CHAPITRE XVIII
COBIMENT A ÉTÉ AMENÉ LE 9 THBRMIDOR
La Convention et le Comité de saint public. — Carnot, Lindet, Prieur et Barère. — Robespierre. — Sa domination. — Sa tyrannie. — Sa rupture avec les comités. — .Ses discours artiGcieux. — Fouché aux prises avec Robespierre. — Les Jacobins en lutte avec la Convention. — Barère et ses habiletés de tribune. — Le mot conspiration. — Qui on doit accuser du 9 thermidor.
Quand Robert Lindet vient reprendre sa place an sein dn Comité de saint pnblic, on est en plein gonvemement révolutionnaire. Danton lui-même est impuissant à détourner les coups qui menacent les membres de la Convention; soixante-treize d'entre eux, signataires de la protestation secrète contre le 31 mai, sont arrachés de leur siège, et les Girondins prisonniers vont être immolés au châtiment du Fédéralisme et du meurtre de Marat, ou sous des prétextes plus vains encore. Robespierre est le seul modérateur possible du mouvement qui pousse à la mort.
Mais aussi la guerre étrangère, une guerre d'invasion, qui a tant de complices à l'intérieur, dévore déjà nos frontières. Malgré quelques succès de nos armes, qui empêchent la réalisation immédiate des plans de l'ennemi,
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ses projeta ue sont pas renversés, et il a étenda son pied SOT le eol national ; nos places fortes sont aux mains de la coalition étrangère, nos villes maritimes et nos vaisgeaiu, objet d'abominables traliînons, ont été livrée aux Anglais et aux Eepaguole; la guerre civile est encore diuis le Hidi H dans l'Onest, et la moitié des départementa, travaillés jiar des meneurs dont la cause n'est pas celle du paye, prête la main à la perte de la France; dans le reste des dépArtements, les efforts du royalisme réussissent i reproduire constamment Tagitation et la désorganisation.
Los faux assignats, fabriqm's en Angleterre, arrivent an Fr»nc»i pour alimenter les insurrections et contribuer A 1a dépréciation des assignats de bon aloi ; la famine hurle souvent au milieu des population». Les Anglais calculent trés-bieu qu'il s'agit, [wur la France, d'être ou de ne [las être.
Jamais une nation n'a pu, et ne pourra se trouver dan$ na« telle Bitnation sans succomber. Les efforts les plofi gigiintesques semblaient devuîr Tire i[iipuiris;iints à sauver la France, il fallait des hommes exceptionnels pom* oser Affronter les dangers et la responsabilité de 1» tenUtÎT* elle-même.
C'est rhonneor de la Convention d'avoir réaùté avec fermeté an découragement devant l'impossible, et c'eetsi gloire d'y avoir réussi.
Mais quelle part eu revient an Comité de ealut pflddÎD^ si l'on veut être juste I L'Assemblée a eu coofianoe en saa comité, a décerné une espèce d'inviolabilité à ses membces, a ratifié lenrs actes et les a BOut«uuB dans leur action; mus le BQOcès est dû aux prodigieux travaux des bommei de ce comité, pour lesquels chaque jour n'avait potuiaot
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que ▼ingt^jnatre heures comme pour tout le monde.
La durée de Peziatence du Comité de salut public (du deuxième comité, pour distinguer entre le premier et le troisième qui en ont porté le nom) a été de quatre cent trente jours, et ses travaux connus ont embrassé plus de deux cents rapports à la Convention ; des milliers d'arrêtés, ime correspondance immense avec les armées et les départements, des instructions militaires, des plans de campagne, des délibérations incessantes de nuit comme de jour. Sans aucun doute, après la délibération en commun sur les choses générales, mais particulièrement sur la guerre, cette grande et légitime préoccupation de chaque jour, la division du travail se faisait entre les divers membres, hommes chargés spécialement d'une brandus d'administration, laissés libres dans leurs travaux spéciaux, et ne s'occupant pas de contrôler ceux de letors collègues, chacun donnant à l'autre des signatures de confiance. Bans cette division du travail, le cconité n'eût pu satisfidre au dixième des nécessités du moment, et avec elle-même, l'esprit est encore effiuyé de là tâche que oes hommes ont remplie.
Il faut dire aussi que, parmi eux, il en était assistant bien aux délibérations générales, ou y arrivant pour les objets auxquels ils pouvaient porter intérêt, mais qui, sollicités par les choses extérieures, leur popularité ou les luttes publiques, supportaient moins le fardeau de labeurs incessants et ignorés. Tel était par exemple Robespierre, qui s'était diargé, avec Couthon et 8aint-Just, de la surveillance de la police et du tribunal révolutionnaire, et qui pouvait suivre, à son gré, non pas seulement les séances de la Convention, mais encore celles de la société
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des Jftcobine, où il exerçait une inflaence consid^nbJe.
Il est triste À dire, mois il est vrai, qae le cœor de la France est trop sonvent vicié par cette malbenresse tmiisore d'esprit qui lui fait accorder phis de pris aux actes éclntants qu'aux traviius salntaires de véritable utilité publique : c'est ftiiini que, lu prenant en masse, on la voit, iJurfois ingrate et imbécile, s'elibrcer d'ignorer on d'oablier les noms d'Olivier de Serres, de Tnrgot, de Fonnentier, ces bienfaitenra de eou intelligence et de son hien-?tre, et emboucher toutes les trompettes de la renomm>'e pour tel guerrier qui n'a été qu'un ambitienx on on tueur d'hommes.
L'histoire aussi, qui ne possède pas toujours )e; moyens de pénétrer dans de3 travaux utiles renfermés dans la paix et le demi-jour du cabinet, parmi lesquels ■ dû pourtant exister si souvent la clef ignorée de bien dei* événements, n'est pas même toujours disposée à ramasser des faits sans éclat, et dont le récit est sans attrut.
Cela n'a (ui exister pcinr ee ipii eniirortie la Convention, qui s'est fait une place si large dans la fin dn XTm* siècle. Il n'eu a pas été non plus tont-à-fait ainsi pour son Gomité de salut public, qui a trop étendu son action pour qu'il ne restât pas trace au moins de son éuergîe.
Maia si la Convention a sauvé la France, c'est prindpalement par soc Comité de salut public ; si le Comité de salut public a sauvé la France, c'est principalement par quelques-uns de ses membres; si on mot heureux et vrai a sauvé un jour Carnot d'une attaque lâche qui menaçait B8 personne, le mot doit se reporter également sur tioii de ses collègues. Qu'on le conteste ou non, quatre hommes, quatre conventionnels seulement ont sauvé la France e»
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organisant la victairey et ils ont organisé la victoire en suivant de Tœil chaque brigade de l'armée française, distribuant les forces, assignant leur direction, faisant des .plans de campagne, soutenant les armées, Tun de la nour- ' riture de l'esprit et du courage, l'autre de la nourriture du corps, celui-ci des ressources qu'il créait, celui-là de ses connaissances spéciales, tous de leur patriotisme et de leur confiance dans l'énergie d'une grande nation, qui sait qu'elle ne sera jamais envahie quand elle voudra bien ne pas l'être. Ces quatre hommes sont Camot, Robert Lindet, Prieur (de la Côte-d'Or) et Barère ; Camot, qui avait l'avantage de connaissances spéciales au service de ses grandes aptitudes ; Bobert Lindet, qui a fait en réalité, presque chaque jour, on ne sait comment, ce qu'on pourrait appeler le miracle de la multiplication des pains; Prieur (de la Côte-d'Or), cet admirable organisateur des grands approvisionnements militaires; Barère, chargé plus spécialement des affaires étrangères, et presque toujours de l'intérim de l'administration de la marine, alors qu'il n'en était pas, pour un membre du Comité de salut public, comme pour ces ministres intérimaires qui ne sont que des donneurs de signatures; Barère, que ses heureuses facilités rendaient presque universel, qui était toujours prêt sur toute chose, qui embrassait également l'ensemble et les détails, qui a si admirablement saisi le juste point qui convenait au tempérament du militaire français, entre une vieille tactique qui se croyait savante, et qui n'était que routinière, et une sottise moderne qui croyait qu'il suffisait d'être patriote pour obtenir une victoire; Barère, dont la popularité était si grande, dans nos armées, que, lorsqu'il avait
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la un bulletiu ou anuoncû nu succès militaire à lA séaaee de ]a Couvent ion, les corps militaires qn'il y svait dt^ (remerciement envoy*; Aa haut de la tribune oatinaale) ' rwi-i-taient avec orgaeil : Barèrs a montt- à la tribiate! Uraiide et glorieuse épniiiie jiour l'armée fram^uise ttoiêi, pour totu ceux fjui se groupaient dans ses rau£^, autoai d'un drapeau ijui n'avait rien que de national, parce que nul ne pourait Its accuser d'i^tre les misérables soldrà d'un homme ou de quelques hommes, maie qu'ils étaient rTKiineiit ce qu'on les appelait alors : u lea tlj/ensnurs dtr Ja patrie/ »
Cependant les lutter persotueUes elles-mëines ont de nouveau grandi, parfois aous les apparences d'une secte, parfois sons l'inspiration de projets dont l'objet réel est ttneorc un mystire.
Hi, mi-dessuB des Cordeliers et des Jacobins, ces frdrei un peu rivaux, ai, au-dessus do la terrible Commune, si, dans la Convention mcme, des dénominations typiqna ont pu trouver leur nppliciition : si Sicyés !i pu rtn? Mujaara appelé \a fouine, et Camille Desmoulins pendant on temps le gamin, nous dirions aujourd'hui tenJatA UrriiAe, on eût pu également appeler Marat le due» atrogè^ et Robespierre le ehtU de la Hévolution.
Robespierre est devenu une grande individualité rérolationnaîre, bien moins par les travaux sérieux et difficâla d'un gouvernement exceptionnel, que par lea qnerdlei éclatantes de la Convention, et même de la société da Jacobins. Les Œrondtns n'ont pas d'ailleurs le moiv aidé à le grandir. Brissot, peut-être plus encore que I» antres, en a fait, pendant la durée de la Législative, m Véritable chef de parti. Ils ont donné à son nom un ù
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grand retentisBement, dès alors, qae Louvet, son antre antagoniste, a cru pouvoir prononcer un jour ces paroles, dont le fond est pins remarquable que la singularité : < Robespierre, vous tenez maintenant Topinion en sus- € pens; partager cet excès d'honneur vous était réservé c sans doute; vos discours appartiennent à la postérité; a la postérité viendra se mettre entre vous et moi. » Dans la Convention et dans l'inhabileté toujours si grande de leur politique, les Girondins Font encore grandi, et quand Buzot lui-même dirigeait de solennelles attaques contre Robespierre, Tavocat normand marquait certainement moins de finesse que l'avocat artésien, dont il rehaussait si bien Timportance.
Pourtant, et en étudiant bien Robespierre, quel but ou quelles tendances lui assigner ? Avait-il même, dans son esprit, un but déterminé vers lequel il marchait, ou attesta dait-il, des circonstances, une occasion quelconque à saisir, après avoir sacrifié, les uns après les autres, les importuns qui auraient pu lui faire obstacle ? Cet homme mystérieux, s'il avait un but arrêté, s'il possédait une formule pour ses pensées, n'a jamais dit un mot qui puisse en donner la révélation, et on cherche vainement, dans ses paroles, l'indication même d'une profondeur d'esprit pouvant faire supposer de vastes projets d'un grand penseur*
Ce n'est pas dans une phraséologie remplie de lieux communs, parsemée de prétentions que tout le monde peut avoir à la vertu et au patriotisme, qu'il faut chercher les vues personnelles et ce que l'on peut appeler le dernier mot d'un honmie politique. Robespierre, dont le talent ori^oire, si médiocre d'abord et si mal servi pas son organe, s'est développé dans la lutte, comme souvent^
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Danton. S'il faut Bacrîfier ces soutiens de la Bévolution, Bobespierre ne se donnera pas Todieux de sacrifier son «mi Camille; il le défendra même, et si Camille ne comprend pas, il sera clair qu'il se sera perdu malgré son protecteur .... Ah I quand on lit ces choses, qu'on les étudie et qu'on les pénètre, on ne trouve rien de plus exécrablement perfide que la défense de Camille par Bobespierre en séance des Jacobins.
Camille Desmoulins sera sacrifié en même temps que Danton, parce qu'ils ont voulu se mettre à la tête de la Bévolution et loi ménager une évolution salutaire. Avaientils bien tort?. . . Qu'on suive la marche des choses : on a déjà guillotiné des femmes et on en guillotinera bien encore, et même des femmes qui ne sont pas à considérer eonmie i^% femmes pditiqueSy s'il est permis de s'exprimer ainsi, des femmes telles que la princesse Elisabeth, pauvre fille coupable seulement d'avoir aimé sonfirère;on £^aillotinera bien également Lucile Desmoulins, pauvre femme coupable seulement d'avoir aimé son mari, d'avoir essayé peut-être de le sauver, d'avoir même invoqué la protection de Robespierre. . . Oui, on arrivera jusqu'à cet abîme d'horreurs ! . . .
Pourquoi ne tuerait-on pas Danton?. . . H n'est peutêtre pas aussi difficile à abattre qu'on peut le supposer d'abord; homme de luttes ardentes qu'éclaire le soleil brûlant des révolutions, on le verra bien, dans les grandes crises, ramener à lui tous les hommes de dévouement et de courage, et sauver de nouveau par tous les moyens peut-être le principe révolutionnaire, mais on n'a pas à redouter de lui les obstacles cachés de machinations mystérieuses; insouciant sur sa propre personne, il a ce qu'il