‹ Études sur la sursaturationChapitre 23 sur 23 · RÉSUMÉ DU TRAVAIL PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DU TRAVAIL PRÉCÉDENT

PubHé par M. S. GBRNEZ ,

Dans V Introduction historique de tes recherches sur la cristallisation des solutions sursaturées ' .

a Les résultats du travail de M. C. Viollette, vinrent à l'appui » de certains faits constatés depuis longtemps par Schweigger, » ZiZ; Lœwel ; on peut les résumer comme il suit :

» 1^ Un cristal de sulfate de soude ordinaire détermine la » cristallisation de la solution sursaturée ;

I» 2^ Les corps exposés à l'air font cristalliser cette solution ;

3^ On peut enlever à Tair toute action en le tamisant sur D du coton ou de Tamiante ;

» 4^ Les corps exposés à l'air deviennent inactifs quand on les chauffe (de 100 à 140 degrés suivant M. Viollette] ;

» 5° Le contact avec l'eau, prolongé pendant vingt-quatre » heures, enlève toute action aux substances qui font cristal- » liser.

» L'auteur attribue la cristallisation à une substance inconnue,

1 Ann. scient, de V Ecole norm. sup.^ 1866, t. III, p. 76.

» et comme il a observé que la baryte et la chaux calcinées » figent la solution sursaturée , il conclut avec circonspection » qu'il se pourrait bien que la substance qui détermine la cristallisation des solutions sursaturées agit comme un corps 9 avide d'eau déterminant la formation d'un cristal à dix équi- » valents d'eau. »

Ainsi, d'après M. Gernez, les faits consignés dans mon travail auraient été constatés depuis longtemps par Schweigger , Ziz- Lœwel ; voyons quelle est la valeur de cette assertion.

En ce qui concerne Taction du sulfate de soude, sur les solutions sursaturées de ce sel , on savait depuis longtemps qu'un petit cristal de sulfate de soude ordinaire, introduit dans une solution sursaturée de ce sel, en détermine la cristallisation ; c'est Gay-Lussac qui le premier mentionna ce fait dans son mémoire de 1813 ' ; mais on savait aussi que le même fait était occasionné par un grand nombre de substances. Il n'était nullement établi comme je l'ai fait ressortir au § I, 2® de mon travail de 1860, que c'était le sulfate de soude qui était la cause de la cristallisation , dans cette expérience, plutôt que l'air logé dans les anfractuosités du cristal , ou les poussières déposées à sa surface, a Pour décider la question, il était absolument nécessaire de ne mettre en présence de la solution que le cristal seul, en évitant la présence de l'air et des corps étrangers qui avaient pu se déposer à la surface de ce cristal *. » Ces conditions de l'expérience ont été réalisées pour la première fois dans mon travail , et le résultat obtenu aurait pu se résumer comme il suit, sans apporter grand changement à la rédaction de M. Gernez :

> Jntt.. de chimie, l""* série, I8l3, t. LXXXVII, p.22'7.

* Je cite textuellement ce que je disais en 1860. — M<^m. Soc. des Se. de Lille,2^B., 1860, t. VII, p. 186.

Un cristal de sulfate de soude à dix équivalents d'eau, détermine la cristallisation d'une solution sursaturée de ce sel, par lui-même et non par F air ou la poussière quil entraine.

Dans le second alinéa de son résumé, M. Gernez reproduit une des circonstances mentionnées au § I, 3°, de mon travail ; mais en l'isolant comme il le fait il emploie un artifice qui change le caractère de mon énoncé. J'ai dit, il est vrai, en énumérant les circonstances dans lesquelles les solutions sursaturées cristallisent, que le contact de Vair ordinaire ou des corps maintenus en sa présence pendant un temps convenable détermine la cristallisation de ces solutions. Mais c'est là un simple exposé de la question et et il faut y mettre de la bonne volonté pour trouver que je donne comme nouveau un résultat connu depuis l'origine de la question des solutions sursaturées. Du reste, en expliquant le but de mon travail, j'ajoute que c'est là une action connue depuis longtemps, qui par le mystérieux dont elle est entourée , a préoccupé à juste titre l'attention des savants, et que je me suis proposé par les expériences que je vais rapporter et qui font l'objet des treize chapitres qui suivent de jeter quelque jour sur cette question si obscure.

Le troisième alinéa du résumé de M. Gernez, est entièrement de son invention, et je ne vois absolument rien dans mon travail qui soit de nature à expliquer une pareille rédaction. L'auteur a-t-il cherché à remplacer par une œuvre d'imagination le résumé de faits précis , exacts , contenus dans les chapitres III , IV, V, VI, VII? Lui seul pourrait le dire.

Sans doute l'ensemble de ses faits réunis par moi pouvait lui causer quelqu'embarras puisqu'ils se les approprie , mais la vérité est que j'y établis par des preuves multipliées et décisives que la cause de la cristallisation n'est pas répandue dansfatmosphère d'une manière continue, que ce n'est pas une substance gazeuse, mais quelque poussière que Tair tient suspension et qui serait détruite ou modifiée par le feu. M. Gernez ne voit là que

des résultats constatés depuis longtemps par M. 8chweigger,Ziz, Lœwel et qui, d'après lui, se résument dans cette phrase : « On peut enlever à Tair toute action en le tamisant sur du coton ou de Tamiante. » A lui seul revient la responsabilité d'une rédaction qu'il m* est impossible d'expliquer.

D'ailleurs, pas le moindre mbt sur les expériences des ballons à cols sinueux et autres analogues , que j'avais communiquées antérieurement à la Société chimique de Paris; ou plutôt je me trompe: un peu plus loin, à la page 177 de soa mémoire, M. Gernez trouve que ces expériences n'ont reçu qu'une publicité fort restreinte, qu'elles ne sont pas concluantes, qu'elles ne valent absolument rien dans mon travail et que les résultats que j'en déduis ne sont que des assertions. Ce sont là des opinions personnelles qui appartiennent en propre à M. Gernez et que je ne veux pas discuter ici. Je me bornerai à une seule observation , et je demanderai à H. Gernez comment il se fait que ces mêmes expériences, reproduites a peu près dans les mêmes termes à la page 184 de son mémoire, deviennent très- concluantes chez lui, tandis qu'elles sont sans valeur chez moi.

M. Gernez se rendra un véritable service en répondant à ma . question.

Après avoir étaWi dans les chapitres III, IV, V, VI, VII, que la cristallisation des solutions sursaturées était due à des corpuscules solides, je terminais le § VII par les considérations suivantes, que je crois devoir reproduire pour l'intelligence de ce qui va suivre :

a Reste maintenant, disais-je, à déterminer la nature de ces corpuscules. Appartiennent-ils au règne organique, ou au règne inorganique? Quel est leur mode d'action sur les solutions salines sursaturées? Je ne saurais encore répondre d'une manière positive à ces questions. Je me contenterai de rapporter les expériences que j'ai entreprises pour les résoudre ; peut être pourront-elles mettre sur la voie de la solution. »

Les expérienees doot il est ici qnestioD sont coosignées dans les chapitres IX, X, XI et XII; il y en a d*exactes, il y en a d'inconiplëtes, comme dans tout travail à son débat, et j'admets ce que M.Gernez en dit dans les alinéas 4° et 5^ de son résumé , mais ce que je ne saurais admettre , c'est que M. Gernez , dans l'alinéa suivant , présente comme une conclusion générale de mon travail le fait relatif aux corps avides d'eau tels que la baryte et la chaux calcinées. C'est là une supercherie de mots contre laquelle je m'inscris. M. Gernez ne saurait m'attribuer comme conclusion de mon travail , l'énoncé du chapitre XII plutôt que les énoncés des treize autres chapitres.

Je le répète , je n^avais point donné à cette publication la forme habituelle des mémoires , comprenant l'exposé d'un travail sftivi de eonclasions générales , le titre seul l'indiquait, et du reste, j'avais pris soin dès le commencement de prévenir le leeteur que je me bornais à rapporter les résultats que je croyais nouveaux. Ces résultats ont été disposés à dessein sous la forme synthétique qu'emploient ordinairement les géomètres, ce sont les énoncés mêmes des quatorze chapitres du travail qui représentent la conclusion des faits rapportés dans chacun de ces chapitres. On ne saurait donc comme Ta fait H. Gernez dans son mémoire , et comme il le répète dans d'autres recueils % m'attribuer comme conclusion de l'ensemble Ténoneé d'un seul

^ fifVHf des Court sçientifiqaes df la Franc fi et 4e V étranger ^ 2 mars 186*3, 4^ auD^ç, vfi 14, p. 1^19. ^ Mon travail de 1860 , déjà pa8S^^leme^t miitilé dans le mémoire de M. Gernez , se trouve réduit, dans ce recueil, par cet ruteur, à des proportions encore plus minimes, queje laisse à l'appréciation du lecteur : # Enfin , dit M. Gêniez, en 1860 , M. Ch. VioUette crut veconnaître que la baryte et la chaux calcinées déterminent la cristallisation 4e^ solutions sursaturées de sulfate de soude , et il en conclut qu'il se pouirait bien que la substance qui détermine la cristallisation agit comme un corps avia« d'«8u... -^ Les choses en étaient là, quand j*eus la bonne fortune, e^ç....«

U e9t vraiment incroyable que M. Gernez en ^oit arrivé à ^ pareil 46|pr4 d'illusion ?

des chapitres. Da reste , j'étais loin de regarder comme définitif renoncé du chapitre XII.

En présence des résultats contradictoires auxquels j'étais arrivé , relativement à Faction des corps avides d*eau , et qui tenaient à l'imperfection des appareils dont je me servais alors ^ je disais : « Ce sujet important réclame de nouvelles rechercbe^ que je me propose de poursuivre avant de pouvoir garantir d'une manière absolue l'exactitude du fait énoncé dans ce chapitre..- Je me propose donc de répéter les expériences dont il est ici question en me mettant à l'abri de toute objection et de toute cause d inexactitude, o II y a loin , comme on le voit, de cet énoncé du chapitre XII, ainsi expliqué, à une conclusion générale, et M. Gernez en me l'attribuant a commis une erreur de fait contre laquelle il importe de prémunir le lecteur.

Dans son mémoire, M. Gernez me reproche de m'étre attache trop fidèlement aux dispositions expérimentales de M. Pasteur, oubliant que l'objet n'était pas le même que celui qu'avait en vue le savant académicien. Il s'agit ici d'une question de méthode et je laisse à M. Gernez la responsabilité de sa critique. Je me bornerai à faire remarquer au lecteur que pour faire sortir la question des solutions sursaturées de l'obscurité dont elle était entourée , j'ai pensé qu'il fallait avoir recours à des expériences précises, fournissant des résultats certains, et qu'il fallait à tout prix éviter la présence de l'air ou de ses poussières dans les différents modes d'expérimentation employés.

Pour atteindre le but que je m'étais proposé, j'ai eu recours tantôt à la méthode de M. Pasteur, tantôt à d'autres méthodes différentes , suivant les circonstances ; M. Gernez, lui, a préféré employer la méthode de M. Schrôder qui consiste à préparer les solutions sursaturées qu'on laisse refroidir lentement, séparées de Tair par un tampon en coton , puis à introduire directement dans la solution le corps que l'on veut essayer, celte méthode plus expéditive que la. première ,^ pourra paraître moins con-

cluantè a cériains esprits, parce qu*oii rfpère' constamment au milieu de l*air ordinaire; je laisse au public le soin de juger quelle est la méthode la plus sure et quelle est la part qui revient à chacune d'elles.

La question de priorité entre les faits contenus dans mon travail de 1860 et les mêmes faits reproduits par M. Gernez en 1865, dans son mémoire, n'est point douteuse. Restent maintenant les faits annoncés à l'Académie de« Sciences , dans la même séance du 24 avril 1865 , par M. Pasteur, au nom de M. Gernez et au mien. Sur ce point, je m'en rapporte entièrement au lecteur et je le renverrai pour asseoir les bases de son jugement aux Comptes-Rendus de l'Académie des Sciences, tome LX, p. 831 , 973 , 975 , et même volume p. 833 , 1027, ainsi qu'à la note historique que M. Pasteur, lun des membres de la Commission nommée par l'Académie, a publiée dans les Annales scientifiques de l'Ecole normale, t. III, p. 163, note qui se trouve reproduite ci-dessus. Seulement , je le prierai de se rappeler les faits suivants :

1° Le 24 avril 1865, c'était un mémoire complet que M. P«iS' teur déposait en mon nom sur le bureau de l'Institut, a Ce même mémoire, dit-il, dans sa note historique que les Annales scientifiques de l'Ecole normale publient à la suite de celui de M. Gernez; »

2® A la même époque c'était une simple note que le savant académicien présentait au nom de M. Gernez ;

3® Pendant que mon mémoire était entre les mains d'une commission composée de MM. Dumas, Frémy et Pasteur, M. Gernez achevait son travail et le complétait en empruntant des faits qui se trouvaient consignés dans le mien, et qui avaient reçu la publicité des comptes-rendus de l'Académie. Je n'en Veux pour preuve que ce qui est relatif à l'action de la chaleur sur les substances qui font cristalliser les solutions sursaturées.

En 1860 i je ne connaissais pas la véritable température à

laquelle il fallait porter les différents corps pour leur enlever la propriété de faire cristalliser les solutions sursaturées ; aussi , M. Gernez, si sobre de détails dans certaines circonstances, semble reproduire avec complaisance les nombres que j*ai donnés à cette époque, en gardant le silence sur les nombres exacts que j'avais publiés le 24 avril 1865. A cette époque . jannonçais à l'Académie que les substances qui font cristalliser les solutions de sulfate de soude, perdent cette propriété lorsqu'on les chauffe entre dd^'S et 34^ ; je disais dans mon mémoire , et je crus devoir annoncer publiquement ce résultat à l'académie le 8 mai, parce que je voyais déjà poindre les tendances de M. Gernez, qu'il existe pour chaque solution sursaturée une température différente à laquelle les corps cessent de provoquer la cristallisation , qu'elle est comprise entre 105° et lOS'' p6Ur le sulfate de magnésie et que cette température à laquelle il faut porter les corps pour faire cesser l'état de sursaturation d'une liqueur est précisément la température à laquelle le sel qiie contient la liqueur à l'état de sursaturation se déshydrate.

Ce sont là des résultats essentiellement nouveaux , qui m'appartiennent en propre et qui n'ont été indiqués par M. Gernez qu'après la publication qui en a été faite dans les comptesrendus de l'Académie. Je ne saurais donc , sur ce point au moins, partager l'opinion de M. Pasteur et admettre que j'aie perdu mes droits à la priorité.

Le fiait de ces limites de température , précises , variables avec les différents sels , qui sont, exactement Ié8[ limites auxquelles ces sels se déshydratent est un des éléments les plus -importants pour la solution du problème des liqueurs sursaturées. H. Gernez osérait-il afBrmer qu'au H avril 1865 il était en possession de ces limites de température , et que lui , qui revendique avec tant de zèle comme son bien propre l'explication d'un fait insignifiant connu de tout le monde 'J'opacilé des cristaux à 7 équivalents dNsaii après la cristallisation en masse],

.^ lis *-

a négligé de rapporter dans sa note du 24 avril » un fait aussi capital que celui qui est relatif aux limites de température? Comment se fait-il dès-lors que , dans son historique, il ne soit pas fait mention des résultats que j'avais obtenus et que, à la page 185 de son mémoire, il $ attache , en préêence du caguô de ces nombres , à déterminer cette température d'une manière préciee ?

Si M. Gernez avait voulu être un historien exact, il aurait pu dire : En 1860, M. Ch.Viollette avait indiqué comme limites de température, 100® et 140^, et le 25 avril 1865 il a rectifié ces nombres en donnant comme limites pour le sulfate de soude, 33* 5 à 34^ et 105® à 108 pour le sulfate de magnésie ; en répétant ces expériences par une méthode différente de celle qu'a employée H. Yiollette, j'ai trouvé 33® comme limite de température pour le sulfate de soude.

M. Gernez, pour des raisons qu'il connaît saus doute , a préféré prendre une autre attitude : il établit une confusion entre mes résultats de 1860 et ceux de 1865 ; il rejette les faits que j'ai publiés en 1860 parce qu'ils n'ont pas reçu une publicité suffisante ; il considère comme non-avenus ceux qui sont publiés en 1865 dans les comptes- rendus de l'Académie; et pendant que mon mémoire est déposé à l'Institut, attendant le jugement de la Commission , il répète des expériences consignées dans ce mémoire, publiées dans les comptes-rendus de l'Académie, et les fait paraître dans son mémoire inséré dans les Annales en son nom et comme étant sa propriété.

Ce sont là des manoeuvres contre lesquelles je crois devoir protester, m'en rapportant , pour en détruire l'effet , aux souvenirs de la Commission nommée par l'Académie et publiés par l'un de ses membres , ainsi qu'au jugement du public qui sMtttéresse à l'histoire de la science.

UUtrImp. L.BftBél.

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