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Chapitre XXVIII

Observations sur Moscou, et principalement sur l'exposition des objecte d'industrie qui y a eu lieu en 1843, recueillies par le docteur Guillaume Kosegarten, à l'époque de son séjour dans cette ville.

Le printemps a Moscou. — Beani prospect* de le Tille. — Placée remarquable! dans l'intérieur de la -villa. — Vue dont ou jouit sur la fille du haut du Kreml. — Processions. — Fêtes du peuple el fêles politiques. — Ochotnoi-Rjad. — Traita caractéristiques du peuple russe. — L'exposition des produite d'industrie russe. — Les fabriques. — Les ouvriers dîna les fabriques. — Le magasin des productions des manufactures russes. — Le Baiar de la Belle-PIsce. — Les établissements d'instruction et d'éducation: l'Université , le Pensionnat des nobles , l'Académie de commerce , l'Ecole de dessin de Slroganow, l'inslilol de I.asarew, la Maison d'éducation impériale (asjle des enfants trouvés) el ses succursales, l'Institut technologique. — l'Hôpital militaire el l'Hôpital de Scheretuet- £' iw. — Les églises et les couvents. — La mosquée tartare. — 'aqueduc. — Les établissements de secours contre l'incendie. — Les prisons. — Les déportations en Sibérie. — Les théâtres, la musique et les clubs. — Scènes dane l'intérieur d'une maison de village. — (àora-Pjaluitiltaja.

Vers le midi du jour de notre arrivée à Moscou, nous eûmes l'occasion de voir la fin d'une grande solennité

publique. C'était le premier dimanche du mots de Mai, que les habitants de Moscou ont coutume de célébrer avec une grande pompe. Cependant, la saison était Tort arriérée , le printemps avec ses beautés se faisait encore attendre et un temps froid et humide nous rappelait la température de l'Allemagne dans le mois de Mars. Mais au bout de quinze jours, la scène avait complètement changé: le printemps avait paru dans tout son éclat, ponr céder bientôt après son empire à l'été. A Pâques, la chaleur était déjà étouffante. Les environs de la ville si riches en jardins et en arbres de toute espèce, les nombreux jardins qui se trouvent dans la ville même, les magnifiques boulevards qui la divisent en plusieurs quartiers, le beau jardin d'Alexandre, qui, avec ses allées, ses pelouses, ses plates-bandes et ses jolis bosquets, longe le grand mur blanc do Kreml et s'étend jusqu'aux bords de la Moskwa , charmaient l'oeil par la richesse de leur verdure. Les plus belles fleurs ornaient les jardins. Quand on regardait celte ville immense dn haut du Kreml, surtout de l'Iran Velilri, ou de la terrasse du Sud-Ouest, visà-vis de la place entourée des trois cathédrales de l'Ascension, de l'Annonciation et de Saint-Michel, elle se présentait dans toute son étendue comme entourée d'une lumière merveilleuse. Vue de cet endroit, la ville offre l'aspect d'une immense plaine formée par les innombrables toits rouges et verts*], au milieu desquels on découvre ça et là des jardins remplis d'arbres. Une infinité de coupoles et de clochers bariolés s'élèvent de tous cotés. Le cours sinueux de la Moskwa sépare la ville en deux parties. Celui qui a jamais contemplé cette scène au moment du coucher dn soleil, quand ses derniers rayons se reflètent sur les coupoles dorées des cathédrales**}, a pu se

*) Le» maisons à Moscou «ont, en grande partie, couvertes de

plaques de tôle peinte* en rert.

") En 1835, la ville de Moscou complaît 288 églises ou è peu près, et 21 couvents avec leurs églises (parmi lesquelles étaient

croire transporté sur le théâtre d'an conte d'Orient II ne sera pas inutile de nommer ici plusieurs endroits d'où Ton jouit d'une belle vue sur la ville ou sur différentes parties de la ville. D'abord , il ne faut pas négliger de visiter le château de Nieskuschna, qui est la propriété de l'impératrice. Ce château est situé sur la haute rive de la Moskwa. .A £&té du château, il y a un parc d'où la ville produit un effet vraiment grandiose. Nous conseillons également à l'étranger de faire une promenade vers les hauteurs connues sous le nom des montagnes des moineaux. Le spectacle qui l'y attend , le récompensera suffisamment de la peine qu'il se sera donnée pour s'y rendre. Il y a là, entre autres, un endroit d'où Ton. voit la ville sous la forme d'un croissant. Les hauteurs du Kreml avec les coupoles dorées sont au centre; sur le devant de Ja scène, on découvre les eaux de la Moskwa, sur les bords fleuris de laquelle s'élève, semblable à une forteresse, le couvent de Nowodewitschej avec ses magnifiques tours, qui sert d'asyle à des religieuses. Plusieurs palais entourés de parcs, sont également baignés par les eaux de ce fleuve. Nous nommerons encore le couvent de Simonow, qui est situé à l'extrémité de la ville, mais dans le mur d'enceinte, sur un terrain élevé. Le panorama qui s'y déroule sous les yeux du spectateur, est tout-à-fait différent de celui qu'il aura vu dans les lieux précédents. L'amateur de la musique y est surpris par un magnifique chant religieux de la liturgie grecque, exé-

comprises, sans doute, les nombreuses chapelles privées). Chaque église grecque a cinq coupoles tout au moins, et, à peu d'exceptions près, un clocher. La circonférence de la ville, y compris les faubourgs qui se trouvent renfermés dans le mur d'enceinte, est de 5| milles d'Allemagne. Quand on regarde la rille de quelque lieu éleré et dans une certaine direction, tout l'espace qu'on a sous les yeux, en est rempli, ce qui est facile a comprendre quand on sait que le Kreml et les .collines qui se trouvent dans l'intérieur et dans les environs de la ville, n'ont qu'une hauteur fort médiocre»

calé par des moines, uns accompagnement d'instruments, comme toujours, et avec an ton de voii amorti. L'effet que ce chant produit, est admirable.

Dès que le beau temps est arrivé et que la température est stable, les habitations d'été dans les faubourgs et lea villages voisins se remplissent Parmi ces villages, nous citerons Sokolnikfeld , Pélrowsbi et Hasumowski , oh l'on trouve, à côté de quelques palais, des habitations modestes et gaies qui, durant l'été, sont occupées, en grande partie, par des Allemands ,■ dont le nombre est asses grand à Moscou, et parmi lesquels on trouve beaucoup de commerçants. Je me souviendrai toujours avec un plaisir infini de l'accueil hospitalier que j'ai trouvé dans les maisons de plusieurs d'entre eux, par exemple de monsieur S., consul La m bourgeois, de messieurs K. et H., de monsieur T. de W., conseiller d'état, de monsieur le docteur R., secrétaire de la société d'histoire naturelle de Moscou. — Il y a de certains jours consacrés par l'habitude, où le peuple sort pour prendre l'air; alors il se dirige en masse vers quelque point intéressant des faubourgs ou des environs. C'est une chose assez connue que l'église grecque abonde en jours de fêtes. Parmi ces fêles, il y en a une où tout le monde se rend sur les cimetières, pour s'y asseoir en plein air, au milieu des tombeaux et sous l'ombre des arbres. Dans ces occasions, l'industrie ne manque pas d'exercer son activité. Des cabarets sont improvisés en plein air, où l'on prend du thé et d'autres rafraîchissements, et souvent les tombes servent de tables ou de buffets. Il y a encore en été des jours destinés ans processions religieuses qui, partant la plupart du temps dn Kreml, vont se diriger vers des couvents ou d'autres endroits de la ville, qui ont on caractère religieux. Le 18 Août, une procession se rend au couvent de la Sainte Vierge du Don (qui doit son nom & une image miraculeuse de la Sainte- Vierge, dont les Cosaques du Don avaient fait présent au Czar Démélrius Iwanowilsch, et qui protégea la ville de Moscou contre les Tarlares, en 1591} Ce couvent, situé dans le mur d'enceinte de la ville, est

entouré de jardins et de promenades qui offrent tons les agréments d'une contrée champêtre. L'édifice est entouré d'un mur d'une grande hauteur, au-dessus duquel s'élève la coupole dorée de la cathédrale; vu de loin , il semble entouré d'une forêt. Les jours ou les processions ont lieu, la foule se presse non seulement dans l'église, pendant le service, mais encore, et en bien plus grand nombre, dans les environs du couvent (surtout dans le cimetière dont nous avons déjà parlé plus haut, et qui est orné de magnifiques tombeaux de personnages distingués et de familles illustres) oit le feuillage touffu des arbres leur offre un abri contre l'ardeur du soleil. En voyant ces milliers de personnes groupées sur l'herbe ou se croisant dans tous les sens, en se promenant, on se croirait transporté au milieu d'une foire.

Parmi les fêtes du peuple, il y en a une qu'on m'a désignée sous le nom de la fête des femmes, et qui a lieu le 28 Juin (vieux style). Ce jour-là, toutes les maisons étaient ornées de bouleaux (comme cela se fait ches nous les jours de Pentecôte), et il me semble avoir entendu dire, que ce sont les femmes qui président à la fête. On en vit beaucoup sur les promenades de la ville. Personne n'a pu me dire quelle est l'origine de cette fête extraordinaire. Parmi les fêtes, qui ont un caractère officiel, il faut nommer d'abord le 25 Décembre, jour de délivrance de la Russie de l'invasion Française, et puis les fêtes de naissance et de nom de tous les membres de la famille impériale. Ces dernières sont terminées ordinairement par une illumination d'un genre particulier, dont nous avons déjà donné ailleurs une description, et qui consiste en ce qu'on garnit le pavé des rues principales de vases au milieu desquels brûle une flamme. Mais ces illuminations n'étaient rien en comparaison de celle que je vis le jour du couronnement de l'empereur actuel (le 22 Août). Dans la soirée, le jardin d'Alexandre tout entier, de même que le mur gigantesque du Kreml, auquel il touche, étaient éclairés par des lampions, qui traçaient des figures sur le mur. Au haut du pont, par lequel on passe du Kreml par

dessus le jardin, s'éleva un superbe temple formé par des lampions, qui se trouvant placé à une grande hauteur au-dessus de la grande allée, termina, par la magnificence de son éclat, la perspective formée par celte allée. Les maisons de la grande place, qui est à cote, étaient également illuminées. Je ne me rapelle pas d'avoir jamais va ailleurs une illumination comparable a celle-ci pour la grandeur de l'effet qu'elle produisait. Le temps était beau et calme, la masse des spectateurs qui circulaient de tous cotés, était énorme, et pourtant l'ordre ne fut pas troublé an instant : la fête se passa sans tumulte , sans brait*}.

L'étranger qui vent se donner le spectacle d'une réunion d'élite, doit se rendre, par un beau soir d'été, au jardin d'Alexandre, ou sur an des boulevards les plus fréquentés, par exemple sur celui de Twer. C'est là que sont représentés tous les éléments divers dont se compose la population des régions civilisées de l'empire russe. Des petits- mal très Allemands, Français et Russes donnant le bras à des dames élégantes se croisent avec des Russes à longue barbe, valus d'un long caftan, et accompagnés

*) Un certain auteur qui a publié la description de les voyages et qui jouit d'une grande réputation, s'exprime, a l'occasion des fêtes auxquelles il a sstitè a St. Pétersbourg, de manière a faire croire qu'en Russie, on ne toit jamais le peuple en masse (p. et il n'y a point de foule — on ne sait ce que c'est que la foule en Russie etc. }. Et de tout cela, il en lire des conséquences à sa manière (c'est ainsi qu'il parle de joie menleute, qu'il pense qu'il n'y a, en Russie , que t'ombre d'un peuple, ou même que la foule serait la révolution!!). Si les idées do tapage, de cris, de presse et de riie sont inséparables de l'idée de foule, l'auteur peut avoir raison, de dire que la foule n'existe pas en Russie. Quant a noua, nous pouvons aflirmer de l'avoir rue toute aussi grande qu'ailleurs, non seulement à Moscou, mais aussi i Si. Pétersbourg, p. ei. pendant la sainte -semaine , eu le jour de fêle de l'impcralriie où une grande reiuc dee troupes a lieu.

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de leurs épouses qui se faut remarquer, pour la plupart, par ui grand embonpoint*}. Celles-ci portent on habillement «Tan goèt assez moderne, et qai ne se distingue de celai de leurs filles ave par ane plus grande simplicité. Elles s'entourent la tête d'an mouchoir de soie, en guise de bonnet, usage qai n'est pas imité par lears filles. Panai les dames mariées, il y en a qai portent, même an milita de Tété, la dosebagraika doublée de fourrure (le mot duschagraiàa vent dire: qui chauffe l'âme on le coeur1. Il est très-facile de distinguer, parmi cette multitude d'hommes, les riches ouvriers allemands avec leurs familles d'un coté, et les familles nobles de l'autre. Ces dernières sont ordinairement suivies de domestiques en livrée, et se servent, dans leurs conversations, de la langue française; souvent elles se promènent, sur le boulevard , dans nn carrosse d'antique apparence , attelé de quatre chevaux. On y voit aussi beaucoup d'officiers, d'employés du gouvernement [tschinofniks] et des étudiants en uniforme. Mais à coté des costumes Européens se montrent également des Gruses, des Perses, des Arméniens, des Turcs et desTarlares, tous dans leurs costumes nationaux; de temps en temps, un fils belliqueux du Caucase, appartenant à une tribu alliée de la Russie ou soumise par ses armes, se présente dans son riche costume guerrier. Rien de plus frappant que l'extérieur des nourrices russes, qui sont, en général, des femmes d'un physique très-robuste, mais peu gracieux , aux traits énergiques ; ce sont surtout des femmes de paysans ou de soldats, coiffées, selon la coutume des femmes en Russie, du kokoschnik. Dans leurs habillements, elles visent à l'originalité;

•} On est frappé du contraste qu'on remarque entre la constitution physique des femmes de la classe bourgeoise et de celle des femmes des classes supérieures de la société. Autant que le corps des premières est robuste, aulant celui des dernières présente des formes délicates. On prétend qu'elles doivent cet avantage, si c'en est un, A des arts de toilette, qui font souvent le plus grand tort A leur santé.

il y en a beaucoup qui portent des robes de mousseline, garnies de franges qui ont souvent l'air d'être en or etc.; c'est ainsi qu'on les voit se promener avec leur petit nourrisson sur le bras. Quelquefois, les promenades dans le jardin d'Alexandre sont animés, le soir, par une musique qui se fait entendre au haut du mur du Kreml. — On trouve une société plus choisie encore, quand on se rend, de grand matin, à l'établissement des eaux minérales artificielles, qui est situé dans un des plus beaux quartiers de Moscou, dans celui de Pretschistenka. La société qu'on y trouve, se compose de personnes fort élégantes de l'un et de l'autre sexe, qui y vont prendre les eaux ou chercher les agréments de la conversation. Un corridor orné de belles fleurs et un beau jardin où il y a de jolis bosquets, leur servent de promenades, pendant qu'une excellente musique est exécutée par un orchestre très-bien composé.

Pendant l'été de Tan 1843, les habitants de Moscou jouissaient du spectacle extraordinaire d'une exposition d'objets d'industrie, provenants des manufactures russes. L'exposition fut ouverte au mois de Juin, dans l'édifice qui sert de lieu de réunion au club des nobles; c'est un palais élevé *) dans un style moderne , dont Moscou est si riche en ce moment. L'exposition fut inaugurée par une

*) Depuis le grand incendie de 1812, la ville de Moscou a été rebâtie en style moderne, mais elle a conservé, en grande partie, son* ancien caractère, parce que la plupart des églises, ainsi que le Kreml , ont échappé aux flammes. À cette époque, les Français avaient un moment l'intention de faire sauter le Kreml en l'air. Ce projet eut un commencement d'exécution, mais il avorta; de sorte que la partie la plus intéressante de l'édifice est restée intacte. — Le palais où se réunit le club des nobles, est situé sur la place appelée Ochotnoi- Rjad (mot qui signifie marché de chasse), où Ton rend, avec beaucoup d'autres choses , des oiseaux et des chiens. On cite comme une preuve du caractère doux et sympathique des Russes, que dans un certain jour de fêle (celle de PAnnon-

solennité religieuse, sous la direction du métropolitain. C'était, en effet, une cérémonie d'an genre tout-à-fait particulier, dont on ne rencontrera pas facilement un exemple dans les autres pays. Ce qui étonnera peut-être encore plus , c'est que , dans de certains jours et à de certaines heures, l'entrée était publique: tout le monde, sans distinction de rang, pouvait y entrer, sans rien payer; même les ouvriers dans les fabriques y étaient admis. Malgré le nombre do personnes qui y accouraient, l'ordre le plus parfait régnait partout C'est que le Russe est accoutumé à être conduit par l'autorité, et il obéit toujours, et sans murmures, à 'ses supérieurs.

Ce que nous chercherons surtout ici, c'est de donner au lecteur une idée de l'impression que nous avons reçue, en visitant cette exposition, et d'ajouter en passant quelques observations sur les qualités des marchandises que nous y avons examinées. D'abord, nous osons affirmer, que l'exposition de Moscou (nous le disons toutefois avec des restrictions) ne le cédait nullement, pour la variété et l'élégance des articles, à celle de Berlin, en 1844; elle avait même sur celle-ci l'avantage d'être mieux favorisée par la disposition du local où elle se trouvait, et la surpassait même par le goût et l'ordre avec lesquels tout y était arrangé.

Les objets de l'exposition étaient distribués en 23 différentes salles et chambres, de manière qu'il y avait une transition insensible entre les matières premières ou brutes et les ouvrages achevés des différentes branches de l'industrie. On avait placé, dans des endroits convenables, certains objets qui servaient en même temps d'ornements

cialion), on y va acheter des oiseaux, pour leur rendre la liberté. Le Grand-Russe est en effet très-doux. Ainsi pour no citer qu'un exemple entre mille, il ne mange jamais des pigeons, quoiqu'il nourrisse un grand nombre de ces oiseaux (comme on peut le voir tous les jours à Moscou même). C'est que parmi les Russes, cet oiseau est le symbole du Saint- Esprit.

au* chambres. C'est ainsi que montant le grand escalier qui conduit aux salles et aux chambres où se trouvait l'exposition, on remarquait, dans le vestibule, plusieurs grands tapis de laine ornés de couleurs diverses, dont quelquesans étaient sortis d'une fabrique , tandis que les autres étaient 1b fruit du travail de quelques dames do haut ' rang. Un d'entre eux avait 13 arschines (aunes) de long, sur 11 de large.

La division des matières premières ou brutes et des de raî-étoffcs était, en général, peu riche, comme quelques Russes mêmes l'ont fait observer dans les remarques qu'ils ont publiées sur cette exposition*). On y voyait des échantillons de lin et de chanvre, dont plusieurs avaient été fournis par un paysan de Monsieur de Karnowitsch. Mr. Kamowilsch vit dans le gouvernement de Jaroslaw, et il est connu par ses louables efforts pour l'amélioration de l'économie rurale. Nous avons déjà fait mention de lui dans on autre endroit. Mais ce qui fixait surtout l'attention du public, c'étaient les nombreux échantillons de laine de brebis brute , parmi lesquels il y avait quelques belles toisons, qui avaient été envoyées par des propriétaires des provinces de la Mer Baltique, il y avait aussi quelques articles de filage de lin, de chanvre et de laine parmi lesquels se distinguait un bel assortiment de fil de lin, provenant de la manufacture impériale d'Alexandrow et représentant tous tes degrés de la grosseur depuis le numéro 3 jusqu'au numéro 240. Les fils do co-

*) Moni. le conseiller d'état do Maslow i Moscou a exprimé, par rapport à ce sujet, dîna un rapport imprimé, une idée, dont noua noua proposons de parler avec plus délai! dans un autre endroit. On voit par M, que l'auteur regarde le* produits du loi el les industries alimentée* par cui, comme la base de la richesse, nationale en Russie, cl il y exprime entre autres l'opinion, que les objets qui forment les éléments de l'économie rurale, auraient dû occuper, à côlé dos belles productions de l'industrie manufacturière, la moitié de l'espace de

le

ion étaient encore plus nombreux; ils provenaient de fabriques russes oii ils avaient été gagnés de flocons de Chiva et d'Amérique (il y en avait qui étaient colorés, et d'autres qui ne l'étaient pas; les numéros étaient très bas et allaient seulement jusqu'à 40 ; cependant il y avait dans la collection un échantillon de numéro 100). Les régions du Caucase avaient également envoyé leur contingent, consistant en soie crue et en soie colorée. (On montrait, comme objets de curiosité, divers échantillons de soie, fruit de l'industrie d'un habitant de Moscou qui nourrit des vers à soie). En dernier lieu, on voyait encore un certain nombre d'autres objets de différente nature, par exemple des échantillons de suif raffiné , de carboleîn , de farine de froment, de feuilles de tabac, etc.

Deux chambres étaient remplies de draps et d'autres étoffes en laine, dans toutes les couleurs et tous les degrés de qualité. Dans le catalogue, on avait indiqué à part les draps dont on fait surtout usage pour l'armée, et principalement pour les garde*; il en était de même pour des draps connus sous les noms de draps de Méséritz et de Maslo, dont on envoie une énorme quantité en Chine *). Ces derniers se distinguaient des autres par leur épaisseur et leur pesanteur de même que par la vivacité de leur couleur (qui était le rouge). Vingt-deux chefs de fabriques de draps, Allemands de nation et domiciliés en Pologne, avaient envoyé de nombreux échantillons des différentes sortes de draps, qu'ils confectionnaient dans leurs établissements. Parmi les grandes fabriques de draps qui jouissent d'une haute renommée à Moscou , il faut citer avant tout celle de Nowikow, qui est dirigée par un Allemand, Mr. Pelzer, et puis celle de Koehnemann, à la tète de laquelle se trouve Mr. Leclair, lequel, si nous ne nous trompons, est d'origine Belge. Dans la chambre suivante,

*) Méséritz csl le nom d'une ville en Prune, où Ton fabriquait autrefois beaucoup de drapa de ce genre, qui allaient en Chine. Lea draps de Maslo sont plus Gns que ces premiers.

l'oeil était agréablement Trappe par l'éclat des étoffe* composées moitié de laine, moitié de suie, dont elle était remplie ; le* dame* surtout prenaient grand plaisir à iea exaaminer de près. Non* y remarquâmes des damas, des crêpes, de* mousselines, des camelots, des châles (jusqu'au prix de 3000 roubles), des mouchoirs de couleurs mêlées, des étoffe* de meubles, des étoffes de gilets, des rubans d'écbarpes etc., dont la plus grande partie avait été confectionnée dans des fabriques de Moscou, parmi lesquelles celle de Mr. Gutscbkow est une de* plus excellentes. Les soierie* de Moscou (par exemple celles fabriquées par Mrs. Kondrascbew, Loktew et Rocbeforl) ont un haut degré de perfectionnement, quoique, d'après ce qu'en disent les connaisseurs, elle* ne puissent pas du tout rivaliser avec les soieries françaises. Mais les étoffes do soie brodée* d'or, notamment les robes de prêtres (qui depuis bien long-temps forment une branche essentielle de l'industrie russe) sont ce qu'il y i do plus beau, suus ce rapport, en Europe. Des rubans de divers genres (parmi lesquels il y en avait qui servaient de décorations) avaient été disposés avec goût, et formaient une espèce de colonne, qui faisait nn très-bel effet.

Les marchandises de colon étaient étalées dans quatre chambres où l'on voyait une grande variété d'indiennes, du pluches, do nankins, de tulles etc. La fabrication du colon a fait, dans ces derniers temps, des progrès immenses en Russie. La fabrique de Mrs. Procborow est une des premières de ce genre qui ait été fondée à Moscou; elle existe depuis l'an 1800, et n'a été interrompue depuis ce temps— là que par l'invasion française. Qui pourrait entreprendre d'énnmérer tontes les étoffes de coton, blanches et colorées, unies et ornées de dessins, qu'on y voyait étalées 1 L'exposition devait une grande partie do ces productions, telles que nous les vîmes là, à rétablissement de teinturerie et d'imprimerie d'étoffes de Sarcwa, près de Moscou, qui appartient à une société d'actionnaires, et qui est dirigé par Mons. Bonenblust, consul-général de la confédération Suisse à St. Pétersbourg. Ce même monsieur

dirige encore on autre établissement à St. Pétersbourg, qui avait envoyé à l'exposition des tulles brodées en partie à la main et en partie à l'aide de machines, qui excitaient l'admiration de tous les spectateurs. La grande salle du club de la noblesse considérée dans son ensemble, éclipsait par sa magnificence tout ce que nous avions vu jusque là. Les productions les plus variées de l'industrie ornaient non seulement les murs et l'allée formée par les murs et la colonnade qui fait le tour de la salle, mais elles remplissaient encore la salle tout entière, de même que la galerie soutenue par les colonnes et la tribune. Sur de longues tables dressées au milieu de la salle, nous vtmes une quantité d'objets en or, en argent et en bronze , des ustensiles de toute espèce, des buffets, des lampes, des pendules etc. Au bout des tables disposées par rangées, on Admirait deux candélabres d'une grandeur énorme qui provenaient de la fabrique impériale de verreries, à St. Pétersbourg, qui avait aussi fourni des vases en cristal transparent et facetté. Ce qui attirait particulièrement les regards de tout le monde, c'étaient les différents objets destinés au culte, qui étaient ou en or ou plaqués d'argent, puis des crucifix, des images de Saints et des images du Cbrist, tels que les Russes en placent dans chaque appartement, dans chaque boutique, des in-folio (contenant les livres des quatre évangélistes) en reliure dorée avec des ornements divers. Un peu sur le côté se montraient, sous une apparence plus modeste, les marchandises de laiton, de fer et d'acier, qui avaient été fabriquées à Toula, à Pulkowa et dans plusieurs autres villes. Ces derniers articles forment du reste une des parties les plus importantes et les mieux développées de l'industrie russe. Ce qu'il y avait de plus curieux dans cet étalage, c'étaient les grands Ssamowares ou machines pour préparer le thé, qui jouent un rôle si important dans les ménages russes. — Aussi f avait-il parmi la quantité de couteaux, de ciseaux, de serrures et de chandeliers, des pièces qui méritaient notre attention particulière, par exemple, les couteaux à manches de nacre qui, pour la qualité et le bon marché, égalaient

même les couteaux anglais. Parmi les noms des fabricateurs de ces objets, on mentionna ceux de Mrs. Sawjnlow, KalaJiin et Gorschkow. Celle branche de l'industrie nationale est très-dé veloppée en ce moment ; il n'en est pas de même d'un autre genre d'industrie pour lequel le pays fournit cependant la matière brute en très-grande quantité et en très-bonne qualité, je Yeux parler de la fabrication des toiles fines, dont l'exposition ne montrait qne quelques bons échantillons {notamment cenx de M. de Karnowitscb) à coté d'étoffes plus grossières, qni, comme on sait, forment déjà depuis long-temps un objet très-important do la fabrication russe: ce sont des cordages, des toiles à voiles, des toiles connues sous le nom de raventuch, et des toiles appelées toiles de Flandres. Des plaques en relief de enivre, représentant le Kreml et d'autres objets, n'étaient pas sans mérite sous le rapport de l'art. Les daguerréotypes n'y manquaient pas non plus, de mémo qne des broderies dues, en grande partie, à la main industrieuse de qnelques dames appartenantes aux hauts rangs de la société; on y trouvait également des objets d'art provenants de l'institut de galvauoplastiqne de St. Pétergbonrg, par exemple des bustes de Pierre 1 et de l'empereur actuel, de même que des bustes en bronze et en marbre. On y voyait aussi un assortiment d'instruments de mathématiques et de musique: l'horlogerie avait fourni des chronomètres. A coté de plusieurs pianos fort élégants, on avait rangé des ouvrages de menuiserie faits avec beanconp d'art et chargés de riches ornements, par exemple des secrétaires et des armoires d'un goût exquis, renfermant un mécanisme musical qui rendait des sons de flûte (on remarque beaucoup de ces objets dans les établissements des restaurants russes de Moscou et d'autres villes, pour l'agrément des personnes qui y vont). Ces sortes de choses proviennent ordinairement de Russes indigènes, mais quelquefois aussi d'étrangers qui se sont établis à Moscou ou à St. Pétersbourg. Uno magnifique armoire de bois d'ébène ornée de bronze et de lûmes de'caille (et dont le prix était de 3800 roubles arg.) était

sortie de l'atelier d'un ébéniste, nommé Blechschmidt, qui, après avoir fait son apprentissage à Paris , avait passé quelque temps à Moscou. On m'a dit qu'il est dans ce moment à SU Pétersbourg où il aide à diriger la fabrique de meubles du marchand Mons. George Ed. Millier (né à Hambourg) qui avait envoyé à 1 exposition des tables à écrire, des tables à travailler pour dames et d'autres objets de ce genre qui tous se recommandaient par une grande élégance. Mons. Millier a aussi une fabrique de parquetage, et il avait envoyé à l'exposition des parquets en mosaïque qui représentaient des figures exécutées d'après des dessins charmants et pleins de goût. Cette fabrique mérite d'être mentionnée, parceque, d'après le jugement des connaisseurs, les ouvrages qui en sortent, sont tous faits avec un art et un soin tels qu'ils surpassent tous les travaux qui ont été exécutés jusqu'ici dans ce genre. Une scierie de bois est attachée à celte fabrique; on voyait plusieurs belles feuilles de bois qui étaient sorties de cette fabrique. — Un autre exemple d'Allemands qui ont fait fortune en peu de iemps, nous est donné par Mrs. Krummbîigel et Zinngiesser qui sont venus en Russie, l'un comme ferblantier, l'autre comme potier d'étain, sans moyens pécuniaires, et après avoir fondé un établissement à Moscou, avec des secours qu'ils y avaient trouvés, ont donné à leurs affaires une extension telle qu'aujourd'hui, ils occupent, dans leur fabrique, à peu près 150 ouvriers, et entretiennent un dépôt de leurs marchandises à St. Pétersbourg. On voyait dans l'exposition quelques échantillons de leurs productions (pour lesquelles ils avaient profité des inventions faites dans ce dernier temps dans les pays étrangers) qui consistaient en lampes, en lustres et en candélabres, dans la confection desquels on avait surtout employé le bronze de Birmingham.

Pour ce qui est de la division consacrée aux productions chimiques, qui contenait les étoffes pour teindre, les huiles, les sels, les acides, les vernis, les échantillons d'oleïn, de bougies et de chandelles de suif et de stéarin (parmi lesquelles on vante les dernières comme très-

excellentes), la description que nous en ferions, offrirait peu «l'intérêt an lecteur. Nous citerons seulement comme objets de curiosité', le bnste du Feldmaréchal Prince de PuakewiUca, qui avait été envoyé de Varsovie et qui était exécuté ea stéarin, et an petit temple en alun, qui est en quelque sorte nn hommage rendu par l'artiste à la subitaace qui l'a enrichi. Ce qu'il y avait encore de remarquable, c'étaient les beaux sucres de betteraves, qni avaient beaucoup de dureté et d'éclat, et pouvaient rivaliser avec les meilleurs sucres de canne (le lecteur se rappellera ici la grandiose fabrique du comte Alexei Bobrinskij a Hiebailowik, dont j'ai déjà fait ailleurs la description. De grands ouvrages exécutés en métal, par exemple, des chaudières, des poêles et des creusets, qui provenaient de différentes usines, étaient rangés dans une chambre à part. Deux salles remplies de machines et d'instruments mécaniques, de modèles etc. méritaient une attention particulière. L'institut technologique et la manufacture impériale d'Alexandrow de St. Pétersbourg , l'école des artisans qui fait partie de la maison impériale d'éducation de Moscou, l'école de dessin de Stroganow (qui se trouve depuis quelque temps sous la direction du gouvernement) et un grand nombre de particuliers avaient contribué à enrichir cette belle collection. On y voyait une chaudière à vapeur, une pompe h fen, des modèles de machines à filer le coton, le métier a tisser des rubans de soie de Jacquard, on métier mécanique à tisser du drap, qui appartenait à la fabrique de Nowikow*) (dont nous avons déjà parte plus haut) et qui avait été fait par un menuisier de village, nommé Iwan Masin, Russe de nation, et une machine à filer le lin, dans laquelle les doigts sont remplacés par de petits cylindres qui tournent en sens inverse les uns

*} Dans 1* fabrique dont il est question ici, ce métier est mia en mouvement par la Tapeur; main on n'y eu emploie qu'un Ires-pelit nombre, parce que par Job raisons que noua développerons plus tard, les métiers où l'on se sert de la main, ■ont beaucoup plus profitables.

contre les autres. — Quant aux modèles de machines d'industrie , dont on voyait ici beaucoup, ils n'eurent pas le bonheur de plaire aux connaisseurs. — Des horloges de clocher attirèrent tous les regards. Outre les objets que nous venons de nommer, il y en avait encore, dans cette division, beaucoup d'autres, que nous passerons sous 6ilence; nous mentionnerons seulement encore une belle collection d'instruments d'économie rurale dans tous les genres, qui était sortie d'une fabrique établie à Moscou par les frères Butenop (ces Messieurs sont nés dans le Holstein) dont les efforts sont puissamment secondés par le gouvernement. Dans un autre endroit, il y avait des voitures dans tous les genres depuis la simple droschke jusqu'au magnifique carrosse de Landau. On voyait ici entre autres de beaux équipages qui, à ce qu'on prétend, sont meilleur marché que les voitures de ce genre qu'on fait à Paris, sans pourtant valoir celles de Vienne, quoique ces dernières se vendent moins cher.

La salle d'armes était remplie d'instruments de guerre fournis, en partie, par des établissements du gouvernement, entre autres par les arsenaux de St. Pétersbourg et de Kiew, et en partie par des fabriques privées de Toula, de Moscou et de Varsovie. 11 y avait là une belle collection d'armes de toute espèce: des canons, des fusils etc.

Les marchandises en cuir étaient distribuées dans trois chambres. En général, on ne les loua pas autant qu'on aurait pu l'attendre pour cette industrie, qui est depuis long-temps en vogue en Russie. On y remarquait pourtant bien des jolis travaux, entre autres des cuirs de rousse et des chaussures. 11 y avait là, en outre, de très-belles choses de différentes espèces, des tabatières, des reliures etc.

On vantait beaucoup les objets de verre, de crystal et de porcelaine, qui se trouvaient dans plusieurs autres chambres. La fabrique impériale do St. Pétersbourg en avait envoyé une grande quantité; d'autres provenaient de

fabriques privées. — Les objets de faïence, d'après ce qu'on en disait, ne valaient pas grande chose1").

11 y avait encore, dans l'exposition, une foule d'antres objets tels que des échantillons de vins de Crimée et du Caucase, de la bière, du tabac, des cigares etc. Nous ne nous y arrêterons pas. — On y trouvait aussi de bon papier de différentes sortes, notamment du papier à écrire et dn papier velin, puis des papiers peints pour tapisser les chambres, parmi lesquels se distinguaient ceux d'une fabrique polonaise dont les chefs se nomment Moes et Vetters, et d'une fabrique de St. Pétersbourg appartenante a Mon s. Schafer, qui est né à Hambourg.

Grâce au bel ordre maintenu par les membres du comité de l'exposition et à la grande politesse qu'on montrait aux nombreuses personnes qui se présentaient, tout le monde pouvait voir à son aise cette masse d'objets, et traverser dans ce long pèlerinage avec facilité les chemins tortueux formés dans les différentes salles et chambres par les tables et tes barrières. En sortant du palais, on se trouvait sous nn vestibule, construit exprès pour la commodité des personnes qui allaient voir l'exposition, et devant lequel s'arrêtèrent des droschkes à un ou à deux chevaux, et des voitures à deux ou à quatre chevaux, pour reconduire chez eux les messieurs et les dames qui sortaient du bâtiment; car dans les deux capitales de la Russie, on traverse rarement les rues à pied.

L'exposition des productions de l'industrie rnsse se répète tous les trois ans, et a lieu, tour à tour, à Moscou,

') Mon. de Maslow, dans son rapport, die : „II est permis d'affirmer que no» productions en verre, eu cryslal et en porcelaine ne sont inférieures ni à celle* de In Bohème ni à celles de la Saie, pour ce qui regarde la beauté des formes cl des couleur», la dorure et le travail: mais nos marchandises de faïence sont restées en arrière de celles de l'Angleterre. " — Le même tuteur dit qu'il existe, dans le gouvernement de Moscou, une fabrique de porcelaine depuis l'année ITfiO.

à St. Pétersbourg et à Varsovie. Parmi ces trois villes, la première est sans contredit celle qui, avec les localités des environs , compte le plus de manufactures. Comme j'ai vu moi-même plusieurs des fabriques les plus importantes de Moscou, quelques observations sur ce sujet intéressant seront ici à leur place.

En 1842, on complaît dans le gouvernement de Moscou (suivant la gazette officielle de ce gouvernement) 95 fabriques d'étoffes de laine, 125 manufactures d'étoffes de soie, 19 filatures de coton et 252 établissements pour tisser le coton. Ce sont surtout les habitants de la campagne qui s'occupent dans leurs maisons de la fabrication des tissus de coton , et il est probable que dans le nombre indiqué soient compris les entrepreneurs qui font travailler des paysans pour leur compte. 11 y a des fabriques dans lesquelles la fabrication des étoffes de coton est réunie à celle des étoffes de soie, tandis que d'autres ne s'occupent que d'une seule de ces deux industries, à l'exclusion de l'autre. — Les objets que nous venons de nommer, sont les plus importants de l'industrie de Moscou. La fabrication des métaux qu'on exerce sur une vaste échelle dans plusieurs autres parties de la Russie, se réduit à Moscou aux seuls objets de luxe. Le gouvernement de Moscou est très-riche en fabriques, on y en trouve partout, dans les villes comme à la campagne. En 1842, on en comptait 1065 dans tous les genres. La capitale en renferme à peu près les deux cinquièmes. Depuis bien long-temps, Moscou se distingue comme ville industrielle, comme l'indiquent assez les noms de certains quartiers et rues, par exemple le Pont des forgerons, l'Arbate (de arba, mot qui veut dire voiture), la Koshewniki (du mot koshewnik, tanneur). On prétend que la fabrication des draps grossiers et du drap d'or y remonte jusqu'au seizième siècle.

J'ai visité les fabriques de draps de Mrs. Nowikow et Kohnemann, dont j'ai déjà parlé plus haut. La laine y passe par tous les degrés de la fabrication, depuis le triage jusqu'à la confection des draps colorés. — Pour apprêter les fils de laine, on se sert des machines qui

■ont en usage partout ailleurs. Celle qui est connue sous le nom de Muie-Jenny, n'y manque pas non pins. La fabrique de Nowikov possède une machine à vapeur construite en Russie, dans laquelle on trouve cependant bien des choses a Manier; celle qu'on voit dans la fabrique de Kfihnemann, provient de l'établissement de Coqaeril. Dans la première, comme nous l'avons déjà remarqué, on se sert, à peu d'exceptions près , des métiers ordinaires ou l'ouvrage se fait à la main. Pour tondre les draps, on ne se sert plus beaucoup de la main, mais d'une machine fort ingénieusement construite. 11 y a 13 ans qneNowikow fonda, sans moyens péenniaires, un petit établissement qui a pris, peu à peo, une extension telle qu'au moment ou je m'y trouvai, il occupa à peu près 1000 ouvriers, y compris les femmes et les enfants. La fabrique produit des draps jusqu'au prix de 10 roubles (un peu plus que trois écus de monnaie de Prusse) l'arschine (c'est-à-dire l'aune). C'est nue bonne qualité moyenne, et d'après ce qui m'a été dit par une personne capable de juger de ces sortes de choses, les draps do fabrication russe, qu'on vend cher, ne valent jamais lenr prix. Aussi les draps qui sont fabriqués dans l'établissement de Mr. KShnemann, sont-ils rarement vendus au-delà de 12 roubles; il y a seulement quelques sortes qu'on vend jusqu'à 24 roubles l'arscbine.

Dans l'établissement de Mr. Prochorow, on nous montra des dessins et «Tes peintures qui servaient de modèles et qui avaient été inventés et exécutés par des apprentis de la fabrique, dont l'un avait été envoyé à Paris, pour y perfectionner son talent; pour les indiennes, on préférait, à ce qu'on me disait, les dessins étrangers. — Chez Hoebefort et Mr. le conseiller d'état Loktew, nous admirâmes le* productions des Jacquards consistantes en étoffes de soie, de velours etc. Mr. Loltlcw nous dit qu'il vendait ses marchandises, étoffes de gilets, rubans servant de décorations, cachemire avec toutes sortes de figures, meilleur marché qu'on ne le faisait à Parts: les objets qu'on vendait à Paris 9 francs, ne conteraient chez lui que 5 roubles

banco on assign. (un rouble assign. est plus qu'un franc, la différence est de 1| silbergroschen). La vapeur n'est pas employée dans ces fabriques. Chei Rochefort, on s'occupe aussi de l'impression des étoffes, mais sans le secours des machines. Les frères Gulschkow sont à la tête d'un établissement de fabrication, de teinturerie et d'impression d'étoffes de soie et de coton, qui occupe 800 métiers. Parmi d'autres productions de la fabrique, on nous montra aussi des châles de couleurs et de figures très-variées. Les frères Gulschkow sont de la secte religieuse des Starowjeru (partisans de l'ancienne doctrine). Ils nous firent entrer dans leur jardin qui renferme des serres et une orangerie, et où nous vimes des ananas d'une grosseur extraordinaire. Dans l'orangerie, qui présente l'aspect d'un beau jardin d'hiver arrangé avec beaucoup de goût, on voit des arbres qui ont coûté 2000 roubles.

Chez Gulschkow, on fait aller les machines par la force de l'eau, tandis que dans l'établissement de Vinke, où l'on emploie des cylindres pour l'impression des étoffes, on les fait tourner par la force des chevaux. Le chef de rétablissement nous dit que cette dernière méthode était préférable, à cause de la cherté des machines à vapeur.

Cependant celles-ci sont employées dans le grand établissement d'impression et de teinturerie d'indiennes qui se trouve à Sarewa, où l'on s'en sert pour laver, teindre et imprimer les étoffes. A peu près 800 à 900 hommes y trouvent de l'occupation, et Ton y teint et imprime pour environ 2 millions de roubles d'indiennes. Il est situé dans une vallée, au milieu d'une forêt, à 50 verstes, ou à peu près, de Moscou, sur le bord d'une petite rivière, dont les eaux, arrêtées dans cet endroit par une écluse, forment un étang. — 11 est étonnant de voir à combien d'opérations diverses les minces et faibles étoffes sont soumises, avant qu'elles prennent la couleur et l'apprêt qu'on veut leur donner, et on ne conçoit pas, comment on puisse les tirer par dessus un fourneau embrasé , sans qu'elles soient à l'instant même détruites par la chaleur.

Selon l'expression de Kohi, elles doivent passer littéralement par le fen et par l'eau. — On fait dans la fabrique même les instruments et les machines dont on s'y sert, par exemple les cylindres, les molettes etc., et on prend des copies- des dessins et peintures qu'on fait venir des pays étrangers, à l'usage de la fabrique. Lors de ma dernière visite que je rendis a cette fabrique (vers la fin de l'année 1843), j'y remarquai quelques nouveaux arrangement* qui, a ce qu'on m'assura, ne se trouvaient encore dans aucun autre endroit du continent.

Non loin de Sarewa, dans un village nommé Wosnesentk, il 7 a une des pins grandes filatures de coton, appartenante a Mr. Lepeschkin et dirigée par un Anglais. Cette fabrique, dans laquelle on emploie à la fois la force de la vapeur et la force de l'eau, occupe au moins 700 ouvriers; on dît qu'elle contient dans ce moment 12,000 fuseaux, mais on se proposait d'augmenter ce nombre de 10,000 nouveaux. On y profitait déjà de plusieurs inventions faites, peu de temps auparavant, on Angleterre, par exemple, de celle du stopping-motion, mécanisme fort ingénieux, par lequel la machine est arrêtée toutes les fois qu'un fil se casse. Le surveillant de l'établissement me montra un échantillon de fil de coton du numéro 60, qui était le plus fin qu'on y eût jamais fabriqué, mais il avait été fait uniquement pour figurer à l'exposition de Moscou, parce que des numéros aussi fins ne se rencontrent jamais dans le commerce: le numéro 48 est celui qui trouve le plus grand débit*).

J'ai encore vu, avec nn grand intérêt, une fabrique dans laquelle on confectionnait des tulles ou bobinets à l'aide de machines, et qui venait d'être fondée à Moscou

') Je n'ai jimais tu , en Russie , de Glaturo de 11! de lin où l'on employait des machines , et on prélcnd que la manufacture impériale d'Aleiandrow , près de Si. Peteralieura; , est la seule de ce genre qui eiisle dam l'empire Rua». Mats a Welikoe- Selo, bourg dîna le* environs de Jaroslaw, je via une «allé où 30 i 40 jeunes Gllea filèrent i leurs rouels.

Volume II. .'il

par Mr. N. de Lubeck. Ces machines avaient été achetées à Nottingham par an comte russe, moyennant la somme de 159,000 roubles. Malgré la défense sévère qui s'oppose en Angleterre à l'exportation des machines, ce monsieur avait trouvé moyen de transporter la sienne en Russie. Le prix de la machine , les frais du transport et les dépenses qu'il fallut faire pour la monter à Moscou, formaient une somme ee 240,000 roubles. Après la mort du comte, $e§ héritiers eurent un procès par suite duquel l'autorité fit mettre les scellés à l'établissement. An bout de six ans, on leva les scellés, et le propriétaire actuel acheta les machines, pour lesquelles il paya seulement la somme de 30,000 roubles, dans laquelle étaient compris les frais qu'il eut pour les remettre en marche. Cependant, l'existence d'une telle fabrique est toujours fort précaire en Russie, parce que la facilité avec laquelle le commerce de contrebande se fait dans ce pays, rend illusoire }a protection que le gouvernement leur accorde par le jtarif des douanes.

Pour ce qui est de la fabrication des métaux, j'ai vu à Moscou deux fabriques de ce genre. L'une d'entre elles est remarquable par la grande valeur des étoffes qu'on y rencontrait et la richesse du propriétaire. C'est la fabrique de fil d'argent de Mr. Alexeiew, duquel on dit qu'il a déposé 40 millions de roubles dans la banque. — On peut s'y former une idée de la ductilité de l'argent, quand on voit comment des barres de la grosseur d'un bras sont changées, par des opérations diverses, en fils très-minces. La deuxième fabrique est celle de Mess. Krummbttgel et Schtinfeldt. Nous en avons déjà parlé plus haut; elle produit surtout dos lampes d'une nouvelle invention, des décorations de chambres, des cadres de bronze de Birmingham pour enchâsser des miroirs et des tableaux etc. On y donne au bronze un éclat semblable à celui de l'or. L'un des deux chefs est presque toujours en voyage, pour prendre connaissance des nouvelles inventions qui se font k l'étranger, et faire collection de nouveaux modèles. On vise surtout, dans la fabrication de ces objets, au bon

marché. C'est liait que beaucoup d'objets, par exemple des écritoirea, qn'on faisait autrefois de laiton, se font ■njourd'liai d'élain, et pour leur donner plus d'élégance, on les courre d'un vernis. Tontes les branches de la fabrication des métaux y sont en quelque sorte réunie» sur un aenl point On y voit des ferblantiers, des potiers d'étaïn , des peintres et beaucoup d'autres artisans. On hit tourner lu roues de la machine par des aveugles, maïs déjà une petite machine à vapeur, de la force de trois chevaux, avait été montée, et était prèle à enlever k ces malheureux leur pain quotidien.

Hais ce qu'il y a de plus curieux à observer dans les fabriques russes, ce sont les ouvriers mêmes, qui offrent, à beaucoup d'égards, une imago bien différente de celle que présentent les ouvriers dans les fabriques des pays occidentaux de l'Europe. Comme ces ouvriers sont presque Ions nés à la campagne, et qu'ils s'occupent toujours beaucoup des travaux champêtres, ils ne donnent qu'une partie de leurs temps aux travaux industriels. C'est ce qui explique, comment ils ont pu conserver, sans la moindre altération, le caractère des paysans russes, on pour mieux dire du peuple russe, dont les classes inférieures dans les villes ne forment qu'une fraction très-minime, qui diffère très-peu des gens de la campagne. Lenr position est infiniment préférable à celle des ouvriers dans les antres pays; aussi jouissent-ils d'une meilleure santé que ceux-ci. Ils ne courent aucun danger de tomber dans la misère; il en résulte, que n'étant pas forcés, par le besoin, d'accepter comme prix de lenr travail ce que le chef de l'établissement vent bien leur donner, leurs appointements ne peuvent jamais baisser trop. Et puis, le nombre des individus qui cherchent de l'ouvrage, n'est jamais très-considérable.

11 résulte de tout cela que les ouvriers sont, en général, assez bien payés, surtout ceux qui travaillent dans les ateliers dos tisserands et dans les fabriques d'étoffes de laine on de soie, où les appointements des ouvriers sont même assez hauts, pour leur permettre de faire dos i*cn- 31*

nomies*). Les chefs de fabriques sont obligés d'accorder à leurs ouvriers, deux fois par an , un congé de plusieurs semaines dont ceux-ci profitent pour visiter leurs familles. C'est ce qui a lieu pendant le temps du moisson et à Pâques. Il y a des ouvriers qui renoncent aux vacances d'été, mais leur nombre n'est pas très-grand. Ce que nous venons de dire, suffit pour expliquer la bonne mine et la grande gaieté qu'on voit toujours aux ouvriers. C'est un fait qui m'a frappé dans tous les établissements où j'ai été et que d'autres voyageurs ont déjà constaté dans les récits qu'ils ont publiés. Il est vrai pourtant que des exceptions se présentent de temps en temps. Ce qui contribue beaucoup à conserver la santé des ouvriers, c'est qu'un air pur est constamment entretenu dans les ateliers. Le gouvernement veille avec soin, par des règlements de police, à ce que la disposition intérieure des fabriques soit toujours telle qu'elle ne puisse, en aucune manière, faire tort à la santé de ceux qui y travaillent**). Chaque propriétaire d'une fabrique est obligé d'entretenir une infirmerie à l'usage des ouvriers qui tombent malades. Un médecin doit également être attaché à la fabrique. Le gouvernement étend même sa sollicitude sur l'éducation des enfants qu'on y emploie, en imposant à leurs maîtres l'obligation de veiller à ce qu'ils aillent à l'école. Il y a des fabriques qui ont des écoles à elles, comme celle de Mr. Gutschkow, où l'on enseigne aux enfants à lire, à écrire et à compter. La fabrique de Prochorow renferme une institution de ce genre qui fut fondée, il y a environ 20 ans, et qui se dislingue parmi les autres écoles de ce genre, en ce que l'enseignement y est plus complet et plus profond. Les apprentis qui se trouvent dans cette fabrique, sont des fils de bourgeois de Moscou; ils sont entretenus par les chefs

") Nous communiquerons plus tard quelques détails sur le Urif des appointements des ouvriers.

") Il n'y a pat long-temps, que des journaux publièrent la nouvelle, qu'une ordonnance du gouvernement a défendu aux chefs de fabriques de payer leurs ouvriers en marchandises.

et leurs travaux sont mis en compte, de sorte qu'en sortant de l'établissement, après sept ans d'apprentissage, ils se voient en possession d'un petit capital. Ils ont alors à peu près dix-sept ans. On leur donne tous les jours quelques leçons; mais les dimanches, on leur en donne pins qu'à l'ordinaire. On leur enseigne, outre la religion, à écrire, k dessiner, à peindre et à chanter. Le maître qui est chargé de l'enseignement religieux, cl qui est nécessairement chrétien, est eu même temps l'inspecteur de l'école*).

*) Je parlerai encore ailleara roc plus de datait île la position des chefs de fabriques en Russie. Ici, je oie bornerai à observer que tout ce que Slorch (Tableau de Sl Pélerebourg, Riga 1794, partie t., page 153 et partie II., page 375) noua dit sur la situation dei ouvriers en Russie , de même co que Kohi (dans ■on ouvrage sur St. Pélersbourg, partie II, volume 16) nous raconte, est tout-à-faît conforme a ce que j'ai tu et apprit moi— même a Moscou. Le premier de* deux auteurs fait l'observation, que le moindre journalier de St. Pélersbourg gagne à peu près trois fois la somme qu'il dépense , pour se nourrir petitement, de même que ses babils seul toujours en bon état. Voici un passage que nous empruntons à l'ouvrage de Kohi, et dans lequel l'auteur parle de rétablissement de lilature de colon de Mr. Sticglilz: „Je fus frappé de 1s mine saine e' fraîche des ouvriers, qui forme! un contraste si pénible avec ces être* maladifs, souffreteux et démoralisés qu'on voit dans les provinces de la Belgique , de la France et de l'Allemagne où il j a des manufactures (lorsque Kohi écrivit ceci, il n'avait pas encore été en Angleterre). 11 y a dans le caractère des Russes laat de mobilité, qu'ils ne restent jamais anses longtemps dans une même situation, pour qu'elle puisse exercer sur eux une influence nuisible. A cela il faut ajouter encore, que la tyrannie des chefs de fabriques est loin d'être aussi développée en Russie qu'ailleurs." — En parlant des chansons qu'on entend dans les fabriques, KobI dit: „Je oc pense paa que chex tout autre peuple, moins doué du sentiment de la poésie cl du don du chant, on puisse trouver des exemples, que le mouvement prosaïque des luachines industrielles soit animé par le charme de sona harmonieux." — Nous vîmes un exemple fort intéressant do cet amour des ouvriers russen pour le chant à St. Pélenbourg dans la fabrique do tabac de

Pour ouvrir une voie d'écoulement aux productions mercantiles, on a fondé à Moscou, en 1843, un magasin de marchandises provenantes des manufactures russes, qui doit son existence à Mr. le conseiller intime A. deMeyendorf, président du conseil des manufactures, qui a son siège à Moscou. Cet édifice est situé Pont des forgerons (qni est une rue fréquentée de préférence par le monde élégant). C'est là qu'on trouve la plus grande variété d'objets d'industrie russe, à l'exclusion de tout ce qui vienl de l'étranger. On y voit entre autres des étoffes de laine, de coton et de soie, par exemple du drap large de deux arschines, à 3 roubles arg. l'aune, des objets de métal, des marchandises de porcelaine et de verre, des chandelles de stéarin, du papier, des tabatières etc. Les prix sont fixes. On vend les différents objets depuis 5 à 10 pour cent au-dessus du prix auquel on les vend en masse dans les fabriques. Chaque marchand répond de la qualité de sa marchandise. D'après les renseignements que Mr. de Meyendorf me donna vers la fin de l'année 1843 , on y vendait chaque jour pour environ 1200 écus de marchandises. Au mois de Mars de la même année, époque de l'ouverture du magasin, 12 fabricants seulement y avaient envoyé leurs étoffes; au mois de Décembre, leur nombre s'élevait déjà à 98. — Le principal but qu'on s'est proposé, en fondant ce magasin, est celui de donner aux fabricants, qui n'ont

Mr. Shukow. Cet industriel a formé de tous tes ourriers un corps de chanteurs, qui exécutent • la fois des hymnes religieux et des chansons populaires, en faisant accompagner leurs' voix par une espèce de chalumeau. J'y admirai surtout un petit homme sexagénaire qui dirigea en quelque sorte le choeur et qui accompagna certains passages des chansons de mouvements de danse. En le voyant ainsi, au pas de danse, avancer et reculer ou tourner en cercle, et a l'occasion de certains passages vifs, se montrer comme en extase et jeter des cris d'allégresse, je pensai involontairement aux conducteurs des choeurs grecs (XootjyÔç), aux danses qui eurent lieu dans les fêtes qu'on célébrait en l'honneur de Bacchus, aux cris de Jo et Evohé etc.

pu de fortune, l'occasion de vendre leurs productions. Mais je ne souviens d'avoir entendu un fabricant se plaindre de ce que ce but n'était atteint qu'imparfaitement, parce «pie les grands fabricants ne renvoyaient jamais au magasin les pratiques avec lesquels ils faisaient des affaires en gros. Il exprima en même temps l'opinion qu'il vaudrait mieux établir encore un second magasin destina uniquement à la vente en gros des productions des petits fabricants. Reste à savoir, si par la réalisation de ce projet, on détruirait réellement l'ascendant des grands fabricants sur les petits; et où l'on tracerait la ligne de séparation entre les denx? — J'entendis aussi qu'on blâma le grand lue qui régnait dans l'intérieur du bâtiment qui, disait-on, écartait les acheteurs par la crainte d'y rencontrer des prix trop élevés. Du reste, on ne pourra jamais compter sur les gens du peuple qui iront toujours , comme par le passé, faire provision sur le Bazar, où ils ont l'avantage de ponvoir choisir et marchander à leur aise, selon la coutume des Russes.

Nous n'entrerons ici dans aucun détail snr le compte de ce Bazar, qui, suivant l'assertion de Laveau *), renferme dans ses galeries couvertes, 5228 boutiques ; c'est un sujet que d'autres voyageurs ont déjà traité. Toutes les grandes villes de la Russie ont leur Bazar. La description que Kohi nous donne de celui de St. Pélersbouig**), s'applique également a celui de Moscou. On peut y admirer lu talent que les marchands russes possèdent assez généralement pour le petit commerce. Mais le Bazar de Moscou a des avantages qni manquent à celui de St. Pélersbourg. II est situé dans un endroit élevé, qu'on apclle lu Place Rouge ou la Belle Place (Krasnaja Ploschtschad; d'où l'on a la vne sur une partie de la ville, vis-à-vis du mur d'est du Kreml et de la Porte du Sauveur , en face du l'Eglise de la Sainte-Vierge. Il est riche en souvenirs historiques pleins d'un graud intérêt pour le Russe, qui y

') Laveau description de Moscou, Moscou 1835. ") Kohi, Tableau et esquisses deSl. l'olcrsbourg, vol. I. pag. 10c*.

est fappé toul d'abord par un monument colossal en bronze élevé au milieu de la place, qui représente les deux héros nationaux, Minin et Poscharski, au moment où le premier, célèbre bourgeois de Nijni-Novgorod, saisissant de la main gauche l'épée du second, qui vient d'être blessé en combattant pour la patrie, et lui montrant de la main gauche le Kreml occupé par les Polonais et la ville ravagée par le feu, l'appelle à un nouveau combat — Sur un des bas-reliefs du piédestal, on voit représentés les sacrifices apportés par l'amour de la patrie: les riches apportent leur argent, les pères amènent leurs fils, les femmes donnent leurs bijoux. — En considérant ce monument, on contemple, sous une forme sensible, la vieille haine nationale entre les Russes et les Polonais, renouvelée sans cesse par des guerres qui se sont prololongées à travers des siècles, en même temps qu'on voit la cause de cette haine, qui n'est autre que l'amour ardent du peuple russe pour sa patrie réuni à son attachement pour la religion nationale. Un auteur moderne, en contradiction flagrante avec tous les témoignages fournis par l'histoire, surtout par celle de Tannée 1812, conteste aux Russes tout amour pour leur patrie, pareeque, dit il, les Russes sont des esclaves.

Mais, parmi toutes les choses remarquables que nous avons examinées à Moscou, il n'y a rien qui ait autant occupé notre attention que les établissements d'instruction publique et les maisons d'éducation. Les académies et écoles destinées à l'enseignement supérieur, sont assez connues , et il suffira de les indiquer en passant. C'est, avant tout, l'Université Impériale avec les institutions qui s'y rattachent, c'est-à-dire : les collections qu'elle possède, qui sont le Musée d'histoire naturelle, le célèbre Cabinet anatomique de Loder avec son laboratoire chimique, et enfin la Bibliothèque , qui renferme , à ce qu'on prétend, 70,000 volumes*); puis les collèges où les jeunes gens se

') Schnilzler, en 1830 , tixe le nombre «les volumes seulement à

préparent ans études universitaires, et ensuite les différente* sociétés savantes, parmi lesquelles la Société Impériale d'histoire naturelle, fondée par Mr. le conseiller d'état Fischer de Waldheim, s'est distinguée par une série d'ouvrages publiés en russe et en français. Je dois remarquer pourtant qne même à Moscou , qui est le centre de la vie sociale des Russes et de leur littérature, la science allemande est en grande estime parmi les savants. Tons les professeurs dont j'eus l'occasion de faire la connaissance, et parmi lesquels il y en avait qui étaient d'origine, russe (entre autres un célèbre historien fort connu, dont le père, à ce qu'on prétend, a appartenu à la classe des serfs), possèdent la langue allemande. Les savants lisent tout ce qui & été publié en allemand sur la science qu'ils cultivent, et souvent ils expliquent dans leurs cours les écrits d'auteurs allemands, p. ex. ceux de Savigny, de Ueeren, de Halchns etc., qu'ils font traduire par leurs auditeurs *]. Il ne faut pas s'étonner de cet usage , puisque le gouvernement a l'habitude d'envoyer, pour quelque temps, à l'étranger, surtout en Allemagne , les jeunes gens destinés à exercer quelque professorat, afin d'y faire des études et du se former dans des voyages. Ce sont, pour la plupart, des étudiants de la couronne, c'est-à-dire, des jeunes gens qui ont fait leurs études daus l'Institut pédagogique de St. Pétersbourg aux frais du gouvernement, et qui, en revanche, sont obligés de servir la couronne pendant six ans. C'est une chose assez connue qne des auteurs Allemands ont adressé, dans ce dernier temps, au gouvernement russe lu reproche de vouloir opprimer l'élément allemand par l'élément russe, tandis qu'an ltus.se, dans un livre qu'il vient

«0,474, omis en 1631, il indique déjà le nombre 23,777. On prétend que I» bibliothèque dn sjnode renferme du livrei irèi-précieui , mais la perauifion d'y entrer eat difficile a

*) Le professeur, dan* ce est, diilribue l'nuiragc entre m-» auditeun, de manière qne chacun d'entre cm n'ait que quelque» feuilles S Induire.

d'écrire, se plaint de ce que le gouvernement permette aux Allemands de régner en Russie. Pour ce qui est de cette dernière assertion , je pense , qu'on doit reconnaître, jusqu'à un certain point, l'existence du fait, sans admettre la validité du reproche. La supériorité intellectuelle de l'élément allemand fait valoir ici ses droits, avec une certaine nécessité, et en quelque sorte spontanément, et elle n'est nullement contraire au développement naturel régulier de l'élément national. C'est ce qui est facile à comprendre, quand on fait attention seulement au caractère de l'élément allemand, qui est éminemment cosmopolite. Ceci est une vérité reconnue même par les Russes les plus enthousiasmés pour le développement national et historique de leur peuple, et qu'on a l'habitude d'appeler, pour cette raison, des Slawomanes, parmi lesquels j'ai connu, à Moscou, plusieurs qui étaient des hommes à la fois fort intéressants et fort estimables. Tous étaient versés dans la littérature allemande*). — A peu de distance du magnifique bâtiment de l'Université, on remarque un édifice élevé avec goût dans le style italien. C'est le pensionnat des jeunes gens de la noblesse, qui s'y préparent aux études universitaires. Une personne de ma connaissance à Moscou me dit que le système des pensionnats était une nécessité, parce que les jeunes gens, à

*) L'influence de la philosophie allemande s'étend même aux écoles ecclésiastiques. — Un professeur très-célèbre de l'Académie du courent de Troizk, Mr. Golobinski, traite, rommo on m'a dit, dans ses cours de la philosophie de Hegel. J'y fis la connaissance d'un de ses anciens élèves, Mr. Puljatin, professeur de l'éloquence ecclésiastique au séminaire de Troizk. Cet homme aimable, avec lequel je m'entretenais en latin , dit d'un air modeste: nosco Hegelium et Schclliogium, sed maie. Il dit encore que les Allemands étaient la nation sarante. — Il me montra les traduction latines de ses élèves. Un de mes amis de Troizk, Mr. le pasteur S., était occupé a traduire, pour le Métropolitain de Moscou, un traité de Schelling en langue russe. On voit par là que le clergé russe n'est nullement si ignorant qu'on le pense a l'étranger.

cause du peu de loin qu'on en prenait dam les familles, •'ils étaient abandonnés à eux-mêmes, seraient moralement perdus. Le directeur de cet institut, Mr. Tschewiloew, qui s'est lait an si grand mérite par ses efforts pour l'améliora lion de cet institut, et qui est en même temps professeur d'économie politique à l'université, me dit, qu'on avait formé le projet de garder dans le pensionnat les gens, quand ils passent à l'université, mais que te manque d'espace dans le bâtiment avait empêché, jusqu'ici, l'exécution de ce projet. — Les jugements que ce même homme porta sur plusieurs savants allemands qui se sont distingués par leurs travaux dans la science qu'il cultivait et dans celle dont je fais profession , me prouvèrent qu'il possédait parfaitement l'une et l'autre , bien que je ne pusse souscrire, sans restriction, à toutes ses idées sur la liberté industrielle qu'il avait empruntées, à ce qu'il me parut , à l'école d'Adam Smith.

L'Académie de commerce mérite que nous nous y arrêtions un moment. Elle est dirigée par Mr. le Conseiller d'Etat de Schroeder, auquel je dois les détails que je vais indiquer ici. Fondée en 1604, elle fut, dès le commencement, menacée dans son existence, et elle s'est soutenue, depuis ce temps-là , au milieu de circonstances très-défavorables, par le secours que lui ont apporté des marchands de Moscou, joint à celui que lui accorde le gouvernement. Cependant, les fonds dont l'académie dispose, sont loin de suffire à toutes ses dépenses, surtout depuis qu'un collège d'industrie et une institution privée lu! font concurrence. Une société de négociants s'est réunie pour lui accorder une subvention annuelle. Plusieurs des membres de cette société en forment le conseil d'administration , a la tète duquel se trouve placé nn Curateur, qui est à la nomination de l'Empereur. Ce poste est occupé dans ce moment par le Prince Golizon , ancien gouverneur-général de Moscou. Plusieurs célèbres savanls allemands, entre autres Schloezer et Strahl, ont professé dans cette académie; le dernier a été plus tard professeur à Bonn, La plupart des élèves paient une certaine somme

pour leur entretien et l'instruction qu'ils y reçoivent; quelques-uns seulement sont entretenus aux frais de l'établissement — Les élèves sont distribués dans quatre classes; dans les deux classes supérieures, il y a surtout des élèves de 15 à 20 ans et au-delà. — Les objets qu'on y traite, sont fort nombreux et ne comprennent pas seulement les sciences commerciales, la tenue des livres, la technologie etc., mais on y enseigne encore la chimie et la mécanique, la statistique du commerce russe, de même que les langues allemande, française et russe; le grec moderne y est enseigné au profit des jeunes Grecs qui s'y trouvent Chaque année, un examen public a lieu, à l'occasion duquel plusieurs élèves prononcent des discours dans différentes langues, dont plusieurs ont été imprimés plus tard, par exemple, des discours sur l'influence de la chimie sur les arts , le commerce et les manufactures et sur l'histoire et l'importance des rapports commerciaux de la Russie avec l'étranger. Ces discours rendent un témoignage éclatant do la bonne éducation scientifique que les élèves reçoivent dans l'institution. — On a déjà exprimé l'opinion, que l'académie jouirait d'une plus grande prospérité, si le gouvernement voulait se charger entièrement de son entretien. Jusqu'ici, il ne lui a encore accordé que quelques subventions en argent, en conférant en même temps aux directeurs , aux maîtres et aux élèves des privilèges honoraires. Ce que je viens de dire , semble confirmer l'opinion de ceux qui disent que tout ce qu'il y a , en Russie , de grand et de durable, a pris son point de départ dans le gouvernement 11 va sans dire, qu'il faut admettre des exceptions. On se plaint aussi de ce que la plupart des jeunes gens, au lieu de pousser leurs études aussi loin que possible, se contentent de l'instruction qu'ils reçoivent dans les classes inférieures, où ils ne se livrent avec zèle qu'à la tenue des livres. C'est un reproche qu'on peut adresser aux Russes en général, qui n'aiment pas à s'élever au-dessus d'un certain degré de perfectionnement dans les arts et les sciences. Pourtant il faut avouer que ceci ne doit pas

«'entendre d'une manière trop absolue; car il est vrai que des exceptions existent. Et pais, il faut songer, que parmi la grande masse dn peuple russe, les arts et les sciences sont encore une nouveauté, qui manque de toote base traditionnelle.

Parmi les institutions inférieures d'enseignement public, j'ai visité une école bourgeoise qui a été fondée par des bourgeois de Moscou, et dans laquelle, si je ne me trompe, 270 enfants reçoivent une instruction gratuite; on y prend soin encore de tous leurs autres besoins. L'éducation qu'on leur donne, a pour but d'en faire des marchands et des teneurs de livres. Nons eûmes , dans celte école, l'occasion de répéter une observation que nons avions déjà faite dans d'autres établissements de ce genre: c'est qu'en Russie, on attache une trop grande importance à l'apparence extérieure, pour laquelle on dépense inutilement des gommes qui seraient mieux employées d'une autre manière. Cette école se trouve dans une maison qni a presque l'air d'un palais, et qni renferme une église, dont la construction a absorbé la somme de 250,000 roubles. D'un autre coté, on ne saurait trop louer la grande propreté qui est entretenue dans les vastes chambres , ainsi que l'air salnbre qu'on y respire partont.

Il y a encore à Moscou plusieurs autres écoles, qui ont une destination spéciale et dont les noms méritent de trouver place ici. Outre l'Ecole du corps des cadets et l'établissement qui sert d'asyle aux jeunes orphelins et orphelines des militaires, dont nous n'avons vn ni l'un ni l'autre, nous citerons l'Ecole de dessin, fondée par le comte Stroganow et dirigée, dans ce moment, par le gouvernement Elle est fréquentée par de jeunes enfants de l'un et de l'autre sexe. On leur fait dessiner des fleurs et des paysages, de même que le corps humain. Les élèves se serrent de crayons, d'encre de Chine et de craie; ils font même des dessins à l'huile, et imitent en terre molle ou en plâtre des modèles en plâtre , des os d'animaux et des modèles vivants. Noos y vîmes, entre autres, des objets peints avec beaucoup d'art qui servaient de modèles

à la fabrication de ces sortes de choses; c'étaient des ornements» des arabesques, des figures d'animaux et différentes parties du corps humain exécutées en plâtre et en terre. On nous dit qu'il j avait à Moscou 1510 élèves de dessin (les établissements du gouvernement en comptent à eux seuls 600), et que ce nombre ne suffisait pas encore à tous les besoins.

Nous dirons encore un mot sur un établissement fort remarquable: c'est une école arménienne fondée par les frères Lasarew, dont elle porte le nom , où l'on enseigne les langues arménienne, turque et perse. Laveau remarque dans le livre que nous avons déjà cité , qu'une colonie arménienne existe, depuis trois siècles, à Moscou: je suis absolument sans détails sur cette colonie; tout ce que je sais, c'est qu'il y a à Moscou une rue et uue église arméniennes.

Les établissements d'éducation et d'instruction fondés par le gouvernement et placés sous sa direction immédiate, qui ont en même temps le caractère d'établissements de bienfaisance, ont attiré, au plus haut degré, mon attention. En général, Moscou ne peut être comparé à Rome sous le rapport des maisons de charité, qui sont une preuve irréfragable de l'esprit d'humanité qui anime le gouvernement, et des riches particuliers qui font un si noble usage de leur fortune. En première ligne se présente la Maison Impériale d'Education, qui a été fondée par Catherine 11, et dont la célébrité est universelle; nous l'avons déjà décrite plus haut. Le peuple l'appelle la Maison des enfants trouvés, dénomination qui ne lui convient que jusqu'à un certain point, parce qu'elle est destinée également à l'éducation des orphelins et orphelines des officiers de l'armée. Elle se compose d'un certain nombre de bâtiments qui renferment 5 cours, et qui forment un ensemble imposant. Elle est située à l'endroit où la petite rivière de Jause tombe dans la Moskwa, dans le voisinge du Kreml, du haut de la terrasse duquel on la voit s'élever au-dessus de la masse de maisons dont elle est entourée. On me

dit, qae le nombre du personnel qni l'habitent, s'élève à 7000, et on fit monter à 26,000 le nombre des enfants trouvés qui sont nourris à la campagne. 7000 se joignent tous les ans à ces derniers *). En fixant d'abord notre attention sur le bâtiment, nous admirâmes les hautes et solides voûtes, le magnifique toit, et par-dessus tout, les grands réservoirs d'eau qui se trouvent dans l'étage supérieur immédiatement au-dessous du toit. Ils sont alimentés par une machine à vapeur, et offrent une bonne garantie contre l'încendie en même temps qu'ils distribuent dans tout le bâtiment l'eau nécessaire à l'usage ordinaire. En tournant un robinet, on se procure de l'eau dans toutes les parties du bâtiment. Noas vîmes encore les dortoirs et les réfectoires qui sont grands et très-propres; puis les salles qui servent de classes aux garçons et ans jeunes filles. Il va sans dire, que les deux sexes sont séparés l'un de l'autre.

On nous dit, que le nombre des jeunes filles qui y sont élevées, était entre 350 et 400, et celui des garçons, si je ne me trompe, de 700**). Il est presque inutile d'ajouter, que le bAtiment renferme une très-belle église; l'intérieur de cette église est disposé de manière que les jeunes filles s'y trouvent soustraites aux regards des garçons. L'église est desservie par deux ecclésiastiques grecs, qui sont chargés en même temps de prêcher. Il est bien naturel encore, qu'une infirmerie y soit entretenue pour les malades. On nous montra, en outre, le local où la

') Schniuler (Tableau etc., page 63) dit, que le nombre do foule» la* personne» qui dépendaient de l'établissement, en 1831, s'élevait à 22,557 , lundi» qu'eu 1824, il n'y en avait eu que 12.075. H cal donc probable, que déji à celle époque l'augmentation du nombre dea ontauts trouve» ail eu lieu graduellement d'année en année. Lavcan, toc. cit., indique en 1835, qae le nombre de» enfant» qui iraient été repu» pendant une année (enfants trouvés et orpheline), iTiit été de 7000. **) Laveau dit, qu'en 1835, il n'y atait encore que 478 garçons, mais que le nombre des jeunes filles était de 565.

réception des enfants a lieu, de même que la salle qui sert de lavoir, et celle où se font les baptêmes. Nous n'y vîmes pas ce que les Français appellent un tour (c'est une machine destinée à recevoir l'enfant, en dehors de l'édifice, et qui, en tournant, le fait entrer dans une chambre du bâtiment) ; la personne qui apporte un enfant, n'a qu'à tirer une sonnette qui est à côté, puis on lui demande si l'enfant a déjà reçu le baptême, et si elle donne une réponse affirmative, on lui demande le nom de l'enfant. Ce nom est inscrit avec un numéro sur un livre, la personne qui a apporté l'enfant, reçoit une carte, sur laquelle le même numéro se trouve marqué, afin qu'elle puisse un jour prendre des informations sur l'enfant. On n'a pas encore jugé à propos, de faire subir un interrogatoire formel aux personnes qui apportent des enfants, comme cela a eu lieu, il y a quelques années, à Paris, à cause des nombreux abus qu'on avait faits de cette institution. Mais toutes les fois qu'une personne redemande un enfant, on prend sur elle des informations fort exactes. Dans de certaines circonstances, on rend les enfants réclamés, mais jamais à un Roskolnik, c'est-à-dire à un individu qui n'appartient pas à l'église orthodoxe. On se méfie beaucoup des Roskolniks, parce qu'ils ont la fureur du prosélytisme. Les enfants sont allaités par des nourrices, dont il se présente toujours un plus grand nombre qu'il n'en faut, et ils ne restent jamais long-temps dans la maison; sitôt que leurs premiers besoins ont été satisfaits, on les envoie à la campagne, où ils sont élevés par des paysans; ceux qui plus tard se marient, deviennent des colons sur les domaines de la couronne. Ce procédé me parait très-louable au milieu des circonstances telles qu'elles existent actuellement en Russie. Nous traversâmes

les salles où étaient les nourrices avec leurs jeunes nourrissons ; toutes ces femmes étaient coiffées du Kokoschnik, qu'un auteur compare à la couronne de Cybèle, qui, comme on sait, a la forme d'une tour*). La couleur du

*) Celte ressemblance ne m'a frappé que dans le portrait d'une

Kokoscbnik varie selon les différentes salles, mais de manière que deux a deux salles aient toujours une mémo couleur, par exemple le rouge, le bien etc.; c'est donc une espèce d'uniforme. Cette coiffure, au reste, ne doit pas èlre très-commode; c'est pourquoi le directeur de l'établissement leur permet de l'Ater dans l'après-midi. Une ulle particulière est destinée à examiner l'état sanitaire des nourrices. Ce sont toutes des femmes de paysans; ■sis on ne les prend qne dans un certain nombre de villages pour les surveiller plus facilement, et pour empêcher que la mère d'un enfant ne se présente pour être sa nourrice. Pour ce qui est de la mortalité (on sait, que sous ce rapport, les maisons des enfants trouvés ont, en général, une très-mauvaise réputation), on m'indiqua, si j'ai bien compris ce qu'on me disait , que sur 30,000 enfants , 4000 a peu près sont morts. S'il en est ainsi, c'est on fait très-rassurant *) , même si l'on a compris

dame, dont le Kokoachnik «Tait été, peul-éire, un peu idéalisé. Tons les autres Kofaoschnika que j'ai tus, reaaemblaienl ■ucz à relie coiffure en forme de diadème, arec laquelle on a représenté asaez souvent le» femmes de l'antique Grèce. *} Siorch, Tableau de l'Empire russe etc. partie I page 40 , dit : „Le« découvertes, qui oui été I* cause de, la fondation de la maison des enfanta IrouTés, a Moscou, sont une preuTc certaine, qne aana cet aavle, pas la centième partie des enfant* qui j ont été coniervéa, ne serait reslo en tic." Mais Mohl, daas son ouvrage sur la police (Tubingen 1833, partie I, page 388) , prétend , que la mortalité, parmi les enfants trouvés, quoiqu'elle ail diminué considérablement dans les derniers temps, est encore an double de ce qu'elle est dans d'autres circonstances. Il résulte d'un rapport du consul-général du département de la. Seine, a Paris, que l'habitude qu'on y suivait d'envoyer les enfants à la campagne, a été reconnue minime) mauvaise , pareeque les trois quarts de ces enfanta étaient morts , tandis que de ceux qui étaient restes dans l'aajle, un tiers seulement avait été enlevé par la mort, (Journal des Débat* 1838, Octobre 25 et 26). Bergius, su contraire, cite un eiemple d'une maison d'enfants trouvés en An- Volume II. 32

dans ce nombre les enfants qui bien que n'étant pas des enfants trouvés, étaient entretenus par l'établissement*). Dans cette maison, il y a aussi, comme on lit dans le livre de La veau, un établissement d'accouchement pour 7 femmes et un autre, fondé par Mr. Demidow, pour 44 mères présumées avoir été les victimes de la séduction.

Pour ce qui est des orphelins et orphelines qui reçoivent leur éducation dans la maison, la plupart des garçons sont élevés pour être des maîtres d'école , ou pour faire des études universitaires ; ceux qui possèdent moins de talents, se vouent à l'instruction primaire; les jeunes filles se préparent, pour être un jour gouvernantes. Elles apprennent l'allemand , le français , le dessin , la danse, l'histoire, la géométrie et la musique, en même temps qu'elles s'exercent à coudre, à tricoter, à broder etc. Quand elles ont atteint leur dix-huitième année, elles quittent l'établissement pour être employées d'abord comme sous - maltresses , et plus tard comme institutrices. La direction de rétablissements se charge de leur procurer des places, et les garde encore pendant six ans sous sa surveillance; si pendant ce temps, elles trouvent une occasion de se marier, la direction prend des informations sur l'épouseur. C'est une mesure fort louable, selon moi, qu'on ne les envoie jamais dans une des capitales (Moscou ou St. Pétersbourg) , mais de les placer toujours dans

glclerrc, où l'on n'allaitait pas les enfants, mais Ton leur mettait la nourriture dans la bouche, à l'aide d'une cuillère : parmi 56 enfants, il y mourut 25, tandis que parmi 80 enfants qui avaient été envoyés à la campagne, il n'en mourut que 29. Dans l'hospice de Londres, on avait eu, pendant quelque temps, la coutume d'accorder une gratification à toute nourrice dont l'enfant était encore en vie au bout d'une année. *) Laveau dit, qu'en 1835, il y avait dans la maison 626 enfanU qui étaient encore à la mamelle, et en outre 48 enfanta également en bas âge. Un nombre considérable d'autres enfanta, dont l'établissement prend soin , ont été mis dans différents autres établissements, qui sont en partie indépendants de celui dont noua parlons ici.

aaelqoe ville de province on a la campagne. Dana le réfectoire, nom vîmes les garçons se mettre autour d'une Ungne table, pour prendre leur dtner. Ils inaugurèrent leur repas, eo entonnant d'une voix pleine et sonore un hymne religieux , qni fit sur nons une impression profonde. Ils ont pour déjeuner du thé et dn pain; ponr dîner, ils mangent dn potage, des mots préparés avec de la farine et de la viande, et ils boivent dn kwas; ponr souper, on leur donne deux plats. Dans l'établissement de St. Pélersbourg, qui compte environ 1200 jeunes filles, ■lia oh l'on ne reçoit pas de garçons (il y a une maison particulière ponr les garçons a Galschina), je vis les jeunes illes ao moment oi) elles prirent leur dtner. Ce Fut on spectacle charmant de voir ces jennes orphelines qni, en général , montraient des figures fraîches et intéressantes, l'avancer en bon ordre, conduites par leurs supérieures, classe par classe, dont chacune se distinguait par la taille des élèves et la couleur de leur vêtement qui était fort ■impie, passer devant nous, qui étions lu comme spectateurs, en nous saluant avec beaucoup de grâce, puis se ranger debout autour d'une longue table, entonner un ebant et s'asseoir pour prendre leur dîner. Cependant j'avoue que le chant des jeunes filles ne fit nullement sur moi l'impression que j'en avais attendue, d'aprt-s ce que Kohi en raconte. Le chant des garçons, tel que je l'entendis à Moscou, était peut-être plus abondant, plus pur et mieux soutenu. Dans la maison do St. Pélersbourg, j'eus l'occasion de voir un exemple des soins tendres et touchants dont on entoure les enfants qni ont une constitution faible et maladive; mais comme je ne suis pas médecin, il me serait trop difficile de donner une bonne description du procédé qu'on j suit.

Les deux maisons d'éducation de Moscou et de St. Pélersbourg sont si bien dotées qu'il ne faut s'étonner nt de la grandeur et de la magnificence des établissements mêmes, ni de la grande activité qu'on y déploie. C'est peut-être nne chose connue a nos lecteurs, qu'elles tirent la plus grande partie de leurs revenus du Lombard, qui

est un établissement qui emprunte des capitaux à raison de 4 pour cent, et qui les prête à raison de 5 pour cent sur des terres, des bijoux et d'autres choses de valeur*). Le même institut reçoit aussi des enfants en pension, qui paient la somme de 100 roubles s'ils sont sortis de nourriture, et celle de 160 roubles s'ils y sont encore. Au fur et à mesure que la fortune de l'institut augmente, on fonde de nouveaux établissements de charité, qui alors restent tout-à-fait indépendants: c'est ainsi qu'on a vu se former un hospice des veuves, un hôpital des malades, et l'institut technologique. Il existe également un institut de secours pour de pauvres enfants de la ville, qui entretient aussi des enfants dans différents autres établissements**). Ce n'est donc pas étonnant que les dépenses annuelles de l'établissement, d'après des indications nullement exagérées, s'élèvent à 3 millions de roubles de banque.

L'hospice des veuves est destiné à soulager 600 pauvres veuves, qui en partie habitent l'hospice où elles s'entretiennent elles-mêmes, et en partie reçoivent des secours dans leurs propres demeures. Celles qui demeurent dans l'hospice, sont obligées, quand on leur en fait la demande, de servir comme garde-malades, absolument comme les soeurs de charité.

*) Laveau et d'autres auteurs nous avertissent aussi, que le privilège de la fabrication des cartes à jouer a été abandonnée la maison impériale d'éducation. Mais d'après ce qu'on m'a dit, c'est rétablissement de St. Péterabourg seul, qui est en possession de ce privilège.

**) Voici, d'après Laveau, le nombre des enfants entretenus en 1835, hors de la maison: 3165 enfants de la ville qui étaient ches leurs parents, 47 dans l'hospice des veuves, 59 dans l'hôtel de la charité publique, 475 dans la colonie de Sainte- Marie, 18 dans l'université, 31 dans l'académie médico-chirurgicale, 4 dans l'hôpital de Sainte-Marie, 3 apprentis de pharmacie, 1 dans un couvent, 15 ches des maîtres-ouvriers, 203 dans l'institut technologique, 23,401 qu'en avait envoyés à la campagne.

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