BUZOT ET DUROY
pliqne, comme par concession, à la sonreraiiieté de b nation, mais aussi à ses représentants qui n'avaient plot pourtant qu'à attendre leurs successeurs.
Quand on se reporte à l'époque de cette pièce, on constate qu'à sa date, 11 août, on ne pouvait, à Evreux, oodnaître des actes de l'Assemblée législative rien qui portât atteinte au trône ou à l'hérédité royale.
Quand on sait d'un autre côté la ligne politique suivie par les autres membres du tribunal criminel, on ti^ cherche pas longtemps qui a soulevé des objections contt^ la première rédaction, consignée sur le registre oomt^ si aucune réclamation ne devait s'élever.
Plus résolument et avec moins de réserves mentaJ-* que Buzot, Duroy donnait dès alors son adhésion à t^^^* mouvement révolutionnaire qui devait empêcher la chi:*-*^ du principe de 1789. Et même, dans les derniers tentB^^ de la rédaction, on peut croire que Duroy a considéré ^ signature, apposée sur une telle délibération, comme *^ acte de sa condescendance un peu habituelle pour BuzC^**
Mais, comme toujours en temps de révolution, les dév^' loppements et le dénouement se sont succédé avec taf^^ de rapidité, que la délibération était à peine signée quaa^^
la soumission à la souTeraiiieté nationale et aux lois * générale et particulière, la souveraineté de la nation et ses représentants.
Fait à EvreuX; en la chambre du conseil) les jour et an susdits, où étaient Messieurs susdits et soussignés,
F.-N.-L. BuzoT, président; — Mirabeau; — Dotocq; — J.-L. Savauy; — DunoY ; — Gauvin.
(Archives du greffe (VEvreux.)
* Une annotation marginale indique que les mois entre deux crochets doivent être considérés comme rayes et nuls.
A IiA CONVKNTXO» 31
B apprenait qu'elle était sans objet, TAssemblée I^gisative elle-même n'ayant Bnrvéca qu'en régularisant le edt révolutionnaire. Une autre adresse, non plus spéciale u tribunal criminel, a dû être rédigée, puisque le procèserbal de la séance de l'Assemblée législative du 12 août onstate que les citoyens et les membres du tribunal du iistrict d'Evreux félicitent par une adresse l'Assemblée les mesures fermes et inébranlables (sic) qu'elle a prises i l'occasion de la journée du 10 août, et jurent de les aaintenir jusqu'à la mort.
La délibération du tribunal criminel de l'Sure est estée une pièce entièrement inconnue, enfouie depuis sa ^te jusqu'à ce moment sous la poussière d'un greffe. On L^aurait pas manqué d'en tirer parti contre Buzot, ^udques mois après, si son existence eût été révélée à la invention. La révélation de cette pièce tout au moins •ût empêché Buzot d'imiter ces autres Girondins, trop ^tentieux, qui s'attribuaient le mérite de l'insurrection; Iti 10 août, exemple qu'on doit le blâmer d'avoir suivi, ^ il faut être vrai et reconnaître tristement, mais recon* ^tre, que l'auteur de la délibération du 11 août a dû compter singulièrement sur l'amitié et la discrétion de Duroy, pour dire, par exemple, en parlant de ses propres âCfvioes contre le trône : a Quant aux risques que je devais « courir au rétablissement de l'ancien régime, je m'en € rapporte aux nobles, aux prêtres, aux parlements dont c j'ai voté la ruine; aux rois dont j'ai tenté en 1789 i d'ébranler le trône, que depuis j'ai aidé mes amis à : renverser en 1792. d
Du reste, on connaît assez Buzot pour avoir la certiide qu'il n'a pas dû résister longtemps à la nécessité de
32 BUZOT BT DUKOY
se rallier aa moins à une forme gonvemementale qui détruisait mie monarchie dangereuse, et qui fidsait d'ailleurs le fond de son opinion personnelle.
La place de Buzot était certainement marquée à l'avance dans une grande assemblée républicaine, et il Ta évidemment jugé ainsi lui-même, quoiqu'il ait noté plus tard les tristes pressentiments qu'il éprouvait en allant occuper son siège : <l Je ne pouvais pas, dit-il, calculer c où l'on pourrait nous conduire, mais un pressentiment
< dont je ne pouvais me défendre, sur quelques faits qui
< étaient parvenus à ma connaissance, m'avertissait des « nouveaux dangers que j'allais courir et des malheurs « que mon inflexible probité devaient m'attirer ^ »
Peut-être qu'en analysant bien l'homme, ses tendances, son caractère, ses passions, et jusqu'à ce tempérament personnel qui a si souvent exercé son influence sur la direction de la vie humaine, on arriverait même à trouver que Buzot était un Montagnard énergique égaré an milieu des Girondins. Mais on peut au moins se demander si ce n'est pas moins sa probité personnelle qu'une influence mystérieuse, se glissant dans les replis de son âme sans qu'il en eût exactement conscience, qui l'a entraîné, alors qu'il croyait y marcher dans sa force personnelle et sa liberté propre, vers les voies inconnues qui devaient le conduire aux malheurs dont il se plaint.
Buzot avait accepté le 10 août et ses conséquences; il n'élevait aucune plainte ui récrimination, lors même de son élection à la Convention nationale. Il est resté dans cet ordre d'idées jusque-là, mais Duroy semble avoir pré-
(l) Buzot, Mémoires, page 30.
cisé même nn jour, mie date, où Bazot a marqué mie évolation dans la marche qu'il entendait suivre désormais, et ses paroles excitèrent une hilarité qui était un reflet du ridicule que les Girondins avaient recueilli de leurs habitudes auprès de M°^ Roland.
n est désormais certain que Buzot et elle se sont aimés, «dmés profondément, et qu'ils en ont échangé l'aveu. Quelle influence cet amour partagé a-t-il exercé sur la ^^onduite politique de Buzot ? Il serait téméraire, oiseux znême de chercher la solution d'une question aussi déli- €3£ite, et qui reste renfermée dans les plus profonds myst^êxes du cœur humain et de sa vaillance ou de sa fail>] esse.
Il vaut mieux considérer Buzot eu égard à ses collègues le la Gironde, qui n'ont pas vu en lui une nature molle, fllesible ou paresseuse. Il est certain que tel était Buzot »u jour de son arrivée au milieu d'eux à la Convention, W il devait rester pour eux et leurs adversaires dans l'ardente Assemblée. Si on laisse insoluble, comme elle doit l'être, la trop délicate question d'une influence d'affection tendre et personnelle, on peut croire que la Gironde û*a pas déteint sur Buzot, et qu'il aurait bien plutôt déteint sur la Gironde et attiré sur elle l'accusation de 'Méralisme. Seulement on doit bien admettre, ne fût-ce que comme appréciation d'une organisation personnelle, que les objurgations de ses amis de la Gironde ont dû \ agir beaucoup sur Buzot, et qu'il n'a pu être le dernier I à accepter la lutte, ses orages et ses dangers.
Pour ce qui est de Duroy, il est évident qu'après le 10 août sa condescendance vis-à-vis de Buzot n'a plus été de longue durée, et que, tout aussitôt arrivé à la Con-
Tomell.— a
vention, Duroj, étonné de latteâ d'inflnenoé an moment où il s'agissait snrtont de repousser Tétrangé]^ enyàhissenr^ I ei n'a pas voulu suivre son ami sur ce terrain âatigereiff I ^'^ p«l. patrie. [l
n n'y aurait certainement pas à s'étonner que Bwa^ eût cru y entraîner Duroy à sa suitej et que, déçu, il en eût éprouvé quelque ressentiment. Du moins, et en dehon^ de cet ordre d'idées,, tristes à concevoir pourtilnt, on trouvé absolument aucune raison aux rancunes de M°* land, ni aux expressions amères et injustes de Buzot à-vis de Duroy. Celui-ci n'était pas un chef de parti poi vant porter ombrage à Buzot, et il était trop peu ambitiei pour chercher à dominer qui que ce fût; il n'appartenf^i- '^^^ à aucune secte, et il ne s'était pas même fait inscrire à société des Jacobins, quoiqu'elle ne considérât ooi députés patriotes que ceux qui subissaient son affiliation; était dans la Convention un député indépendant de toi les groupes, n'appartenant à personne, mais inoffensi envers tous.
Il ne recherchait même pas l'éclat de la tribune, et m pouvait ainsi exciter les plus petites jalousies. On ne peut donc, si Ton ne suppose quelque rancune secrète et ina — ' vouable, découvrir pourquoi M"^° Roland et Buzot se sonfe^ occupés à dénigrer Duroy et à le forcer à abandonner cette réserve personnelle qu'il semble avoir gardée vis-àvis d'eux pendant de longs mois, et qu'il leur était si facile d'imiter.
Jusqu'au moment de la lutte inutile, désastreuse même pour le pays, cherchée et soulevée par les Girondins contre les Montagnards, Buzot et Duroy, différant peu sur l'application de leurs idées, avaient vécu dans un complet
A LA CONVKNTION 35
accord de conduite et d'action. H semble qu'il n'y eût eu entre eux que l'incident de la délibération du 11 août, dont la première rédaction oubliait l'importance du 10 août, pour ne reconnaître que le pouvoir de l'Assemblée législative. Mais à partir de la lutte de la Gironde et de la Montagne, Buzot et Duroy ont suivi une marche <Iifférente qui a mené ces deux anciens amis à une fin jprompte, également lamentable.