Études sur la rime dans "Cyrano de Bergerac"
L. Becq de Fouquières: Traité général de versification française, Paris, Charpentier, 1879.
Gmmont: Le vers français et sa prosodie, Paris, Hetzel, 1880.
^1. Tabler: Yom franzosischen Versbau alter iind neuer Zcit, III. Auflage, Leipzig, Hirzel, 1894.
T. de Banville : Petit traité de poésie française, Paris, Charpentier, 1891.
E. Sommer: Petit dictionnaire des rimes françaises, Paris, Hachette, 1897.
E. Koschîvitz: Les parlers parisiens, anthologie phonéticpie. Deuxième édition. Paris, Velter, 1896.
Kr, Nï/rop'. Grammaire historique de la langue française, Copenliague, 1899.
Les titres des autres ouvrages seront donnés au cours de l'étude.
^) O'itre les dictionnaires de Sachs- Villatte, Littré, Thoij)as-Hatzfeld, etc.
Introduction.
Dans son volnniineux et savant Traité d e V e r s i f i e a t i 0 n française^), M. Lubarsch exprime, à la fin du chapitre consacré à la rime, le désir suivant :
„Wir haben hier nur auf einige der hervorragendsten Punkte hinweisen wollen, welche bei einer folgerichtigen Théorie des franzosischen Keimes massgebend sein miissen. iSeben einem feiuen Verstiiudnis tur dcn Klang tranzosischer Laute ist iiberdies die A u f s 1 e 1 1 u u g einer S t a t i s t i k des R e i m e s n a c h d e n b e s t e n D i c h t e r n e r f o r d e r 1 i c h , von welcher zur Zeit kaum die Anfiinge vorliegen. Vielleicht, dass wir spater einmal hierauf zurlickkommen." ^)
La mort, malheureusement, a ravi 'j le savant à la science avant qu'il ait pu tenir sa promesse. Nous avons voulu aider, dans nos faibles moyens, à résoudre cette importante question de la rime en français, et, répondant au désir de Lubarsch, nous avons essayé d'établir une statisti(iue complète des rimes de Cyrano de Bergerac, ^) le beau drame de M. Edmond Rostand.
Nous avons choisi cette pièce pour la simple raison qu'ayant eu à nous en occuper d'une façon assez approfondie au cours du semestre écoulé (été 1899), nous l'avons, plus qu'une autre de ce temps, trouvée digne de servir de base à un travail pareil. Point n'est besoin d'ailleurs, de faire l'éloge du grand poète et de l'habile versificateur qu'est M. Rostand. Le critique est unanime à reconnaître en „ Cyrano" l'œuvre à tous les points de vue
1) E. 0. Lubarsch: Franzôsische Verslehre, Berlin 1879.
3) En 1887. (Cf. l'introduction de M. Koschwitz à l'ouvrage de Lubarsch : Ueber Deklamation der franzosischen Verse, 1888).
*) Paris 1898, Charpentier. — Représentée, pour la première fois, sur le Théâtre de la Porte St-Martin, le 28 décembre 1897.
la plus importante qui ait été donnée au théâtre depuis une trentaine d'années. ^)
Selon nos intentions, cette étude ne doit être que la première d^une série de travaux sur la rime des poètes contemporains les plus importants. On le sait, la rime — et toute la métrique française — a traversé une forte crise dans cette fin de siècle, crise qui dure encore et d'où, nous en avons la ferme conviction, la versification française sortira plus libre, plus souple, mieux appropriée à la langue et aux besoins modernes, plus naturelle enfin.
La comparaison méthodique que nous pourrons établir entre les diverses manières des auteurs analysés à concevoir la rime en son essence, son utilité, son but, nous permettra, nous l'espérons, de répondre à quelques-unes des nombreuses et importantes questions qu'ont soulevées des travaux tels que ceux de M. Becq de Fouquières ^) et des productions littéraires comme celles des poètes décadents, des verslibristes, de M. Henri de Régnier, de Stéphane Mallarmé et d'autres.
„Ci/rano de Bergerac" , comédie héroïque en cinq actes, en vers, compte 2566 vers de différentes longueurs. Dans notre étude, nous n'avons pas tiré en considération les rimes :
1) de la ballade du duel (28 vers de huit syllabes); ^)
2) de la recette de Ragueueau (18 vers de 7 syllabes)^^)
3) de la chanson des Cadets de Gascogne (4 triolets, 32 vers de 8 syllabes) ; ^)
4) de l'épitaphe de Cyrano (8 vers libres); ^)
1) V. entre autres les articles de M. Henry Fouquier, dans le F i garo du 29 décembre 1897, p, 4, et de M. Jules Lemaître, dans la R e vue des deux Mondes. 1898, Tome 145, p. 694 : „La pièce de M. Edmond Rostand . . . est . . . d'un rare et surprenant mérite ... Il est un si habile dramatiste et un si rare poète . . . Toute la ,,presse" du lendemain et toute la „presse" de huit jours après ont proclamé Cyrano chef-d'oeuvre. . . . Nous avons su de lui (M. Faguet) que Cyrano „est le plus beau poème dramatique qui ait paru depuis un demi-siècle".
Ajoutons qu'à Pâques 1899 on donnait à la „Porte St-Martin" la 400 e représentation de „Cyrano".
2) Becq de Fouquières: Traité général de versification française. Paris, 1879.
3) p^ 46 4) p^ 73 5) p 88 — ^) p. 223, ces derniers sont tous masculins.
V 5) (lu (luatrain de la pa^e ))4 (vers de G syllabes).
Nous avons laissé de côté les rimes de ces morceaux parce qu'elles sont soumises aux exigences de règles spéciales, exigences aux(pielles ne sont pas astreintes celles des alexandrins du dialogue. C'est donc 247() vers dont nous aurons à nous occuper, soit 12)i8 rimes.
Bien que dans leurs manuels, ni Quicherat ni Lubarsch ni
d'autres encore, n'aient séparé, au cliai)itre relatif à la rime, les règles qui s'ai)pli(pient à la rime comme son, de celles ([ui ne concernent ({ue le sens de la rime, nous diviserons, pour plus de clarté, notre travail en deux parties. Dans la première, nous analyserons les rimes de „ Cyrano de Bergerac" au point de vue de la plionèti(iue (richesse, variété, rectitude, longueur, etc) et dans la seconde nous considérerons ces mêmes rimes au point de vue de la sémantique c.-a.-d du sens, ((piels mots sont à la rime? leur provenance? leur influence sur le vers? leur variété? etc.)