‹ Études sur la révolution en AllemagneChapitre 6 sur 11 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je voudrais résumer en peu de mots le résultat de ces tumultueux travaux de rAIIemagne ; je voudrais caractériser nettement la situation qui lui est faite , et les devoirs qui lui sont imposés après les violentes secousses qu'elle vient de subir.

Un jour, dans une séance de l'Académie des sciences, Franklin présenta son petit-fils à Voltaire , et le vénérable citoyen de l'Amérique pria le patriarche des sociétés blasées de donner sa bénédiction à l'enfant. La vue de l'homme simple et

intègre qui avait présidé à raffranchissement de son pays, éveilla chez l'impitoyable railleur le sentiment qui lui avait le plus manqué toute sa vie, le sentiment du respect. Ce qu'il y avait de meilleur au fond de cette âme mobile se ranima toutà-coup ; il fut sincèrement touché , et , posant ses mains sur la jeune tête qui s'inclinait devant lui , il prononça d'une voix émue ces belles paroles : God and liberty ! « C'est la seule bénédiction , ajouta-t-il, qui puisse convenir au petit-fils de Franklin. » Cette formule, qu'inspirait à Voltaire le fondateur de la liberté américaine , me revient sans cesse à l'esprit quand je songe aux révolutions de notre âge. Dieu et la liberté ! c'était bien la devise de la république de Whasington ; et Voltaire, dans cet éclair d'une émotion sublime , avait deviné l'àme du nouveau monde. La notion de Dieu , le précieux bienfait de la liberté , voilà , au contraire, ce qui s'efface et périt presque toujours dans les fiévreuses solutions de la vieille Europe. Au lendemain des crises sociales, quand l'ordre est rétabli dans les rues et que le calme se fait dans les esprits»

la première question qu'on doit se poser est celleci : Oh en sommes -nous? Qu'avons -nous perdu dans la bataille ? L'idée de Dieu ne s'est-elle pas obscurcie sous la fumée épaisse des passions déchaînées? Outragée par la démagogie, la liberté n'a-t-elle pas pour long-temps voilé sa lumineuse image? Qu'est devenu , en un mot, le talisman du petit-fils de Franklin : God and liberty?

Les résultats , Dieu merci ! ne sont pas aussi fâcheux qu'on pouvait le craindre. La nation allemande est pleine de ressources , et l'heure n'a pas encore sonné où elle cessera de fournir sa part à l'œuvre commune des peuples civilisés. 11 était permis de ressentir de vives alarmes pour l'originalité du génie germanique , quand on voyait , non-seulement la sainte lumière du christianisme , mais l'idée même de Dieu et la notion

du monde spirituel prêtes à s'éteindre au fond des âmes. La révolution de 1848 aura été, en définitive, plus propice que funeste au rétablissement de Tordre moral ; la jeune école hégélienne a été démasquée , et la société a compris avec épouvante les dangers qu'elle s'obstinait à ne pas voir.

Ce n'est pas à dire que tout soit terminé. Ce sentiment du péril est une sauvegarde ; il faut l'entretenir avec soin. Au milieu des désordres démagogiques , nous avons signalé en maints endroits de consolants symptômes. La philosophie, arrachée à son exaltation solitaire, a été traînée violemment en face de son œuvre , et il semble que ce spectacle Tait émue. Déjà les chefs gardent le silence, ils hésitent peut-être, ils s'interrogent eux-mêmeS et descendent au fond de leur conscience : c'est là le commencement de la guérison.

Descendre en soi , s'interroger scrupuleusement et se connaître , telle a été , à toutes les époques mémorables de la philosophie, le procédé fécond

des réformateurs; telle est aussi pour les sociétés la loi de réparation et de salut. Depuis bien des années déjà, Thomme ne se connaît plus; il s'est répandu au-dehors et s'est abandonné lui-même. Ses triomphes sur le monde extérieur ont contribué encore à le tromper , à lui cacher son être ; les courtisans sont arrivés , et des milliers de voix ont exalté son ivresse. Or, en se perdant, il a perdu Dieu, il a perdu les notions de la société, et, ainsi dépouillé , il est devenu le jouet de tous les mensonges. Pascal disait : Qui veut faire l'ange fait la bête. C'est bien pis encore chez les hégéliens ; ils ont crié au genre humain : Tu es Dieu ! et ils l'ont dégradé jusqu'à la brute. Quel est le remède à des maux si extraordinaires? Lé remède, c'est de créer des hommes. En présence de ces visions monstrueuses ou ridicules qui nous dérobeût h lumière du vrai , si Thomme pouvait reparaître dans la sincérité de sa nature , le problème «erait bien avancé. Ce que fit Socrate en face des sophistes, ce que fit Descartes au milieu des

ombres du moyen-âge et des incohérentes rêveries T. II. 37

de la reDaissance , il faudrait que chacun de nous sût le faire, aujourd'hui plus que jamais, pour écarter tant de systèmes menteurs et tant de séductions meurtrières. Que l'homme se connaisse enfin et se retrouve , il retrouvera la Divinité , les lois de Tordre» les voies bienfaisantes du progrès !

Les peuples aussi , comme les individus , doivent rentrer eux-mêmes et renouer la chaîne brisée de leur tradition ; alors seulement les mascarades auront cessé, et les races humaines reprendront, avec leur primitive énergie, leur place et leur fonction dans le monde. Oh est la précision , la droiture , la courageuse netteté de Tesprit français? Qu'est devenu le généreux spiritualisme de rÀllemagne? C'est bien ici que s'appliquent ces fortes paroles de Fénelon : « Us sont fugitifs et errants hors d'eux-mêmes. » Tant que le loyal bon sens de notre pays ne sera pas débarrassé des hypocrisies du socialisme , tant que le spiritualisme allemand n'aura pas vaincu à jamais les doctrines honteuses de la démagogie hégélienne, il faut

renoncer aux développements de la vie et aux œuvres fécondes.

Les lettres ne gagneront pas moins que la phi losophie à ces secousses salutaires, si les esprits d'élite savent comprendre les avertissements de notre siècle. La littérature s'appliquait jadis à vivre loin des événements , à se déployer en paix . dans des régions sereines où les bruits de la terre n'arrivaient pas ; la littérature nouvelle a réagi contre cette indifférence superbe , et des milliers de voix lui ont prêché le mépris de l'idéal pour l'enchaîner aux révolutions. Cette soumission ser^ vile aux clameurs de la rue ne vaut pas mieux que le quiétisme d'autrefois. Il existe une route large et sûre également éloignée de ces deux abîmes : c'est celle où l'on s'avance librement au milieu de son époque , sans perdre de vue les régions supérieures. N'allez plus, dirai-je aux écrivains allemands, n'allez plus vous perdre dans le mysticisme; apprenez à marcher sur la terre, réclamez votre part des émotions de la patrie , mais veillez sur

VOUS, et, pour vous dédommager de votre apathie passée, gardez -vous de croire aux perfides pro* messes de l'esprit du mal. Nous connaissons trop bien désormais Thypocrisie révolutionnaire. La démagogie promet l'organisation du travail, et elle ne sait que favoriser la fainéantise , encourager le désordre, substituer le brigandage aux patientes vertus qui fondent la prospérité des peuples. La démagogie parle de régénération , et elle n'a de force que pour exaspérer la mauvaise partie de notre être, pour déchaîner en nous la bête féroce. La démagogie proclame dans son patois la sainteté de Vidée, et elle n'est que la ruine de la culture intellectuelle , elle est la mort de la philosophie, de la poésie, des arts, de tout ce qui charme et purifie l'âme de l'homme.

Opposons à ces mensonges le travail sincère , le développement du bien , le spectacle d'une société qui vit et qui porte librement tous ses fruits. Que chacun, dans sa sphère, aco<Hnplis8e sa tâche. Dans un temps comme le nôtre, il n'y a pas

de petite tâche ; se contenter de son râle et s'y dévouer, c'est concourir plus qu'on ne pense au rétablissement de l'ordre général ; au salut de tous. Un des plus tristes symptômes de la disse* lution des sociétés , n'est-ce pas le déplacement de toutes les intelligences ? L'anarchie morale du XIX® siècle a contribué à ce déplacement dans des proportions effrayantes; si nous voulons mettre fin à l'anarchie , commençons, par nous réformer nous-mêmes. Au lieu de cette ambition malsaine qui pousse tout le monde hors de sa route , quand verrons-nous se propager le désir d'honorer chacun notre lot , si humble qu'il puisse être , par la constance et le sentiment du devoir? Voilà les vraies vertus républicaines; c'est pour cela sans doute que les prédicateurs de la démagogie n'en parlent guère. L'Allemagne a commencé de donner un bon exemple. Ses hommes d'Ëtat improvisés ont renoncé résolument à leurs prétentions ; l'historien est revenu à ses patientes recherches, le philosophe a renoué le fil de ses méditations solitaires. Si leur rôle est moins bruyant , tant mieux pour la poli-

tique et les lettres. C'est uo penseur célèbre de la fin du XYIII® siècle qui répétait souvent ces sages et profondes paroles : « Le bruit ne fait pas de bien , le bien ne fait pas de bruit, b»

En félicitant un peuple qui s'empresse de rendre hommage aux travaux de la paix , nous ne voudrions pas , à Dieu ne plaise ! décourager les fermes esprits, les citoyens vraiment dignes de ce nom , qu'une préparation sérieuse appelle aux combats de la politique. On ne veut pas davantage conseiller à l'Allemagne ce spiritualisme dédaigneux qui s'est montré naguère si insensible à toutes les souffrances de la patrie. Entre l'indifférence coupable, si justement reprochée aux poètes romantiques , et ces sympathies passionnées , irréfléchies , qui introduisent la politique partout , il y a une mesure , celle que la vérité et le patriotisme indiquent. Avant les révolutions de mars 1848, tant que les peuples allemands réclamaient en vain les garanties sociales de 89 , les préoccupations publiques , ne trouvant pas à se produire sous une

forma légale, faisaient irruption de mille côtés. Quand un peuple est mûr pour la conduite de ses destinées , ses impatients désirs se font jour par toutes les issues; cette fermentation sourde éclate partout où elle peut , dans le système du philosophe , dans la chaire du professeur , dans les inspirations du poète. De là cette littérature inquiète, fébrile , révolutionnaire , dont nous avons signalé le péril. Aujourd'hui de tels envahissements n'auraient plus d'excuse; la littérature politique se développera régulièrement , elle ne nuira plus aux efforts désintéressés de l'intelligence , elle ne troublera plus les écrivains dans la poursuite du vrai et du beau. Les tribunes , si long-temps réclamées , sont ouvertes enfin aux aptitudes spéciales ; les lettres doivent être affranchies du joug de la politique par le même progrès qui a émancipé les peuples. Les lettres ! qui voudrait encore les renier? Leur tâche n'est-elle pas assez belle , leur domaine assez grand, pour que les plus nobles esprits s'y renferment avec joie? C'est à elles d'élever les âmes vers les régions supérieures,

et de faire p^r la beauté morale réducation de la démocratie.

Nous voici à la seconde partie de ce programme que nous résumions tout à l'heure: Godandlibertyl Le spiritualisme se relève , Tidée de Dieu a reparu , la lumière du christianisme a percé les naages amoncelés ; la liberté est-elle revenue aussi , ou bien les insurrections démagogiques Tont-elles ensevelie pour long-temps encore dans le sang qu'elles ont répandu ?

Toutes cet questions se tiennent. Si les garaiH ties sociales ne reposaient pas sur des bases solides , si les conquêtes de ces dernières années étaient menacées de nouveau par les partisans de rancien régime , la pacification des esprits ne serait pas de longue durée. Ce qui a exalté avant tout l'extravagance des écrivains de ce pays, c'était Tobsti-

nation des gouvernementa à refuser les réformes. Depuis long-temps déjà , l'esprit public était mûr pour Texercice de ses droits ; figurez-yous ce que dut souffrir cette pensée généreuse et viyace sous rbumiliante tutelle qui lui refusait la faculté d'agir. Réduite à tourner incessamment sur elle-même, condamnée à se tourmenter, à se dévorer dans Tombre, la pensée de l'Allemagne eut bientôt le vertige , et toutes ces saturnales de l'athéisme dans la patrie de Leibnitz ne peuvent être considérées que comme les grimaçantes visions du délire.

Aujourd'hui tout est changé. Au milieu des désastres qu'elles ont produits, les révolutions de mars à Berlin et à Vienne ont établi du moins le gouvernement constitutionnel , toujours promis et toujours refusé depuis 4813. La vie politique existe. Cet esprit qui déraisonnait dans les ténè-* bres voit maintenant une large et brillante carrière ouverte à ses efforts , il a des devoirs à remplir et des droits à exercer ; la lumière du soleil lui ren<^ dra la sérénité , le spectacle des choses réelles lé

détournera des abimes. On a remarqué que les plus récents écrits sur les problèmes constitutionnels agités à Berlin et à Vienne sont presque tous étrangers aux parfis extrêmes ; ils appartiennent à cette majorité éclairée, libérale, intelligente, qui est rbonneur et la force des pays civilisés partout où elle sait être maîtresse d'elle-même. Cette majorité en Allemagne a été long-temps la dupe de ses chimères : c'est ainsi qu'après la révolution de février elle a été dispersée dès le premier choc et livrée à la merci des événements ; espérons aujourd'hui que la pratique sérieuse de la vie politique ralliera toutes les forces morales de ce grand pays. Il y a encore , je le sais , bien des efforts à faire ; ce n'est pas 1 heure de s'endormir et de se confier dans la certitude du triomphe. Â vrai dire, cette heure-là ne sonne jamais pour les peuples qui veulent être libres ; une démagogie ténébreuse est toujours prête k porter la main sur les meilleurs trésors de la patrie; la lutte n'admet point de trêve, et la victoire doit être maintenue chaque jour par la vigilance de tous. L'Allemagne est décidément entrée

dans cette virile et laborieuse carrière, elle ne faillira pas à ses devoirs.

C'est aux gouvernements d'entretenir ces dispositions salutaires, c'est à eux de fonder l'Allemagne nouvelle et de fermer à jamais l'ère des révolutions. Sans doute, les problèmes si compliqués de ce grand pays ne trouveront pas une solution immédiate. Les différentes chartes octroyées depuis 1848 portaient trop souvent les traces d'une précipitation inévitable ; les unes , comme en Autriche, ont disparu déjà , et il en est d'autres , comme la constitution prussienne, qui paraissent condamnées d'avance à des modifications profondes. Le point essentiel , c'est que l'esprit nouveau vive et grandisse, c'est que l'ancien régime soit irrévocablement abandonné, c'est que les garanties et les droits , qu'on peut appeler les droits dé 89 , soient respectés partout.

La vieille monarchie des Habsbourg continue avec zèle le travail de réformes intérieures , dont

les événements de 1 848 lui ont donné le signal. Dans le décret qui supprime la constitution du 4 mars 1 849, le prince de Schwarzenberg a déclaré hautement qu'aucune pensée rétrograde n'animait le jeune et intelligent souverain qui a travaillé si résolument à la rénovation de son empire. Quant à la Prusse , si elle doit renoncer à la libérale constitution du 31 janvier 1850, ce ne sera pas» nous en avons la ferme confiance, pour retourner aux fantaisies féodales et mystiques que des conseillers attardés proposent encore , comme ud sublime idéal , à Tintelligence élevée et à renthousiaste imagination de Frédéric-Guillaume IV. Il y a dans le ministère prussien un homme énergique et sensé, M. le baron de ManteuQel, esprit grave, résolu, aussi opposé aux factieux qu'aux partisans du moyen-âge; celui qui a été le plus intrépide adversaire de la démagogie , est aujourd'hui l'espérance et le soutien du libéralisme honnête. M. de Manteuffel est de ceux qui aiment à rappeler le souvenir de Frédéric-le-Grand , et qui invoquent sans crainte les traditions hardies de ce roi fonda-

teur. Dans la Bavière, enfin, qui est désormais le centre des Ëtats secondaires de rÂllèmagne , un homme d'État éminent, M. de Pfordten, appuyé par les meilleurs esprits du Wurtemberg, a su créer, en face de la Prusse et de rÂutriche , un foyer d'intérêts vivaces dont le développement servira T indépendance de la Confédération tout entière.

En présence de ces trois Âllemagnes, trèsdistinctes Tune de l'autre , à coup sûr, et reliées toutefois entre elles par un amour commun de la grande patrie , le rêve de l'unité absolue est allé rejoindre les chimères de 1848; il en restera néanmoins un sentiment plus vif des intérêts généraux, et tandis que l'impérieuse centralisation , tant appelée par les utopistes de Francfort, eût arrêté le mouvement de la vie , ce patriotisme plus libre développera, au contraire, toutes les richesses que le génie des peuples germaniques doit encore à la civilisation européenne.

Les esprits s'accoutument ainsi peu à peu à

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subordonner les questions de détail , les problèmes des constitutions et des cbartes , à ces grands principes dont rétablissement durable est la première condition des sociétés nouvelles. Un des publicistes libéraux de rAllemagne , M. Henri Zoepfl , professeur de droit politique à Tuniversité de Heidelberg, écrivait tout récemment ces excellentes paroles « : « Qu'aurions -nous encore à attendre » d'une victoire révolutionnaire? Le principe de » la liberté individuelle est reconnu par tous les » Ëtatsde la Confédération ; il n'y a plus de caprice » royal, il n'y a plus de lettres de cachet qui puis- » sent enlever sa liberté à un citoyen allemand. » L'Allemand est aussi libre que l'Anglais et TAménricain du nord. Il faut, en vérité, une grande »dose d'exagération ou de niaiserie pour s'ima- » giner ou se laisser persuader par des démagogues » que les enfants de l'Allemagne gémissent encore «dans l'esclavage. La confiscation est si bien » détruite , qu'il ne peut venir à la pensée de per-^

■ Diê Demokratie in Deutschlcmd , yon dr* Heinrirh Zoepfl* SiuUgard, 1863.

» sonne de vouloir rendre ce privilège aux souve- 2>rains. Les tribunaux sont partout indépendants; x>et comment craindre que cette indépendance du » juge soit rendue illusoire par quelque influence » d'en haut , aujourd'hui que le justiciable a enfin » pour garantie la publicité des débats ? Partout B aussi les distinctions des classes ont disparu ; nie servage n'existe plus que dans l'histoire. La » noblesse, dans ces dernières années, soit qu'elle «l'ait fait de son plein gré, soit qu'elle ait cédé Dà la contrainte, a sacrifié aux exigences de l'ère » nouvelle tout ce qui lui restait de ces vieux » privilèges politiques : elle n'en a rien gardé , si » ce n'est ce qu'on ne peut arracher à personne , » le souvenir d'un glorieux passé , souvenir qui i»peut encore être un aiguillon pour la noblesse » d'aujourd'hui et l'exciter à redevenir, dans des » circonstances toutes difiîérentes et par ses services » propres , ce que furent autrefois ses ancêtres , — »les meilleurs de la nation 1 Partout règne le x> principe de l'égalité devant la loi. L'égalité poli- » tique des trois confessions chrétiennes , sujet de

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» si terribles lutte» datid les derniers siècles , est » inscrite dans Tacte constitutif de la Diète. La » censure est supprimée ; les investigations scien- » tifiques peuvent se déployer sans obstacles ; les » seules limites qu'il soit interdit de franchir, ce » sont celles qu'opposent les lois pénales à qui- » conque attaque les lois fondamentales et met la » société en péril ; et ces limites nécessaires , lors »mëme que la loi ne les tracerait pas, les repré- » sentants de la science ne doivent-ils pas toujours » à leur dignité de se les imposer à eux-mêmes ? » Le devoir et Thonneur de porter les armes est » aussi le même pour tous; pour tous (les Juifs » exceptés , il est vrai ) , l'entrée des fonctions » civiles est également ouverte. L'égalité des im- » pots est constituée , les justices seigneuriales sont «détruites; tous les tribunaux sont dans les mains «del'Ëtat. Il n'y a plus de redevances féodales; » les dîmes sont partout détruites ou vont l'être. . . . » Si ce ne sont pas là les signes évidents d'une «complète victoire de la liberté et de l'égalité • individuelles; si, en présence de tels faits, on

» considère toujours la liberté et Tégalité comme »des biens qu41 faut conquérir à T Allemagne , il 3>ny a qu'une seule chose à répondre : c'est que »bien des gens, dans Tardeur de leurs récla- » mations, oublient de prendre des renseigne- ))ments exacts sur ce qu ils possèdent déjà.... La » preuve que la victoire de la liberté et de Téga- »lité individuelle est complète, non-seulement » qu'elle est complète, mais qu'elle est un fait » irrévocable, c'est que, malgré le rejet des droits li fondamentaux (Grundrechte) , tels qu'ils avaient »été votés par le parlement de Francfort, ces » mêmes droits démocratiques ont été introduits » dans les chartes particulières des Ëtats , — avec » des modifications , j'en conviens, mais avec des » modifications appropriées aux besoins, que dis-je? » aux vœux nettement formulés de chaque contrée »de l'Allemagne. Les années 1848 et 1849 n'ont »donc pas été infructueuses.. Le but de la révo- » lution , en tant qu'il s'agissait de la liberté et de » l'égalité civile, est atteint ; non pas , il est vrai ,

D dans une forme unitaire et applicable à toute la T. II. 38

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» patrie allemande , mais dans cette forme particu- »lière, dans cette organisation fédératiye, — la »plus coûvenable (le destin mètae notts le montre » décidément d*une façon assez claire), la plus » convenable au développement historique de nos » idées nationales. «>

li n'y a rien à ajouter à cM aveu d'un patriote sincère. Le publiciste qui a résumé si loyalement la situation de son pays et déclaré la révolution terminée, est Torgane du vrai libéralisme, du libéralisme qui ne se paie pas de vaines phrases et qui ta droit aux choses. Je sens là comme un esprit nouveau qui se forme ; les souv^ains allemands répondront à cette loyauté par une pratique sérieuse de leurs devoirs. Jamais obligations plus hautes n ont été imposées aux hommes qui ont reçu la redoutable mission de gouvenmr les États. A qui appartient-il , si ce n'est à eux , de fonder Tordre nouveau et de mettre fin aux convulsions du vieux motide? Magistrats suprêmes, ils maintiendront tous ces droits , ils défendront toutes oes

conquêtes; ils sauront que ces grands principes de 89 sont à la fois le trésor des nations et le salut des dynasties. C'est seulement ainsi, — toute l'histoire du XIX® siècle proclame cette vérité impérieuse , — c'est seulement par une forte alliance avec le génie du monde moderne qu'ils pourront enfin , selon d'éloquentes paroles , « arracher aux » idées révolutionnaires le sceptre des tempêtes et » pacifier les abîmes irrités < . »

1 Du principe d'autorité depuig 1789. Paris, 185H.

WWM nm TOME SBCOMD..

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