‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 73 sur 198 · DB SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

DB SEPTEMBRE

arriver sur le lieu .des égorgements et donner quelques ordres, dont il eût été bon de révéler la nature, si Ton avait eu en vue seulement la recherche de la vérité.

L'examen de ces assertions mène droit à ceci, que, si l'on peut, si l'on doit même reprocher aux pouvoirs publics de n'avoir pas assez fait pour arrêter les massacres, on doit en même temps reconnaitre que la Commune a plus fait que le pouvoir exécutif ou l'Assemblée législative.

n est vrai qu'en interprétant plus ou moins facilement les gestes ou les paroles plus ou moins vraies de quelques hommes faisant partie de la Commune, on s'est plus facilement encore donné l'occasion de les rapporter à la Commune elle-même.

C'est par la même pensée, très-probablement qu'on 8*est emparé de la présence de Billaud-Varennes et de son habit noisette à l'Abbaye, car l'habit noisette parait si^alé avec plus de soin que l'homme même par des récits que d'autres récits contredisent, en signalant un liabit puce et d'autres encore une perruque noire ; mais les uns et les autres auraient pu tout aussi bien s'emparer de la présence de Manuel, le procureur-syndic de la Commune, que l'on a vu plus tard s'efforcer de sauver Louis XVI, puis périr sacrifié par les terroristes.

Et Dussault ! le vieux Dussault, le doyen des électeurs

de Paris, le girondin Dussault, homme recueillant dans

toutes les élections des voix de tous les partis, ne l'a-t-on

pas vu sur le lieu? N'a-t-il pas fait des efforts pour

pénétrer au milieu des meurtriers ? Ne l'a-t-on pas vu,

monté sur une chaise, essayer vainement de se faire

écouter de la foule ? Si l'on ne l'a pas entendu plus que

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BtUaud-Varennes, pourquoi supposer à celui-ci des paroles autres que celles de son collègue ?

Pourtant on ne s'est pas toujours borné à des suppositions, car on a reproduit des expressions significatives attribuées à Billaud-Varennes, donnant son approbation à la mort des prêtres amenés du dépôt à TAbbaje : c Peuple, tu immoles tes ennemis, tu fais ton devoir ! > {Hréface de ces autres paroles de Maillard, igoutant aussitôt : c II n'y a plus rien à faire ici, allons aux Carmes I i>

Cela parait clair, mais en y réfléchissant, on trouve bientôt que les paroles mêmes de Maillard ne peuvent être vraies, car elles seraient simplement absurdes, alors que, contrairement au fait, à ce qui se voyait sous les yeux, MaiUard ne pouvait dire qaHl tCy atxiit plus rien à faire ^ là où tout était à faire y là où on a vu Maillard, tout précisément Maillard, s'installer président d'un tribunal improvisé, et juger les malheureux prisonniers pendant de longues et terribles heures.

Mais, à ceux qui ont signalé la présence de Billaud- Varennes en habit noisette, ou en habit puce, ou en purruque noire, sont venus répondre, il y a quelque trente ans, ces chercheurs de documents qui ne laissent jamais échapper l'occasion de détruire froidement les plus séduisants produits de l'imagination.

Ils ont tout simplement révélé l'existence d'un procèsverbal constatant, au moment indiqué, la présence de Billaud- Varennes non à l'Abbaye, mais au Conseil général en séance, et y faisant un discours.

Ceux donc qui ont si bien recherché Billaud- Varennes aux prisons de Paris auraient pu mieux faire de le recher-

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cher, vers le 4 oa le 5 Beptembre, rejoignant l'armée française qni mardliait à la défense du territoire.

Et d'ailleurs, à œnx qui n'ont pas plus à attaquer qu'à défendre la mémoire d'un homme, et qui se préoccupent avant tout des événements et de leur signifloation, il est permis de consigner cette remarque que les expressions attribuées i l'implacable Billaud-Yarennes peuvent prouver à sa charge une déplorable approbation qui n'a été que trop le funeste courant du moment, mais non la préméditation, le complot, la conjuration que les Girondins et les royalistes ont imaginés plus tard comme annes de guerre.

n est digne de remarque aussi qu'il ne serait pas impossible que, même dans leur petit cercle, les Girondins n'eussent pas été parfaitement d'accord sur les noms des adversaires qu'ils voulaient associer aux massacres de Septembre. A trente-cinq ans de là, on a pu apprendre en effet, dans les Mémoires sur la Révoltdion^ par Buzot, que Tesprit implacable de celui-ci, aigri davantage par la proscription, livrant au papier ses impressions, qui n'avaient jamais été exemptes de questions personnelles, et prenant trop souvent ses fantômes pour des réalités, n'accuse plus des journées de Septembre ni Marat, ni le Comité de surveillancey mais Camille Desmoulins lui-même, qui n'y pouvait rien alors, et auquel nul ne pouvait sérieusement penser à faire une inculpation personnelle à cet égard. Pour Buzot, maintenant, a Desmoulins, Fabre d'Eglantine, Danton et Robespierre, sont les seuls avteurs des affreuses journées de Septembre, d Le pauvre proscrit, écrivant dans ces retraites de Saint-Emilion où il se mettait à l'abri des recherches de Tallien, n'était pas à

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