AVANT-PROPOS
On s'est demandé quelquefois si Tinstruction rendait l'homme plus honnête , plus sociable et plus facile à gouverner. Je pense que ce doute injurieux aurait été plus rarement exprimé si un plan d'éduca^ tion, quelque simple qu'il fût^ comprenait toujours une étude qui attirât l'attention des jeunes gens d'abord sur les penchants et les facultés que nous avons reçus individuellement de la nature, et ensuite sur la nécessité des modifications que ces facultés et ces penchants doivent subir dans l'état de société.
La curiosité humaine a promené partout ses investigations ; le moindre rameau de l'arbre scientifique , amplifié par de nouvelles découvertes, est devenu lui-même le tronc d'une science spéciale. Ne serait-ce pas le moment de donner à la morale un développement analogue et de dire à l'homme, non-seulement ce qu'il doit faire, mais encore pourquoi il doit le faire?
Il AVANT-PROPOS.
La diilusion des lumières s'exerce dans tous les sens ; et , tandis que les érudits agrandissent le domaine du savoir, \h lecture devient un mystère de moins en moins ignoré; aujourd'hui le journal et le feuilleton pénètrent où jadis à peine parvenait lai* manach.
Le résultat d'une civilisation aussi avancée est de créer des besoins nouveaux ; c'est de rendre les satisfactions morales non moins indispensables que les satisfactions matérielles. Ainsi, dans nos grandes yilles, rhomme du travail manuel , bien qu'il manque souyent des choses les plus nécessaires à la vie, possède néanmoins son théâtre et sa presse^ et il prélève sur son modeste salaire les rémunérations des écrivains qui défendent ses droits, soutiennent ses intérêts^ flattent ses affections ou ses haines.
Lorsque^ dans d autres temps, la classe intermédiaire arriva par le travail à une situation indépendante , lorsqu'elle eut , en dehors de la noblesse , ses plaisirs et ses distractions littéraires, eUe mit son amusement à bafouer les marquis et à ridiculiser les comtesses. Le peuple, en parvenant à son tour à Témancipation intellectuelle, suit ce modèle et le dépasse.
Pour qu une œuvre d'imagination obtienne anjourd'hui son suffrage, il faut, le plus souvent, que dans celle œuvre Tégi^lsle el Thomme sans foi appartiens