‹ Études sur la sociétéChapitre 2 sur 41 · AVANT-PROPOS. III · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. III

nent à la classe opulente, tandis que toutes les vertus y sont le partage de celui qui n'a rien.

C'est là , je le sais , une des faiblesses les plus vulgaires de Thumanité ; autant nous aimons à dominer, autant nous aimons peu tout ce qui nous domine; mais les hommes de lettres , en exploitant cette faiblesse dans l'intérêt de leur popularité ou de leur fortune , n'en ont pas moins développé des préventions bien contraires aux relations pacifiques et fomenté une défaveur presque générale contre la société.

L'intérêt d'un drame ou d'un roman ne repose-t- il pas toujours sur des exemples présentés avec art et dans lesquels la loi paraît avoir tort ? La société , on la traite littéralement de stupide ; si l'on en croit certaines déclamations , il n'est pas d'injustice dont elle ne soit coupable. Oii dirait qu'un génie malfaisant l'a

organisée de manière à mécontenter tout le monde, et qu'il a pris à tâche de la rendre haïssable.

On aura beau déblatérer contre elle^ assurément elle possède un mérite qu'on ne saurait lui ôter; c'est à elle que nous devons le peu de bien-être et de bonheur dont nous jouissons ici-bas, et il faut bien que ' cette vie si misérable et si décriée ait encore quelque valeur à nos yeux, car très-peu d'entre nous désirent labandonner.

Nous avons donc envers la société existante une dette de reconnaissance que nous n'aurons jamais ^ je

Page 1