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Hegel ^ . Que cet aveu nous suffise : il ne faut pas confondre la jeune école hégélienne avec une philosophie sérieuse. La jeune école hégélienne est à la philosophie ce que la démagogie est aux idées de 89. La jeune école hégélienne est la ruine, nonseulement de toute religion , mais de toute philosophie ; de môme que la démagogie , si elle venait jamais à triompher, serait la ruine de tous les principes pour lesquels s*est levée la France des Ëtats-généraux.
Encore une fois, j'ai dénoncé les fureurs de la jeune école hégélienne y et je les ai dénoncées sans ménagement, au nom de la philosophie comme au nom de la religion. J'ai montré par quelle pente cette dialectique effrontée était descendue de M. Bruno Bauer à M. Feuerbach, et de M. Feuerbach à M. Max Stirner, après quoi il n'y a plus que les abîmes du néant. J'ai dévoilé ce sauvage
^ B§ têt nun klar, da§§ die HegeUehe Logik dureh umere Brkldrung , eben to wie in diessm Beweise Fetêerbaehs die Théologie , vôllig aufgelCii urird. —Arnold Roge, Zwei Jahre in Paris, B. II , ft. 36.
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et monstrueux cgoiscne ou elle, devait fatalement aboutir. J*ai exposé au grand jour, — nulle réfutation n'eût mieux valu , — répouvantabie doctrine de M. Stirner. Meure le peuple pourvu que je vive ! s'écriait le tribun de Tathéisme , et on le voyait établir son droit au bonheur sur la destruction universelle. Cette école, je Tai poursuivie en France aussi bien qu'en Allemagne. Gomment les réformateurs de la terre et du ciel n'eussent-ils pas songé aux socialistes parisiens? C'étaient là leurs alliés naturels. M. Charles Grûn, en effet , a été le missionnaire de la jeune école hégélienne auprès de nos démagogues , et il a raconté lui-même son ambassade avec un étrange luxe de détails. J'ai étudié ces rapports de Tathéisme allemand et du socialisme français. A une époque où un Gorgias en délire, profitant delà déroute universelle, s'efforçait d'introduire chez nous la sophistique aile?mande et épouvantait la conscience publique par ses blasphèmes , j'ai mis à nu la fausse originalité de ses extravagances, j'ai démasqué dans M. Prèudhon le disciple des hégéliens; en toute
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occasion, enfin, j'ai manifesté l'horrour particu* liète que m'inspirait cette démagogie germanique , démagogie lettrée , savante , orgueilleuse , enivrée d'ell»4n6me, enivrée des droits qu'elle prétend avoir conquis sur Dieu , centre et résumé de toutes les folies , foyer de toutes les concupiscences diaboliques de notre âge.
Je ne crois pas néanmoins avoir manqué aux devoirs de la charité intellectuelle; j'ai toujours souhaité que mes paroles produisissent quelque bien chez ceux-là même dont je flétrissais les erreurs, et quand j'ai vu M. Strauss se détourner avec dégoût de ces cyniques tribuns avec lesquels on l'avait souvent confondu , je l'ai encouragé d'une voix cordiale.
On m'a reproché d'avoir exagéré l'importance 0t les périls do ces systèmes. Ceux qui m'ont adressé ce reproche, ne connaissent ni l'Allemagne ni les jeunes hégéliens. Ils ont vu de nobles écoles théologiques, les disciples de Schleiermacher à Berlin et les savants catholiques de la Bavière ,
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poursuivre leurs belles méditations chrétiennes, et ils se sont persuadé que ces travaux , enfermés dans Tombre des universités , exprimaient la situation véritable. Ils ne se sont pas mêlés au mouvement quotidien des esprits ; ils n'ont pas rencontré dans tous les domaines de la pensée FinflueBce de la démagogie hégélienne ; ils ne savent pas à quels excès de fureur s*est portée cette prédication , quel talent de dialectique elle a déployé i quelle propagande elle a exercéç au loin , quels ravages elle a faits dans les rangs d'uue jeuaesse impatiente de se soustraire au joug de l'ancien régime ; lia n'Qwt pas vu s'étaler ces turpitude^^ ; ih n'QPt pas entendu ces cris de rage , ces clameurs forcenées , ces hennissements de la matière ; siphon « ils auraient entendu aussi retentir à leurs oreilles cette formidable invective dç Bosquet , qui n'a jamais, été mieun; justifiée qu'ici : <( Abi ipa,lbeur ^ la t^re, malheur à h terre, encwe un coup W^lhQur à, la terre d'au sor4 çK?fttinuQlle«iqnt un^ $i épaisse ivLtné^ f ! »
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Que si l'on me demande au nom de quels principes j'ai pris la liberté de juger des événements ou tant de questions politiques et morales , tant d'intérêts sacrés et tant de noms propres sont en cause , je répondrai sans détour : Les deux sentiments qui m'ont guidé , les deux inspirations qui sont visibles , j'ose le croire, à chaque page de ce livre , c'est une vive sympathie pour l'Allemagne et une foi sincère dans le progrès que le christianisme spiritualiste peut seul donner au monde.
Il est permis , je pense , sans étonner personne , de prendre un intérêt passionné aux destinées politiques et morales d'une nation étrangère. Ce n*est pas d'aujourd'hui que les barrières des peuples s'abaissent. Voltaire disait , il y a cent ans déjà, que les États de l'Europe forment entre
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eux comme une grande république fédérative. On n'apportait jadis à l'examen de cette république européenne qu'une simple curiosité d'esprit ; aujourd'hui, le sentiment d'une communauté universelle , sentiment dû au christianisme et que les travaux littéraires de notre siècle ont affermi en nous, imprime à cette étude un caractèi*e plus noble. L'humanité tout entière est engagée dans les luttes intérieures de chaque peuple. S'il s'agit surtout de ces races qui sont au premier raiig dans le travail de la civilisation, comment s'étonner que leur progrès ou leur déchéance nous intéressent comme nos propres destinées ? Ce que la France aime en Allemagne , c'est précisément cet esprit traditionnel que certaines écoles prétendent rejeter avec colère , comme l'esclave révolté brise sa chaîne; je veux dire un esprit grave, aimant, religieux , mystique même , un esprit naturellement tourné vers l'idéal.
Le parti révolutionnaire voudrait faire croire à l'Allemagne du XIX® siècle que les habitudes
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spiritualistaa de son génie sont un losunDontable obstacle aux progrès et aux transformations qu'elle, appelle. Nous sommes d'un ayis absolument contraire. Dans cette Europe régénérée oU TAlle^ magne tient à honneur d'occuper dignement sa place , quels triomphes peut-elle ambitionner , si elle renonce à ce qui est le fond de son être? Le^ spiritualisme est la vie même des nations genna*^ niques. Cette vive lumière a pu s'obscurcir quel«que temps , elle ne s'éteindra pas. Éclairée p«r l'expérience de ces dernières années , l'AUemagne se défiera de tout ce qui peut altérer son énergie morale. Elle ne sera plus , comme Fénelon le disait de ces esprits légers qui ne savent pas voir les trésors que Dieu a déposés dans leur ame^ elle ne sera plus fugitive et errante hors d'elle-m^mo^ Qu'elle regarde en son cœur, elle retrouvera la viel
Parmi les conseillers qui l'obsèdent, ceux-ci lui proposent de retourner à l'enfantine société du moyen*age , ceux-là veulent la dépouiller de tous ses biens et lui offrit en échange les joies hon-
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teuses du matériatisme. I.ies premiers semblent ignorer que si le moyen -âge a été véritablement grand à de certaines heures , c'est par les hardis efforts qu'il a faits pour rompre ses entraves; ils méconnaissent la libre ardeur de l'esprit germainique , comme leurs adversaires insultent à sa noblesse morale. L'Allemagne ne se livrera ni aux uns ni aux autres , et nous pourrons encore aimer en die ce que nous aimions naguère. Fidèle aux devoirs de notre siècle , elle prendra sa part des laborieuses destinées de l'homme moderne, elle fera succéder les austères travaux de l'âge viril aux mystiques enchantements de la jeunesse , mais à travers toutes les transformations de l'avenir die emportera toujours ce génie spiritualiste qui a été sa protection et sa gloire dans le passé !
La sympathie qu'éveillent en nous les destinées
de l'Allemagne n'est pas la seule inspiration de ce livre. Nous avions besoin d'un guide au milieu des luttes philosophi^ies et morales dont ce pays est
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le théâtre , et nous nous sommes fait un devoir de juger les éyënements à la lumière du christianisme. Si attaché qu'on soit à la philosophie, c'est aux époques de crise que Ton sent mieux toute la sainte efficacité de la religion. La philosophie est la nourriture du petit nombre ; elle s'adresse d'ailleurs à la pensée pure , plutôt qu'elle ne remue toutes les puissances de l'âme ; elle éclaire plus qu'elle n'échauffe. On a pu reprocher à certaines écoles théologiques de sacrifier imprudemment la raison et d'ébranler par là les vraies bases de la vie religieuse ; la philosophie s'attirerait un blâme semblaible , la philosophie se trahirait elle-même si elle se privait des secours du christianisme qui est , en définitive , la suprême raison sous une forme à la fois populaire et sublime. Laissons faire les cœurs pusillanimes et les esprits étroits ; ouvrons courageusement nos âmes à toutes les lumières. La religion et la philosophie , la foi et la raison se sont fortifiées l'une l'autre à toutes les grandes époques de l'histoire ; c'est depuis leur divorce fatal qu'on a vu se succéder tour-à-tour la superstition et Tim-
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piété. Un des hommes les plus religieux que je connaisse me disait dernièrement avec une profonde amertume : « Nous autres catholiques de France , nous allons toujours de la Sainte-Ampoule à la déesse Raison ! » Ces tristes paroles ne sont que trop vraies, et quand la Sainte-Ampoule triomphe, on doit craindre que la déesse Raisonne soit pas loin. Les excès d'une liberté sans frein ramènent aujourd'hui je ne sais quelle ténébreuse intolérance , et nous voyons la philosophie rejetée avec dédain ou dénoncée à Tanimadversion publique. Une autre réaction se produira et la religion sera de nouveau livrée à Tinsulte. Tâchons , du moins , esprits philosophiques et religieux , que notre pensée habite toujours ces purs domaines où toutes les vérités s'unissent ; au-dessus de ce mobile théâtre de Topinion , au-dessus des passions et des coteries , tachons de maintenir contre tous les périls le christianisme spiritualiste !
Ces réflexions devaient surtout se présenter à mon esprit dans un travail consacré à TÀUe-
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magne. L'Allemagne est une terre chrétienne , et , jusqu'à nos dernières révolutions, jamais l'habitude des spéculations philosophiques n y avait affaibli le développement de la vie religieuse. Si le dégoût excité par les faux hégéliens devait amener une réaction wivie bientôt de plus furieux délires, on n y marcherait plus , comme chez nous , que de videnoes en violences , et le peuple qui représente exeellamment le travail spiritudîste et religieux de rSurope serait frappé au eœur.Yoilà pourqiioi , joignant une voix désintéressée à maintes voisc puissadites sorties du «ein de TÀllemagne , je me suis efibrcé 4e rappeler cette graade nation à ce qui est son originalité et son eustenee même.
Goethe a 4Dniié dans Hmnanm ^i D^mtiké^ uo bien paétîq«tte «yoihole r. {a Révolution f^mourt le monde , la terre tremble^ or, XeloysA flermann «st fiancé à Dorothée , et il lui adresse ces paroles : « hx ii^itieu de rébffMEtleiaeriMt univeipsal « >q«e i^ptre » union , ô JXar^Mhée , soit d'ai^nt plu^ wlide !
INTRODUCTION. n
» Tâchons d€ rester fermes dans Torage , tâchons de «résister et de vivre! Gardons-^ous énergiquement » nous-mêmes ; énergiquement aussi défendons la » possession de nos biens. L'homme dont le cœur » vacille , à une époque où tout vacille et tombe , » aggrave encore le mal et le propage au loin ; » l'homme résolu, au contraire, se crée un monde »à son image. Il ne convient pas aux Allemands » d'accélérer ce mouvement effroyable, et de flotter » tantôt d'un côté , tantôt de l'autre. Voilà notre » mission ! Sachons la proclamer et l'accomplir ! . . . . » Tu es à moi, et tout ce qui est à moi , aujourd'hui , » est plus à moi que jamais *. » Le grand poète a voulu représenter ici les sentiments primoi^îaux du genre humain survivant à ces tempêtes qui semblent devoir tout emporter. Au milieu des ruines amoncelées de toutes parts , deux cœurs généreux s'unissent , et la vie , incertaine et troublée tout à l'heure , se relève avec orgueil et reprend son libre cours. L'homme sent en lui une force invincible ; il a trouvé le refuge du sein duquel
' Goethe^ Bermann und Dorothea, Urania.