Chapitre XVI
Départ de Kasan. — Maisons de paysans. — M. de Pirch. — Caractère du peuple. — Corvées. — Agriculture. — Les ruines de Bolghari. — M. de Molostow. — Economie rurale. — Ssimbirsk. — Départ pour Ssamara. — Degré de civilisation. — Un village tschouwasse. — Le Wolga. Légendes. — Commerce des grains. — Les Baschkirs. — Hospitalité russe. — Force du principe communal. — Colonies allemandes. — Orlowskoi. — Les Cosaques. — Ssaratow. — Les Tartares. — La jeune fille de JMoslow.
Vers l'orient, Kasan avec ses environs fut le terme de mon voyage. Autrefois Kasan était considéré comme une province asiatique. C'est là une erreur qu'aujourd'hui encore les géographes étrangers commettent volontiers. En Russie, l'on vous dira que Kasan est le dernier gouvernement de la Russie européenne, du coté de l'Est.
C'est le 22 Juin que je partis de Kasan, côtoyant la rive gauche du Wolga, jusque vis-à-vis de Ssimbirsk.
Les premiers villages que je traversais dans cette contrée, se distingaient de ceux que j'avais vus jusqu'ici, par des haies élevées qui les enferment de tous côtés, et dans lesquelles on entre par des portes cochères, formées comme des potences.
Les maisons dans ce pays ont un aspect simple, pour ne pas dire pauvre. La chambre principale en est divisée en deux compartiments par un mur. Un banc qui fait le tour d'un des ces compartiments, a six pieds de largeur sur un des côtés et sert de lit, comme dans les villages tartares. Dans les maisons plus spécialement destinées aux Volume IL 1
usages de l'agriculture, les murs se composent de bi sailles entrelacées. Le magasin où Ton serre les provisions, appelé Klet, ressemble à une lente ronde dont les parois seraient percées à jour.
Parfois de jolies ciselures en bois ornent les toits et les fenêtres, mais chez les Russes seulement et non chez les Tartares. De blanches serviettes sont suspendues k la porto de chaque maison. Elles sont bordées de bandes de fil rouge, larges dvun demi-pied et que l'on y a cousues en guise d'arabesques.
Apres avoir dîné dans le petit village de Spask, nous atteignîmes, par une contrée fertile, la terre du général de Pirch, Krasnaja-Sloboda.
M. de Pirch, né Allemand, entra de bonne heure au service de la Russie. II épousa une Russe qui lui apportait en dot de riches propriétés. Il devint ainsi patriote russe et s'assimula le caractère du pays. 11 vivait en bonne intelligence avec ses paysans. C'était un homme desprit ci qui avait une grande facilité d'élocution. Je lui dois des données précieuses sur les moeurs du pays, sur les progrès de l'agriculture etc.
Je crois à propos de faire connaître quelques maximes qui lui étaient particulières, ainsi que des anecdotes de sa vie. Les unes et les autres pourront servir à le caractériser.
„Lcs ordres, disait-il, que le seigneur donne lui— même, doivent être irrévocables. C'est pourquoi il fera bien d'en être sobre*)."
„Si un de mes paysans me demande du secours, je lui en accorde sur le champ, sauf à examiner ensuite avec soin, s'il en avait un besoin réel. Dans le cas contraire, il est sévèrement puni. Les paysans, sachant cela, ne demandent rien sans une nécessité bien constatée."
*) On a vu dans le premier vol n me qu'un noble russe, M. de Karnowitsch, partageait cette opinion.
Lorsque M. de Pirch, il y a quelques années, acquit la propriété de la terre oii je fus le voir , il fit venir tous les paysans et leur tint ce langage.
„Ecoutez, vous autres, ce que je m'en vais vous dire. Pénétrez-vous bien de mes paroles et ne les oubliez pas, car je ne vous les dirai point une seconde fois."
„Je suis âgé de trente-huit ans, sept mois, neuf jours et onze heures. Quant à ceux d'entre vous, qui sont plus âgés que moi, ne fût-ce que d'une heure, j'écouterai volontiers leurs avis, quand ces avis seront raisonnables. Mais que ceux qui sont plus jeunes que moi, ne fût-ce que d'une minute, prennent garde. S'ils osaient ouvrir la bouche, m'interrompre ou peut-être même faire les récalcitrants, dans les vingt-quatre heures il n'y aurait plus de trace d'eux dans mon village. Je suis votre mattre, et mon maître à moi c'est l'empereur. Je dois obéir à l'empereur, mais ce n'est pas l'empereur qui vous commande directement. Dans ma terre, je représente l'empereur et je dois répondre de vous devant Dieu. Toutefois ne vous inclinez | pas devant moi, mais regardez-moi bien en face, car je ; suis une créature humaine comme vous. Dix fois un cheval a besoin d'être nettoyé, an moyen de l'étrille de fer, avant que l'on ne puisse le frotter de la brosse douce. Je serai forcé de bien vous étriller, et qui sait si je pourrai jamais employer avec vous la brosse. Dieu purifie l'air par la foudre. Si le besoin s'en faisait sentir, je purifierai mon village par le feu et par le tonnerre."
M. de Pirch eut bientôt l'occasion d'appliquer ces maximes. Voulant établir une voie de communication de sa terre à celle de son beau-père, pour abréger de beaucoup la dislance, il rencontra de grandes difficultés, résultant surtout de la nature du sol, humide et marécageux dans celte contrée. Les paysans lui représentaient i vainement l'impossibilité de mener son projet à bonne fin. S'étant rendu lui-même sur le terrain, il enfonça dans la vase avec son cheval , qui eut de la boue jusqu'au poitrail et que Ton eut de la peine à sauver. Un vieux paysan le railla tout bas de sa mésaventure. „Tu sais, lui dit
M. de Pirch, que j'écoute ceux qui sont plus âgés que moi; c'est pourquoi je pardonne ta hardiesse, mais je te donne ma parole de gentilhomme, que d'ici à trois ans je traverserai cette place avec une voiture à six cheveaux, et si je n'exécute pas celte résolution et que Dieu me donne vie, je te permettrai de me cracher au visage!"
Deux années se passent, suivies d'un hiver rigoureux. M. de Pirch fait piocher la terre, creuser des fossés, élever une digue de sable etc. Le chemin se trouve ainsi établi. L'anniversaire de la troisième année étant venu, il donne une grande fête aux paysans, et leur fait distribuer de l'eau de vie et des vivres. Au beau milieu de leur bruyante joie, il arrive dans une voiture traînée par six cheveaux, et du haut de ce véhicule, dont il avait prédit l'apparition trois années auparavant, il leur tint un discours foudroyant qu'il m'a répété, mais qu'il me serait impossible de redire avec précision, tant le flux de ses paroles était vif et impétueux. Tout ce que je puis me rappeler de ce discours, c'est qu'il présentait l'amalgame le plus curieux de sentences bibliques, de proverbes populaires, d'énergiques jurons et d'injures; quant à M. de Pirch, sa réputation était désormais faite parmi ses gens. Sa volonté a force de loi. Il faut ajouter qu'il est aimé en même temps qu'obéi, car î se préoccupe du bien-être de ses paysans d'une manièi touchante. Voici, du reste, une preuve de l'affection qu lui portent.
Pendant la disette de ces dernières années, le avait atteint un prix très-considérable. M. de Pirch a ne vend pas ses provisions, mais les emploie à nourrir paysans qui, sans ce secours inattendu, auraient été f de vendre leur bétail et tout leur avoir. Mais u une députation des paysans vint le trouver et lui rep comme quoi il était peu honorable pour une si terre de ne pas conduire, de blé au marché, et qu'< conscience ils ne pourraient plus se laisser nour sorte par leur seigneur. L'hiver va finir, disaiV est probable que la récolte de l'année prochaine
leure. Vendez donc à votre aise, dussions-nous souffrir quelque peu de la faim."
M. de Pirch nous montra toute sa terre. Son habitation se compose d'un château à deux étages construit dans le style moderne, arrangé avec assez d'élégance à l'intérieur et s'o livrant sur une cour jolie, bien entretenue, et que ferme un grillage en fer forgé. Un grand et f beau parc se trouve de l'autre côté de la maison.
Devant celte espèce de château s'étend un grand village , bâti avec une régularité pour ainsi dire militaire. Une rue large et bien alignée le divise en deux grandes parties, que des rues latérales non moins régulières coupent à leur tour. Chaque carré comprend cinq maisons de paysans, dont les habitants forment une division d'ouvriers, relativement aux corvées qu'ils doivent au seigneur. ; M. de Pirch, qui a pu se convaincre de l'influence puissante exercée sur les esprits des paysans par le sentiment de la parenté, a eu soin de ranger dans une même division, autant que faire se pouvait, les membres d'une même famille ou du moins les parents les plus proches. Ils s'en aident avec d'autant plus de facilité non seulement dans des cas de danger, mais encore pour les secours mutuels que réclament leurs travaux journaliers.
M. de Pirch, pendant les premières douze années de son séjour dans le pays, a obtenu ces résultats à grands frais et non sans des peines de toute nature. Au reste, ! les maisons des paysans sont bien construites et bien entretenues. Presque chaque maison a un puits particulier. Les habitants ont l'air de jouir d'une certaine aisance.
Le village contient 458 habitants mâles. Un peu plus des trois quarts des champs, voilà ce qui est assigné aux paysans pour leur entretien. M. de Pirch ne s'est pas conformé à l'usage qui abandonne à la commune la distribution des terres; mais à chaque ferme il a invariablement accordé deux dessatincs dans tous les champs. Il en résulte que dans chaque champ 180 dessat. restent à distribuer. De ces 180 dessat. restants, tout vieillard qui a fourni à la communauté trois fils capables de travailler et qui, dans
ce cas, est dispensé lui-même de toute obligation de tra— \ ail, obtient (rois quarts de dessat. dans chaque champ. Eo outre, tout garçon en âge de travailler et non marié, obtient également un quart de dessat. Le reste est destiné à doter les tjaglos nouveaux qui se forment. Toutefois M. de Pirch ne permet pas aux garçons de se marier avant Fàge de vingt ans, ni aux jeunes filles avant qu'elles aient atteint leur dix-huitième année. /
L'agriculture dans ce pays 4$t fort simple. La terre, excessivement fertile, n'a pas besoin d'engrais pour produire. On ne lient des vaches qu'en vue du lait qu'elles donnent. Toute l'économie a pour but la production du blé et non l'entretien du bétail. M. de Pirch lui-même n'a que huit vaches dans sa terre, qui comprend pourtant 000 dessat. La charrue se compose d'une sorte de crochet sans fer, la herse de branches de sapin entrelacées. On ne fait qu'effleurer pour ainsi dire la terre, dans laquelle le soc ne pénètre qu'à trois pouces de profondeur. On coupe le blé au moyen de la faux, pour le sécher ensuite à l'air et le battre légèrement. Puis, il est moulu dans les innombrables moulins à vent que présente le pays, serré dans des sacs de tille et expédié pour la vente.
Le 24 Juin nons prîmes congé de M. de Pirch, qui nous fit conduire par une voiture attelée de ses propres chevaux, afin de ménager ceux de ses paysans.
Vers les huit heures, nous arrivâmes au village de Bolghari, éloigné de douze verstes du château de M. de Pirch. Le village est remarquable par les ruines de Tantique capitale de l'empire des Bulgares, qui se trouvent dans le voisinage.
Celte capitale d'un royaume, que les Mongoles et les Tartarcs ont détruit, s'appelait Krjacchimof. Un rempart et un fossé en dessinent l'enceinte. Le village de Rolghari est situé en dehors et tout à coté de la circonférence de l'ancienne ville. A deux cents pas de l'église qui appartenait jadis à un couvent, que Ton appelle Uspensky et que l'on voit au bout du village, un minaret turc élève dans les airs sa flèche élancée. Le minaret et la tour de
1 église sont un peu inclinés et se penchent fraternellement l'un vers l'autre.
Plusieurs voyageurs, tels que Lepechin, Pallas, Erdmanu, ont fait la description de ces ruines. M. Muller, dans uu ouvrage très-solide41), a réuni toutes les notices qui les concernent. Les ruines disparaissent peu à peu. Pierre I en avait ordonné la conservation, mais aujourd'hui on les abandonne à la destruction infaillible de l'air et des années.
Les tombeaux des Saints musulmans, enterrés en cet endroit, sont en grande vénération chez les Ta r lares de Kasan. J'ai rencontré un cortège de pèlerins qui allaient faire leurs prières sur ces tombeaux.
Le peuple puissant des Bulgares, qui avait fondé la ville, a disparu au milieu des Russes, des Tartares et des Tschouwasses. Rien ne s'est conservé ni de leurs moeurs, ni de leur idiome.
Comment une race aussi fortement organisée, et qui, après avoir subjugué d'autres peuples, faisait un commerce considérable, a-t-elle pu entièrement disparaître, tandis que des nations plus faibles, les Tschouwasses, les Tschérémissiens et les Mordwas, se sont maintenues dans l'histoire? Je n'entreprendrai pas à vous l'expliquer. C'est là une des nombreuses énigmes que présente la destinée des peuples.
Du haut du minaret, l'oeil embrasse de vastes forêts. Au mur do la tour, le nom de M. de Humboldt, qui a été explorer le pays avec M. de Fuchs en venant de Kasan, se trouve inscrit à côté de ceux de beaucoup d'autres voyageurs.
Au reste, les ruines de Bolghari étaient long-temps restées enfouies au milieu de la forêt, qui avait envahi la contrée après la destruction de la ville au quatorzième siècle et après celle, plus complète, de l'empire de Kaplschak , le Khauat de la race d'or. Sous Pierre I, on dé-
*) Der ugribchc Volksslainm (la race ugroiso) Berlin, loiuc I, p. 414.
couvrit les ruines, que des pèlerins Tartares étaient seuls allés visiter jusqu'alors. C'est à cette époque que se formèrent le village et le couvent de Bolghari. La forêt fat. éclaircie, la culture de la terre faisait disparaître un à un les anciens monuments. Les pierres, mêmes tumulaires avec leurs inscriptions arabes, arméniennes et turques, forent employées à de nouvelles constructions, surtout à celle de l'église.
On trouve ici beaucoup de médailles, d'ornements et de bagues soit arabes, soit perses, soit turcs.
Nous arrivAmes ensuite à Trioscro, grande terre appartenante aux trois frères Molostow, à neuf verstes de distance de Bolghari. Les Molostow descendent, à ce qu'on dit, d'une famille tartare et princière, mais qui est depuis long-temps russifiée. L'alné des frères est général. C'est un homme fort distingué, que j'ai rencontré, en 1817, à Pyrmont. Depuis, il a séjourné en Allemagne jusqu'en 1838, en qualité d'aide-dc-camp du duc de Wurtemberg. Tous ses enfants sont nés en Allemagne. Ses domestiques, ainsi que la gouvernante, sont Allemands, de sorte, que Ton parle plutôt l'allemand que toute autre langue dans sa maison. On y fait aussi beaucoup de musique et il nous était donné de retrouver les airs bien-aimés de notre patrie sur le sol asiatique.
Presque tous les paysans des terres seigneuriales du pays travaillent a corvées. Cette combinaison est le résultat de la fertilité du sol, fertilité que le voisinage du Wolga ne fait qu'augmenter. Au contraire, dans les provinces moins favorisées en fait de terrains féconds et de bonnes voies de communication que je venais de traverser, les seigneurs devaient se contenter d'abandonner les terres aux paysans. Heureux s'ils pouvaient les mettre à lobrok. C'est tout au plus si l'industrie fournissait aux paysans l'argent nécessaire pour servir l'obrok, que l'agriculture seule no leur aurait certainement pas permis de payer. Ici, tout change; dans les bonnes années, la valeur de la moisson d'une dessat. s'élève à 150 et même à 280 roubles de banque. C'est pourquoi le seigneur fait travailler la
terre pour lui-même. Il ne conserve que le tiers et sonvent que les deux septièmes ou le quart des terres, en assignant le reste aux paysans, qui travaillent à corvées trois jours par semaine. Le plus jeune des frères M. M. disait, que si l'on calculait en argent ce que le seigneur accorde aux paysans en terre, bétail, bois etc., on trou-, verait sans contredit quatre roubles comme salaire pour chaque journée de travail.
Le village est bien bâti, bien qu'il ne présente ni la régularité militaire, ni la division aux portions d'ouvriers qui distinguent le village de M. de Pirch.
Les champs seigneuriaux se composent de plus de 3000 dessat. et ils offrent la plus excellente terre que l'on puisse imaginer. Le champ d'hiver porte du seigle, le champ d'été du froment et de l'avoine. Comme la forêt qui fait partie de la terre, n'est pas considérable, on la ménage par des coupes réglées.
Nous partîmes à minuit. Le manque de chevaux nous arrêta dans le grand village seigneurial de Benjewa, construit avec la même régularité que celui de M. de Pirch, à cette différence près qu'ici quatre fermes, au lieu de cinq, forment une division d'ouvriers. A côté de l'habitation du seigneur, on remarque une petite tour avec une sorte de fanal, comme dans les villes plus grandes de la Russie.
Le costume des femmes est plus beau que celui en usage dans les autres parties de la Russie, en ce que les femmes de cette contrée nouent leur robe au-dessous et non au-dessus du sein, ce qui est bien plus avantageux pour la taille.
Le 25 Juin, vers midi, nous atteignîmes le Wolga, vis-à-vis de Ssimbirsk, et nous passâmes la rivière en bateau.
Le gouverneur de la province étant parti, je ne m'arrêtai à Ssimbirsk que jusqu'au lendemain matin. La ville proprement dite, avec ses rues larges et ses grandes places vides, fait sur le voyageur une impression des plus tristes. La ville est assez importante pour le commerce. Toutefois
Ssamara, qui commence à s'élever, remporte sur SsimbHLV surtout en ce qui concerne le commerce des grains.
Nous nous dirigeâmes vers Ssamara, à la rive droitedu Wolga. Le sol est très-ferlile dans cette contrée. B* station k station on traverse un grand village, qui contient trois à quatre mille habitants.
On conçoit que cette étendue de terre, qui sépare hs villages , doit singulièrement nuire à l'agriculture. Le* champs se trouvent en partie à 15 à 20 et même à 25 verstes de distance du village; l'agriculture devient pour ainsi dire nomade. Lorsque c'est le tour des champ* éloignés d'être cultivés, tous les paysans se rendent sut les lieux, en emportant tout leur bétail; on établit des cabanes ou des tentes et travaille les champs en commua pour rentrer ensuite au village. Arrive la moisson et l'on renouvelle le même procédé. Comme les champs n'ont jamais besoin d'engrais, il n'y a que l'époque de l'ensemencement et celle de la moisson qui exigent ces émigrations.
Le besoin de protection réciproque contre les incursions des Tarlares nomades, des Baschkirs etc., qui du temps de Pierre I attaquaient les colons, ensuite la sociabilité particulière au peuple russe et la rareté de l'eau , voilà les trois causes, qui probablement ont donné naissance a ces immenses villages*).
Cependant comme, précisément par leur grandeur, ils ne fout aujourd'hui que gêner la culture, le gouvernement ferait bien, à notre avis, de changer cet état de choses, ce qui serait, du reste, assez facile à exécuter, et voici comment.
*) Dans les autres parties de l'Europe, on trouve Lien aussi de grands villages, surtout dans les contrées industrielles, comme dans les montagnes de la Silésic, où se fait une grande fabrication de lin, dans la Suisse, où se confectionnent des montrai. Mais nulle part on ne trouve d'aussi grands villages adonnés à l'agriculture comme en Russie.
Tont village rosse, dans l'espace de trente ans, est infailliblcmënf dévoré par l'incendie pour le tout ou du moins en partie. Lés droits de propriété n'arrêtant pas le gouvernement comme dans les antres pays de l'Europe, il n'anrait, pour obtenir le résultat désiré, qu'à ordonner à ceux dont les maisons auraient été incendiées, de les reconstruire ailleurs que sur les anciens emplacements.
Dans la province deSsimbirsk, il y a beaucoup moins de villages de la couronne, que d'apanage. Le village de Tuscbino, au second relais de Ssimbirsk, en est un. Il contient 490 fermes et 1446 habitants mâles. Le pays surtout pour les foins, se distribue annuellement sur de nouvelles bases. Tout habitant mâle obtient 1 dessat. dans chaque champ. Les paysans exploitent, en commun avec plusieurs villages voisins, une grande forêt de 36,000 dessaU de circonférence, en payant toutefois une petite somme d'argent en échange. Le champ d'hiver porte du seigle, le champ d'été du froment, de l'avoine, du blé sarrasin et du mil. On laboure deux fois pour la semence d'hiver, une seu/e fois pour celle de l'été. La moisson commence à mi- Juillet, celle du champ d'été au mois d'Août. Le champ d'hiver fournit ce qu'on appelle le sixième blé, le champ d'été le cinquième. On peut compter que sur cinq années il y en a toujours une et demie de stériles. Dans les jardins, nous vtmes des choux, des concombres, des navets et quelques pommes de terre.
Chaque ferme entretient 50 à 60 brebis, 2 à 3 vaches et autant de chevaux. Ces derniers sont petits, mais de forte race et se vendent 60 à 100 roubles de banque. Le pâturage, bon et suffisant, est en communauté.
Le quatrième relais est un village tschouwassien. Lorsque nous arrivâmes, les hommes travaillaient dans les champs. Les femmes se tenaient dans les maisons, que beaucoup d'entre elles , chose rare en Russie , avaient fermées au verrou. Les maisons et fermes de ce village sont réunies en parties inégales. Cependant ces fermes sont entièrement séparées l'une do l'autre, circonstance qui caractérise également les villages russes de ce pays et les distin-
gue de ceux de la Russie du Nord. Les habita Tschouwasses ne contiennent qu'une seule place dont le tiers est séparé toutefois du reste par des planches. Ce cuisine se fait dans ce petit compartiment L'autre plus grand, présente, à une certaine hauteur, des servant de lit. Une bâtisse dont les parois sont formées JK branchages entrelacés, est adossée à la maison. C'est que les paysans passent la nuit pendant Tété. Les mai des Russes, dans les autres villages du pays, sont presque disposées de même, si ce n'est pour les parois de la lotisse, qui consistent en murs véritables.
Les Tschouwasses de ce pays entretiennent beaucoup de volaille et surtout des oies.
Avant d'arriver à ces villages, on traverse de grands pâturages communaux. Beau- r
coup de champs et surtout les .n jz9
près sont entourés de haies, M mm \ \ que l'on entretient avec soin.
Du reste, les villages euxmêmes sont fermés par des haies pareilles. A l'entrée comme à la sortie se trouve une porte, qui tourne autour du pilier du milieu comme autour d'un gond, et qui s'ouvre par conséquent des deux côtés. Une petite guérite est placée devant les portes d'entrée. Dans toutes les localités d'apanage, une échelle de sauvetage, en cas d'incendie, est établie à chaque habitation et Ton remarque devant toutes les quatre et cinq maison un tonneau d'eau sur une voiture. La police de ces villages, à ce qu'il paraît, est admirablement faite.
Nous passâmes un village de pauvre apparence, qui appartient à M. de Lewaschow. Les travaux sont réduits à l'obrok. En général, les villages h corvées ont dans ce pays un meilleur aspect que ceux où l'obrok a remplacé l'ancienne coutume41).
*) Cependant un peu plus loin, dans le voisinage du Wolga , les villages de la comtesse Orlow, qui présentent en partie le
Nous approchâmes d'une langue de terre, formée par le Wolga et longue de plusieurs lieues. Du haut de cette cminence, l'oeil embrasse en plusieurs endroits le majestueux fleuve, qui roule ses ondes à vos pieds. Le paysage est charmant, les collines du Wolga s'élèvent à la hauteur de petites montagnes et les rochers, toujours féconds des légendes populaires, ne font pas défaut.
Il y avait une fois trois voyageurs, qui furent surpris par l'orage. C'étaient trois frères. Les deux atnés se cachaient sous un rocher, dans une petite grotte dont ils défendaient l'entrée à leur plus jeune frère. Celui-ci s'en alla, le désespoir dans le coeur et les maudit. Alors la foudre vengeresse du ciel fendit la pierre, qui servait d'abri aux deux frères, et les ensevelit à jamais.
Voilà ce que les paysans du village racontent des deux rochers qui sur la rive du Wolga élèvent, au-dessus des collines environnantes, leurs sommets solitaires.
Des légendes semblables se retrouvent en Allemagne. Les peuples ont beau être divisés de race et d'idiome: tous ils caressent les mêmes rêves et s'émeuvent aux accents mélancoliques d'une même poésie.
Immédiatement au pied de celte langue de terre à côté du village d'Ufolje, on voit la terre magnifiquement entretenue de M. de Dawidow. Elle se distingue par un joli parc, une grande et belle pépinière et un troupeau considérable, qui appartenait au village.
La route que nous avions parcourue, était semée pour ainsi dire de moulins à vent. C'est que tous les bateaux marchands qui descendent le Wolga, transportent, surtout vers Astracan, non du blé, mais de la farine. Au contraire, les bateliers qui remontent le fleuve, conduisent du blé à Twer et à Novgorod ou il est moulu et expédié ensuite en farine, la plupart du temps par des canaux,
système de l'obrok et en partie celui des corvées , font une exception à la règle. Les paysans de ce pays, adonnés à l' industrie, que favorise la navigation du fleuve, se trouvent bien de l'obrok.
pour St. Pélersbonrg. Le prix d'un tschetwert de était alors à Ssamara de 1(> roubles. Le transport jusqu'à liybinsk en coûte à peu près trois et demi à quatre roubles* A Itybinsk même le prix du tschetwert est de 22 roubles.
Le 27 Juin au matin, nous atteignîmes de nouveau le Wolga, vis-à-vis de Ssamara. En traversant le fleuve, large ici d'une dcmi-lieue , un orage qui venait d'éclater sur nos têtes, fit trembler notre frêle bAtcau et nous exposa pendant quelque temps à un danger sérieux.
Ssamara, où nous ne finies qu'une balte fort courte, est maintenant pour le commerce un des endroits les plus importants qui se trouvent sur les bords du Wolga. Plusieurs de ses négociants possèdent des millions. Les objets principaux de leurs opérations sont le blé et le suif.
Nous continuâmes notre route sur la rive gauche du Wolga. Les fermes des villages les plus proches de Ssamara sont enfermées de baies, formées de belles branches entrelacées et hautes comme des murs. Puis, nous côtoyâmes de grands abattoirs où Ton fabrique le suif. Une odeur insupportable s'en répand à une lieue de distance.
Le paysage du côté où se trouvent les prairies du Wolga, présente un nouveau caractère: ce sont de grandes plaines, légèrement ondulées, interrompues par des champs magnifiques, mais en grande partie couvertes d'une herbe luxuriante dont des fleurs innombrables et des touffes d'ivraie viennent relever l'aspect uniforme.
Le sol consiste en une terre noire, excellente pour la culture. L'engrais, dont l'usage n'est pas nécessaire dans cette contrée fertile, est souvent pétri et séché en petits carrés. Dans cette forme, il sert de chaufTage et remplace avantageusement la tourbe, qu'il surpasse en saine et rapide chaleur. Comme les bois manquent dans le pays, on conçoit l'utilité que présente ce nouveau combustible.
Nous arrivâmes ensuite au village de Woskresenskoje, à douze verstes de Ssamara , propriété de la comtesse de Nowosilzow, qui possède en tout 20,000 paysaus dont sis
mille, placés sous une même administration, se trouvent dans ce pays. Le village renferme 890 âmes qui payaient autrefois 28 roubles d'obrok pour tiaglo, mais qui travaillent maintenant à corvées. Pour chaque tiaglo est fixée 1 dessat. dont la culture complète doit être fournie au seigneur. On a assigné aux paysans, pour leur usage à eux, d'immenses espaces de terre. Chaque tiaglo a 15 dessat. en fait de champs, et 6 dessat. de bois et de pâturage. On cultive un peu de seigle sur les terres seigneuriales, et du froment, à l'exclusion des autres grains, sur celles des paysans.
On sème pendant quatre années consécutives sur les mêmes champs du froment de Bjeloturesk qui, lors des bonnes récolles, donne vingt cinq et vingt sept fois le rapport de la semence; puis, la terre repose pendant six ou sept années, les deux premières et souvent la troisième comme pâturage, à cause de l'ivraie abondante; le reste du temps, l'ivraie ayant disparu sous les pieds du bétail, comme champ de foin* Après six ans, on y sème de nouveau du froment, mais seulement pendant deux années consécutives; les six années suivantes voient revenir le pâturage et les coupes de foin ; puis, le cycle des quatre années de culture reprend de nouveau.
Sur sept moissons on en compte ici deux bonnes et une médiocre. On ne cultive ni le chanvre ni le lin. Le bétail avait beaucoup souffert des épidémies.
Les habitants de ce village appartiennent à une fort belle race.
La soirée était avancée , lorsque nous arrivâmes à Kammenoi-brod, village habité par des Mordwins. Nos lecteurs nous sauront gré sans doute de donner ici quelques notices sur ce peuple41).
*) M. de Kocppen, autour d'un ouvrage de statistique sur la Russie (RussIand'sGesammtbcvôlkcrung etc. Péter&bonrg 1843.) établît, relativement à leur population en 1838, les chiffres suivants:
Le* llordwu on llordwins «ni Le braselc la pins
rliooalc des Finnois oo Tschoudes, antique nation iguî «à jadis tout le Nord de l'Europe. Ils ne démcur< u: pas maintenant dans une contrée déterminée, mais se trouvent dispersés dans les provinces de Kasan, Nijoi-Novgoroi, Ssimbirsk, Pensa, Ssaratow et Orenbourg. Le plus grand nombre en habite les limites des gouvernements de Nijni, Ssimbirsk et Pensa. En ces endroits, il- sont moins nomades et l'on trouve parmi eux beaucoup de Rossas et même des Tari are s.
Us se divisent en deux tribus principales, les Ersads onErsans à l'Ouest, et à l'Est les Mokschad- ou Mokschanf. Lee Ersans ont conservé le caractère finnois dans son expression la plus pure; ils ont les cheveux blonds au nuancés de roux, taudis que les Mokscbans, par leurs cheveu noirs et lisses ainsi que par leurs barbes peu touffues, trahissent le sang tartarc.
Le costume des hommes diffère peu de celui de* tinsses; mais les femmes s'habillent d'une manière tonte particulière. La coiffure rappelle un shako sans visière; c'est une casquette raide et cousue de points bigarrés, q*Ù* forment une sorte de bordure. Plusieurs fils de perles fausses entourent le cou. Au-dessus d'une chemise de toile blanche à manches courtes et qui descend jusqu'au milieu du mollet, ou voit une autre chemise tailladée dea deux cotés, étroite par le haut, tombante sur les genonx et dont les ourlets sont partout brodés pour ainsi dire de
Kasan 7,944 bsbiUnti miles
Nijni-Novgorod . 19/298 „ „
Ssimbirsk 53,060 ,,
Pensa 51,948
Suratow 25,709
Oreobourg .... 35,949 „ „
Toltl 193,908 babillais miles.
Y compris les femmes, on obtenait alors le chiffre approximatif de 424,000 Imcs. Aujourd'hui, on peut compter qu'il y en a un demi-million.
laine rouge et bleue*). Sur le devant, comme du côté opposé, deux autres bordures un peu plus larges descendent parallèlement jusqu'aux genou* et font ressembler ces chemises aux vêtements des diacres catholiques. Au milieu du corps, une ceinture serre la taille. Des morceaux de toile entourent les pieds que couvrent en outre des souliers de mude, et le dimanche des bottes.
Les Mordwins sont de leur nature doux, honnêtes, hospitaliers et actifs. Dénués de la fermeté opiniâtre des Tschérémissiens, des Tschouwasses cl des Tar tares, ils ont été facilement russifiés, lis ont aussi, pour la plupart du moins, une apparence chrétienne, bien que les superstitions du paganisme percent souvent à leur insu. Dieu, ainsi que le ciel, s'appelle Pas chez les Ersans et Skai chez les Mokschans. Autrefois, les païens donnaient ce nom au maître des dieux. Comme les Tschérémissiens, ils reconnaissent une famille des dieux dans laquelle se trouve la mère de dieu, son fils etc. Ils ont pris aux Russes, et ceci s'applique aux païens comme à tout le peuple, Çt. Nicolas, qu'ils vénèrent comme un dieu , en lui donnant le nom de Nikolas-pas. Une divinité infernale s'appelle Mastcr-pas. On ne trouve pas d'images comme objets d'idolâtrie chez les païens.
D'après tout cela, il est évident qu'ils ont en général à peu près le même système religieux que les Tschérémissiens et les Tschouwasses. Comme ceux-ci, ils fêtent avant tout solennellement le printemps, en remplaçant toutefois les sept feux qui signalent la fêle de printemps de ces peuples, par un seul. Comme les Tschouwasses et les Tschérémissiens, les Mordwas ont leurs lieux de sacrifice, appelés Reremets. Au feu, le dieu suprême, ils immolent une vache rouge, à la divinité infernale une vache noire; mais au lieu de jeter le sang dans le feu, ils le vouent à
*) La tunique blanche est commune, à ce qu'il parait, à loulcs les (ribus finnoises. Nous la rencontrâmes chez les Eslhonicns, les "Surjans, les Mcschcrikis, les Tschouwasses et les Monlwins. Volume II. 2
la terra, en le répandant dans nn fossé. Coi rémissions enfin , ils accompagnent de force l'amen, qui retentit à la fin des sacrifices.
Ils offrent an soleil (Tschi-pas) des g&teaux et boissons. Ils saluent tète nue la nouvelle lune, et la de leur accorder du bonheur pendant la dorée rogne. Lorsqu'un orage éclate, ils disent: Paschange yini-pas, ce qui signifie: Aie pitié de nous, dieu La porte de la maison est toujours dirigée vers V( c est en se tournant vers l'Orient qu'ils font leurs
Le village deKamenoi-brod, où nous descendîmes disposé comme un village russe, c'est-à-dire qu'il une longue rue principale et des rues latérales, ofc M maisons sont serrées pour ainsi dire Tune contre 1*4 seulement ces maisons sont arrangées à l'intérieur «Ti manière différente de celles des Russes, car elles sont tièrement fermées; le magasin à provision et I'habitatkl d'été se trouvent du calé de la rue, tandis que la maisijl d'hiver est dans la cour. Celte absence de fenêtres et 4| portes à l'extérieur donne au village un aspect désert ïk inhospitalier. L'intérieur des maisons, sauf une propnlf plus grande, est à peu près semblable à celui que présentent les demeures environnantes des Russes. Dans toufsî les chambres, chose étrange, il y a une fenêtre grillée. lis paraissaient offensés de la remarque que fit un de nies compagnons sur leur ressemblance avec les Tschouwasse^ qu'ils méprisent. Les nombres cardinaux dont ils se servent, rappellent ceux des Eslhoniens. La maîtresse de le maison nous montra sa fille qui avait fait sa toilette de dimanche. Elle-même ne refusa point un petit cadeau. Le mari au contraire ne voulait rien accepter pour le lait et le pain qu'il nous avait donnés.
Le 27 Juillet, par une magnifique matinée d'été, nous traversâmes une vaste steppe entièrement inculte et remarquable par une richesse extrême, sinon par une grande variété de fleurs des prés. La nature a rangé ces fleurs par familles , de sorte que Ton voit toujours des champs entiers de fleurs rouges, jaunes ou bleues. Au Nord de la
Russie, la végétation consiste en bois; il n'y a pas de champ laissé en friche, pas de petite place déserte qui, après quelques années, ne se couvrent de bois. Il n'en est pas ainsi des steppes, qui portent volontiers des fleurs et de l'herbe. Ajoutez que les plantes qui chez nous atteignent à peine la hauteur du millet, sont ici vigoureuses au point de pousser souvent au-dessus de vos létes.
Nulle part on ne voit de bois, si ce n'est ça et là quelques broussailles, formées par des chênes rabougris. On pourrait, en les cultivant un peu, en former des haies vives, telles que l'on en voit au Nord de la Westphalie et dans la Vendée, ce qui serait on ne peut plus avantageux pour ces steppes, sous le point de vue de l'agriculture.
De grandes sauterelles, d'une espèce peu dangereuse pour le blé, jaillissaient comme des gouttes de pluie au tour des pieds de nos chevaux, lorsque nous pénétrâmes plus avant dans les terres. Nous vîmes ici les premières collines tumulaires (Rurgans). S'élévant à peine au-dessus du sol, elles se reconnaissent à l'herbe sèche qui les couvre. Le milieu en est indiqué par un renforcement de la terre. Au dire des habitants, on n'y trouve que des ossements humains.
Ici, comme sur toute la route que je venais de parcourir, je vis d'innombrables moulins à vent, les petites rivières et les ruisseaux du pays ne permettant pas d'en établir d'autres, si ce n'est sur le Wolga. En revanche, j'ai compté du côte que je pouvais embrasser des yeux, vingt-et-un moulins à vent près de la petite ville de Nikolajew, où nous arrivâmes vers le soir.
Nous fîmes une halte de quelques heures dans le grand village domanial de Padowka. Les habitants sont remplis de complaisance et de bonté. Tandis que nous nous établissons pour déjeûner à l'ombre d'un mur, les vieillards du village viennent nous entourer. Dans la rue, chose rare en Russie, de blonds enfants jouent au cerceau.
L'arrangement de la maison et de la ferme différait tout-à-fait de ce que j'avais vu dans la Russie du Nord.
Outre l'habitation, devant laquelle se trouvait le gasin à provision, la ferme ne contenait qu'une seule son avant porte et serrure, mais dont les parois consistaient eu branchages entrelaces. La cour était entourée dt grands hangars dont le mur de derrière, bâti en brique* de terre grasse, fermait en même temps In cour. Toula côte", il y avait une cour t ou t-à- fait pareille, également entourée de hangars ouverts, et qui appartenait à un ('■■■<■:■ du maître de la ferme, leurs familles faisant ici leur ménage en commun. Derrière cette seconde cour, une troV sième entièrement ouverte, contenait le bain et le magasin de blé, placés, l'un et l'autre, à une certaine distance <)>■ l'habitation, pour éviter les incendies
Flin di rfatbjttlion.
La maison petite el -construite à un seul étage, selon la coutume du pays, était tenue avec propreté et les portes et les fenêtres en étaient ornées de ciselures de bois.
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Devant la maison, on voit une sorte de galerie ouverte, contenant des tables et des bancs. C'est ici nue la famille demeure et prend ses repas pendant l'été. C'est ici encore que, pendant la même saison, le maître de la ferme passe la nuit.
Le manque de bois se fait remarquer en ce que les chambres et galeries seules présentent cette matière, taudis que, nous l'avons dit, le mur do fond consiste en briques de terre cuite ou en pierres des champs, que l'on trouve ici eu quantité. On doit chercher le bois à Jekaterinow, un gouvernement de Ssiinbirsk, à (i(i verstes de dislance. Une poutre taillée des deux cotés, longue do 9 ai chines et grosse de 5 à 6 werlschok, coûte 4 à 5 roubles de banque. On se sert pour le chauffage de tuiles nommées Kisjiick, mélange de fumier, de paille et de foin, que l'on prépare au printemps. La préparation en ressemble a celle «pie nécessite la tourbe. La chaleur, aussi forte que celle de la bouille, ne so répond dans le four que vers le haut
et sur les côtés; il en résulte que le d<
du gâteau n'est jamais bien cuit. Le Kisjack d<
de fumée; mais il laisse assez de suie dans la
Son odeur ressemble à celle de la tourbe. La tourbe
même ne manque pas dans ce pays, bien que Ton tflÊL
pas jusqu'ici suffisamment ciploré la nature de ses
ches, ni sa qualité propre.
Le village renforme 800 habitants mâles et 240 sons. Son origine date de 1335. Alors des colons cercle de Medinsk, au gouvernement du Kaluga» sont h'v fixer. Tout le pays d'ailleurs n'a été défriché et cultivé que dans les temps modernes, par des habitants des provinces de Woronesch, Kursk etTula, que Ton a établis dans cette contrée. Sans tenir compte, le moins du monde, de l'origine ni des gouvernements où ils avaient démené auparavant, on les a réunis péle-méle, ce qui, dans les contmcncemenls, a donné lieu à bien des querelles.
Dans la distribution des terres, on avait fixé, d*apiès une loi bien connue, 15dessat. et quelquefois 30 dessat. habitant. Mais les villages ont aussitôt été bâtis avec étendue considérable; la population de son côté s'est pidement accrue, de sorte qu'aujourdhui Ton ne compls plus généralement que 7 à 8 dessat. par habitant.
Au reste, le paysan ne cultive des 15 dessat. qni loi appartiennent, qu'un tiers par an; de ce tiers, les trois quarts portent du froment, le reste du seigle, de l'orge et
de l'avoine*!.
On voit peu de chanvre et de lin, et nulle part des graines oléagineuses. Les pommes de terre viennent mal. Dans les jardins, on cultive des choux, des concombres, des navels et des melons.
*) Au dire des paysans, le froment seul offre ici une bonne récolte. Ce n'est d'autre part que le froment d'été qui donne neuf à dix fois le produit de la semence. Quant au froment d'hiver, rarement on en obtient plus du cinquième grain.
On laboure ici avec la charrue à roues, appellée pflug même par les Russes, ce qui fait supposer qu'ils tiennent cet instrument aratoire des colons allemands. On l'attelle ordinairement de quatre à six boeufs, et de dix lorsqu'il s'agit de travailler une terre inculte ou la tourbe. Comme il est rare qu'un paysan possède à lui seul dix boeufs, ils s'aident l'un l'autre, de sorte que les boeufs sont considérés comme formant la propriété commune du village. Le village avait autrefois 24 charrues complètes et 240 boeufs; mais les mauvaises années ont réduit le nombre de ces derniers à 100. Notre hôte, outre le bétail de labour, avait encore 10 à 15 boeufs, 12 à 20 chevaux et 50 à 60 brebis. Quant aux porcs, ils ont été tous vendus dans ces dernières années.
Le prix d'un bon cheval de paysan est de 150 roubles, d'une vache de 40, d'une brebis de 5 à 6. Cependant, ce prix est plus bas de la moitié dans de meilleures années.
Le village est uniquement adonné à l'agriculture. Pendant la moisson, les forces des habitants ne suffisant pas au travail, on loue des ouvriers, qui viennent à cet effet en grand nombre d'en amont du Wolga. Pendant la coupe des foins, la journée se paie quelquefois, non compris la nourriture que l'on fournit également aux ouvriers, deux roubles de banque. Lors de la récolte, on fait des contrats pour toute la saison. Une étendue de terre de 4000 toises carrées est payé 8 à 20 roubles. Moins avancée est l'année et plus bas sont les prix.
Nous avons dit que les paysans de cette contrée ont trop peu de terres. En effet, ils en afferment comme dans d'autres villages du pays. Il faut savoir qu'à cinquante ou soixante verstes de distance de la rive gauche du Wolga, vers le Jaik ou l'Ural, il y a de vastes et d'excellentes terres, utilisées jadis comme pâturages par les peuples nomades des Kirguis, des Kalinouks et des Baschkirs. Ce sont ces terres, aujourd'hui incultes, appartenantes à la couronne et appelées pays des Baschkirs, que les paysans du pays colonisé qui se trouve le long du Wolga, afferment du gouvernement. Celui-ci divise les champs en portions
déterminées (Ulschaski), dont le prix de location «*t-A£ par la cour des domaines. Ordinairement, plusieurs pgjffc sans s'associent pour affermer une de ces portions. Un d'en fait le bail que tonte la commune (Mir) vient ensuite garantir. On dit qu'autrefois des spéculateurs accaparaient la ferme des terres cl les affermaient ensuite aux paysans à des pri\ énormes. Aujourd'hui les paysans de la cooronae jouissent, dans ces locations, d'une sorte de privilège. On a établi partout un prix fixe. Pour la meilleure terre, le prix le plus élevé, à ce qu'on dit, est d'un rouble, 75 COpeks par dessat., le plus bas de 7 à 8 copeks.
Les habitants de Padowka ont affermé de ces terres de la couronne jusqu'à 80 à 100 verstcs de dislance de leur \i liage. En outre, ils ont pris à ferme un terrain éloigné de 1S versles, appartenant à un gentilhomme qui se fait payer par 4000 toises carrées, suivant la qualité du sol, 10 à 20 roubles pour trois ans.
La principale nourriture des paysans consiste en pain de froment et chair de brebis; plus, en une sorte de soupe de vermicelle, en laitage et en chou**). On mange trois à quatre fois par jour. Ce sont chaque fois les mêmes plais, froids ou réchauffés. Pour les adultes, on compte 2 puds do froment par mois. Un pud de sel conte an rouble 70 copeks à 2 roubles; un pud de fer en barres 5 à 6 roubles. Ils cherchent le sel comme le fer à Ssamara. C'est là qu'ils achètent aussi leurs instruments aratoires. Une voiture de paysan coûte 10 à 15 roubles, une charrue à chevaux jusqu'à 15 roubles, une autre à boeufs jusqu'à 30, une herse à dents de fer 5, une hache 2 à 2£9 une faux 4 à 5. On se sert de la faux pour l'herbe et
* ) D'après l'ouvrage de statistique sur Ssaralow do Leopoldow (1827), la population de Ssaralow se nourrit surtout de pain do froment, le seigle étant relativement plus rare dans celle contrée. On trouve beaucoup de melons d'eau, que l'on coupe en morceaux pour les faire bouillir dans une marmite jusqu'au moment où Ton voit se former une sorte de sirop. Celte soupe filtrée et exposée à l'air, devient une espèce d'hydromel.
même pour l'avoine, tandis que le blé se coupe au moyen de la faucille.
Une paire de bottes d'homme coûte 7 roubles, une paire ^de souliers de cuir 1|, de mude 15 copeks; un pud de lin 6, 10 à 12 roubles; le lin est alors confectionné à la maison. Les femmes filent de la laine blanche et noire, qu'elles emploient alors pour le tricotage des bas. Le prix de la chemise de dessus en toile de colon est de 4 roubles, un caftan bleu coûte de30 à 40, le vêlement gris que les paysans portent d'habitude, de 12, le Kuschak de lf-, de 2 et de 4, le chapeau de 2 à 4. Les femmes aiment le luxe dans leur toilette; une coiffure ordinaire ne coûte que deux roubles; mais il y en a qui reviennent à 50; le sarafan habituel en toile peinte coûte 3 à 4 roubles, en toile de coton 5 à 6, une paire de souliers de femme 1 rouble 70 copeks. En général, il y a, à ce qu'on dit, plus de luxe et d'esprit de dépense chez les habitants de la rive gauche du Wolga , que chez ceux de la rive droite.
Dans l'après-midi du même jour (du 28 Juin), nous arrivâmes à la ville de Nikolajewsk, chef-lieu de cercle, mais qui présente un assez misérable aspect. C'était autrefois le village de Metschetnoja que Ton érigea en ville, en lui donnant le nom qu'il porte en l'honneur de l'empereur Nicolas, le tout pour les besoins de l'administration. Si le grand Irgis, qui baigne les pieds de la jeune ville, pouvait devenir navigable, Nikolajewsk aurait pour le commerce beaucoup d'importance*). Le gouvernement favorise par de grands privilèges ceux qui s'établissent dans cette localité. Le premier venu peut s'y fixer et il obtient alors
*) Ce qui le prouve, c'est que le pays situé sur les bords de l'Irgis est riche et bien peuplé. L'Irgis navigable permettrait aux habitants de conduire leur blé el les autres produits de leurs terres vers la rivière du Wolga , celte grande artère du commerce russe. En échange de ces exportations, Nikolajewsk importerait des tuiles, du goudron, du fer, du sel, du bois etc., objets qui manquent à la ville.
100 roubles, une franchise d'impôts de trois dispense personnelle du service militaire* Les habilanlt ont la faculté de se classer à leur choix, parmi les hensu geois ou parmi les paysans. - u
Fondée en 1830, la ville fut dévorée par l'incendie m 1839 ; on la construisit de nouveau et Tannée dernière, elle perdit son église par un second incendie. Rien de plaî triste que les rues désertes où l'herbe pousse en aboi-! dance, que ces maisons pour la plupart délabrées. Qttut à l'ancien village de Metschetnoja , il était d'abord habita on le dit du moins, par des Tartares qui, en cédant la place aux colons russes, ne laissèrent comme souvenir de leur passage que les ruines de leur mosquée ou de leor Metschet,
Le chef de l'administration des domaines nous montra une carte du cercle très-bien dessinée par un jeune paysan qui, pendant trois ans, avait fréquenté l'école centrale^ dans la ville voisine de Wolsk. Kien n'égale la facilité de conception d'un jeune paysan russe, surtout en ce qni concerne les talents imita tifs.
Le fonctionnaire dont je viens de parler, me communiqua sur le pays des notices qui ne manquent pas d'intérêt; les voici.
Toute la contrée de Ssamara jusque vis-à-vis de ratow et même plus loin encore, était jadis une steppe il habitée mais fertile. Rarement les Bascbkirs et les Kirguia» peuples nomades, qui erraient vers l'Est, venaient exploiter ces pâturages. Les terres qui se trouvent au-dessus de Ssaratow, des deux côtés du Wolga, ont été cultivées en premier lieu, grâce à la sollicitude éclairée de Catherine II qui, en 1763, lit venir à cet effet des colons allemands. L'expérience démontra bientôt l'extrême fertilité du sol du moins dans les prés qui longent le Wolga cl notamment dans les bas fonds que traversent des ruisseaux cl de petites rivières. La terre noire s'élève à peu près partout â deux mètres au-dessus d'une couche d argile et de
marne calcaire41). Des plantes, ailleurs au niveau de l'herbe, poussent ici à hauteur d'homme. Les grains donnent, dans de mauvaises années, le cinquième blé, le neuvième dans des années médiocres, et le quatorzième lors des bonnes récoltes.
Autrefois, des propriétaires de terres et d'autres personnes à qui la loi accorde la faculté de la possession territoriale, venaient en grand nombre du midi et du nord demander la concession des terres qu'ils se proposaient de coloniser. Ces concessions étant d'abord accordées avec une grande facilité, une sorte d'émigration eut lieu de l'intérieur de la Russie, en ce sens que les seigneurs envoyèrent ici ceux de leurs serfs, et le nombre en était considérable, dont ils ne savaient que faire. Comme l'on ne prenait aucun soin pour choisir de bons emplacements, celle circonstance, réunie au brusque changement du climat, à une nourriture inusitée et aux fatigues inséparables d'une pareille entreprise, fit mourir les colons par milliers et échouer les établissements projetés. Plus lard, on s'y est pris avec plus de circonspection. A l'heure qu'il est, le gouvernement fait souvent venir lui-même, pour coloniser la contrée, des paysans de ses domaines et des paysans des apanages de l'intérieur du pays.
Dès que les premières années sont surmontées, tout va pour le mieux. Aussi les anciens colons jouissent-ils d'une certaiue aisance. Dans ce moment, tout l'espace en aval de Ssamara, s'élendant dans les terres jusqu'à 50 verstes de distance du Wolga, est entièrement colonisé. Il n'en est pas de même du pays dit des Baschkirs, également fertile et qui comprend 150 verstes, en partant des bords du fleuve. Ce dernier terrain est abandonné à une culture nomade. Les possesseurs des terres colonisées afferment souvent de la couronne jusqu'à soixante ou cent verstes de ces champs qu'ils cultivent, comme je l'ai dit
*) On prétend toutefois qu'immédiatement près de Nikolajewsk, uno forte couche d'argile est couverte d'une couche de terre fort mince, de sorte que ça et là il faut fumer les champs.
plus haut, en se rendant sur les lieux an prii retourner chez eux jusqu'à la moisson, époque oh ils de nouveau couper les grains et les battre. 1U le blé sans emporter la paille. Cette coutume est do en usage dans les villages mêmes ; on n'y travaille qne b champ d'été. Quatre années durant, on sème du fromal d'été (Rjeloturezkj sur la même terre, qui sert ensuite éê pâturage pendant 5 à H ans. 11 arrive toutefois que lu employés des domaines forcent les pavsans à la coIlMl en usage dans d'autres pays, laquelle, comme on sait, prend l'hiver, et dont les paysans, à ce qu'on dit, se vent mieux.
Les récoltes sont d'une abondance inouie. Dans de bonnes années, elles donnent quelquefois 200 roubles 4e produit net par arpent. Malheureusement, trois à quatre années stériles viennent souvent apporter la ruine, la perte du bétail et une terrible disette.
L'absence de toute industrie et la possibilité de s'enrichir dans le cours d'un seul été par un travail facile, en» traînent avec elles une grande légèreté, la paresse et les vices naturels au désoeuvrement. Dans les bonnes années» les paysans prodiguent leur avoir; viennent les mauvaises; et ils manquent de bétail, souvent même des semailles nécessaires et tombent entre les mains des usuriers, des marchands russes ou allemands des colonies. Placer sous tutelle l'économie entière, cl jusqu'à ses plus minces détails, de ces paysans, ce serait leur rendre un service signalé. Avant de les émanciper, il faudrait en faire, par une éducation pleine de sollicitude, de bons et véritables agriculteurs. C'est ce qui est bien prouvé par les quelques localités des apanages qui jouissent en réalité dune sorte de tutelle, et dont Tordre et l'aisance offrent un aspect bien plus satisfaisant que celui des villages domaniaux. Toutefois, ces considérations se bornent à cette contrée seule et ne s'appliquent en aucune manière aux autres parties de la Russie.
Nous quittâmes Nikolajewsk dans l'après-midi. C'est ici que je vis pour la première fois la grande brebis Kir-
guise à la queue de graisse. On remarque de grands troupeaux de cheveaux, conduits par un berger à cheval. Près de Ssaralow, j'ai même rencontré des troupeaux de boeufs également gardés par un berger monté à cheval.
Le second relais à partir de Nikolajewsk, c'est le grand village de Beresowo renfermant à la fois des paysans des I apanages et des paysans de la couronne, 423 des premiers et 640 des seconds. Ce mélange, du reste, se retrouve souvent dans cette contrée. 11 m'a été inpossible de saisir les motifs de cette combinaison fâcheuse, et les raisons qui ; portent le gouvernement à ne pas assigner à chaque mi- ! nistère les villages dont il aurait l'administration spéciale . et exclusive.
Les paysans des apanages et ceux de la couronne n'ont pas, ainsi que l'on pourrait le supposer, des champs séparés; ils forment tous deux une seule commune qui, suivant la coutume russe, distribue les terres d'après le nombre des âmes et en tirant au sort shrebi is odnoi schapki (les billets jetés dans une casquette), pour employer l'expression d'un vieux paysan que mes compagnons de voyage avaient interrogé à cet effet. Mais bien que réunis dans une même commune, ils sont frappés d'impôts qui diffèrent essentiellement les uns des autres. Lesjjaysans d'apanage p aient 29 roubles 20 copeks, les paysans de la couronne 16 roubles 48 copeks, de sorte que les premiers ont une charge plus lourde du double. On conçoit combien celte situation doit irriter les esprits. Si encore chaque catégorie avait ses champs à elle! Dans ce cas, la diversité des impôts se retrouve souvent chez des paysans ayant des propriétés privées. Hais rien n'est dur comme la conviction d'avoir les mêmes droits, puisque chacun reçoit une portion égale des champs de la communauté, et d'être en même temps forcé de payer un impôt de beaucoup plus considérable que celui des voisins. Avant la nouvelle organisation des domaines, les paysans de la couronne étant harcelés cl opprimés sous tous les rapports, tandis que les paysans des apanages étaient long-temps j placés sous une administration protectrice et bien ordonnée,
les privilèges des premiers, quant aux impôt*, étaient sensibles que dans ce moment où les paysans de 1a ''""■ ronne commencent à jouir des mêmes avantages administratifs. En un mot, c'est là, pour les paysans des apanage*, un malaise auquel il serait convenable, ce nous semble, dt porter remède au plus tôt.
Le village de Bcresovo contenant, lors de aa
tion, 500 habitants qui, comme à l'ordinaire, avaient tan 15 dessat. chacun, en renferme maintenant 1063, dosrt cun a 7 dessat. au plus. Au reste, c'est là peut-être h motif qui a engagé les paysans à s'adonner a une culton régulière, dite des trois champs. On ne fume ce-pendaat que les terres dont le blé est destiné au magasin pobJk et pour lequel les paysans des apanages doivent céder et cultiver le seizième de ce qu'ils possèdent. S'il faut «a croire les paysans, ces terres seraient moins bons, qneceas qne l'on ne fume point. Quant au salaire des ouvriers, ii diffère peu de celui de Podafka (voy. plus himi. Il h*| en dira autant du prix du bétail, du bois, du fer etc. ; c'est enfin à peu près la mémo nourriture et le même custnate.
Le 29 Juin au matin, nous atteignîmes le grand Irais, vis-à-vis du village deKuschum. Nous passons la rivière, et sur l'autre rive, toute la commune vient nous recevoir en nous offrant, suivant la coutume de l'Orient et de l'ancienne Russie, le pain et le sel, symboles d'une hospitalité touchante. C'est une race d'hommes belle et forte, an visages pleins de caractère et d'intelligence et qui, le team et l'occasion venant en aide à une direction bien entendue d'en haut , est incontestablement appelée à former un des éléments indestructibles d'une nationalité puissante. Je ma souviens surtout de plusieurs magnifiques tètes de vieillards, dignes et vénérables comme celles des apôtres. Lee femmes sont moins belles, ce qui est cependant moins vrai pour les jeunes filles. J'ai vu parmi ces dernières des enfants de 9 à 12 ans, brillantes de fraîcheur et de béante. Des 56 hommes qui m'entouraient, un seul avait les cheveux et la barbe noirs, huit les avaient bruns, chez le reste, ainsi que chez tous les enfants, les cheveux étaient blonds.
Le village de Rascham renferme, d'après
ment de 1834, 235 paysans des apanages et |?| pjiti de la couronne. Ils habitaient autrefois les taire* qui « trouvent à l'Ouest du gouvernement de Ssarai . ■■■ . et c'ea de là qu'ils sont venus se User à Kuschum, H y a soiiaalt ans. A l'origine, la commune ne comptait que 105 nabi* tants miles. Chacun d'eux avait reçu les 15 de- - ■ antèVa, lorsque, la population s'etant accrue, il fallut «jouter ém terres pour donner le même nombre de dessat. h charw des 248 habitants dont se composait alors le village. Li recensement de 1834 ayant constaté le chiffre de 356, leur assigna un peu plus de 12 dessat. à cbimiii. la population s'est encore augmentée de 106 pav à l'heure qu'il est, n'ont encore rien reçu.
Les paysans des apanages et ceux de lu ■■ n'ayant pas obtenu des champs séparés, ont conçu i ben reuse idée de diviser les terres de la commune, sni leur situation et leur qualité, eu un certain nombre do grandes portions, et chacune de ces portions en 101) pairun moindres. Puis, des sociétés de dix paysans, dans quelles les paysans des apanages et les paysans de la couronne ont été aussi peu mêlés que faire se pouvait, ont tiré au sort pour l'exploitation de ces champs, séparée d'après le système que nous venons d'indiquer. En outre, chacune de ces deux catégories de paysans a sa s(ttrsrkma et son administration à part. Les paysans des apanage» paient 29 roubles 20 copeks par habitant en redevanoaa communales des apanages et de la couronne, plus 5 roubles 71 copeks aux Jaemlschiks, en échange des rclaia da poste que ceux-ci fournissent pour eux, total: 34 rouble» . 91 copeks. Les paysans de la couronne ne paient en leat , que lu roubles 48 copeks par habitant
Au reste, les braves gens nous traitaient avec une franche cordialité, ils nous servaient du Quat, plus clair et plus limpide en cet endroit que l'eau. Nous n'avions garde de refuser, et après avoir rétabli nos forces, nous partîmes.
Dans le village voisin, appelé Selzo Majanja, il me fut donné d'admirer de nouveau la force indestructible du principe communal en Russie. Vers la fin du siècle dernier, le prince Wjasemskij avait fait venir ceux de ses paysans qu'il avait au gouvernement de Kjasan, pour les établir en cet endroit. Le village, qui comprenait 7000 dessat. de terres plus ou moins bonnes, était engagé comme garantie à la banque. PlusJârjj^Jes affaires du prince se t trouvant dans une situation fâcheuse et le village étant mis j aux enchères, les paysans en firent l'acquisition au prix de / 129,000 roubles. Avec les terres ils rachetèrent ainsi leurs j personnes. Ils étaient désormais libres. Maintenant, au lieu de diviser pour toujours les champs comme propriétés privées d'après la quote-part des sommes payées ou qui restaient à payer, ils maintiennent, suivant la coutume russe, la répartition par personnes, et c'est d'après le nombre des j personnes que se remboursent les quote-parts.
EST paysa'hs de ce village (qui cultivent soigneusement la terre d'après l'assolement des trois champs) partagent tous les ans le champ resté en jachère de sorte que chacun d'eux n'exploite le même terrain que pendant deux ans. De cet usage à la coutume des anciens Slaves qui partagaient la moisson sur pied, coutume que l'on retrouve aujourd'hui encore dans quelques parties de la Servie et de la Bosnie, la transition serait facile.
En 1827, lors de l'acquisition des terres par les paysans, ceux-ci étaient au nombre de 287. Dans ce moment, le village a 350 habitants. Que de procès interminables ne devraient point résulter des obligations des acheteurs et de leurs droits acquis, si les usages du pays ne différaient pas entièrement des lois qui nous régissent.
Le 29 Juin, dans l'après-midi, nous arrivons à Schafhausen, la première colonie allemande que nous ayons trouvée sur notre route. Aux environs du village, nous rencontrons des femmes habillées comme des paysannes allemandes, qui reviennent des champs et tricotent en marchant. Nulle part je n'ai vu tricoter les femmes russes, du moins en plein air. C'est que la plupart des paysans Volume II. 3
russes ne portent pas encore de bas et se contentent ét\ morceaux de toile qui enveloppent les pieds.
Dans le \ illuge même, les arbres plantés devant lai maisons ainsi que les jardins bien entretenus et entomè de haies, nous rappelaient la patrie. Les fermes sont déposées à l'allemande, mais la construction des nuirai, | ornées de petites colonnes, de galeries et de berceau f le devant, est à peu près russe. L'arrangement intérievj présente uu mélange des deux styles. On voit l'image dTi Saint russe à l'angle de la chambre, ce qui est an étrange chez des paysans qui professent le culte lutherie* Sont allemands encore le mobilier, les lits, les ustensîla de ménage et de cuisine, enfin le costume. Les premien colons venaient de l'Allemagne, apportant avec eux kl moeurs et les habitudes de la mère-patrie. Les contâmes russes qui s'y mêlaient dans la suite, servaient à former il caractère national nouveau qui les résume tous les deux. Ce n'est que dans les villages où les habitants d'une seule et même contrée de l'Allemagne sont venus se fixer, qae Ton retrouve les usages déterminés de tel ou tel payi. Partout ailleurs, comme nous l'avons dit, la Russie et l'Allemagne ont fait place, quant au genre de vie et à la physionomie des différentes localités, à un troisième terme qui tient de l'un et de l'autre pays. Quoiqu'il en soit, c'est uu effet saisissant que produit cette portion allemande du pays située aux frontières de l'Asie sur les bords do Wolga, et qui , loin de présenter une seule colonie, comprend cent mille habitants sur une grande étendue de terres brillantes de richesse et de fécondité.
Nous ne nous arrêtâmes dans ce premier village que le temps nécessaire pour changer de chevaux. L'occasion de remarquer la diversité de caractère , qui distinguo les deux nations , dut bientôt se présenter. En effet, au lien du Jaemtschik (voilurier) russe , insinuant , joli , flatteur même, qui avait ôté à tout propos sa casquette et ce qui est plus important, lancé ses chevaux à fond de train pour nous conduire avec une rapidité extrême d'un village à l'autre, nous avions h faire maintenant à une espèce de
garçon d'écurie lourd, empesé, ayant l'air de retirer à contre-coeur l'éternelle pipe allemande, lorsqu'il fallut ouvrir sa large bouche pour répondre à nos questions. Quant à conduire au galop, il ne fallait pas y songer; notre homme s'en tenait à uu trot léger propre à ménager ses chevaux. Il faut toutefois lui rendre celle justice que les harnais étaient toujours solidement attachés; il n'avait pas besoin, comme le JaemUchik russe, de sauter cinq à six fois à bas de son siège pour attacher telle courroie, alonger telle autre etc. Dans quelques heures, nous traversâmes les villages de Glaris, Zurich et Sololhurn, dont les noms réveillaient en nous de lointains souvenirs; nous nous arrêtâmes ensuite à Paninskoi pour y passer la nuit.
Pauinskoi est probablement la plus ancienne colonie allemande de cette contrée. Elle a été fondée en 1705. Les premiers habitants étaient pour la plupart venus des bords du Rhin et de la Weslphalic. Nous rencontrâmes des descendants d'anciens citoyens de Mayence, de Trêves, de Bamberg et de Paderborn. L'idiome avait naturellement conservé l'accent rhénan. Les colons, sous la direction d'un premier bourgmestre appelé Schocningcr, s'établirent au milieu des steppes, à une verste de distance du Wolga. Entre le village et le Wolga, le terrain se compose de prés et de pâturages interrompus ça et là par des broussailles de chênes, d'ormes, de trembles et de saules. Les champs labourables se trouvent eu avant du village, vers l'intérieur des steppes. En 1$12, on a accordé à ce village, ainsi qu'à une colonie voisine, l'exploitation dune forêt située au-delà du Wolga. La population étant d'abord peu considérable, les colons s'emparaient de la terre suivant leurs besoins. Plus lard, chose digne de remarque, ils ont spontanément introduit parmi eux. la coutume suivie par les Russes dans la distribution des champs. Ainsi, tous les trois, quatre ou six ans, la commune partage les terres d'après le nombre des habitants. Le terrain se mesure par des cordes longues de 10 loises, appropriées à cel ettet. Le terrain primitivement assigné aux agriculteurs ne suffisant bientôt plus, le gouvernement
a dû a plusieurs reprit». et DoUnmtil ni 1Ô25, 1-40, faire procéder à de août elles distribution*. m'imeot, on peut compter 40e 5 dessaL retiennent i rbarrue. ce <|ui ne comprend donc pas le champ chère. On cultive le blé dans le champ d'hiver, ment, l'orge. l'avoine et les pommes de le champ d'été, i.luani aux pomme* de terre, elle* 1 le mieux dans les bas fonda. Elles onl été importées ] les premiers colons allemands. La culture du assez répandue; il en retient quelquefois 150 puds famille. Ou le vend aux Tscbouwasses el aux Mm qui, de bien loin, tiennent l'acheter. Ou voit ra et là 1 graines oléagineuses. Le pond d'huile coûte actuel 30 copeks, le pud de suif 35 à 40. Les colons ce « vent ni le chanvre ni le lin. Comme cette remarque 1 plique a toute la rive gauche du Wolga, il est a aap) que le terrain n'est pas favorable à ces plantes*), n'emploie pour la charrue que des chevaux, dont 1 trois forment l'altelage. Le champ d'hiver est deux fuis, le champ d'été une fuis. L'engrais étant I perflu , le fumier ecrl de chauffage. Ce n'est pas tonl qu'il n'v ait avantage à fumer le tabac, d'autant plus oaj'aj dire des pat sa ris, le blé planté après le tabac vient 1 le tabac absorbant trop les forces de (a (erre.
Le village renferme 93 fermes et 3*1 habitants. A eux tons, ils possèdent 592 che veaux , 400 tètes de bétail, 450 brebis. Le prix d'un cheval est de 50 à 150 roubles, d'une bonne vache de 40 à 50, d'un jeune boeuf destiné à l'abattoir, de 20 à 00. Voici maintenant les prix des grains en 1942: farine de froment, 7-J poud: 22 roubles; farine
'l Si le profiteur GoclicI prétend que ces colonies cultivent beaucoup le lin et le chanvre , lurloul en vue de la semence d'huile, il cal probable qu'il faut entendre celte notice de ta rive élcvdc du Wolga et non des prés qui longent le fleuve, à moins que le professeur Gocbcl , commettant une faute naturelle aux voyageurs, n'ait érigé en règle des cas particuliers et exceptionnels.
de seigle, même prix; le sac d'avoine, Bail roubles; on ne cultive guère d'orge et Ton n'en vend point du tout. Une dcssal. plantée de tabac, donne, lors d'une bonne récolte, jusqu'à 100 pouds. Préparé à la russe, le tabac se vend au prix d'un rouble 40 copeks le poud, apprêté soigneusement à l'allemande et appelé alors tabac jaune, le poud revient à 3 et à 10 roubles. Il est à remarquer, que le tabac planté dans les terrains de sable, admet seul la préparation allemande.
La nourriture est généralement celle des paysans allemands. Le malin du café, fait la plupart du temps avec du froment ou de l'orge grillée, puis, de la soupe de farine ou des pommes de terre, des légumes et le dimanche seulement, de la viande. On tue des porcs en automne. Le salaire des ouvriers, à qui l'on fournit en outre le logement et la nourriture, est de 100 roubles, celui des servantes de 50. La paie de la journée varie de 80 copeks à 1 rouble 25 copeks. Pendant la moisson, elle s'élève à 3 roubles, outre la nourriture. Quelques travaux sont donnés h tache. C'est ainsi que, pour citer un exemple, le fauchage et le travail qui consiste à engerber et engranger le blé d'une dessat. de terre, se paient 14 roubles assignats plus 2 pouds de farine avec un peu de sel et de beurre, en tout à peu près 20 roubles. Le prix d'une paire de bottes est de 4 à 8 roubles. Pendant la moisson, les paysans portent souvent des souliers d'écorce de tilleul à 12 copeks la pièce et qui se conservent huit jours. Une redingote de drap bleu coule 30 roubles.
Les paysans de cette localité professent la religion catholique. Ils ont une cure et une école. Le maître d'école reçoit 130 roubles assignats, 13 sacs de froment, autant de seigle et 30 copeks de minercal par enfant. Dans ce village, j'eus la satisfaction de rencontrer les descendants d'un de mes compatriotes, Bernhard Evcrs de Paderborn. Lui-même était mort depuis long-temps, mais je vis sa fille, mariée à un colon allemand, nommé Zimmermann. Comme souvenir touchant de mon pays, on me montra un livre d'heures de Paderborn, religieusement conservé. Un
baptême devant précisément être célébré, je fat pffil' le parrain du nouveau-né. J'acceptai, de sorte q nom se Irouve désormais inscrit dans le registre de h" paroisse de Paninskoi, sur les bords du Wolga.
Nous partîmes ensuite pour le riche village d'Orlevt-»'" koi. L'agriculture est médiocre dans celle contrée, toattftY surpassant celle des Russes qui demeurent dans le YOtt* nage*]. Le tabac seul est cultivé avec soin. Les cotoar allemands de ce pays s'adonnent de préférence aux spéculations commerciales et excitent ainsi la haine et reutb' des Musses, se plaignant de ce que les Allemands, au Ykft dé Ire leurs modèles pour l'agriculture, l'élève du bétail (H1 les métiers utiles, accaparent toutes les branches da coaVmerec et de l'industrie au détriment de leurs voisins — les Russes — - qui se plaisent surtout à ces sortes d'entreprises et qui en revendiquent, pour ainsi dire, la propriété.
A Orlowski, je fus voir un des plus vieux colons» nommé Rothcrmcler. Tout jeune il avait été emmené par ses parents qui faisaient partie de l'émigration. Il était né à Berlin d'un laquais de Frédéric II et d'une étrangère, de la colonie française de cette ville. Rien qu'il eût 88 ans, lorsque je le vis, il jouissait encore de. toutes ses facultés intellectuelles. On en jugera par le récit suivant qu'il nous fit avec une vivacité extraordinaire pour son âge:
') L'instrument aratoire des colonies consiste en un soc de charrue présentant la forme combinée de la charrue usitée dana U Weltcrau et de celle dont on se sert dans la Marche. Pour labourer une terre inculte, surtout dans les steppes , on emploie la charrue a pointe de l'Allemagne. Le soc de fer rond au contraire est préféré pour les champs de tabac et de pommes de terre. Dans tous les pays sablonnent, on retrouve la zoggm russe, instrument aratoire moins utile lorsqu'il s'agit d'Arracher de fortes racines. Les Petils-llussiens emploient une charrue de construction particulière et incommode, tirée par trois chevaux et souvent par six à huit boeufs. On ne trouve de herses en fer que dans les colonies allemandes. — Voyez sur (ont ce qui précède. ((ïocbel, loco rittilo.)
„C'cst en 17G4, disait-il, que les colons au nombre desquels se trouvaient mes parents , descendaient le Wolga. Les b.Ucaux ayant été pris par la glace a Kostroma, il fallut y passer l'hiver. Le printemps suivant, nous arrivâmes ici. Le prétendu village o (Trait un aspect désolant. La plupart des maisons que nous devions trouver toutes prêtes, n'étaient pas même commencées, et le petit nombre de celles que Ton avait disposées pour nous recevoir, ne contenaient qu'une seule chambre. C'est à peine si nous trouvâmes les matériaux de construction nécessaires. Quant au bétail, au\ élablcs, aux semailles, toutes choses que Ton nous avait promises avant notre départ, il n'y en avait qu'une fort médiocre quantité. Il y avait alors entre le Wolga et l'Oural une lande déserte que traversaient, dans leurs courses vagabondes, des troupes de brigands Calmouks. Sur cet espace de terres, chaque colon prit ce que réclamaient ses besoins cl y construisit sa maison. C'est ainsi que dès l'abord des propriétés d'étendue différente devaient se former. Vint le temps des semailles et do la moisson, et l'on put se convaincre que la terre était fertile au-delà de toutes les espérances. Cependant tous les obstacles n'étaient pas surmontés; car, lorsque les Calmouks qui n'avaient pas été trop méchants après tout, étaient partis pour les frontières de la Chine , nous vîmes arriver en grand nombre les Itaschkirs et les Kirguis, peuples sauvages et cruels, contre lesquels nous eûmes à soutenir une lutte longue et sanglante. Au reste, il y avait d'abord, à Orlouskoi, 71 familles qui s'accrurent bientôt jusqu'à 168, et la population augmentant toujours d'une manière fort rapide, le gouvernement dut à trois reprises nous assigner de nouvelles terres (Olwod). C'est ce qui a lieu encore dans ce moment même ou l'on nous donne à ferme i\cs terres dites des Itaschkirs, situées à 80 versles de distance du village et pour lesquels nous payons 98 copeks de fermage par dessat. Nous trouvons enfin les broussailles dont nous avons besoin pour les haies, dans l'Ile du Wolga que voilà!"
C'est ainsi que parla le colon allemand. Ajoutons à
sou mil que l'inégalité des possessions territoriales comme il nous le disait, avait caractérisé le début de hlisscmcnt, fit place dans la suite à la distribution des terres à la russe, en nsage dans les autres cou du pays.
Le. vieux Rothermeler nous fit remarquer encore les fouîmes des colons étant fort occupées par les i de ménage, la préparation du tabac et la surveillance qae nécessite le chauffage composé, comme on sait, de paille et de Iniques de fumier durcies, enfin par le tricotage des bas el le rajustement des babils, il ne fallait point îongtt pour des femmes sollicitées en sens si divers, ni an rouet ni au métier de tisserand. C'est ce qui force les colons d'acheter ailleurs leurs étoffes de laine et de toile.
Nous atteignîmes vers midi la colonie de Kalbcrinenstadt (ville de Catherine), où le pasteur Wallbcrg noua fil le meilleur accueil. Cet homme fort aimable était rempli de prévenances pour ses hôtes. Il nous lit faire la connaissance d'un des plus riches négociants de l'endroit, de M. Seiffert, qui nous communiqua des données pleine! d'intérêt sur la situation commerciale du pays. Le blé est l'objet principal des transactions. Les paiements se font an comptant, ce qui n'exclut toutefois point des délais d'an an et d'un temps plus long, suivant les contrats. Les négociants russes qui, à Astiarnn, ii Nijni etc. font le commerce en gros, sont assez surs. Les négociants aile- . mands, de leur coté, ne se bornent pas à l'exportation dn blé des colonies, mais ils fnnt de grands achats dans le reste du pays. Ayant leurs bateaux à eux sur le Wolga, ils en louent encore d'antres en grand nombre pour le transport de leur marchandise. Les bateaux chargés de grains, remanient cl descendent le Wolga; toutefois cens qui descendent vers Astracan, ne transportent le blé qu'en farine, ce qui explique le grand nombre de moulins à vent que l'on voit dans celte contrée ainsi qu'aux environs de Ssaratow. D'Astracan une partie de la cargaison est expédiée en Perse, tandis que l'autre partie reste sur le rivage de la mer caspienne. Les hàleau\ qui remontent le
fleuve, conduisent, dans lo plus grand nombre de cas, du froment et un peu de tabac des colonies à Nijni- Novgorod et même à Rybinsk. En quittant ces localités, on prend comme charge de retour des poutres, des planches etc., tandis que d'Astracan les bateaux reviennent vides, parce que le système opposé n'offre pas assez de bénéfices et que la surveillance nécessitée par un chargement quelconque, est trop difficile en cet endroit. Les bateliers (Burlaki) sont ordinairement fournis aux négociants par les propriétaires des terres environnantes. Le prix de location d'un homme pour toute la durée du voyage à Nijni ou à Astracan, est presque toujours de 50 roubles. De cette somme, le négociant donne immédiatement 22 roubles comme obrok au seigneur, le reste est payé successivement, pendant le voyage, aux bateliers eux-mêmes. La tâche finie, les derniers retournent chez eux, la plupart du temps, à pied, n'emportant guère de leur travail que l'avantage d'avoir soldé leur obrok et d'avoir gagné leur entretien.
Avant de quitter notre colonie allemande, qu'il me soit permis d'ajouter quelques notices sur son histoire, son caractère et ce que j'appellerai sa constitution.
Un oukase de l'impératrice Catherine II, du 22 Juillet 1763, engagea de préférence des colons allemands à venir se fixer en Russie et dans les contrées alors désertes qui longent le Wolga. Le fort de l'émigration a été de 17G4 à 1776. Les colons s'établirent entre Nikolajewsk et Ssaratow, sur les deux rives du Wolga, mais surtout sur la rive gauche*).
Le nombre des colons s'élevait en 1775 à 11,986 hommes et 11,198 femmes
„ 1*06 „ 40,000 Ames
1836 „ 55,476 hommes et 53,45$ femmes, total 108,934 1838 „ 117,880 âmes aujourd'hui „ 150,000 âmes.
; Il y a 56 colonies sur la rive gauche cl 4G sur la ri?e droite, divisées co 10 cercles.
Plus du tiers de ces colons uml se compose en grande partie des ques sont les moins nombreux. Les frais de *ojffr colonisation étaient de 5, l!iî)f> 13 roubles, considérés un emprunt contracté par les colons et qu'ils doivent cessiveinenl amortir. Le gouvernement les ayant du remboursement de 1,210,197 roubles, il cette dette est acquittée dans ce moment jusqu'à reuce de 300,000 roubles. Les colonies po tout >\>,500 ebeveaux, 23>,000 tètes de bétail, 122,006 bis et 92,000 porcs. On dispensa les colons du militaire et pour Irenle-el-nn ans des i m pats. À temps, ils furent frappés des impôts communs à tOMl paysans de la couronne, à savoir, par habitant de 3 Ml Mes de taille personnelle, de 10 roubles d'obrok et ér roubles 50 copeks de redevances communales divm Seulement pour se conformer au désir qu'ils avaient M nifcslé à cet égard, on a réparti les impôts d'une m*Mi particulière en la faisant peser sur la terre. Le gouvm ment est parti de ce point de vue que -la somme lift des impôts peut s'élever aujourd'hui à bOO,000 roublts' chiffre que l'on a obtenu en multipliant le nombre 4 habitants maies qifa fourni le dernier recensement, ■
*) Voici quels étaient, en 1S34, les différents impôts:
roubles copcki roubles •