‹ Études sur la situation intérieureChapitre 25 sur 25 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

L'hôpital des pauvres reçoit des malades de toutes les classes de la société. Lavean dit, qu'en 1835, il possédait nn capital de 2,490,000 roubles de banque, qu'il tenait de ta générosité de la maison des enfants trouvés , avec 400,000 roubles de banque qui provenaient de ses épargnes.

L'institut technologique était organisé en 1843 pour la réception de 360 élèves; à cette époque, les enfants de la maison impériale d'éducation y étaient seuls admis; mais déjà l'empereur avait permis de recevoir également des pensionnaires. On reçoit les enfants à dis ans, et même à douze, s'ils savent déjà lire. On y enseigne, si je oe me trompe, jusqu'à dix-sept métiers. L'enseignement est en partie théorique, en partie pratique. Le premier est divisé en classes. Les élèves y apprennent surtout l'écriture., le calcul, le dessin et la grammaire russe qui est expliquée par un ecclésiastique , revêtu du titre de mallre-es-arls. Les élèves qui ont fini leur apprentissage, sortent de l'institut à l'âge de 21 ans, et s'établissent dans les villes comme ouvriers; mais dans ce cas, ils sont obligés de se faire recevoir dans la corporation du métier qu'ils exercent. Pendant leur séjour dans l'institut , ils gagnent un peu d'argent par des ouvrages qu'ils font cl qu'ils vendent; quelquefois ils se créent ainsi une petite fortune d'environ 50 roubles arg. , qu'ils emportent en quittant l'institut. Quand on nous montra cet institut, on nous Cl traverser les vastes halles, et les chambres dans lesquelles tout était admirablement disposé pour le but qu'on leur avait assigné; nous y vîmes les ouvrages faits par les jeunes menuisiers, tourneurs, graveurs, ciseleurs etc. de l'inslitut, de même que des travaux en cuir. Los tours étaient mis en mouvement par une petite machine à vapeur de la force de quatre chevaux. 11 y existait aussi une collection de modèles. Un magasin y était établi, dans lequel on avait réuni et étalé en vente les ouvrages faits dans l'institut; nous y vîmes, parmi une multitude d'autres objets, des tables à écrire, des tables à coudre, des étudioles, des cartons, des objets en bronze, des instruments mécaniques et d'autres, dont la fabrication exigi;

un haut degré d'aptitude et d'art, par exemple un trébuche!. Dana la cuisine, on nous servit un dîner composé d'une soupe aux pois, de pommes de terre rôties, de gruau, d'un morceau de bon pain bis et de kwas; la viande y manquait, parceque c'était le temps du carême.

Il existe encore une autre institution, dont les frais d'entretien, d'après Laveau, étaient fournis autrefois par la maison impériale d'éducation, mais qui aujourd'hui, grâces aux règlements de l'empereur, possède un capital à elle; c'est Tinstitut d'Alexandre, espèce de collège, auquel un pensionnat de jeunes demoiselles est attaché. Il y a aussi à Moscou un institut de cadets et une école militaire, mais dont je n'ai visité aucun. Dans cette dernière, on avait, à ce que nous dit Laveau, introduit l'enseignement mutuel, mais plus tard on l'avait supprimé, excepté dans les classes destinées aux petits enfants.

Outre les instituts dont nous venons déparier, Laveau fait encore l'énumération de vingt établissements de charité; parmi lesquels il y a surtout des hôpitaux et des hospices de pauvres, des écoles et des maisons d'éducation*). Ils doivent leur fondation et leur conservation ou au gouvernement , ou à des Russes de distinction, ou à la ville, ou à des associations de particuliers, parmi lesquelles se fait remarquer surtout le comité impérial philanthropique, dont les fonds, il est vrai, proviennent en partie

*) C'est une chose étonnante de voir tout ce qu'on a fait à Motcou et i St. Pétersbourg pour l'éducation des jeunes Glles, par la fondation d'écoles publiques. Parmi celles dontLareau parle dans son ouvrage, il y a, à Moscou , l'institut de Tordre de Sainte-Catherine pour les Glles des employés d'étal sans fortune, celui de Sainte-Âlexandra pour de jeunes Glles dos classes moyennes, et celui qui a été fondé par N. Demidow et qui a pour destination de former de bonnes femmes de ménage. L'empereur et l'impératrice s'intéressent beaucoup i la prospérité de ce dernier. A St. Péterabourg, le grand institut de Smolna jouit d'une grande renommée. L'impératrice exerce le patronat sur plusieurs de ces instituts.

se donations de* empereurs Alexandre et Nicolas, et qui soulage aussi des pauvres dans leurs demeures. II me reste encore à nommer deux établissements que j'ai vus moi-même; ce sont l'hôpital militaire et l'hôpital deScberemeljev. Comme la plupart des établissements de bienfaisance, l'un et l'autre se trouvent dans des bâtiments qui ressemblent à des palais. Dans le premier, il y avait alors, à ce qu'on m'y dit, environ 700 malades; autrefois, il y en avait en 1500. On attribue cette diminution du nombre de* malades à une diminution du temps de service, et l'on pense en même temps, qne le soldat, à présent, prend plus se soin de m santé qu'auparavant. On dépense tous les jours, pour les médicaments qu'on fournit au* soldats, 9 copeka par tête, en répartant également sur chaque individu la somme totale qu'on dépense pour l'armée; la nourriture, le chauffage, le blanchissage etc. coûtent ponr chaque soldat 35 copeks par jour. On donne 2 livres du pain par jour, et 3 livres pendant les maladies scorbutiques. Un médecin m'assnra pourtant, que les malades souffraient de grandes privations , à cause des nombreuses soustractions commises par les employés. Je ne suis pas es état de juger de la vérité de cette assertion , faute du preuves. J'ai entendu vanter beaucoup l'organisation de l'hôpital fondé par le comte de Scheremeijew, hommu Irès-considéré et l'un des pins riches personnages de la Russie ; cet hôpital est un des plus beaux édifices de la tille. 11 contient environ 150 malades et 200 vieilles gens de l'un et de l'autre sexe. Une fondation pour doter de pauvres filles y est attachée. On me dit que cet hôpital possédait 9000 paysans, c'est-à-dire des terres sur lesquelles ce nombre de serfs mâles se trouvait. Dans l'église qni en fait partie, j'eus l'occasion de recevoir une impression profonde du chant sublime qui caractérise le culte grec.

Je n'arrêterai pas mes lecteurs par une description, déjà si souvent faîte par d'autres, des églises et des couvents de Moscou. Il est vrai que les églises grecques ont eu général moins d'extension que nos églises de style go-

thiqae ou romane, mais cependant les hantes coupoles no manquent pas* de produire une impression sublime qui est encore relevée, pendant le service, par le chant, l'éclat des cierges, les nuages d'encens qui s'élèvent, et l'iconostase qui cache le sanctuaire, et qui s'ouvre et se ferme tour à tour. Lorsque le métropolitain, avec son mitre orné de diamants sur la tête, officie en personne , et qu'il bénit la foule des croyants à genoux, en élevant et en baissant le crucifix, dans ce moment solennel, le protestant même, qui est présent, ne reste pas sans une impression profonde. Les hauts murs qui entourent les plus remarquables parmi les couvents, et qui avec leurs tours et créneaux leur donnent l'air de forteresses, rappellent le caractère national et politique de l'église gréco-russe. Au milieu des calamités de la guerre, ils étaient l'asyle des éléments nationaux, et plus d'une fois, la délivrance de la patrie est sortie de ses murs. Qu'on se figure un moment l'émotion du pèlerin qui s'approche des magnifiques coupoles dorées du couvent de Troizk , à 9 milles de Moscou , des murs duquel sortirent au quatorzième siècle les hommes qui repoussèrent loin de leur patrie les conquérants tartares, comme ceux qui au dix-septième siècle la délivrèrent du joug des Polonais*). Après les monuments de la religion grecque, l'observateur attentif ne verra pas sans intérêt les églises des confessions tolérées. Il y a à Moscou deux églises luthériennes allemandes, une église catholique et une église réformée française etc. La communion lulhé-

*) Sftint-Sergiui, le fondateur du couvent, et ses moines, en enthousiasmant, en 1380, le grand-duc Dimitrij, contribuèrent beaucoup à la grande victoire que ce prince remporta sur le prince tartare, Khan Marnai. En 1609, le courent fut assiégé par les Polonais, qui, après seize mois d'inutiles efforts, furent forcés de lever le siège. Ensuite un moine de ce courent parcourut le pays, et après avoir réuni les forces dispersées des Russes, détermina le prince Poscharski £ entreprendre une attaque contre Moscou, que les Polonais avaient pris et ravagé. Le succès couronna l'entreprise.

riemw possède trois écoles, dont l'une, qui est nne école de garçon», donne an produit asseï considérable pour que, après tous les frais qu'exige l'entretien de l'école, il reste encore un excédant qui est employé pour faire subsister les deux autres écoles. Pour ce qui est de la prétendne intolérance dont on accuse l'église dominante et le gouvernement, surtout a l'égard des catholiques, je ne me rappelle pas d'en avoir jamais entendu parler, ni à Moscou ni dans aucune autre partie de la Russie*]. La culte ni ah omet an à lieu dans une petite mosquée tartan.

le m'y rendis en galoches qne je pouvais Mer à l'entrée; c'est une précaution fort nécessaire, à moins qu'on n'aime mieux y entrer sur ses bas; en Russie, on a toujours soin d'oter ses galoches, avant d'entrer dans une chambre, absolument comme c'est l'usage en Orient. On ne voyait, dans la mosquée, aucun ornement, aucoo objet qui put occuper la fantaisie , à moins que ce ne fol la niche vide qui se trouvait dans le fond, et sur laquelle lu prêtre, a ce qu'il me parut, attira de temps en temps l'attention de la congrégation. 11 est possible que le culte mahométan exclue tout ornement de ses temples. La participation de la commune au culte consiste, en grande partie, à s'agenouiller sur un tapis et à accompagner les chants, les prières ou les lectures des prêtres, de nombreux gestes, en frappant la terre du front, en portant la main vers la tête, ou en tournant la tôle a droite et à gauche. 11 faut, que l'entrée du temple soit défendue aux femmes, car je n'y vis que des hommes. Ceux-ci (les Tartarcs, comme on a l'habitude de les appeler n Moscou) sont coiffés ordinairement de bonnets ronds garnis

') Il n'y a pa» bien long- temps , on lisait dans lea journaux, qu'une nouvelle église catholique avait été bâtie I Moscou, avec le accourt du gouvernement qui avait fourni une somme très— considérable. L'édifice avait été élevé soua la direction de l'architecte de la maison impériale d'éducation.

de fourrure, et portent des robes très-longues qui ressemblent assez aux capots de nos soldais. Leur extérieur n'a rien de rebutant La plupart des Tartares qui se trouvent à Moscou, sont marchands. Il y a, à Moscou, un grand édifice qu'on appelle la maison des Tartares, qui sert de dépôt pour leurs marchandises et, à ce qu'il parait, d'hôtellerie aux voyageurs de leur nation. Quand on passe devant cette maison, on voit presque toujours plusieurs Tartares assis devant la porte, parmi lesquels il y a de jeunes garçons, qui me frappèrent par l'expression vive de leurs yeux et par je ne sais quoi de chinois dans leur physionomie, quoiqu'on général les traits de leur visage ne montrent nullement ce type mongol avec lequel on les représente ordinairement*).

*) Un voyageur dont on lit beaucoup les ouvrages, parle de la pauvre mine, des misérables vêlements et du caractère mongol des traita des Tartares en Russie. II va jusqu'à les traiter de parias (!) et prétend que leur situation est encore pire que celle des serfs russes, sans donner pourtant ni la preuve, ni l'explication de celte assertion. Il est probable que dans cet endroit, comme dans beaucoup d'autres de son livre, l'imagination ait remplacé la connaissance eiacte des faits. Il parait aussi qu'il n'a aucune connaissance des recherches savantes de Mr. Klaprolh et d'autres savants sur la signification historique des noms de Tartares et Mongols qui désignent deux races bien différentes et que notre auteur confond toujours, bien qu'il eût pu trouver quelques explications sur ce point dans Schnitzler, auquel il emprunte de temps en temps des citations. Il ne parait pas non plus qu'il ait jamais lu le passage où Schnitzler (Tableau etc. page 668) décrit les habitants tartares du gouvernement de Kasan, siège principal de cette race dans la Russie européenne. „Ce sont, dit Schnitzler, de beaux hommes, au nez aquilin, aux yeux noirs, aux cheveux foncés, de taille moyenne mais dégagée, forts et d'un maintien noble, aimant l'ordre et la propreté. Dans les villes, ils font le commerce on entretiennent des fabriques; dans les campagnes, ils se livrent à l'agriculture, à l'éducation des abeilles et des bestiaux. <( Notre auteur parle au contraire de „mine chétive, air sale, pauvre, — craintif, haillons, joues et

Pour compléter ce tableau des curiosités de Moscou, il faut parler encore dus admirables mesures qu'on a prise» pour la conservation de la santé et le bien-être des habitants de cette grande capitale. J'ai déjà parlé plus haut des belles promenades dans l'intérieur de la ville, et qui se trouvent, en grande partie, dans des endroits qui étaient autrefois couverts de marais. Ces promenades sont d'autant plus agréables que, vu la grande dimension de la ville, il est presque impossible aux habitants d'aller respirer l'air Irais hors des barrières. Autrefois, on se plaignait toujours de la mauvaise qualité de l'eau dont on était forcé de se servir. Or, en se dirigeant vers le Nord, à quatorze ventes de la ville, on rencontre des sources excellentes; déjà du temps de Wicbelhausen (1803), un général nommé Baur avait commencé a réunir leurs eaux et à les conduire dans la ville par un canal souterrain, construit en pierre. Mais l'entreprise fut interrompue, et fut reprise, il y a quelques années seulement. On continua le canal commencé en 1803 à travers un bas-fond, où il ressemble à un aqueduc romain, jusqu'à la ville. Là l'eau est conduite dans la tour de Sucharew, qui a acquis une si grande célébrité dans l'histoire de Pierre 1; dans celte tour, il y a une machine à vapeur, qni sert à faire monter l'eau à une hauteur considérable, dans un grand réservoir, d'où elle est distribuée, par des tuyaux souterrains, dans les différents quartiers, et amenée même dans les régions

pommelle* saillante», de* nez écrasé» etc." C'eit ainsi quii In «meurs le contredisant les uni le» antres! Hait ici l'autorité de Schniizler ne (aurait être attaquée. Le» obeervalioiis que j'ai pu faire * Moscou et A Nijoi-Novgorod sont, pour ce qui regarde la partie essentielle, d'accord arec m description. Ce que je Tien» de dire, donne un exemple de plus de la manière d'écrire de certains auteur», qui racontent lea choies telles qu'elle» existent don» leur imagination. Four faire de» description» de ïoyages de ce genre, il vaudrait mieux ne pa» fojager du tout: on réunirait mieux, si l'on n'avait rien tu de ce qu'on veut décrire.

supérieures de la ville. Pour mellre l'eau à la portée des habitants, on a établi des puits, mais on se plaint encore toujours de ce qu'il y en a si peu. — Pour garantir la propriété des habitants contre le vol , il y a ici , comme à St. Pétersbourg, des Budotschniks, ce qui n'empêche pas un grand nombre de voleurs dé poches d'exercer leur industrie. Les rues, surtout les grandes rues, sont assez bien éclairées; le boulevard, qui est très-long, se distinguo encore, sous ce l'apport, du reste de la ville, et il présente, le soir, un aspect magnifique. Les mesures qu'on prend pour combattre les incendies, me paraissent excellentes et dignes d'être imitées dans tous les autres pays. Moscou est divisé en 21 arrondissements, et chaque arrondissement a sa police. Chaque maison, dans laquelle l'administration de la police a son siège, est surmontée d'une tour, assez semblable aux tours de nos télégraphes et au haut de laquelle une perche s'élève. Dans celle tour, un homme fait constamment la garde; dès qu'il aperçoit le feu dans un, endroit, il tire une sonnette pour avertir les pompiers de la caserne voisine; puis il donne le signal à la ville, en hissant un drapeau, pendant la journée, et en accrochant une lanterne, pendant la nuit; ce signal est répété successivement sur toutes les tours. L'aulorilé de chaque arrondissement envoie sur les lieux deux pompes à feu, une voilure avec les pompiers, qualre voitures chargées de tonneaux remplis d'eau, et une voiture avec des échelles cl des crochels à incendie; en outre, l'administration des secours contre l'incendie envoie également une réserve do 3 pompiers, 14 tonneaux, 6 voitures sur lesquelles se trouvent les ouvriers, et une pour les crochels à feu. Le commandeur des ouvriers donne chaque malin son ordre du jour, et chaque soir son ordre pour la nuit, de sorte que, dans le cas d'un incendie, tout le monde est instruit d'avance de ses devoirs; quand le signal est donné, la réserve est prête à se mettre en roule au bout de deux minutes et demie.

Je juge à propos d'ajouter encore quelques observations sur le système pénilenlier cl les déportations en Si-

bérie , autant qne j'ai eu l'occasion de m'en instruire h ! Moscou. î

Nous allâmes voir la prison ou étaient détenus les accusés. Elle est entourée d'un mur qui lui donne l'air d'une forteresse, et se compose d'habitations à un étage. Les prisonniers étaient distribués dans une foule de chambres, les deux sexes étaient séparés l'un de l'antre, mais on n'observait pas la règle si nécessaire pour éviter les collusions, de séparer les complices*). Un autre défaut [qu'elle avait cependant en commun avec les prisons d'instruction de la plupart des autres pays, c'était le manque d'occupation pour les prisonniers. Cependant, on vit quelques chambres ou il y avait des livres; un des prisonniers , gentilhomme de bonne éducation , qui habitait une ebambre à part, et qui avait son domestique avec lui, avait même une petite bibliothèque. Du reste, je ne vis | ici aucune trace de ces prétendues horreurs des prisons russes et dont certains auteurs qui n'en ont rien vu, uons retracent le hideux tableau. L'air qu'on respirait dans les chambres, était supportable; elles étaient assez bien chauffées et éclairées. Il y avait des grilles aux fenêtres. Pour dormir, les prisonniers se couchaient sur des bancs, et nous ne vîmes des matelas que dans les chambres habitées par des gentilhommes (car l'homme du commun en

*) Pour ce qui regarde les lois russes sur le maintien de l'ordre dini les priions, Golowin (La Russie sons Nicolas I, Psris, 1845, page 389) en parle en ces termes: „Dani Ici prison», le* femmes doivent être séparées des hommes; les nobles, les employés, le) bourgeois et les étrangers des prisonniers de baïae classe. On ne doit pas confondre les accusés avec les condamnes, ni même ceux oui ne sont [objet que de soupçons, avec ceux dont la culpabilité est plus probable; les criminel» importants sont séparés de ceux qui le sont moins. Les enfants, les détenus pour dettes et tes coaccusés doivent enfin tire renfermés à pari." — 11 serait a souhaiter que des lois aussi •agee ne fussent pas seulement observées en Russie, mais encore par-tuut ailleurs.

Russie ne connaît guère l'usage des lits et il dort trèsbien sur sa peau de mouton). L'église de la prison est assez jolie. Nous y vîmes aussi le réfectoire et la cuisine. Deux fois par jour, les prisonniers reçoivent leur repas composé de schtschi (soupe russe), de gruau et d'une livre et demie de pain bis. Les prisonniers restent à peu près une année dans la prison. On me dit, que le crime qui se répétait le plus souvent, était le vol, et que le nombre des assassins et des incendiaires était fort minime. Dans une chambre, il y avait des prisonniers de cette secte sévèrement proscrite, parmi laquelle la castration est une loi religieuse. Parmi les membres de l'administration de la prison se trouvent le philanthrope allemand Mr. le Dr. Haase, dont nous parlerons encore plus tard, et un des fabricants que nous avons nommé plus haut, savoir Mr. Prochorow. Le dernier avait formé le projet d'introduire les exercices militaires, comme occupation pour les hommes qui étaient détenus dans la prison.

La deuxième prison que nous vîmes, était une maison de travail pour les personnes qui ont commis des fautes peu graves; on y met aussi d'autres prisonniers pour le temps que dure leur procès. Les vols qui ne dépassent pas la somme de 15 roubles, sont punis ici (à l'exception pourtant des voleurs qui appartiennent à la noblesse, qui sont toujours envoyés en Sibérie, quelque petite que soit la somme ou la valeur de l'objet qu'ils ont volé). Le temps de l'emprisonnement n'y dure jamais au-delà de onze mois. Les chambres étaient toutes assez propres et salubres; mais je ne remarquai pas qu'il y eût là assez d'occupation pour les prisonniers. On y fait entre autres des traîneaux et des souliers d'écorce d'arbres; d'autres prisonniers sont occupés en ville. On nous montra l'infirmerie qui était bien entretenue. On nous dit que le nombre des prisonniers de l'un et de l'autre sexe montait à 107, tandis qu'à une époque antérieure, il s'était élevé à 400 ou à peu près (je n'ai pu savoir quelle est la cause de celte diminution). La ville possède encore une autre maison de travail de ce genre: on me dit que les prison-

niera y étaient occupés à nettoyer la laine, qu'on les traitait sévèrement et qu'ils travaillaient bien. On y enferme aussi les ouvriers de fabriques qu'on rencontre pour la septième fois sur le marché des ouvriers (cest-à-dire la place où se rendent les ouvriers pour chercher du travail; peut-être pense-t-on, et on n'a pas tort en cela, qu'un individu qui change si souvent de maftre, n'est pas un bon ouvrier et incapable de disposer de lui-même.

En sortant de la ville par le chemin de Kalougha, on aperçoit, dans les environs de la barrière, plusieurs maisons de bois avec une cour entourée d'un mur, qui servent à loger provisoirement les criminels destinés à être déportés en Sibérie , et qui ont été réunis ici de 22 gouvernements. En général, un convoi de ces gens part tous les dimanches , après les préparatifs nécessaires pour ce voyage. Nous avons déjà mentionné monsieur le docteur Haase, médecin de profession, et né sur les bords du Rhin (à Muenstereifel, si je ne me trompe), qui se rend, chaque dimanche, dans la matinée, dans celte maison, pour passer, en quelque sorte, en revue ces malheureux, et soulager, autant qu'il est en lui, leur triste sort. Ce digne homme s'est dévoué à celte pénible mission avec désintéressement, et animé seulement du désir de faire le bien ; dans ce moment, ses travaux ont , en quelque sorte, un caractère officiel, et il agit sous l'autorité du gouvernement, qui a déjà récompensé ses nobles efforts par une décoration et le titre de conseiller d'état qu'il lui a conféré. 11 est déjà assez Agé, mais il a conservé toute son activité; il se fait assister dans ses travaux par quelques hommes, qui travaillent également avec beaucoup de zèle. U adressa, en ma présence, aux prisonniers qui étaient rangés dans la cour, plusieurs questions, auxquelles ils répondirent en masse; puis il s'entretint plus spécialement avec ceux qui avaient quelque demande particulière à lui faire. Comme je ne savais pas assez le russe pour comprendre ce qu'on disait, il eut la bonté de m'en donner l'explication. U me dit qu'il adressait trois questions aux prisonniers ; qu'il leur demandait d'abord , s'ils se

portaient bien* S'il y a des malades , on les examine , et si leur maladie est telle qu'ils ne peuvent pas, sans danger, marcher à pied, on les transporte sur des voitures. Ceux dont le mal est incurable (par exemple les aveugles), sont renvoyés. Puis il leur demande, s'il leur fallait quelque chose. Celui qui, par exemple, désire prendre congé d'un ami, est gardé pour le prochain transport, — on donne à un barbier ses rasoirs etc., pour qu'il puisse exercer son métier, quand il sera en Sibérie. — Troisièmement il leur demande , s'ils sont contents. Cette dernière question, comme on le pense bien, leur est adressée, pour déclarer si par hasard ils ont quelque plainte à faire (par exemple sur des irrégularités dans la conduite de leur procès, des méprises etc.) Il y avait parmi les prisonniers un jeune homme d'une haute taille, qui allait être envoyé en Sibérie, à cause de son ivrognerie et de ses habitudes désordonnées, sur la demande de sa mère, qui était présente, dans ce moment, dans la prison. On nous dit que c'était avec le consentement do la commune à laquelle appartenaient la mère et le fils, à la suite d'une information judiciaire et après un emprisonnement du jeune homme dans une maison de correction qui était resté sans fruit. D'après ce que je pus comprendre, on parla à la mère en faveur de son fils, pour l'engager à retirer sa demande. Les paroles qu'on lui adressa, firent impression sur elle, et la déportation du jeune homme, à ce que je me rappelle, fut remise. De même que les communes des hommes libres et des paysans de la couronne ont le droit d'envoyer en Sibérie ceux de leurs membres qu'ils croient dignes de ce châtiment,, de même les seigneurs ont ce droit à l'égard de leurs serfs (on me dit pourtant que ces derniers n'abusaient guère de ce droit dangereux, parce que dans le cas où un seigneur envoie un serf en Sibérie , il est forcé de payer les frais du transport, et se prive, en outre, de tout le profit qu'il pourrait encore tirer du travail du serf. Du reste, le gouvernement possède le droit de faire des soldats des paysans condamnés à l'exil. Les femmes ont la permission

d'y suivre leurs époux; en cas contraire, le mariage est dissous. Les condamnés peuvent également emmener leurs enfants, excepté les serfs, lorsque le seigneur s'y oppose, et les Juifs , dont on craint la trop grande augmentation en Sibérie. Nous vîmes des femmes qui étaient décidées à suivre leurs maris; celles-ci reçoivent des secours réguliers en argent de personnes charitables. Avant que le convoi, qui se composait de 30 à 40 personnes, se mit en route, on célébra le service divin , selon le rite grec, avec un choeur de chantres, qu'on avait fait venir de la ville. Après le service, Mr. Haase fit la distribution des dons envoyés aux condamnés par des personnes bienfaisantes et consistants en argent et en livres de dévotion suivant les besoins des différentes nations et confessions. C'est ainsi qu'il donna aux Allemands des exemplaires du Nouveau Testament traduit dans leur langue , aux Juifs des livres de prières en hébreu (Mr. Haase lui-même est catholique). Le gouvernement accorde à chaque homme 16 (suivant d'autres 12) copeks de cuivre par jour; mais en général, les condamnés n'ont pas besoin de dépenser cet argent , parce que l'esprit de bienfaisance des Russes se manifeste particulièrement envers les captifs. Lorsqu'ils ont besoin d'une chose sur la route, elle est achetée par les femmes qui suivent le convoi. Les hommes ont, la plupart du temps, une moitié de la téle rasée; la chaîne qu'ils portent, pèse, à ce que me dit Mr. Haase, 4 à 5 livres ; il a obtenu que le dernier anneau de la chaîne, celui qui touche immédiatement au corps, se trouve placé horizontalement, pour éviter, autant que possible, la pression. Lorsque le convoi était prêt à partir, je remarquai deux prisonniers, qui se trouvaient à quelque distance en avant des autres , et qui étaient gardés exprès par quatre soldats ; on m'apprit que c'étaient des assassins (l'observation faite par un voyageur, que ceux dont la faute a moins de gravité, sont obligés de marcher à côté des plus grands criminels , ne me parait donc pas rigoureusement exacte). On fait seulement 20 verstes (près de 3 milles d'Allemagne) par jour ; on marche toujours deux jours de Volume H. 33

suite, et le troisième est un jour de repos. Ils passent la première nuit, après leur départ de Moscou, dans un bâtiment qui a été mis à leur disposition par la secte bienfaisante des Strarovers. Mr. Haase me dit que les nouvelles les plus satisfaisantes arrivaient constamment de Tobolsk, quant à l'heureuse arrivée des prisonniers.

C'est une chose assez connue, que la déportation en Sibérie est à peu près la seule peine qu'on inflige en Russie pour les crimes graves , à l'exception du crime de - haute trahison qui est puni de mort; les soldats de l'armée qui se rendent coupables de certains délits, sont condamnés à passer par les verges ou à travailler aux fortifications *).

J'entendis souvent en Russie qu'on désapprouvait la déportation en Sibérie, parce que, disait-on, elle n'effraie pas assez les malfaiteurs. J'ai entendu faire la même rc- | marque à un de mes amis qui n'est pas Russe de nation, j mais qui habite Moscou depuis long-temps , et qui a ob- ( serve beaucoup. D'après ce qu'il me disait, il arrive tous les ans de la Sibérie des centaines de lettres que des exilés écrivent à leurs amis, pour les inviter à venir en Sibérie. Il pensa que le système de bannissement exercerait une influence beaucoup plus pernicieuse sur le caractère du peuple, si celui-ci était moins doux et qu'il fût poussé aux crimes par le besoin, comme cela arrive dans d'autres pays **) ; que le knout qu'on joint à la déportation dans les délits graves, n'était plus qu'un épouvantai!,

*) On m'a dit que des TschcrLcsscs cl des Caucasiens qui servent d'otages, sont exposés aux mômes châtiments (probablement pour punir les acles d'infidélité commis par la tribu qui les a donnés). C'est ce qu'on m'affirma, au moins , par rapport à quatre jeunes gens que je vis dans une chambre séparée, parmi d'autres prisonniers qui n'étaient pas destinés pour la Sibérie. L'un d'entre eux avait été cependant remis en liberté, à cause de son excellente conduite.

") La statistique criminelle de la Russie donne, sous ce rapport, des renseignements Iréu-favorablcs a ce pays. Dans un des

el que depuis dix ans, il n'était jamais arrivé que la vie, ou la santé d'une personne eût été mise en danger par! le knout. Ce qui donne surtout un grand poids aux paroles de mon ami, c'est qu'il n'est rien moins qu'un panégyriste de l'état social de la Russie, el que ce qu'il nous disait sur l'inefficacité du knout, nous a été continué ailleurs; rarement on reconnaît au coupable plus de 30 coups, taudis que les journaux étrangers qui, à propos de la Russie, se jouent beaucoup de la crédulité de leurs lecteurs, en font souvent monter le nombre à plusieurs centaines. A Kasan, une femme : qui avait tué son enfant, ne reçut que 5 coups. Il est vrai que les peines qu'on inflige aux soldats qui se soûl rendus coupables de quelque grave délit, soûl plus terribles; on les fait passer par les verges; genre de punition, qui, à ce qu'on prétend, peut causer la mort*). Le traitement qu'où fait subir aux déportés eu Sibérie , varie beaucoup selon les classes dans lesquelles ils sont divisés par la loi. Les plus grands criminels sont condamnés à travailler dans les mines, mais jamais pour toute leur vie; ceux qui ont commis des crimes moins graves , sont distribués dans les villages , où ils travaillent pendant quelque temps comme domestiques; plus lard, on leur donne des terres et du bois de construction, pour former un établissement à eux. Puis il y a (au moins il y avait), suivant le récit de Storck, une troisième classe de prisonniers qui reçoivent, dès leur arrivée, des terres el loul ce qu'il faut pour 2»'iuslaller définitivement. Tous oui la permission de se

derniers numéros do la Gazette universelle allemande, il est dit, qu'on peut compter un criminel sur 1380 habitants, tandis qu'eu Autriche, il y a un criminel sur (iOO habitants.

') L'instrument dont on se sert en Angleterre, et qui est connu sous le nom du chat a neuf queues, avec lequel un soldat a été encore tué en 1845, n'est peut-être pas moins cruel. Cependant, il faut encore remarquer que la peine qui consiste a battre de verges le coupable, est portée non seulement contre les délits militaires, mais encore coutre quelques autres qui sont assimilés à ccui-ln.

marier, et les nouveaux colons se trouvent dans la même position que les paysans de la couronne. Il y a de riches marchands sibériens qui font le commerce de Kjachta, et qui sont les fils de déportés. Le centre et le midi de la Sibérie sont d'une grande fertilité, et occupés, en partie, par une excellente population de laboureurs qui jouissent d'une grande aisance. Selon toutes les apparences, le système de déportation que le gouvernement russe suit à l'égard des criminels, se montre déjà comme préférable au système anglais, sous le rapport de la prospérité et de l'amélioration des exilés. C'est là une chose qui mériterait sans doute, qu'on la soumit à un examen profond *). Ge-

*) Les détails que je Tiens de donner ici sur les quatre classes dans lesquelles sont divisés les criminels déportés en Sibérie, ont été empruntés, en partie, à Slorch (la Russie sous Alexandre I vol. VU page 255), et en partie à Golowin (loc. cit. page 384 etc.). Ce dernier auteur fixe à vingt ans le temps, pendant lequel ceux qui sont condamnés aux mines, subissent leur peine, et à 8 ans le temps de service pour la seconde classe. Storch dit dans un autre endroit (Tableaux etc. toI. 1 page 6), que le centre et le midi de la Sibérie jusqu'au fleuve Lena, sont d'une fertilité prodigieuse; et puis (page 477), que la population de Sibérie est un chef-d'oeuvre de politique. Mais ces éloges, il est permis de le penser, ne s'adressent qu'en partie à la colonisation des déportés, ils s'adressent peut-être avec autant de raison à la sage et excellente politique que le gouvernement russe, vis-à-vis des peuples placés sous sa direction immédiate, suit dans ses possessions d'Asie, et par laquelle il cherche à les gagner insensiblement et sans violence à la cause de la civilisation, et à habituer les nomades à des demeures Gxes, en étudiant avec soin leurs moeurs, leurs coutumes, leurs institutions, leurs besoins et la nature de leurs idées, en traitant avec chaque peuplade en particulier, en ménageant leurs habitudes et en laissant subsister leurs chefs. On trouvera des détails intéressants sur ce sujet dans Kohi (voyage dans le midi de la Russie vol. II page 245 etc.) et dans Gurowski (la civilisation et la Russie, St. Pétersbourg 1840, page 189 etc.) On fera bien de consulter encore les Archives d'Erman etc. vol. VU livraison

pe&daol on henné qui a fiait des observations sot place, n'a dit des choses bien tristes sur la moralité des ouvriers employés dans les grands établissements où Ton lave l'or, qui sont, pour la plupart, également des déportés, mais qui sont payés de leur travail4'). Il me semble qu'il faut chercher la cause de ce fait dans la nature même de leur travail. On aurait tort sans doute de vouloir que tant de criminels et de mauvais sujets devinssent tout-à-coup, et sans exception, des modèles de vertu. Il est impossible encore que le bien-être soit répandu également partout. Ainsi, on m'a dit, qu'en Sibérie, de pauvres paysans endettés, pour s'acquitter envers leurs créanciers , les servaient, pendant des années entières, comme valets. Dans les temps anciens, c'était l'usage en Russie de réduire en esclavage les débiteurs qui ne pouvaient payer leurs dettes, ce qui est défendu de nos jours. Ce qui contribue beaucoup à maintenir en Sibérie la coutume que je viens d'indiquer, c'est que la monnaie y est excessivement rare parmi les paysans**).

4 (1845) page 594, et l'ouvrage périodique de Baelir et dcHelmersen vol. VII (1845) page 103 etc. Le gouvernement a même défendu aux Russes, de former des établissements au milieu de ces peuples, par exemple des Samoïèdes ; et il a, en outre, pris des mesures pour empêcher que le sol occupé par cea mêmes peuples, ne soit envahi par les Européens. Quelle différence entre cette politique et celle des „ciloyens libres et 1 éclairés" des Etals-unis de l'Amérique, par rapport aux mal- x heureux Indiens.

*) Pour ce qui regarde la situation des laveurs d'or en Sibérie, voyez Erman (Revue scienliGque de la Rnssic). Année 1842, livraison 111, page 501 etc.

) D'après des nouvelles plus récentes, les choses ont beaucoup changé, sous ce rapport, en Sibérie, dans les dernières années, par le produit des lavages d'or, de sorte que les ouvriers gagnent beaucoup plus dans ce moment qu'autrefois, et qu'ils ne sont plus obligés de devenir les valets de leurs créanciers, pour s'acquitter de leurs dettes. Lorsque ces observations sur les déportations en Sibérie étaient déjà écrites, on publia le

Apres avoir ainsi passé en revue loutes les curiosités de Moscou, à l'exception de quelques-unes qui soûl assez connues., et dont on a déjà tant de fois donné la description, par exemple des bâtiments et des collections du Krcml, je terminerai par dire un mol sur les beaux arts, et surtout le théâtre et la musique. Le grand théâtre élevé en 1824 est un des plus grands et des plus magnifiques édifices que j'aie jamais vus de ce genre. La société impériale de Topera de St. Pétersbourg y joua des opéras pendant l'automne de Tannée 1843. Parmi les membres de cette société , il y avait quelques personnes d'un grand mérite et qui m'avaient déjà été connues eu Allemagne, par exemple madame Walker. Mais le théâtre russe n'était pas négligé non plus; deux grands opéras russes, oeuvres d'un compositeur russe très-distingué, mais dont le nom m'est échappé , occupaient alors la scène. J'en ai vu un qui avait pour titre Askoldowa mogila, et qui ne me parut pas sans mérite. En outre, il y a encore un théâtre, qui est moins grand , où une société française donne des représentations. J'ai vu, à l'occasion du séjour de l'empereur et do l'impératrice à Moscou , une farce intitulée : La guerre en Chine ; l'action eut lieu en

nouveau Code de législation criminelle de la Russie , qui pourtant ne modifia guère l'étal des choses tel que nous ve- [ , nons de le décrire, excepté pour ce qui regarde le knout, qui fut aboli. On a gardé la plelle, instrument de correction plus doux. Vu les idées bizarres qui régnent encore toujours dans notre Occident sur la Sibérie et les déportations, il ne sera peut-être pas sans intérêt de nommer deux ouvrages récemment publiés , qui pourront servir à rectifier les erreurs répandues sur ce sujet. Le premier de ces ouvrages a pour titre: Voyage curieux dans la partie orientale de TAItai etc., dont il a paru un extrait fort intéressant dans la Revue des deux mondes d. 15 Juillet 1845; le litre du second ouvrage est : Tableau de la Sibérie par l'Anglais Coltrell , traduit par Lindau, Dresde et Leipsick, 1846. Il est attesté par ce dernier ouvrage que pas un seul homme n'a été condamne par le gouvernement, à travailler dans les mines pour crime politique.

Chine, et lo sujet, qui du reste «lait Tort plaisantin rapportait à la guerre que les Anglais avaient faite aux Chinois. Les concerts sont assez nombreux ù Moscou; la musique y est fort en vogue, surtout parmi les femmes de la bonne sociûlé, qui se mêlent beaucoup de toucher du piano. Je fis la connaissance d'une aimable famille de virtuoses dont le nom (Rubinstein) était déjà connu hors de la Russie. Antoine Rubinstcin n'avait, en 1843, que treize ans et déjà il avait fait un voyage à l'étranger, en artiste. le me souviendrai toujours avec un plaisir infini des heures agréables que j'ai passées au sein de celte excellente famille, et pendant lesquelles le jeune Antoine et son frère Nicole, qui n'avait alors que sept ans, firent briller leur talent sur le piano, en exécutant ou leurs propres compositions, ou celles d'autres artistes, et en accompagnant souvent leur jeu de leurs voix harmonieuses. Tantôt c'étaient des compositions brillantes de Liszt ou de Moschelès, que Antoine exécutait ou seul ou accompagné de son frère, et dans lesquelles il surmontait toutes les difficultés avec un admirable talent, tantôt c'étaient de petites chansons naïves mises en musique parles jeunes artistes eux-mêmes , et qu'ils jouaient avec une expression de sentiment telle que tous les auditeurs en furent toujours vivement émus. C'est ainsi que j'entendais des chansons russes de Pushkin, Shukowski, Lcrmontow, des chansons allemandes d'Ubland, dcWeinberg et d'autres, et une chanson française de Victor llugo. Les deux frères réussissaient également bien dans l'expression de la douce mélancolie et de la naïve gaieté. Les jeunes virtuoses furent présentés à l'impératrice, lors de son séjour à Moscou; elle leur fil «les cadeaux, et les appela plus tard à la cour de Si. Pétersbnurg. Ils doivent le premier développement de leur talent à leur mère. Leur père est le seul fabricant de crayons qui existe à Moscou et peutêtre dans toute la Russie. Ce qui empêche qu'il n'y en ait encore d'autres, c'est la grande concurrence qui est faite à celle industrie par les fabricants étrangers, dont les productions sont très-souvent introduites en contre-

bande <Hrns le pays; ce qui fait que les crayons étrangers se vendent en Russie au-dessous de ce qu'ils paient de droit d'entrée.

Parmi les établissements d'amusement publique, il faut nommer surtout celui qui est connu sous le nom du Vauxhall, et qui se trouve dans l'élégant faubourg de Petrowski; on y donne des bals tous les dimanches de Tété. Dans la ville même, il y a plusieurs clubs, entre autres le club de la noblesse, dont nous avons déjà parlé , et celui qui est connu sous le nom du club des Anglais. On y rencontre à la vérité peu d'Anglais, la plupart de ses membres sont des employés , des marchands allemands etc. Il en existe encore deux autres, savoir le club des marchands et celui des bourgeois allemands. On trouve dans tous ces établissements des salles cl des chambres qui sont vastes et élégantes; on y joue au billard et aux cartes, on y mange, et de temps en temps on y danse. Pendant le temps du carême, on y donne des bals masqués, qui conviennent peut-être à l'esprit d'intrigue qu'on préteud avoir souvent remarqué chez les dames russes. Ce sont en général les éléments étrangers, surtout allemands, qui dominent dans ces clubs, parce que le Russe, en général, ne se sent aucun goût pour ces sortes de récréations; il se platt chez lui, dans le sein de sa famille. Les cafés sont également peu fréquentés par les Russes. Le club des bourgeois allemands est composé principalement de fabricants et d'ouvriers allemands, riches ou aisés*).

A ces brillantes scènes de la capitale, qui se sont gravées dans mon esprit, pendant les six mois que j'ai

*) Un Allemand, boucher de profession, qui demeure au Pont des forgerons, but, à ce qu'on me dit, tous les soirs sa bouteille de vin de Champagne dans le club. Un bottier allemand qui habile Moscou, a ramassé, à ce qu'on prétend, une fortune de 150,000 roubles. 11 était retourné avec son argent dans sa patrie (en Saxe, si je ne me trompe), mais comme il ne s'y plaisait pas, il est revenu à Moscou, où il passera le reste de ses jours.

passés dans se* murs, se m Aient dans mes souvenirs ces agréable* et modestes scènes champêtres que j'ai contemplées dans mes excursions de Moscou à Toula, a Nijni - Novgorod cl à Jaroslaw. Mais je me dispense d'en retracer ici le tahleau et j'aime mieux abandonner celle lâche à la plume de mon ami, qui, dans ses longs voyages, en n vu beaticmi[i plus et de plus belles que moi. Il a été, entre autres, dans les environs de Jaroslaw, sur la propriété de campagne de nuire ami commun Mr. de K.. auquel j'ai rendu visite, quelque temps après. — Puissel-«n trouver beaucoup de riches propriétaires dignes d'èlrc comparés à Mr. de K., dont l'activité bienfaisante répand tanl de bonheur et d'aisance sur ses paysans cl qui montre lanl d'habilité el de discernement dans l'administration de ses bien>! A Welit.oc-Sclo, grand village situé à peu de dislance de l'habitation de mon ami , j'eus le plaisir de voir l'intérieur d'une maison dont les habitants s'occupaient de la fabrication de la toile. Dans une chambre d'étendue médiocre, il y avait quatre métiers auxquels on travaillait. La toile que j'y vis, était très-fine, l.e père de la famille à ce qu'on me dit, était aussi poète. — Dans ce voyage, j'étais deux fois forcé de passer la nuit, ou une partie de la nuit, dans des maisons de village. Dans celle occasion, je vis les habitants rustiques de la maison réuni* pour prendre le thé, et faire un repas qui. à co qu'il me parut, était copieux et bon. Dans une autre maison où j'arrivai assez tard, après le coucher du soleil, je passai la nuit dans la ciiambrc commune de la famille, où je m'étendis sur un banc. Il y avait dans la même cbainhre ou j'étais, une belle jeune femme, d'une laillc gigantesque, qui était également couchée nvec ses luibits sur un hanc de bois , sur lequel elle avait éleuilu une robe fourrée avec un oreiller. Son enfant reposait près d'elle dans un berceau, consistant en une natte suspendue à l'extrémité d'une branche d'arbre fixée dans le mur on le pan cher. La pauvre femme ne put presque pas dormir; à peine eul-elle un moment fermé l'oeil, que les cris de l'enfant la réveillèrent. Après une nuit d'in-

somnie, elle se leva de grand matin, pour s'occuper de ses travaux de cuisine; une femme âgée, qui avait passé la nuit sur sa couche ordinaire, c'est-à-dire sur une planche attachée près du poêle, à peu de distance du plafond, se chargea de l'enfant, auquel elle donna du lait à boire. Un homme barbu , d'un air vénérable , qui était probablement le maître de la maison, et que je n'avais pas remarqué pendant la nuit, parut également dans la matinée, mais il sortit bientôt après, probablement pour aller aux champs. Enfin, il y avait là encore un jeune homme de bonne mine, en blouse de coton rouge, tel qu'on en voit beaucoup dans le pays, avec lequel je m'étais déjà entretenu au moment de mon arrivée, et qui m'avait invité de me coucher dans un lit qui se trouvait dans une chambre à pari, que j'avais refusé, parce qu'il ne me convenait pas. Ce jeune homme, qui avait peut-être passé la nuit dans cette même chambre ou dans quelque autre partie de la maison, me tint compagnie. H nie servit le thé, que j'avais demandé et que nous primes ensemble. Il demanda aussi à la femme quelques morceaux de sucre» que celle-ci lui donna, avec une mine plaisante, qui avait l'air de vouloir dire: ,,Eh bien, il faut donc que je fasse ta volonté. "

Ce même homme me procura aussi la kihitkc, dans laquelle je me rendis à Gora-Pjatnitzkaja [ce qui veut dire mont Vendredi), qui est la propriété de mon ami, Mr. de K. Car dans le village où j'étais, je m'étais séparé <le mou compagnon de voyage, qui était un employé du gouvernement et un homme très-aimable; il avait eu l'obligeance de m'accorder une place dans sa kihitkc qui était bien pourvue de matelas et d'oreillers. Le chemin qu'il me restait encore à faire, n'était pas long. Je traversai plusieurs villages situés au milieu de champs bien cultivés. Je trouvai un accueil fort hospitalier dans la magnifique habitation de mon ami laquelle est située au haut d'une colline. Fn regardant par les fenêtres du bâtiment, on jouit d'une vue charmante sur le \illagc qui est au pied de la colline, sur plusieurs habitations de gentilshommes et une

belle contrée, *ù des champs varient avec de* flréts, des Montagnes avec des vallées. J'accompagnai mon hôte pendant la tournée qu'il faisait pour inspecter les travaux de ses paysans, auxquels il adressa, selon lu coutume du pays, le salut: „Que Dieu vous soit en aide."*). Il nie conduisit dans plusieurs maisons du village , et je vis qu'il s'intéressait beaucoup à ce que Tordre régnât dans les ménages de ses paysans. J'y vis entre autres un homme qui était aveugle et que Mr. do K, avait institué comme maître d'école, après lui avoir fait enseigner récriture intentée à l'usage des aveugles, dans laquelle les caractères «ont en relief. Nous visitâmes aussi un paysan auquel Mr. de K. avait donné un morceau de terre, avec une maison et les appartenances, comme bien usufrucluaire à perpétuité, qui, par conséquent, n'était pas sujet à la coutume de la division continuelle, qui est en vigueur parmi les Grands-Ilussiens. Il avait choisi exprès cet homme parmi ses paysans pour la nouvelle expérience, qu'il voulait faire; et en effet, il y avait dans la figure et le maintien de cet homme je ne sais quoi de noble, qui avait dû le faire remarquer parmi tous ses semblables. Un matin, j'étais présent, quand Mr. de K. jugea les querelles et les différends de ses paysans; il se fit assister par l'ancien du village {starostej qui avec sa barbe blanche et son air vénérable me fit penser aux anciens 'vfoom^ d'Homère. Mon obligeant ami me montra encore beaucoup de choses qui m'inspirèrent un vif intérêt , entre autres un champ, dans la culture duquel il suivait le système d'assolement, tel qu'il est en usage dans le Holstein, et une blanchisserie de toile qu'il avait établie lui-même, et pour Inquelle

*} Dans cette occasion, je pus remarquer la différence intérieure qui existe entre le peuple finnois et le peuple graiid-rusMcn. Parmi les ouvriers que j'y vis, il y en eut qui étaient venus du gouvernement de Wologda, où la population finnoise domine. La forme de leur usage, do même, que leurs cheveu* qui sont blonds, les font distinguer à l'instant parmi le reste des ouvriers.

Volume 11. '14

Vr'

il avait fait venir des ouvriers de Bielefeld. Je voudrais bien dire encore beaucoup de choses sur les rapports d'amitié et de bienveillance que Mr. de K. entretenait avec ses paysans, et surtout avec l'aimable pasteur de son village, qui venait presque tous les jours partager avec lui son dîner, et jouer ensuite aux échecs4') avec lui; mais je craindrais d'abuser de la patience de mes lecteurs; et en outre, je me rappelle que Mr. de H. a déjà donné dans ce même ouvrage la description de Gora-Pjalnitzkaja.

*j Mr. de II. nous a déjà raconté que cet ecclésiastique avait appris la langue française uniquement dans des livres. 11 a aussi traduit un livre français en langue russe, mais il n'osait jamais s'exprimer en français, Lien que la société de K., qui parle cette langue comme si c'était sa langue natale, aurait pu lui en fournir la meilleure occasion.

Mesures dt la Russie rapportées aux ipRbres d€ la Prusse et de la Franra.

Le pied de Russie contient 135,114 lignes de Paris, le pied de Prusse 139,117 lignes de Paris.

Cn ponce de Russie est égal à Vu pied, et égal à 25,sto millimètres.

Dn werschok contient 1% pouces.

Une arschine est égale à 16 werschoks et contient 2,i«j©s pieds de Prusse ou O^nn d'an mètre.

Dn sashen contient 84 pouces, mesure de Russie.

Une verste est égale à 0,14337e d'un mille géographique, et 0,j39«o d'une lieue de France, dont 25 forment nn degré.

Une dessatine contient 117,90o pieds carrés de Russie, 4*1890 d'un morgen de Prusse, et l,092so d'un hectare.

Un tschetwert contient 10581/6 pouces cubes de Paris, nn boisseau de Prusse est égal à 2770,7 4 pouces cubes de Paris.

Un tschetwerik est la huitième partie d'un tschetwert, et contient 0,4VV4 d'un boisseau de Prusse.

Un kruschki contient 62/00i pouces cubes, un quart de Prusse 57,7,4 d'un boisseau de Prusse.

Un vedro contient 0/7O7o d'une gallone, et 0/On« d'un seau de Prusse.

Une livre de Russie contient 0,s7S5* d'une livre de Prusse, 1/T5U6 d'un marc de Cologne.

Un solotnik est V96 d'une livre, une dolga est 't* d'un solotnik.

Un rouble d'argent est divisé en 100 copeks arg. et est égal, à peu près, à 1 thaler 3 silbergroschen, monnaie de Prusse, ou à 4 francs 3% cent.

Un rouble assign. ou de banque, appelé ordinairement rouble, tout court, est divisé en 100 copeks de enivre, contient 284'7 copeks arg., et est égal à % d'an rouble arg.

âë «.*-&

Vie

fh~j**- .j .....

fil £»C.-':

tW-v.

■ fc 1 t . «

ft I f

Page 1