‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 44 sur 198 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

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noblesse. Tantôt aussi^ en se plaçant an point de vue d système proposé, et envisageant le cens électoral no plus par en bas, où il privait d'un droit, mais par en haa où il était constitutif d'un privilège, il en montrait 1 logique, aboutissant au ridicule, car U en tirait la nécefi site d'une échelle de droits proportionnelle à la oote d'in: •pots, et il en disait : <i: Si celui qui ne paie qu*uti imposition équivalente à une journée de travail a moii de droits que celui qui paie la valeor de trois journées a travail, celui qui paie celle de dix journées a plus m droits que celui dont l'imposition équivaut seulement: la valeur de trois. j>

Pétion s'écriait : <i: L'inégalité des fortunes doit doB

€ décider de l'égalité des droits ! Autrefois l'in^

4i lité des droits était fondée sur d'autres inégalités, i Mm quand il demandait quelle différence il y avait dono ents l'ancien et le nouvel état de choses, la franchise obliges à répondre que la différence consistait en ce qu'une dasi; était substituée à deux ordres, et en ce que la nation étm scindée en deux parties.

Néanmoins, en violation des paroles et des écrits de plupart des hommes qui composaient l'Assemblée; • violation du principe même de la Révolution; en violati« aussi, — violation des plus scandaleuses, par une Assa» blée, — des institutions déjà promulguées de la Déclaratic des droits, décrétée par la même Assemblée; en dépit C sens commun qui, dans les circonstances présentes, ind quait à cette Assemblée de ne pas mettre hors la loi, nub au contraire de rattacher à elle-même la plus grande part: de la nation, le principe du marc cCargeTU et les diapoai tions qui en étaient la conséquence furent adoptés, grâic

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&Q vote de ces membres, appelés les impartiaux^ qui 7 rojaient une transaction dans les dispositions du yetO| dont les termes n'avaient rien ni du principe monarehi^ue, ni dn principe de la souveraineté nationale.

Mercier définissait les impartiaux en supposant un ioterlocatenr demandant d'abord au côté gauche de TAssemblée : < Combien font six et six? i et recevant cette réponse : c Douze, > puis posant la même question sa o6té droit, et recevant cette autre réponse : <i: Six et six int quatorze, » et enfin l'impartial jugeant la question entre le cdté gauche et le côté droit , par cette exclamation : < Ce sont des exagérés; six et six font treize; la vérité est dans le milieu. »

Hais Camille Desmoulins écrivait, avec une raison que l'sTenir n'a pas condamnée : <i: Ce décret pent de constim tuer la France en gouvernement aristocratique; c'est la ^ plus grande victoire que les mauvais citoyens aient rem- ^ portée à l'Assemblée nationale. Pour faire sentir toute c l'absurdité de ce décret, il suffit de dire que Jean-Jacques ^ Rousseau, Mably, Corneille n'auraient pas été élic gibles. ^

n avait bien raison, dix fois raison, d'appeler mauvais

citqrens les auteurs de ce vote ; il eût pu les qualifier,

«ans exagération, plus durement encore, car en politique,

tout aussi bien qu'en matière civile, la morale flétrit les

^iûMidataires infidèles qui se servent du mandat pour

<)itniire les droits des mandants.

Cette première atteinte portée à la logique, à la raison «tan droit, par une Assemblée qui bifi'ait elle-même les W8€8 de sa puissance, à une époque où une telle atteinte, Wû d'être un moyen de faciliter les transitions, était

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même mi acte de réaction inopportune contre mi principe admis ^ a été le point de dépiaxt de toutes ces combinaisons à l'aide desquelles on a faussé les institutions nationales; et, comme il est de l'essence de telles combinaisons de toujours finir par enfanter des monstres, nous avons vu le cens électoral, dans ses dernières années, alors qu'un entêtement hors de tout bon sens se refusait aux plus simples modifications, produire ce résultat étrange, que le portier de l'un des plus grands lycées de la Normandie avait la capacité électorale, en même temps qu'aucun des professeurs de ce lycée ne la possédait. On a vu également, dans une ville de la Seine-Inférieure, que le bourreau était électeur, quand le premier président de la Cknxr royale ne l'était pas ^.

On a vu bien autre chose encore I Les prestations en ' nature, ce plagiat des corvées d'autrefois, qui ne fait pas les meilleurs chemins, sont une contribution directe qui devait, à ce titre, entrer dans la composition du cens électoral. Comme la contribution est due par chacune des bêtes de somme, de trait ou de selle du contribuable, il arrivait qu'au milieu de la France du xix® siècle des citoyens complétaient ainsi la capacité électorale, devenaient électeur de par leur cheval ou leur bourrique; qu'à soixante ans, âge d'exonération de la corvée des prestations, on perdait la capacité électorale qu'elles avaient donnée, mais qu'on la perdait aussi quand son cheval ou sa bourrique venaient à mourir et n'étaient pas remplacés au moment de la confection des rôles.

En 1790, on n'avait pas encore l'exemple de ces con-

(1) Histoire de huit ans, par Elias Regnault, t. i«r, ckap. 5. ^

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séquences d'une base absurde et matérielle, mais ce que l'on sentait vivement, c'est que la nation allait être divisée en deux parties, et ce que Buzot et Pétion sentaient tristement, c'est que Ton avait créé un antagonisme désastreux entre les éléments différents, mais non contraires jusque-là, du Tiers-État.

L'opinion publique en fut vivement agitée, plus encore dans les classes dont le droit n'était pas atteint, que dans celles mêmes qui étaient dépouillées, et c'est dans celles-là que s'est soulevée, à Paris, la question d'une protestation nette contre le décret, au moyen du refus motivé du serment civique. Le duc de Chartres était au nombre des protestants, et ce ne fut qu'entraîné par ses frères, le duc de Mon^nsier et le duc de Beaujolais, qu'il se rendit au district de Saint-Bocb et se décida à prêter € serment de fdUité au marc dC argent. > On sait que le duc de CSiartres de 1790 est devenu plus tard duc d'Orléans, puis le roi Louis-Philippe, renversé du trône pour avoir voulu obstinément maintenir contre l'esprit de la nation im cens pire encore que le marc d'argent, et plus désastreux au point de vue de la corruption électorale.

Buzot est resté constamment opposé aux dispositions de législation qui avaient si malheureusement contribué & établir et différencier une Bourgeoisie et un Peuple^ là où il n'y avait auparavant qu'un unique Tiers-Etat. Et quand Buzot et ses amis virent les conséquences se développer, à la grande et inintelligente satisfaction des classes qui en avaient le profit d'un moment, ils ne restèrent pas sans amertume contre cette bourgeoisie dont ils faisaient partie, qu'ils aimaient et dont ils étaient une expression si remarquable. Au milieu de grands

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ArénemèûtB) recherokant leoî origine on leurs cftnses, l'eâprit de ces hommeft restait préoccupé de la marne question et rempli de la même amertume; aussi Pétion écrivait-il plus tard à Buzot^ : « Qu'était le Tiers- « État avant la Révolution? Tout ce qui n'était pas « Noblesse ou Clergé ; le Tiers-État avait une force irré-

€ sistible Le Tiers-État est divisé; la bourgeoisie,

€ cette classe nombreuse et aisée, fait scission avec le € peuple; elle se place au-dessus de lui, elle se croit de c niveau avec la Noblesse, qui la dédaigne et qui n'attend

€ que le moment favorable pour l'humilier Il faut

< que la bourgeoisie soit bien aveugle pour ne pas aper- € cevoir une vérité de cette évidence; il faut qu'elle soit € bien insensée, pour ne pas faire cause commune avec

« le peuple On lui a tant répété que c'était la guerre

€ de ceux qui avaient contre ceux qui n'avaient pas, que € cette idée la poursuit partout ; le peuple, de son côte, € s'excite contre la bourgeoisie et s'indigne de son € ingratitude; il se rappelle les services qu'il lui a

« rendus La bourgeoisie et le peuple réunis ont

« fait la Révolution; leur réunion seule peut la con- € server.. . . . >

(1) Lettre du 6 féTrier 1792.

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