A. AGENTS MÉCANIQUES
Je rangerai dans cette catégorie : l'agitation ( comprenant la rentrée brusque des gaz), la pression, les mouvements vibratoires, l'influence des corps poreux, l'influence des corps divisés, l'endosmose.
L'agitation et la pression, la rentrée lente ou brusque de Tair ou des gaz sont sans aucune influence sur la sursaturation, comme cela résulte de plusieurs expériences citées plus haut. Il en est de même des mouvements vibratoires exécutés dans la masse du liquide. Ainsi, j'ai constaté que l'état de sursaturation des solutions salines persistait en faisant passer pendant plusieurs
heures, avec des alternatives de repos, un courant d'air calciné amené dans le liquide par un tube étroit, et même quand Tintroduction régulière de Tair occasionnait un mouvement vibratoire continu, assez intense pour produire un véritable son.
On arrive à la même conclusion en employant des corps poreux récemment calcinés et en les projetant au moyen de l'appareil décrit plus haut [PI. /, fig. 9). Les corps qui ont été expérimentés sont ; la pierre ponce, Tamiante , un fragment d*os brûlé et blanc, un fragment d'os calciné noir, le charbon de bois, le noirde fumée, Tépongeet lenoirde platine.
J'ai examiné aussi l'influence des corps à un état de division extrême, tel que le charbon dans la fumée. Pour faire arriver de la fumée dans la solution sursaturée , je fls communiquer un ballon de sulfate de soude vide d'air avec l'appareil à projection simplifié en le privant des tubes en U qui renferment la pierre ponce ; je plaçai ensuite un peu de matière organique dans le tube en platine et en faisant le vide, puis en donnant accès à l'air, je fis rentrer en même temps de la fumée dans le ballon ; la liqueur qu'il contenait conserva indéfiniment sa limpidité en présence de la fumée.
L'action de l'endosmose a été étudiée au moyeu de l'appareil suivant : plusieurs ballons de litre [Pi. Il, fig. 13), contenant une solution chaude de sulfate de soude , furent fermés avec des bouchons en caoutchouc traversés par plusieurs endosmomètres à membrane animale contenant des solutions de gomme , de sucre et de chlorure de calcium. La tige de Tendosmomètre , percée dun trou en a, recourbée et un peu étranglée en B, venait s'engager en C dans le tube de l'appareil destiné à fournir de l'air calciné. Le liquide des ballons était porté à Tébullition que l'on maintenait quelque temps, puis on laissait refroidir de manière à remplir l'appareil d'air calciné, on détachait alors le ballon par un jet de flamme en B , et on l'abandonnait à la température ordinaire.
Le liquide s'éleva dans les endosmomètres au-dessus du niveau RS , à des hauteurs variables suivant la nature de la substance employée; mais dans aucun il n'y eut de cristallisation en masse. A la longue , il se forma quelques cristaux de sel à 7 équivalents d'eau sur les endosmomètres. Après plusieurs jours, le niveau du liquide resta stationnaire en A.
Remarques importantes.
Plusieurs de ces appareils, fermés avec d'excellents bouchons en liège , furent abandonnés dans le laboratoire , et pendant longtemps ils résistèrent à toute cause de cristallisation. Au bout d'un an environ , ils étaient encore intacts ; mais j*eus l'occasion d'observer des moisissures qui recouvraient la surface du liquide dans quelques-uns d'entre eux. Cette observation confirmait le fait analogue constaté par M. Jodin en 1860 '.
Les moisissures ont pu se développer dans ces ballons, parce qu'ils contenaient un liquide complexe formé d'eau , de sulfate de spude, de matières sucrées, d'extrait de membranes animales, etc. Il est probable que, dans les ballons de M. Jodin , il y avait aussi quelques matières organiques azotées et des phosphates pouvant servir d'aliments à la végétation qu'il a signalée.
J'attachai un grand prix à cette observation , parce qu'elle me démontrait que des actes vitaux , tels que le développement etMa vie d'organismes inférieurs, pouvaient se manifester dans une liqueur de sulfate de soude sursaturée, sans changer l'étal de sursaturation. Il était donc probable qu'il ne fallait pas chercher la cause de la cristallisation dans les actes physiologiques. Cette observation me démontrait aussi : ou bien que j'avais pu , par l'ébullitibn, détruire la cause de cristallisation sans détruire toute cause de vie , ou bien que des influences extérieures
4 Comptes -rendus j p. 1143 ; 1861.
avaient amené des germes d'organismes vivants qui avaient pu manifester leur action avant la cause de la cristallisation subite des solutions de sulfate de soude.
Toutefois, la sursaturation n'a point persisté indéfiniment ^ns ces appareils. Après quinze ou dix-huit mois, j'ai trouvé , comme cela arrive ordinairement, les liqueurs prises en masse dans tous les ballons bouchés au liège.
B. Agents calorifiques.
L'action de la chaleur a déjà été examinée dans le Chapitre III.
J'ai démontré que la sursaturation cesse pour le sulfate de soude , quand sa température est portée exactement à 8 degrés au-dessous de zéro. Elle cesse également à 34- degrés , température à laquelle le sulfate de soude à 10 équivalents d'eau se transforme en sel anhydre. La sursaturation du sulfate de soude ne saurait donc exister qu'entre deux limites de température inférieure et supérieure qui sont — 8 et -+- 34- degrés.