‹ Études sur la révolution en Allemagne (volume 2)Chapitre 3 sur 20 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

impossible, si je n'avais cherché à connaître les origines , le caractère propre et les phases diverses de ce tumultueux mouvement.

A toutes les époques de trouble , et aujourd'hui plus que jamais , les esprits que la .vue du mal irrite sont portés à s'exagérer les désordres de leur temps. Il faut se défier de ces entraînements irréfléchis. L'histoire entière est pleine de « ce fracas effroyable » dont parle Bossuet. Ce n'est point assez de dire avec le grand orateur chrétien « qu'il n'y » a rien de solide parmi les hommes', et que l'in- » constance et l'agitation est le propre partage des » choses humaines < . » Le progrès des sociétés est à ce prix. Les contrées les plus prospères ont subi des révolutions sanglantes , et les plus glorieux siècles ont grandi à travers d'atroces bouleversements. Nous ne sommes pas de ceux qui considèrent les troubles de notre âge comme le signe d'une décadence sans remède; nous n'avons pas

1 Bossuet, JHieouTM tur l'Hiitoire univeriêlU^ III« partie, cbap. I*'.

INTRODUCTION. vu

un tel oubli des enseignements de l'histoire , nous ne méconnaissons pas à ce point les conditions de rhumanité , et ce n'est pas à nous que s'adresse cet avertissement de M. de Lamartine :

Ënfents de six mille ans qu'un peu de bruit étonne , Ne vous troublez donc pas d'un mot nouveau qui tonne.

Il faut reconnaître pourtant que , depuis 1789, des agitations et des angoisses inconnues jusque-là tiennent en suspens la vie européenne. Il y a eu autrefois bien des révolutions ; pendant ces soixante dernières années, ce ne sont pas les vicissitudes des États ni les changements des dynasties , c'est la Révolution qui est le fait dominant de l'histoire. Puissance bienfaisante ou funeste , suivant qu'on y a vu la sainte lumière du droit ou qu'on y a puisé d'odieuses excitations au mal , la Révolution s'est montrée tour -à- tour sous les traits* d'une furie incendiaire ou sous la figure d'un législateur chargé de régénérer le monde. M. Joseph de Maistre , écrivant en pleine terreur, avait déclaré

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