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CHAPITRE VI

COMMENT l'air ORDINAIRE AGIT SUR LES SOLUTIONS SURSATURÉES. ACTION DES PRINCIPAUX AGENTS SUR LES POUSSIÈRES QUI ONT LA PROPRIÉTÉ DE FAIRE CRISTALLISER CES MÊMES SOLUTIONS

§ I. — L'air n*offre pas avec continuité la cauie de la cristallisation des solutions sursaturées.

Dans le but de faire sortir de Tétat d'incertitude et de mystère dont -elle était entourée jusqu'à présent l'influence de l'air sur les solutions sursaturées , j'ai institué une série d'expériences destinées à fournir par leur précision des résultats définitivement acquis à la science. La tâche m'était rendue facile; je n'avais qu'à prendre pour modèle les remarquables travaux de M. Pasteur sur les générations spontanées, et à reproduire les expériences si précises et si rigoureuses de ce savant , en remplaçant le liquide fermentescible des ballons dont il se servait, et dans lequel le vide était fait par ébullition , par des solutions sursaturées de différents sels. Je me contenterai de rapporter les principales expériences que j'ai faites sur ce sujet.

Expérience des ballons à cols sinueux.

Si l'on introduit une dissolution chaude de sulfate de soude dans des ballons à cols sinueux [ PL II, fig. 18 et 19J, et si l'on porte le liquide à l'ébullition pendant quelque temps en tenant d'abord les cols relevés, de manière que la vapeur d'eau condensée fasse retomber dans l'intérieur la solution saline adhérente aux parois , puis , qu'après avoir fait sortir abondamment la vapeur d'eau par l'extrémité ouverte , on laisse refroidir lentement l'appareil , on constate que dans ces conditions , les

solutions Salines peuvent se maintenir très-longtanps à Tétai de sursaturation. Ainsi , je conserve depuis 1860 de semblables ballons qui ont été souvent maniés et transportés d'un lieu à un autre en subissant toutes les variations de température des saisons qui n'ont produit d'autre effet que de permettre au liquide de déposer des cristaux de sulfate de soude à 7 équivalents d'eau ou de dissoudre ceux qui s'étaient formés.

Autre expérience.

Si l'on casse la pointe d'un ballon contenant du sulfate de soude maintenu à Tétat de sursaturation en présence de Fair calciné , et si Ton amène le liquide en contact avec l'air ordinaire par une surface de 1 centimètre carré environ , il arrive dans bien des cas , surtout dans une atmosphère tranquille, que la liqueur ne cristallise pas pendant très-longtemps. On peut même faire sortir au dehors une goutte de liquide qui reste parfaitement limpide dans l'air. Au bout d'un temps variable, tout se prend en masse. L'agitation de Tair avec la main favorise beaucoup la cristallisation.

Expérience $ur un air non agité.

Je fis communiquer avec l'intérieur d'un flacon de plusieurs litres , sec et contenant de l'air ordinaire , la pointe d'un ballon, rayée d'avance , et passant à travers un bouchon en caoutchouc qui fermait hermétiquement le flacon , puis j'abandonnai l'appareil au repos pendant au moins vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, je cassai la pointe du ballon en l'appuyant à faux contre la tubulure , et je vis l'air du flacon rentrer brusquement dans le ballon où le vide avait été fait par Tébullition, en passant à travers le liquide qui conserva sa transparence. Chaque goutte de liquide qui tombait sur la paroi du flacon se

prenait en mas^e ; il se forma à la longue nne véritable stalagmite de sulfate de soude cristallisé sur le fond du flacon , les Ttriations de là température ambiante déterminant la sortie du liquide. Cette même expérience dure encore depuis 1860 , sans que le liquide ait perdu sa limpidité ; la stalagmite dans le flacon a maintenant 1 décimètre de hauteur^ et l'appareil offre la disposition représentée [PI. II, fig.W)^. L'air qui est rentré successivement dans le ballon à travers la solution , et qui n'a pas la propriété de la faire cristalliser , est de Tair ordinaire ; il n'a été modifié ni par le feu ni par le tamisage , circonstances qui , comme on le sait, lui font perdre cette même propriété ; toute la différence qu il présente avec Tair ordinaire pris à côté de lui , et qui fait cristalliser, c'est qu'il a été abandonpé à luimême pendant viDgt-K]uatre heures environ. La cause de la cristallisation n'est donc plus dans cet air; elle s'y trouvait primitivement , et l'expérience nous montre qu'elle est maintenant sur les parois du flacon ; évidemment cette cause est localisée dans l'air , et elle réside dans quelque poussière qui a dû $e déposer.

On objectera peut-être que l'air est confiné dans cette expérience, et que, dans celles qui précèdent et dans celle-ci, l'air

1 Cette expérience permet d'isoler les cristaux transparents qui prennent naissance assez fréquemment dans les solutions sursaturées de sulfate de soude et que Lœwel considère comme renfermant 1 équivalents d'eau. On peut f en effet , par des secousses répétées , enlever complètement d'un ballon tout le liquide qu'il renferme , et en le transportant , l'ouverture eh bas , dans un autre flacon contenant de l'acide sulfurique , faire égoutter les cristaux de 1 hydrate dans un air desséché.

J'avais disposé deux expériences de ce genre , Tune avec du sulfate de soude , l'autre avec du sulfate de magnésie, pour vérifier si réellement les cristaux avaient bien la composition que leur assigne Lœwel. Les cristaux sont restés très-longtemps transparents et ils étaient devenus parfaitement secs ', mais l'expérience ayant été prolongée au-delà du terme qu'elle aurait dû atteindre , ces cristaux ont fini par s'effleurir. J'ai donc dû admettre , dans ce travail, les formules données par Lmwei, snuf vérification ultérieure.

rentre dans les ballons avec des mouvements lents qui pourraient bien être la cause même de la cristallisation; les eipérîences suivantes sont destinées à mettre fin à toute réplique.

Expériences sur l'air ordinaire pris dans des circonstances

diverses.

Depuis 1860, j'ai soumis des solutions de sulfate de soude contenues dans des ballons où le vide avait été fait par ébullition de la liqueur, à Faction de Tair ordinaire recueilli dans des circonstances trës'diverses , en prenant des précautions analogues à celles qui sont recommandées par M. Pasteur dans son travail sur les générations spontanées. Voici comment j'ai opéré le plus ordinairement :

Arrivés an lieu de leur destination, les ballons, malgré le nettoyage qu'ils avaient subi après leur préparation faire comme il a été dit au § III du chapitre IV, étaient, lavés par immersion complète pendant plusieurs heures dans de grandes cuves remplies d'eau. L'extrémité du col du ballon encore humide était rayée avec une lame tranchante d'acier mouillée, et les ballons subissaient un nouveau lavage avant d'être transportés à l'endroit où je devais opérer. Je prenais alors la précaution de changer les vêtements qui m'avaient servi pendant ces différentes manipulations, afin d'éviter les poussières de sulfate de soude qui auraient pu provenir des emballages. La prise d*air se faisait en élevant le ballon au-dessus de la tête dans une direction opposée au vent et en brisant la pointe avec une pince de fer à branches polies, construite spécialement pour cet usage, que je retirais de l'eau au moment de m'en servir. Comme on éprouve de trèsgrandes difficultés à sceller à la lampe, en plein air, les ballons que l'on a intérêt à conserver, je me bornais à les boucher, aussitôt après les avoir ouverts , avec de la cire ramollie par l'essence de térébenthine que je conservais sous l'eau^ Ce mode

de scellement provisoire m'a rendu les plus grands services et n'a jamais compromis aucun des résultats de Texpérience. Les ballons étaient ensuite maintenus verticalement jusqu'au scellement déGnitif fait à la flamme de Téolipyle.

Je n'entrerai point ici dans le détail des nombreuses expériences que j'ai faites sur ce sujet (1); il me suffira de dire que sur deux cent quatre-vingt-sept ballons qui ont été ouverts depuis 1860 dans des circonstances très-diverses, il y en a eu cent trente-deux dans lesquels l'arrivée brusque de l'air ordinaire n'a point déterminé de cristallisation immédiate. Tantôt la rentrée subite de l'air faisait prendre en masse toute la liqueur ; tantôt il semblait qu'elle devait conserver sa limpidité ; mais au bout de peu de temps elle se prenait par un ou plusieurs points d'oii la cristallisation rayonnait dans toute la masse ; d'autres fois, ce n'était qu'après le scellement des ballons que la liqueur cristallisait ; quelquefois encore , le phénomène se produisait seulement quelques jours après cette dernière opération. J'ai pu conserver jusqu'ici la plupart de ces cent trente-deux ballons, dans lesquels la liqueur s'est maintenue limpide pendant plu • sieurs années, à l'exception d'un petit nombre cassés par accident et d'un plus petit nombre dans lesquels la cristallisation s'est opérée peu de temps après le retour.

« Ce mode d'expérimentation me parait aussi simple (2) qu'irréprochable pour démontrer que l'air ambiant n'offre pas, à beaucoup près avec continuité, « la cause de la cristaWsation des liqueurs sursaturées, d et qu'il est toujours possible de prélever dans un lieu et à un instant donné un volume considérable d'air

i A^oiV, pour plus amples renseignements, un mémoire ayant pour titre : De la dissémination du salfate de soude dans Voir de localités diverses , publié dans ce volmne à la saite de ce premier mémoire «

^ Je me sers à dessein des termes mdmes employés par M. Pasteur dans son Mémoire sur la doctrine des générations spontanées.

ordinaire, n'ayant subi aucune altération physique ou chimique^ et néanmoins tout-à-fait impropre k provoquer la crUtallisation dans une liqueur à Véiat de gursaturaiion, »

§ II. — L'air provoque la cristallisation des solutions sursaturées par ses poussières.

On pourrait aller plus loin, et déduire des expériences qui précèdent et des anciennes expériences de Lœwel sur le retard apporté à la cristallisation du sulfate de soude exposé à Tair dans des tubes de différents diamètres (1), que la cause de la cristallisation doit résider dans quelque poussière solide tenue en suspension dans l'air ; mais, pour éviter toute objection, j'ai cru devoir faire la démonstration directe de ce fait important, et je pense avoir atteint le but que je m'étais proposé à l'aide de l'expérience suivante.

Je calcinai au rouge, dans un creuset de platine, une certaine quantité d'amiante, que je divisai en deux portions ; chacufte d'elles, revenue à la température ordinaire , n'exerçait aucune action sur la solution sursaturée de sulfate de soude.

Sur la première, contenue dans un tube de verre calciné, je fis passer, un courant d'air ordinaire, pendant douze heures environ, à l'aide d'un aspirateur. Sur la seconde, disposée comme la première, je fis passer, au moins pendant le môme temps, un courant d'air calciné, en disposant l'appareil pour que l'air arrive froid sur l'amiante, après avoir été tamisé à travers une colonne de pierre ponce de 80 centimètres*de longueur. La première portion mise en contact avec une solution sursaturée de sulfate de soude , à l'aide de l'appareil à projection (PL I, fig. 9)

idnnaUê d* Chimie et de Ph^tiqu^ , 8® dérie, t. ZXIX, p« 105 et 8UT,

décrit plus bant, en détermina instantanément la cristallisation, et je vis les cristaux prendre naissance sur les brins d'amiante et de là se propager rapidement dans toute la masse. La seconde portion ne fit nullement cristalliser la solution saline , même après avoir prolongé pendant soixante-douze beures le passage de Tair calciné et refroidi.

Que conclure de là ? Puisque tout est semblable dans ces deux expériences disposées pour ainsi dire parallèlement, si ce n'est que dans Tune on a de Tamiante sur laquelle on a Tait passer de l'air ordinaire, tandis que dans l'autre, Tamiante a été soumise au passage de l'air calciné ; puisque ni l'amiante ni le petit tube de Terre qui la contient n'ont d'action sur les dissolutions salines sursaturées, il faut bien admettre que Tair ordinaire a dû déposer sur Tamiante quelque substance solide qui possède la propriété de faire cesser l'état de sursaturation des solutions salines ; cette substance détruite ou modifiée par le feu, se rencontre dans les poussières tenues en suspension dans l'air et qui se déposent à la surface des corps maintenus en contact avec lui pendant un temps convenable. Cela explique pourquoi les corps e]t^osés à Pair pendant un certain temps ne déterminent la cristallisation que par le contact de leur surface avec les liqueurs sursaturées.

On peut arriver au même résultat en exposant simplement à l'air la première portion d'amiante préalablement calcinée, tandis que la seconde reste enfermée pendant le même temps dans un vase scellé à la lampe, en présence de l'air calciné et froid. Au bout de vingt-quatre heures, j'ai vu que la première portion faisait toujours cristalliser le sulfate de soude ; jamais la seconde ne produisait cet effet, quelle que fût la durée du contact de l'air calciné et malgré l'agitation que j'imprimais de temps à autre au tube dans lequel l'amiante était placée.

Il résulte de ces expériences et de celles qui ont été décrites dans 1«9 premiers chapitres de ce travail, que la cattse de la

cristallisation des solutions sursaturées « est uniquement due aux particules solides en suspension dans Tair. Gaz, fluides divers, électricité, magnétisme, ozone, choses connues ou choses occultes, il n*y a absolument rien dans Tair atmosphérique ordinaire qui, en dehors de ses particules solides, soit la condition ' 9 de la cristallisation des liqueurs sursaturées.

§ III. — liature et mode d^aetion des pouêsiéreê de Vair qui font cristallùer les tolutions sursaturéee.

Reste maintenant à déterminer quelle est la nature et le mode d'action de cette substance solide, cause des phénomènes dont il s'agit. Pour résoudre la question, j'ai d'abord recueilli une certaine quantité des poussières de l'air et je les ai ensuite soumises à l'action de différents agents. Voici comment j'ai opéré.

Pour recueillir les poussières de l'air, je me servais d'un aspirateur à bascule à deux réservoirs ; l'un , d'une capacité de 10 litres, en se vidant dans l'autre, forçait l'air à passer sur une bourre d'amiante calcinée, placée dans un tube court de verre de 15 millimètres de diamètre, qui établissait la communication entre l'air extérieur et l'aspirateur. L'air sur lequel j'ai opéré était pris dans la cour de la Faculté des Sciences de Lille ; de temps à autre, les filaments de la bourre d'amiante étaient remaniés avec des pinces en métal, afin que tous les brins fussent imprégnés de la même façon ; je ne faisais jamais passer moins de 2000 litres d'air sur les bourres avant de les employer. J'avais fait choix de l'amiante calcinée comme support des poussières, parce que cette substance, inactive sur les solutions sursaturées, se divise facilement en filaments fins, élastiques, résistant aux dissolvants et aux agents chimiques les plus énergiques.

^ M. Pasteur, loe, eit.

Le procédé que f ai employé pour mettre en contact avec les solutions sursaturées ces poussières de l'air , qui avaient subi des influences déterminées , est très-simple. Avec ces bourres de 15 millimètres de diamètre environ dont il vient d'être question, je confectionnais d'autres bourres beaucoup plus petites , en ayant le soin de prendre des filaments en différents points de la grosse bourre. Chacune de ces petites bourres était divisée en deux parties aussi homogènes que possible , lesquelles étaient introduites dans de très-petits tubes de verre , dont les bords faisant légèrement saillie à l'intérieur pouvaient retenir les filaments d amiante. L'une d* elles était destinée à Texpérience; l'autre composée dans des conditions aussi identiques que possible , servait à une contre-épreuve qui a toujours été faite dans les expériences que je vais rapporter. Ces bourres ou cartouches, contenant les poussières de l'air , étaient mises en contact avec les solutions salines à l'aide de l'appareil à projection {PL /, fig. 9) décrit plus haut.

Action dei agents chimiques gazeikc sur les poussières de (air qui font cesser la sursaturation.

Je me suis borné à examiner l'action des agents chimiques gazeux les plus énergiques , tels que le chlore , le brome en vapeur y l'iode en vapeur sur les poussières de l'air qui ont la propriété de faire cristalliser les solutions sursaturées. Dans ce but , je fis passer un courant du gaz ou de la vapeur dont je voulais déterminer l'action sur plusieurs petites cartouches placées dans un tube de verre préalablement chauffé ; puis ce tube était scellé aux deux bouts. L'appareil à projection (PL /, fig, 9) ayant été rempli d'air calciné, j'ouvris le tube scellé à une de ses extrémités , que j'introduisis rapidement dans la branche H du tube en U , désigné par I , en inclinant un peu

cette branche. Âpres avoir refermé l'appareil à projection , je fis passer la cartouche dans le tube en U. J'introduisis dans le tubeP la cartouche d'essai correspondante qui avait été mise en réserve y puis , le vide étant fait , je projetai la première dans la solution sursaturée ; je reconnus qu'elle faisait toujours cristalliser la liqueur , quel que fut le gaz employé.

Action des dissolvants sur les poussières de tair qui font ^cesser la sursaturation.

Pour déterminer cette action des dissolvants, je plaçais pendant quelques heures , quelques jours même , une des petites cartouches préparées -comme il vient d'être dit dans le dissolvant, la cartouche d'essai toute semblable étant mise en réserve; puis j'introduisais rapidement , et en l'abritant , la première encore mouillée dans le tube I et la seconde dans le tube P de l'appareil à projection (PL I , fig. 9). Je faisais le vide plusieurs fois et je laissais rentrer à chaque opération de l'air calciné et sec , afin de sécher la cartouche encore imprégnée du dissolvant, puis je la projetais dans le ballon X. Si , par suite du dissolvant employé , la cartouche ne faisait pas cristalliser immédiatement, je faisais le vide pour retirer l'air du petit tube afin de forcer le liquide à y pénétrer , puis je détachais le ballon X à la lampe , pour le mettre en réserve ; je le remplaçais immédiatement par un autre ballon , dans lequel je projetais la cartouche d'essai du tube P , qui , dans toutes les expériences , a toujours provoqué la cristallisation. Je reconnus ainsi que les petites bourres d'amiante, même après un séjour de cent heures dans 1 décilitre environ d'alcool , d'éther, d'alcool amylique , conservaient la propriété de faire cristalliser les solutions sursaturées de sulfate de soude, sinon immédiatement, du moins après quelques minutes , lorsque le liquide les avait mouillées ; et en ne perdant

point l'appareil de vue , je reconnus très- nettement que la cristallisation partait tout à coup de Tintérieur du tube , pour se propager de là avec une sorte d'expansion rayonnante dans toute la masse. Les mêmes bourres , après un séjour de quelque temps dans Teau , devenaient absolument impropres à provoquer la cristallisation.

Ainsi donc Teau enlève aux corps la propriété de faire cristalliser le sulfate de soude , ce que ne font ni Talcool , ni Téther, ni l'alcool amylique.

Action de la chaleur sur les poussières de l'air qui font cesser la sursaturation.

L'appareil [PL /, fig. 9) étant disposé comme précédemment , j'introduisis une des cartouches contenant les poussières de l'air en I et la cartouche d'essai correspondante en P , puis je chauffai , a l'aide d'un bain liquide , la première à la température voulue. Un thermomètre t plongeait dans le bain, ainsi qu'un autre thermomètre t' placé à côté dans un tube fermé par un bout^ plein d'air , de même cKamètre que le tube L J'ai reconnu par expérience qu'il faut environ dix minutes pour que le thermomètre f prenne la température du bain donnée par le thermomètre t, La température du bain fut maintenue aussi constante que possible , et après une heure au moins la cartouche fut projetée dans la solution sursaturée. Pendant cet intervalle de temps , le vide était fait plusieurs fois y et il était suivi de rentrées d'air desséché par son passage sur la colonne de pierre ponce imprégnée d'acide sulfurique du tube E.

De deux séries d'opérations faites , l'une en abaissant successivement la température du bain , l'autre en l'élevant sans cesse, j'ai pu conclure avec la phis grande certitude et d'après des expériences répétées que les poussières de Tair chauffées dans

le vide sec à 34 degrés pendant un certain temps , nne ou deux heures environ, cessent de faire cristalliser les solutions sursaturées de sulfate de soude avec lesquelles on les met en contact après qu'elles sont revenues à la température ordinaire , et que à 33^, 5 elles possèdent encore cette propriété.

Les faits contenus dans ce chapitre démontrent que la cause de la cristallisation des solutions sursaturées de sulfate de soude exposées à Tair commun est localisée dans les poussières de Tair; que c'est quelque substance solide , soluble dans l'eau» insoluble dans Talcool, Téther, etc., qui est détruite ou modifiée à la|température de 34 degrés.

Ce sont précisément là les caractères du sulfate de soude à 10 équivalents d'eau : ce sel est soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool, Péther, fusible à 34 degrés ; il perd son eau à cette température et devient alors impropre à provoquer la cristallisation.

Évidemment la cause de la cristallisation des solutions sursaturées de sulfate de soude n'est autre que le sulfate de soude à 10 équivalents d'eau, et si les poussières de l'air font cesser la sursaturation, c'est qu'elles contiennent ce sel, le seul, comme nous l'avons établi plus haut, qui, parmi tous les corps de la nature, possède cette propriété. Ces poussières n'agissent plus après avoir été chauffées dans le vide sec à 34 degrés ou après avoir subi le contact de l'eau, parce que c'est précisément dans ces conditions que le sulfate de soude à 10 équivalents d'eau qu'elles renferment se décompose et devient incapable de faire cesser la sursaturation ou bien se dissout.

Les expériences analogues faites sur le sulfate de magnésie viennent confirmer pleinement et entièrement cette conclusion. Pour ce sel, la snrsaturation n'est plus comprise entre les mômes limites de température; la limite inférieure est au-dessous de — 20 degrés ; la limite supérieure est vers -f- 108 degrés. C'est vers 108 degrés qu'il faut chauffer les poussières de l'air pour

leur faire perdre la faculté de faire cristalliser les solutions de sulfate de magnésie ; à 105 degrés elles la possèdent encore (1). Or, c'est précisément à cette température que le sulfate de magnésie fond, perd son eau et devient impropre à provoquer la cristallisation. Il suit donc de là que la cause de la cristallisation des solutions sursaturées de sulfate de magnésie n'est autre que le sulfate de magnésie lui-même. Il est très-probable qu'il en serait de même pour les autres sels qui ont la propriété de donner des liqueurs sursaturées.

Conclusions générales déduites de ce travail.

I. La sursaturation pour le sulfate de soude est comprise entre les limites de température de — 8 degrés et -f- 34 degrés.

II. Ces limites varient avec les différents sels qui ont la propriété de fournir des solutions sursaturées ; ainsi, pour le sulfate de magnésie, elles sont comprises au minimum entre — 20 degrés et -f- 108 degrés.

III. Parmi tous les corps de la nature, il n'y en a qu'un seul

^ La cristallisation des solations sursiiturées de sulfiaite de magnésie, sous rinfluence des poussières deTair, présente une particularité fort intéressante. Lorsque Ton projette dans une de ces solutions une petite botu're chargées des poussières de Tair aptes à provoquer la cristallisation , on constate que la liqueur ne se prend pas de suite comme cela a lieu pour le sulfate de soude. Bn observant attentivement , on voit , après sept à huit minutes , de petits cristaux naître dans l'intérieur de la cartouche sur les filaments d'amiante ; ces petits cristaux se propagent dans le tuhe , puis disparaissent ; ils sont dissous probablement par l'élévation de température qui accompagne leur formation. On voit en effet des stries à l'orifice de la cartouche , bientôt ils reparaissent sous forme de petites aiguilles très-fines qui ne tardent pas à se répandre dans toute la liqueur, dont elles déterminent la prise en masse avec élévation de température.

qui ait la propriété de faire cristalliser les solutions sursaturées de sulfate de soude, c'est le sulfate de soude à 10 équivalents d'eau.

Une conclusion analogue s'applique très-probablement aux autres sels; elle se vérifie pour le sulfate de magnésie.

IV. La cause de la cristallisation des solutions sursaturées de sulfate de soude exposées à Tair est due à la présence de petits cristaux de sulfate de soude à 10 équivalents d'eau dans les poussières de l'air.

Les différentes dissolutions sursaturées se prennent en masse à l'air, très-probablement lorsqu'elles ont le contact d'une parcelle d'un hydrate de la substance dissoute, comme cela a lieu pour le sulfate de magnésie.

V. Le sulfate de soude existe normalement dans Tair, en quantité variable suivant les circonstances.

VL De là une nouvelle méthode analytique d'une sensibilité extrême, plus grande même que celle de l'analyse spectrale dans certains cas, pour reconnaître des espèces minérales, soit dans l'air, soit dans différents corps solides, par l'emploi comme réactif des solutions sursaturées.

Explication des figures des planches I et II.

Pl. I, FiG. 4. — Tube tbermométrique à réservoir cylindrique, ayant 4 6»» de diamètre sur 40 à 45o de longueur, rempli d'eau à 0® juscpi'à la naissance de la tige en B.

Pl. I, FIG. 2. — Tube analogue an précédent contenant un petit bout de tube de verre mn,

Pl.I, FIG. 3. — Tube analogue au précédent, mais rempli seulement d'eau à 0* jusqu'en H.

Pl. I , FIG. 4. — Appareil servant à déterminer exactement la limite infe rieure de la sursaturation.

A C. Tube de verre scellé à la lampe , plein d'air calciné ou vide d'air.

T. Tbermomètre placé à Tintérieur du tube A G. Le zéro est beaucoup audessus du réservoir.

A G Solution sursaturée de sulfate de soude , avec quelques cristaux en A de sel à 7 équivalents d*eau.

BF. Terrine avec mélange réfrigérant arrivant seulement Jusqu'en B.

Pl. I, nG. 5, 6, 7. — Appareils destinés à déterminer V influence des gax sur la sur saturation.

Pl. I, FIG. 5. ~ A B G. Ballon à col recourbé , scellé à la lampe, contenant une solution sursaturée de sulfate de soude dans lequel le vide a été fait par Tébullition.

A. Pointe légèrement recourbée du col du ballon , portant un trait de lime

en a.

D. Flacon de Woolf, avec tube droit plongeur G et tube abducteur E. F. CnveàTeau.

H. Matière destinée à produire le gaz.

Primitivement le flacon est complètement rempli d*eau. Les bouchons qui le ferment sont en caoutchouc.

Pl. I FiG. 6. — ABC. Ballon analogue àlceluide la flg. 5. D. Flacon plein du gaz sur lequel on veut opérer.

PL. I, FIG. 7. — AB G. Ballon analogue à ceux des flg. 5 et 6.

D. Flacon dans lequel se produit du gaz ammoniac sec.

(j H I. Tube abducteur de 90 cent, de long.

K. Cuve à mercure.

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