BUZOT ET DUROY A LA CONVENTION
parlementaire, qui en connaissaient les ressorts cachés, et qui possédaient mieux, par c^a même, l'explication des événements et les nécessités de la Révolution.
Pourtant, un œil clairvoyant eût pu dès alors découvrir, dans les opinions de ceux-ci mêmes, non les arrièrepensées que plusieurs d'entre eux pouvaient dissimuler, mais au moins des nuances destinées à se colorer davantage sous l'impression des événements et sous l'action des partis.
On se rappelle qu'en se séparant l'Assemblée constituante avait décrété l'inéligibilité de ses membres à l'Asisemblée législative.
Mais les membres des deux Assemblées étaient éligibles
la Convention. Néanmoins, en 1792, après le 10 août,
mtrairement à des assertions produites sans vérification,
fuelques-uns seulement des membres des deux premières
-^^^^emblées se trouvèrent rappelés aux affaires publiques
p^^ù le courant de l'opinion. H n'y eut d'élus que les
^Constituants de 1789 et les députés de 1791 qui avaient
■-^ plus vigoureusement soutenu la cause populaire, et,
lE^^rmi les nouveaux, que ceux qui adhéraient le plus haut
^'^ mouvement du 10 août, ce qui n'était qu'une garantie
plus apparente que réelle pour la cause qui avait triomphé
^Xi 10 août : on le verra bien.
La députation envoyée par le département de l'Eure à
la Convention reflétait un peu toutes les opinions du
moment. Tous ses membres acceptaient publiquement le
fait du 10 août et la formule républicaine, avec plus ou
moins de sincérité, et non avec des conséquences aussi
étendues dans l'esprit des uns, que dans l'esprit des
aatres.
Pre^f'oe U moitié de 1a membre» tor onze, arut pswé déjà tJOD nationdef et araût presque i dire, Bobert Lindet, dereon le i^b» Biiz<c4 j<wiiftaiit enoore d'une popoknfe •on département, sjBot on nom qui éiaît mrî it da icrotin avec 449 roix rar dOl ^cumSê i étant éloft an i nn;, et avant poiié dans cccte< ridée, 'joV/n ne pent dire fort heoiease. àt s' même le premier dqimté de F Eure, On aah rais'/n différemment interprétée, il araîu qna la tnante, refusé nne fonction jadidaire à Fnû fonction de président du tribonal criminel de son département .
Ela anaai à la Convention, le troiaième, par 532 aor 593 votants, Bobert Lindet y a|^M>rtait el tisme et son intelligence de la sitoation, alors bien certainement, an milieu d'orages maiii inévitable», rinii>ortance des services qu'A aDait rendre à sa patrie.
A coté du nom de Buzot et du nom de Robert Lindet, ces deux grandes notabilités de la Convention, il ftat placer le nom de Michel Duroy, normand comme eux, élu avec eux, dont le rôle a été moins étendu, et dont la fin doit rester comme un exemple de la fureur des partis et comme une flétrissure pour des hommes exécrables que l'histoire, souvent complice des malfaiteurs et du succès trop heureux, n'a pas assez fortement condamnés.
Quand Duroy a été élu à la Convention, il n'était pas, aux yeux de son département du moins, un homme nouveau dans la vie politique, car il avait été candidat à la
A LA CC^VJBNTIOK 23
>n à rAssemblée législative. Dans cette candida- ,vait obtenu le même nombre de voix que son conqui n'avait trouvé l'avantage que dans le scrutin ttage. Duroy avait été ensuite élu député supelon le mode suivi alors pour éviter les élections 3, mais il n'avait pas été appelé à siéger, aucune [l'ayant eu lieu dans la députation du département. it été avocat à Bemay, et il était juge au tribunal ême ville, qtiand il avait été élu aux fonctiond ^eur public au tribunal criminel du département 3, dont Bu^ot avait été élu président, simple et droit, homme bienveillant, mais qui énergique quand les circonstances stimulaient tion, légiste dont on citait les connaissances et ce, mais ne parlant jamais de lui-même, sa personnelle, qui n'était pas précisément la quanante chez les personnages de cette époque, le mer autant que sa probité le faisait respecter, a dû trouver souvent, non dans l'âpreté de lanl'irascible Buzot, plein d'amertume contre une il méprisait et dont il redoutait les complots, moins dans le fond même des pensées de celui-ci, de conformité d'opinions avec les siennes propres. L peut être certain que les inquiétudes de l'esprit multes de l'âme de Buzot, homme d'un tempéralieux, n'agitaient pas autant Duroy, homme îrament ordinairement doux, d'une organisation si Duroy voyait d'un œil i)lus calme les événej développer, on peut croire aussi, sans crainte de arer, qu'il était arrivé tout aussitôt que Buzot à tre que la République pouvait seule alofs sauver
24 BUZOT ET DDROY
la Révolution, et qu'elle était le véritable gouvernement pratique de la liberté.
En rapports de tous les jours, par la nature même de leurs fonctions, par leurs mœurs, par le rapprochement des idées, il ne semble pas douteux que Buzot, plus jeune de six ou sept ans, mais plus entreprenant et surtout plus dominateur que Duroy, n'ait exercé quelquefois son influence sur celui-ci, sans que jamais Duroy ait essayé aussi à s'imposer à son tour.
Mais quoiqu'il occupât une position politique ne lui permettant pas d'être étranger à la lutte qui se continuait toujours ardente entre les deux principes qui s'étaient heurtés en 1789, Buzot ne pouvait rester lui-même dans cette lutte, engagé qu'il était sous le drapeau des Girondins, ceux-ci engagés à leur tour dans des voies indécises, indéterminées, qui les jetaient au milieu de ces fluctua^ tions qui tantôt ont rapproché la Gironde du trône, et l'ont portée tantôt à marquer une tendance républicaine, tantôt aussi à provoquer ou à combattre les insurrections populaires, selon le besoin du moment.
Il n'en pouvait être de môme de Duroy qu'aucun engagement ne liait à aucun parti, que l'on verra rester constamment en dehors des églises politiques, et qui, une fois admis la nécessité de la République pour sauver la Révolution, ne faisait plus de retour en arrière, récusait ces transactions qui ne profitent qu'à ceux qui les font et acceptait les conséquences d'une situation tendue dont la République était la seule solution logique et salutaire.
Buzot devait bien le sentir aussi, et les variations de la politique de ses amis devaient augmenter les agitations de son esprit. Contrairement aux combinaisons de ses
amis qui sont revenoB si sonvent, et parfois avec trop d'insistance, aox tentatives de se partager le pouvoir en conservant le roi, Bozot n'avait jamais varié dans le sentiment de la nécessité du renversement du trône de Louis zvi. Pendant sa proscription même, il écrivait encore : c En laissant Louis xvi sur le trône, les Consti- € tuants ont été seuls dans Tégarement, ou coupables ; ils
< ont trompé l'espoir de la nation, ils ont créé tous ses € malheurs ; je n'ai point à me reprocher cette faute ou
< cette erreur ; mais elle m'a entraîné à des conséquences
< dont j'ai senti tout le premier les dangers, et dont j'ai ■I préféré les chances indécises au malheur certain que le m système contraire portait invinciblement dans son ■ sein. >
Les événements eux-mêmes avaient prouvé, presque
Jliaque jour, combien avaient été sages et prévoyants ceux
ni avaient voulu laisser à la fuite du roi ses conséquences
^tnrelles, et combien la situation faite par les derniers
^Dtes de la Constituante avaient chargé la France de
"mages et d'électricité.
Buzot avait suivi de l'œil la marche des choses en
k^^3mme connaissant le positivisme des affaires, ne sup-
F^ortant pas toujours avec complaisance la métaphysique
t^^^litiqae de quelques-uns de ses amis, mais subissant
^ entraînement souvent malheureux d'un esprit agressif.
Après son retour de la Constituante, resté, comme on
^^ent de le constater par ses paroles, sous les impressions
<l^'il avait éprouvées au sein de l'Assemblée, il avait vécu
dans le sentiment des dangers de la situation politique :
* J'avais, dit-il lui-même, la conviction intime que,
* Louis XVI ne pouvant changer ses habitudes et se
BOaOT KT DUBOT
c ftçcmnv u goayernemeiit dHin peuple libre» on defitl c e*ttUendre aux pliu grands malhean tuit qm Louii c continiierait à régner eur la Erànoe. >
Entsefoyant tai\j<mn de giandee et temUee oûnTol* •icnui, Bmot a oenstamment Téca sinon dana la esrliUide» du moins dans la prévision de dangers personnels, en en temps pins on moins élaigné, nuds d^à asseï tcpptaMitê à ses yeox pour lui dicter des précautions pouvant assurer me reesouroe à sa femme.
Sans penser que les choses iraient jusqu'au prooédé' brutil de la démolition de sa maison, il a voulu donner rantbentioité à son contrat de marisge, fldt sous mgtMtsres privées, ainsi que la plupart des contrats de mariage de cette époque, sous une législation qui avait pea la eomptéhenskm de la portée d*un tel acte pour Psvenir des Hnnilles et des tiers.
Bâchant, comme tout homme ayant vécu dana les orages pditiques en a Texpérienoe, que les démafshcs les plus simples, aux époques tronblées, sont l'objet de com* mentaires de toutes sortes, c'est loin des commérages de sa petite ville, c'est à Rouen que Bnzot est allé déposer son contrat de mariage en l'étude d'un notaire, dàs le 26 mars 1792. Cette précaution lui permettait d'attendre avec plus de sérénité les événements, et montre qu^s ne devaient ni l'étonner, ni le surprendre ^.
(1) On trouTe, dans un catalogue d'une collection de lettres autographes, cette annotation d'Etienne Charavay : c 119. Buïot (Fr.« ff N.-Léooard). . . . Lettre à sa femme ; !«' juin 1794. — Lettre très-
• affectueuse, où il fait ses adieux, comme un homme qui s&it qu*il € ra mourir. •*- Cette lettre donne un caractère fort extraordinaire
• à celle od sa fiemme se plaint à la GonventioB d'avoir été «ban-
A LA COlfVSNTION 27
CTest bien à œtte époque qne^ dam la vie politique, on apox^evait de ces éyolations qui semblent étranges quand on ne tient pas compte des nécessités du moment et des combinaisons des partis, mais qui s'expliquent quand on •{q»rafondit une lutte politique, ses causes et ses effets, les développements et ses modifications.
Quoi de plus simple, par exemple, que des Constituants, tout en jugeant la Constitution insuffisante aux besoins du moment, ou aux garanties que les intérêts de la nation réclamaient, aient voulu néanmoins enfermer leurs adversaires dans cette constitution, quand ils ont vu ceux-d, jirâtres, anciens parlementaires, financiers ou nobles, ^vouloir ramener Télectorat aux seuls propriétaires, c'est-àr ^dire aux privilégiés vaincus, car, à Texception de quelques Ixmrgeois ayant en ville pigmon sur rue^ le sol n'était pas ^isncore passé aux mains des véritables plébéiens; ou vouloir ^^opier la portion la plus aristocratique des institutions iglaises, en établissant une chambre haute au moment tème où les efforts de la nation s'élevaient contre tout ^i^émant de caste ou d'aristocratie ? Quoi de plus simple e-jcpJement que des monarchistes constitutionnels de 1789, i avaient rêvé, en honnêtes gens, l'alliance loyale du tne et de la liberté, soient devenus républicains d'acc^xdent, le jour où ils ont vu clairement que la France et ^^L Révolution seraient perdues si le trône n'était renversé ? "De telles modifications dans les esprits, sur les moyens d^ sauver la liberté, ont dû se produire naturellement,
< donnée (1*' mai 1794), et demande que son divorce soit prononcé « entre elle et lui. Cela probablement s'accomplit par prudence « entre les deux époux, pour éviter la ccafiscatioii. »
28 BUZOT BT DUROT
sans qae le but en ait été affecté, et jeter Boavent^danB une grande peiplenté les ConBtitaants fidèles an principe de la Bérolntion.
Pent-ètre Bniot a-t-il hésité entre œs voies difiihentes ; peut-être anssiy politique inoomplet, parce qu'il conaerfait ▼ivaoe le aouyenir des luttes personnelles^ reoherehait-il trop en quelles mains, qui ne seraient pas celles de ses amis, un mouvement révolutionnaire pouvait remettre les affaires et le pouvoir. Peut-être même, absolu dans sa théorie sur Forganisation du gouvernement républicain et dans son admiration pour les formes américaines, BuBOt, qui se savait presque isolé dans son opinion, reoulait-il devant l'épreuve d'une république unitaire qu'il croyait destinée par sa nature même à périr dans les mains d'un scélérat comme Cromwell : c'est son ezpreasicik Peut-être également, subissant les revirements politiques de ses amis, malgré son mépris pour Louis zvi et pour la cour, mépris qu'il peignait en termes trèsaccentués, s'accontnmait-il à la situation qui lui avait semblé et qui était effectivement si redoutable. Peut-être en était-il arrivé par suite, en l'année 1792, à préférer, comme bouclier à opposer aux coups des émigrés et des rois, Louis xvi brillant prisonnier aux Tuileries, royalement traité, énergiquement isolé des hommes de l'ancien régime, habilement, mais étroitement surveillé.
Toutes ces suppositions peuvent être faites, mais ce qui est devenu certain, par un document inconnu jusqu'à ce jour, c'est qu'à la première nouvelle du grand événement du 10 août, la pensée de Buzot n'a pas été une pensée d'adhésion au mouvement révolutionnaire, mais une pensée de ralliement à l'Assemblée nationale, que ce mouvement
entraînait an snicide. De concert avec les autres membres du tribunal criminel de TEure^ et sur l'information transmise par un conseil général réactionnaire, il a arrêté une délibération dont la rédaction lui appartenait comme président, et dont la minute originale est assez tourmentée pour donner la certitude que quelqu'un des signataires n'a consenti à s'y rattacher que sous la condition de modifications la rendant moins exclusive. Cette délibération ^tait évidemment un appel au ministère public pour la jpunition des complots contre le respect et l'obéissance us à l'Assemblée nationale ^ La dernière rédaction s'ap-
(1) Do samedi onze août mil sept cent quatre- vingt douze, Tan cT'uatrième de la liberté.
En la chambre du conseil du tribunal criminel du département de l*JSure, où étaient Messieurs fiuzot, président; Dutocq, Mirabeau, JKj^es; Duroy, accusateur public par intérim, etSafary, commissaire d^a. roi; à Tassistance de Cauvin, commis-greffier.
Ije tribunal assemblé extraordinairement a pris l'arrêté suivant : Hies citoyens composant le tribunal criminel du département de l*Btire soussignés,
Informés, par le conseil général de ce département, des événements du 10 août présent mois,
Jurent à la nation de maintenir de tout leur pouvoir la liberté française et l'égalité, ou de mourir à leur poste, et déclarent solennellement qu'ils adhèrent de cœur et d'intention à toutes les mesures ({ue l'Assemblée nationale a prises et pourra prendre pour sauver la pairie ;
arrêtent que la présente délibération sera adressée à l'Assemblée nationale par le président du tribunal, qui est chargé de lui présenter l'hommage de son respectueux et inaltérable dévouement pour elle, et aux principes de la liberté dont elle est Tunique source et l'invincible appui ;
Invitent l'accusateur public à redoubler de zèle et de surveillance pour déjouer et faire punir avec toute la sévérité des lois toute espèce (le complot contre la sûreté nationale, le respect [qui sont] envers (es [dus aux] représentants de la nation là la tranquillité publique] et