‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 65 sur 198 · LE 10 AOUT ET SES CONSÉQUENCES · texte numérisé non relu

LE 10 AOUT ET SES CONSÉQUENCES

Manifeste de Brunswick. — La Commune insnrrecUoiuielle. — Ses forces. — Le 10 août. — Appréciations sur cette journée. — Les Girondins ayant et après. — Le coup de canon de Danton. — Les ministères aux mains des Girondins. — Leur conduite impoiitique. — Les Tuileries, le Luxembourg, le Temple. — Puissance de la Commune; faiblesse de l'Assemblée. — Robert Lindet désireux d*une Convention nationale. — Quelles sont les meilleures conditions d'existence d'une Assemblée délibérante?

Le 3 août 1792, on apprenait à Paris, par les royalistes eux-mêmes, l'existence et la portée du formidable manifeste que Brunswick venait de dater du quartier général de Coblentz; la révélation de ce manifeste, tombant au milieu des sections réunies, y excita l'étonnement, la colère, l'indignation, toutes les passions ardentes, mais plus naturellement encore le désir violent de se sauver à tout prix, en sauvant la France elle-même. Or, il n'y avait nul espoir de résistance, si le gouvernement et l'armée restaient aux mains du roi au nom duquel Brunswick menaçait la France; pour éprouver un seul doute à cet égard, il fallait être engourdi dans une effroyable ineptie, ou faire partie du camp ennemi. Aussi

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la question de déchéance, soulevée immédiatement dans lessectionsy rémiit-eUe dans chaque section la presque uuaoiiaité des votants, et, sur les quarante-huit sections (le Paris, quarantensept adoptèrent le projet de la déchéance, y compris même cette section des Filles- Saint-Thomas, qui a joué pendant le cours de la Révolution un rôle encore plus pitoyable qu'il ne fut coupable. La section du Boi-de-Sicile, seule, improuva la déchéance de Louis xvi.

La Bépublique et les Jacobins n'avaient plus à rester spectateurs seulement des manœuvres des Girondins. Louis XVI se savait au moment décisif, mais les patriotes le savaient aussi : pour lui, il fallait donner le temps h l'ennemi d'arriver ; pour eux, il fallait au contraire le deyancer dans l'action.

La&yette, par ses fausses démarches, ses illégalités et ses menaces de soldat, il faut bien le dire, s'était perdu pour une cour qui se serait servi de lui pour tuer une révolution qu'il aimait sincèrement, et il devait paraître dangereux de lui laisser une armée à commander. Les Grirondins, compétiteurs et ennemis des Feuillants, le poursuivaient eux-mêmes avec ardeur, avec le plus d'ardeur pourrait-on dire, et faisaient retentir l'Assemblée de leurs attaques contre lui. Sa mise en accusation était le moyen pour eux de lui enlever son commandement ; elle agitait l'Assemblée en même temps que la question bien plus capitale de la déchéance, mais, devant la résistance du roi qui avait ses raisons personnelles et devant les hésitations d'une Assemblée impuissante à sauver son pays, l'insurrection se préparait dans Paris, qui demandait déjà depuis longtemps la déchéance, la convocation des

assemblées électorales et la nomination d'une Convention nationale, chargée d'apporter le vœn de la France.

L'Assemblée avait ajourné au 8 août la question concernant Lafayette, et au 10 la question de déchéance. Le 8, les Feuillants réunis aux incertains, aux royalistes et aux stipendiés de la liste civile, forment une majorité considérable en faveur de Lafayette, 406 voix contre 224, et nul doute que la déchéance devait être repoussée par ime majorité tout aussi grande.

Mais les sections de Paris préparaient un autre vote. On les a vues, au nombre de quarante-sept sur quarantehuit, voter sur la déchéance à la presque unanimité; elles s'étaient mises en permanence, et quelques-unes envoyaient des patrouilles surveiller les Tuileries. Elles n'avaient plus rien à attendre d'une Assemblée assistant à la perte d'une nation, sous l'inertie calculée d'un roi qui voit l'étranger venir à son secours, et sous les combinaisons plus stériles des Feuillants et des G-irondins. Une des sections, celle des Quinze-Vingts, n'hésita plus à prononcer le mot qui devait donner une solution, et elle fit appel à l'insurrection. Les fédérés lui offrirent leur concours, et elle reçut les commissaires d'un grand nombre d'autres sections venant adhérer à son projet, seul moyen qui restât « de sauver la chose publique, d Ce fut alors qu'on décida de provoquer, dans chaque section, la nomination de trois commissaires, de réunir l'assemblée de ces commissaires à l'hôtel-de-ville, de les charger d'aviser aux moyens à suivre et de ne plus recevoir d'ordres que de cette réunion.

C'était la régularité gouvernementale dans l'insurrection, et conséquemment déjà la déchéance de fait du trône

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