7 Voir note 5.
8 Arch. mun. de Montpellier, CC, Command. de 1C00, f° 73, au 20 février 1001.
9 Arrêt du 10 mai 1601 [Clwon. et Doc, p. 431 .
son évasion a été favorisée par ces quatre sergents du Consulat et ces quatre habitants qu'on voit tous décrétés de prise de corps le 4 avril l. Ceci retarda la solution de même que l'opposition sur les défauts, et c'est seulement le 16 mai que le jugement fut rendu. D'abord les défauts étaient reconnus valables. Ensuite les trois inculpés étaient condamnés : Lafont à être promené en charrette par les rues et carrefours de Montpellier, puis pendu avec strangulation à une potence devant l'Hùtel-de-Ville ; Hilaire au bannissement pour dix ans de tout le ressort de Montpellier; le menuisier Grouliet à une amende de dix écus. Et, parce qu'ils étaient tous contumaces, c'est en effigie que devait avoir lieu l'exécution de Lafont2, Cette sentence, rendue d'ailleurs fort anodine par les événements, ne fut point respectée : dans la nuit du '22 au 23 juin, l'effigie de Lafont, dite «le sonneur de la cloche», fut soustraite. La nouvelle procédure entamée de ce chef aboutit à un arrêt de la Chambre de l'Edit à Castres ordonnant la réfection du portrait, que les consuls devraient faire garder3. Les veillées, confiées aux sergents du Consulat, commencèrent, en effet, le 12 juillet et durèrent jusqu'au 16 inclusivement 4. Il n'en est plus question depuis.
Quant au procès du capitaine André Montaud, la base en avait été l'information du juge-criminel au gouvernement de Montpellier. Il fut plaidé le 7 avril 1601. Mais la citation de cin-
1 Arrêt du 4 avril 1601 (Chron. et Doc, p. 435). - Arrêt du 16 mai 1601 (Ibid., p. 437).
3 Arrêt du 5 juillet 1601 [Ibid., p. 439).
4 Voici ce que porte le livre de comptabilité de 1601 (Arch. mun. de Montpellier, CC) :
13 juillet. — « Payé a trois sergens, qui ont velhé toutte la nuict passée pour garder le tableu pandeu que le nomment le sonneur de la clache (sic), la somme de xx s. t. »
22 juillet. — « Payé a Gorge (sic) et a Cappel la somme de vinct soulz, pour avoir gardé le pourtret pandeu que l'on apelle le sonneur de la cloche, le xmc et xive du prezant mois, xx s. t.
» Plus payé au Lourain et a Piron, sergent, pour avoir gardé le pourtret qui est pandeu, durant la (sic) nuitz du xve et xvie du prezant mois, xx s. t. »
Soc. Arch. de Montpellier. 37
quante et une personnes, inculpés ou témoins, devant la Chambre de Castres, par arrêt du il avril1, lit gagner du temps aux prévenus. Or, à ce moment même, les députés protestants étaient en Cour à négocier, entre autres choses, une abolition pour tous les faits relatifs à la sédition. Ils réussiront à l'obtenir, et André Montaud et un sergent allèrent la présenter à la Chambre de l'Edit. Celle-ci exigea la présence de tous les bénéficiaires de cette grâce et même d'un consul de Montpellier. Mais les consuls et, avec eux, le Conseil de Ville craignirent, par cette démarche, de s'avouer coupables et ils décidèrent de prendre l'avis de jurisconsultes2. C'est Guillaume Ranchin que certainement ils visaient. Il avait poursuivi l'octroi de l'abolition 3, il était encore à la Cour4. De fait, il lit inscrire, dans les articles que les protestants du Bas-Languedoc adressèrent au roi le 31 août 160-2, la demande que tons ne se présentent pas k Castres. Le souverain n'y satisfit point5. Aussi, en avril 1003, la vérification n'était pas encore opérée c. Mais d'ores et déjà, comme, au surplus, il était juste, les condamnés en bénéficiaient.
Et voilà comment, des scènes de rébellion cà la loi et de désordre violent accomplies à Montpellier en décembre 1600. les protestants se tirèrent tous indemnes, tandis que les catholiques y avaient compté un mort et un blessé.