‹ Études sur la sursaturationChapitre 13 sur 23 · C. Agents électriques · texte numérisé non relu

C. Agents électriques

Les expériences de Gay-Lussac , répétées par Lœwel , montrent que l'électricité ne fait point cesser la sursaturalion. J'ai repris ces expériences en faisant passer dans le liquide ou à sa surface, en présence ou en l'absence de l'air calciné {PL II , fig. 14. et. 15) , un courant électrique ou une série d'étincelles à l'aide de la machine de Ruhmkorff; la sursaturatiou persista malgré les phénomènes de transport et de décomposition qui accompagnèrent l'action électrique. Quand l'étincelle eut passé pendant quelque temps , je vis se former sur l'un des électrodes un dépôt blanc qui était très-probablement du sulfate anhydre.

D. Agents lumineux.

Ils sont sans influence sur la sursaturation.

§ II. •— Agents chimiques.

Les agents chimiques sont généralement sans influence sur la cristallisation quand ils ont été soustraits à Taction de Tair commun. J'ai examiné déjà la plupart d'entre eux dans les chapitres précédents. Aussi me bomerai-je à rappeler que les principaux gaz simples ou composés , le chlore , l'ozone même, Tacide chlorhydrique , l'ammoniaque; les dissolvants, tels que l'eau, l'alcool , l'éther , l'alcool amylique , les huiles ; la glace, les sels solubles , les sels hydratés ou les sels avides d'eau ; les précipités naissants, tels que ceux d'alumine, de sulfure métallique ; les principales substances organiques solubles ou insolubles , ont été tour à tour essayés , et toujours la sursaturation a persisté.

§. III. — Agents physiologiques.

Les substances organisées , celles des plantes formées ou en voie de formation , paraissent sans action sur les liqueurs sursaturées ; c'est ce qui résulte des expériences de plusieurs observateurs et des miennes , exécutées soit à l'aide de l'appareil à projection que j'ai décrit plus haut , soit par d'autres méthodes. Voici quelles sont les principales substances qui ont été essayées :

1" Cellules du coton j

2^ Épiderme du grain d'orge > chauffés d'avance.

3® Intérieur du grain d'orge )

4" Intérieur d'un fruit, d'une poire , non chauffé.

5^ Spores et tiges du Pénicillium glaucum développé sous une cloche à l'abri des poussières de l'air. Il nage à la surface et ne semble point mouillé.

6® Spores et tiges du même , projetées dans des ballons contenant un mélange de sucre et de sulfate.

7** Levure de bière produite à l'abri de Tair ; elle est amenée au contact de la solution sursaturée par la disposition suivante (PLII,fig.i6):

Le col recourbé d'un ballon à sulfate de soude A vient s'engager dans un caoutchouc qu'on peut serrer avec la pince B. Ce caoutchouc est solidement fixé au col et au tube effilé et recourbé qui le termine , et qui traverse de part en part le bouchon du ballon H. La pointe recourbée C se trouve en face d'une tige métallique ED, élargie en D et pouvant tourner autour de son axe. Un tube recourbé RF vient s'engager dans le caoutchouc SL et met le ballon H en communication avec l'appareil destiné à fournir de l'air calciné. Le ballon à sulfate de soude est vide d'air , et son extrémité C vient plonger dans le ballon H , où Ton a placé de l'eau de levure, du sucre. On a fait bouillir ce liquide fermentescible et on a fait rentrer par le tube LFR de l'air calciné; un compresseur a permis de fermer le caoutchouc SL. Après plusieurs jours , le liquide du ballon H étant parfaitement limpide , on desserre le compresseur et l'on projette par l'ouverture L une petite cartouche contenant de la levure de bière, puis enfin on adapte au caoutchouc SL un tube abducteur plongeant dans l'eau. La fermentation ne tarde pas à se déclarer , et au bout de quelques jours, quand elle est bien en train, on casse la pointe recourbée C en tournant la tige ED, et en appuyant sur la pince B , on fait entrer un peu du liquide à l'intérieur du ballon A et on abandonne l'appareil. Il n'y a point de cristallisation . même après plusieurs jours. On met fin à l'expérience en faisant rentrer l'air en A : il y a cristallisation. Au microscope , on distingue quelques rares globules de levure dans la masse de cristaux.

8^ Cellules en voie de formation. Voir les expériences d^ M. Jodin , et les observations citées plus haut à l'examen de l'endosmose.

9^ Miasmes qui se dégagent des corps en putréfaction. Voici la disposition qui fut adoptée pour les mettre en présence de la solution sursaturée de sulfate de soude [PL II , fig. 17) :

Un flacon à deux tubulures A contenait un peu de gluten humide. Dans la tubulure B se trouvait un bouchon en caoutchouc dans lequel passait Textrémité recourbée du ballon C renfermant une solution sursaturée de sulfate de sonde. Dans l'autre tubulure D se trouvait également un bouchon en caoutchouc, dans lequel passait un tube de verre qui d'une part était en communication avec un tube barométrique E, et d'autre part avec la partie de l'appareil à projection qui permettait de faire le vide dans le flacon et d'y laisser rentrer de Tair calciné. Après avoir fait plusieurs fois le vide qui se maintint parfaitement et après avoir chaque fois laissé rentrer de Tair calciné , je détachai à la lampe la partie gauche de l'appareil par un jet de flamme appliqué en F. Le gluten ne tarda pas à entrer en pleine putréfaction; après quelques jours, des gaz se dégageaient abondamment en H ; alors je cassai la pointe du ballon en appuyant à faux en B ; il y eut rentrée brusque des gaz du fiacon A , et je n'observai point de cristallisation. L'appareil tenait bien le vide , car le niveau du mercure qui était remonté en G resta stationnaire. Après cinq jours, comme aucune modification apparente ne s'était produite , je détachai , par un jet de flamme en I , le ballon et le flacon , et , en les renversant et en les secouant , je fis tomber sur les parois du flacon un filet de liquide qui cristallisa immédiatement; je pus ainsi constater que le gaz du flacon , qui prenait la place du sulfate de soude , ne le faisait point cristalliser. La liqueur demeura parfaitement limpide dans le ballon. En ouvrant lé flacon , je reconnus que le gluten était en pleine décomposition par l'odeur putride qui s'en dégageait.

Ainsi les gaz et toutes les substances miasmatiques qui se

dégagent du gluten en putréfaction ne font point cristalliser le sulfate de soude , et pourtant il y a sur les parois quelque agent qui détermine la cristallisation.

Conclusions déduites des cinq Chapitres qui précédent.

De tout ce qui précède , il est permis de conclure que :

I. La sursaturation, telle que je Tai définie, est comprise, pour le sulfate de soude , entre les limites de température de -^ 8 et de -f- 34 degrés.

II. Aucun agent physique , chimique (à l'exception d'un seul) ou physiologique ne fait cesser la sursaturation du sulfate de soude au-dessus de — 8 degrés.

III. Parmi tous les corps de la nature soustraits à Tinfluence de l'air commun , et ne pouvant occasionner un abaissement de température de 8 degrés au-dessous de zéro par leur contact avec une solution sursaturée de sulfate de soude , il n'y en a qu'un seul qui fasse cristalliser immédiatement ces mêmes solutions : cest le sulfate de soude à 10 équivalents d^eau»

Reste maintenant à déterminer le mode d'action spécial de l'air ordinaire sur les solutions sursaturées : c'est ce qui fait l'objet du chapitre suivant.

-tsi-

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