‹ Études sur la société françaiseChapitre 8 sur 31 · Portrait de La Rochefoucauld fait par lui-même · texte numérisé non relu

Portrait de La Rochefoucauld fait par lui-même

dans la société, pour nous faire parvenir à celle qu'on

appelle commode Les femmes ayant naturellement

plus de mollesse que les hommes tombent plus tôt dans ce relâchement et y perdent davantage; l'autorité du sexe ne se maintient pas ; le respect qu'on lui doit diminue, et l'on peut dire que Ihonnète y perd la plus grande partie de ses droits.

L'Appendice au tome 1^"^ des Œuvres de La Rochefoucauld doit un autre et non moins vif intérêt à la découverte faite par M. Régnier, dans le château deLiancourt, d'un manuscrit qui n'est ni le manuscrit employé par M. Gilbert, ni celui de M. le comte de Barthélémy; de là une nouvelle série de variantes qui s'ajoutent à celles de l'édition de 1664 et de la copie de 1663 et qui, rapprochées du texte de 1678, offrent la matière d'une fertile et attrayante étude littéraire et morale. Ce n'est pas tout : le manuscrit de Liancourt contient aussi du La Rochefoucauld inédit, non pas seulement une courte maxime d'un intérêt contestable, mais des pages entières d'une réelle valeur, les unes d'une authenticité certaine, comme le Projet de mariage de mademoiselle de Montpcnsier avec M. de Lauzun, les autres d'une authenticité plus que probable et qui ont pour titre : Portrait de madame de Montespan; Remarques sur les commencements de la vie du cardinal de Richelieu; le comte d'Harcourt.

Ces dernières pièces, outre qu'elles sont comprises dans un volume qui ne contient que des

('Ciits de La Rochefoucauld, trahissent manifestement la main d'un maître, et je crois avec M. Paul Mesnard, excellent juge en ces fines expertises, ([ue cette main est celle de La Rochefoucauld. L'auteur des Mémoires s'y trahit par sa vive façon (le pénétrer et d'expliquer le caractère et le rôle d'un personnage, de presser et de hâter les événejuents vers le but, et aussi par la quaUté de son ironie tantôt gUssée, presque imperceptible, tantôt ramassée dans un trait sobrement expressif. Il dira, pour désigner certain genre d'entremise qui pressentait ou devançait les désirs du roi, que madame de Montespan se confia à sa beauté, à son esprit et aux offices de madame de Montansier^ ou bien pour montrer l'étrange dépendance où la maîtresse avait réduit l'épouse et la reine, il écrira que Marie- Thérèse '< devait à madame de Montespan les marques d'amitié et de douceur qu'elle recevait du roi. » Ailleurs, parlant du comte d'Harcourt, un médiocre capitaine admirablement servi par les hasards de la guerre, il l'appellera aA'ec une heureuse insolence « un chef-d'œuvre de la fortune ». La Rochefoucauld, au contraire de Saint-Simon, est passé maître dans l'art de gouverner et de mesurer sa verve, et le Portrait du cardinal de ffetz, qui vient encore grossir notre appendice uràce à l'une de ces précieuses indications dont M. de BoisUsle est coutumier, témoigne par ses différences sensibles avec celui que nous avait

transmis le chevalier Perrin, par ses touches plus discrètes, ses tempéraments et ses retranchements opportuns, que son auteur excellait à se jouer parmi les plus fines nuances de la satire, de façon à paraître presque impartial dans la peinture d'un ennemi. Il est vraisemhlable que ce premier portrait est celui dont le léger « ragoût » de franchise plut à madame de Sévigné et ne déplut pas au cardinal; si Retz avait lu le second, il eût certainement souhaité moins d'assaisonnement, moins de ragoût à la louange.

On voit Tintérèt de ce petit volume qui s'appelle modestement un Appendice : il nous donne beaucoup plus que nous n'étions en droit de lui demander, puisque non content de nous offrir avec une excellente notice bibliographique les derniers travaux dont le livre des Maximes a été l'objet en France et à l'étranger, il accroît l'édition des Œuvres de La Rochefoucauld de richesses originales. C'est rhonneur de la maison Hachette et de ceux qu'elle a associés à la plus hardie et à la plus belle de ses entreprises, de porter jusqu'au scrupule, jusqu'à la passion, la probité du savoir; de ne regarder ni au temps, ni à la peine, ni à la dépense pour satisfaire les doubles exigences des lettrés et des érudits ; c'est à ce prix qu'on obtient les plus difficiles suffrages et (ju'on ('lève un monument : le mot n'est que juste pour caractériser la Collection des grands écrivains de France.

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