FUITE DE VARENNE
De nos jours mêmes, en 1830, il ne s'est pas trouvé seulement dans la Noblesse et le Clergé, dont c'était le rôle et l'intérêt, mais bien ailleurs, des hommes qui ont osé conseiller à la Révolution de garder la dynastie de Charles x qu'elle venait de vaincre. Ces hommes-là ne pouvaient être que des politiques absurdes ou perfides.
Quand une nation se détermine. à faire une révolution, alors même qu'elle veut énergiquement rester monarchique, elle doit changer sa dynastie, remettre la conservation de son principe et de sa nouvelle constitution à une dynastie nouvelle aussi, intéressée à les défendre, et elle ne doit pas les laisser au pouvoir vaincu et intéressé à les détruire. C'est déjà trop pour les institutions nouvelles d'avoir à lutter contre la réaction qui les suit et guette toujours l'occasion de les détruire.
Les Anglais, hommes pratiques de la liberté politique, et qui l'ont assise sur la forte base de la liberté individuelle, ne s'y sont pas trompés, et on ne peut dire que ce soit précisément par admiration pour le méprisable Guillaume m qu'ils l'aient placé sur le trône de son beau-père.
Et pour ne l'avoir pas fait plus tôt, la France ellemême n'a-t-elle pas augmenté la somme de ses maux par toutes les misères, toutes les calamités et toutes les servitudes qu'elle a supportées depuis les États-Grénéraux de 1355, jusqu'aux Etats-Généraux de 1789 ?
Ce qui a perdu Marcel et les institutions dont il a été l'un des auteurs, ce qui a failli perdre la Révolution de 1789, c'est précisément la conservation du pouvoir aux mains des dynasties vaincues.
Ce n'est pas dire qu'un reproche un peu vif en puisse
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être fiât aux hommes de 1789. Les circonstances ont leurs rignenrs, et, il faut bien reconnaître, quand on les étadie, en assistant par la pensée an mouvement de 1789 et à ses développements pendant le cours de cette année, que l'Assemblée nationale n'a eu qu'un seul moment, moment fugace, où elle aurait pu, avec l'inspiration du génie et de l'audace, prendre la couronne de Louis XVI et la placer soit sur la tête du comte de Pro- T^ce, soit sur la tête du duc d'Orléans, ces deux princes qui regardaient et attendaient. C'est le 15 juillet, alors que la Constituante, destinée la veille encore à être renvoyée, balayée au premier ordre du roi, venait d'être saavée par la prise de la BastUle, qui faisait de Louis xvi un roi vaincu. Le 15 juillet au soir, il était déjà trop tard, et le sort de la Bévolution, resté aux mains de ses ennemis, redevenait un problème pour les yeux clairvoyants. Il n'y avait plus aucun prétexte, aucune occasion de placer le pouvoir exécutif en des mains ayant un intérêt identique i celui de la nation; mais il y avait certitude pour l'Assemblée, malgré les illusions dont elle entretenait le pays, qu'elle serait obligée de passer au moins par tous les tristes tiraillements que devait lui susciter une cour si naturellement malveillante, et toujours disposée à swsir les occasions de reconquérir le terrain perdu.
Cependant, malgré les efforts mêmes de l'Assemblée, qui n'y gagnait pas toujours en popularité, le sentiment public se formait et s'accentuait chaque jour davantage, devant la résistance que le régime nouveau rencontrait et les dangers permanents que lui faisaient courir les hommes de l'ancien régime, les intérêts blessés, l'émigration qui s'accentuait aussi, la cour et Louis xvi lui-même.
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Celni-oi da reste ne pouvait, malgré les conoessioiis et les transactions, se considérer que comme un roi dépouillé; il était Tennemi naturel de la Révolution, et il fallait bien s'attendre à ce qu'il cherchât, jusque dans la Constitution même, les moyens de détruire cet acte usurpateur des prérogatives de la race dont il était le premier représentant et de la caste dont il était le premier gentilhomme.
Malgré les hypocrisies de langage qui sont trop souvent dans les actions officielles pour tromper longtemps une nation, cette situation était de plus en plus sentie, et l'Assemblée fut bientôt seule à feindre de ne pas le comprendre.
Elle était elle-même dans le faux, en s'irritant et en s'indignant par exemple du refds de sanction d'un décret, car, d'après elle-même, tout ce qui ne rentrait pas dans l'étendue du pouvoir constituant qu'elle s'était réservé, restait dans les prérogatives royales.
C'était l'inconvénient des principes faux à travers lesquels on marchait, et qui n'étaient que des transactions souvent difficiles, quelquefois dangereuses entre deux idées exclusives.
Quoi qu'on en dise, il n'y a comme forme gouvernementale que deux principes en présence, dont l'un, reposant sur ridée de la légitimité royale, a pour conséquence dernière et nécessaire le pouvoir absolu d'un monarque, et dont l'autre, reposant sur l'idée de la souveraineté nationale, a pour conséquence dernière et nécessaire la liberté des citoyens.
Mais, comme les citoyens ne vivent pas de l'absolu, on a recherché une transaction entre les deux principes, et
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l'on est amyé à ce que nonB appelons la monarchie oonstîtntionnelle.
LA, on ne s'est pas bien pénétré des conditions de cette institation, et, an lien de concilier les denx principes, on les a mis en présence, la royauté cherchant tout naturellement son intérêt particulier et se servant de tons les moyens poor élargir ses prérogatives, et la nation s'efforçant au contraire de maintenir ses droits et d'en étendre Pappliettion.
Antagonisme et conflit, voilà ce qu'on a organisé dans les institutions de la royauté constitutionnelle, le plus souvent an détriment de la nation.
Cela n'a pu venir que de la préoccupation des institutions de la monarchie pure et de la considération de ce qu'on lui retirait C'était agir comme si la nation procédait de la royauté, et non la royauté de la nation. On aurait été bien moins dans le faux si, appliquant à la monarchie les bornes que Turgot avait raison d'assigner au pouvoir social lui-même, et si, se préoccupant plutôt de la souveraineté nationale que du pouvoir royal, on eût considéré ce qu'on enlevait à cette souveraineté, pour le donner à la royauté, et si l'on n'eût donné à celle-ci que les fonctions du pouvoir exécutif ^
Avec ce procédé, on n'eût pas jeté des germes de lutte et de révolution dans les institutions.
(!) On 8*e8t beaucoup trop accoutumé dans les gouyemements à immoler le bonheur des particuliers à de prétendus droits de la iodéié. On oublie que la société est faite pour les particuliers, qu'elle n'est instituée que pour protéger les droits de tous, eu assurant raccomplissement de tous les devoirs mutuels. (Turgot, Lettres sur iatoUrante.)
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On peut admettre, et il est probable qn^on Ta déjà dit, que la royauté constitutionnelle comporte parement l'idée d'une présidence républicaine, héréditaire et inviolable, exerçant les fonctions du pouvoir exécutif par des agents responsables ; idée simple, pratique, dépouillée des causes de conflit, qui ne prête ni aux lâchetés des courtisans, ni aux spéculations des corrupteurs, ni aux succès des sophistes.
Il est certain du reste qu'il en est de même pour les institutions politiques que pour la législation générale; l'idée simple est préférable à la complication. Mais il faut reconnaître que la Constituante de 1789 n'a jamais cherché l'idée simple et a trop souvent procédé en politique, comme en matière civile, sous l'empire de préoccupations historiques et juridiques qui lui ont ôté la perception nette de la situation et l'ont fait marcher bien plutôt à la suite qu'à la tête de la nation. Qu'on étudie les circonstances qui ont environné chacun de ses actes, et on sera bientôt convaincu de cette vérité.
11 n'est donc pas étonnant que la royauté, vaincue, laissée au pouvoir, ait conçu l'espérance de reprendre, par les dissolvants, par l'achat des consciences, par la force des armes au besoin, la position qu'elle avait perdue.
Il n'y avait que les sourds et les aveugles qui ne comprissent pas — ce que Louis xvi lui-même ne dissimulait pas, chaque fois qu'il n'avait pas besoin de dissimuler, — que la royauté n'acceptait ni les actes constitutionnels, ni les décrets, ni la Révolution ; qu'elle les subissait par contrainte, et qu'elle voulait à tout prix en avoir raison à un moment opportun.
H est devenu certain pour tout le monde, non pas seule-