DE LA SPONTANÉITÉ DES MALADIES VIRULENTES
On cite continuellement en faveur de la spontanéité des maladies virulentes, la rage du chien et le typhus. Pour ce qui est de la rage, il est évident que les cas de transmission bien et dûment reconnus sont incomparablement les plus fréquents. Quant à ceux que l’on qualifie de spontanés, tout ce que nous pouvons accorder, c’est que l’introduction du virus rabique dans l’animal a pu se faire par une autre voie que la voie ordinaire de l’inoculation par morsure, que les circonstances qui ont présidé à cette introduction nous sont presque restées complètement cachées; mais, admettre qu’un chien plus ou moins continent peut faire du virus comme il fait du sperme, c’est une hypothèse que rien au monde ne justifie, à moins qu’on ne découvre un de ces jours une glande rabique, analogue à la glande à venin du crotale.
Quant à la génération spontanée du typhus, il y a à invoquer, à ce propos, un autre ordre de considérations que voici : Notre organisme sert de milieu à certains ferments qui déterminent par leur présence dans nos tissus des désordres bien connus, mais est-ce à dire que ces ferments ne puissent se multiplier que dans les milieux organiques vivants? L’atmosphère n’est pas ce composé pur d’oxygène, d’azote et d’acide carbonique que la chimie nous enseigne ; elle tient, comme en dissolution, des matières organiques de diverses provenances ; il se
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passe dans L’air des phénomènes semblables à ceux que nous voyons dans l’eau. L’eau, chimiquement représentée par l’oxygène et l’hydrogène,, est souillée de débris de toutes sortes. Lorsqu’elle est marécageuse et stagnante, elle devient un milieu favorable à la reproduction d’une infinité d’êtres microscopiques et même de substances invisibles dans leurs dimensions, mais bien connues par leurs effets sur notre organisme, comme certains miasmes. Il est de toute évidence qu’il y a des marais atmosphériques comme il y en a d’aquatiques; tout porte à croire que l’air croupissant, infecté, chargé d’émanations animales, peut aussi servir de milieu à des miasmes d’une certaine nature. Or, quand on songe aux conditions dans lesquelles apparaît le typhus, l’explication des faits semble en découler naturellement. L’accumulation d’une armée considérable sur un espace restreint, infecte l’air d’émanations abondantes, sans compter la souillure du sol par les déjections, les cadavres humains et animaux. Dans l’espèce de marais atmosphérique engendré de la sorte, on conçoit aisément la pullulation du germe morbide qui constitue le miasme typhique. Puis, de là seulement, il pénètre dans 1 organisme humain, où il trouve aussi un milieu favorable à sa reproduction, émane ensuite de 1 économie pour se répandre au dehors, et ainsi de suite. Mais le premier malade a reçu de
DE LA SPONTANÉITÉ DES MALADIES VIRULENTES. 617 1 extérieur le virus spécifique qui constitue le typhus, il ne l’a pas spontanément engendré, il ne lui a servi que de réceptacle, de milieu fermentescible. Le virus typhique, comme tous les autres, est étranger aux actes biologiques qui s’accomplissent dans l’organisme, suivant des lois déterminées . L’organisme humain ne le crée ni ne le reproduit pas plus qu’il ne crée et reproduit un parasite quelconque que la saleté du corps favorise dans son implantation. Et du reste, ce que nous disons ici est accepté généralement pour la fièvre jaune et pour le choléra même, par un grand nombre de personnes. On reconnaît, et cela ne peut être autrement, qu’en certain lieu de la terre (Mexique, Inde), il existe des ferments particuliers qui, introduits dans l’économie, s’y reproduisent, s’y multiplient, de manière à infecter un grand nombre d’individus. Une personne bien portante se rendant dans une contrée à vomito, y trouve le principe contagieux, mais elle ne le fabrique pas ; il en est de même du typhus.
Ainsi donc, nous croyons l’avoir établi : aucun virus ne se multiplie par l’organisme, mais seulement dans l’organisme, à la façon des parasites et des ferments. Le miasme typhique, comme tous les autres, prend d’abord naissance dans le milieu extérieur, d’où il pénètre dans le milieu organique vivant. Mais cela accepté, un important problème
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reste encore à résoudre. L’apparition des contages a-t-elle lieu par une génération spontanée, surgissant dans le milieu extérieur sans germe fécondant? Ou bien faut-il croire que les marais aériens dont les hommes s’entourent, en transgressant les lois de l’hygiène, ne peuvent devenir la source de maladies spécifiques qu’autant que la semence spéciale à ces maladies y a été déposée?
Nous voilà ramené, comme on le voit, au grand problème qui s’agite depuis quelques années entre les hétérogénistes et les panspermistes. De quel côté se trouve la vérité? Il ne nous appartient pas de le dire. Nous ferons seulement observer que les partisans delà génération spontanée ont contre eux le plus grand nombre de faits, et que les preuves qu’ils ont essayé de fournir jusqu’alors sont toutes récusables, à un titre ou à un autre. Nous ne nous arrêterons pas à cet argument sans valeur que les fauteurs de maladies spontanées invoquent contre les contagionistes, à savoir, qu’il a bien fallu que telle affection virulente naisse au moins une fois spontanément, et conséquemment que la spontanéité admise une fois, peut l’être deux, cent et mille fois. Cette assertion ne peut-elle pas se reproduire à propos de tout être vivant, de tout animalcule, de tout germe microscopique ? Toutefois, la spontanéité des virus, des miasmes dans un milieu, autre qu’un milieu vivant bien en-
DE LA SPONTANÉITÉ DES MALADIES VIRULENTES. 619 tendu, peut se soutenir comme toutes les générations spontanées. Les arguments qui renversent celles-ci renversent aussi celle-là. Nous disons autre qu’un milieu vivant, puisque si les hétérogénistes eux-mêmes font dériver les créations microscopiques de la matière organique, ils ne lui accordent ce pouvoir que lorsque la vie l’a abandonnée.
En ce qui concerne la génération spontanée des virus, nous possédons des preuves historiques qui l’infirment d’une façon absolue. C’est que plusieurs maladies virulentes ont fait leur apparition, à un moment donné, dans certains pays qui en étaient exempts. La syphilis, par exemple, serait une importation d’Amérique . La variole n’aurait pas toujours existé en Europe. Qu’elle vienne de l’Inde ou de la Chine, elle n’en a pas moins été apportée chez nous par les Sarrasins. La rougeole, la scarlatine, la fièvre typhoïde auraient été, dit-on, inconnues en Amérique avant l’invasion européenne. La phthisie serait dans le même cas, et aujourd’hui, dans la Nouvelle-Zélande et l’Australie, la race indigène disparaît par le fait de ses ravages, inconnus avant la conquête, il a donc fallu pour l’éclosion de ces maladies, l’intervention de premières semences qui n’ont plus quitté le pays dès qu’elles y ont été semées. Et peut-on raisonnablement invoquer aujourd’hui la génération sponta-
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née quand ce mode de production n’a pu se réaliser avant l’importation reconnue des germes morbides spéciaux ? Qu’il faille à ces germes des conditions déterminées pour amener leur multiplication, c’est ce que personne ne conteste. Nous voyons cela tous les jours pour des productions d’un autre ordre. Il y a des années, des saisons où tels insectes, tels parasites, animaux ou végétaux, abondent, tandis qu’ils sont rares en d’autres moments; mais il n’en est pas moins vrai que si les maladies virulentes ont eu besoin, pour naître, à une époque donnée et dans certains pays, de l’intervention du contage, à plus forte raison sommes-nous autorisé aujourd’hui à attribuer à lui seul tous les effets observés.
Les faits que nous venons d’exposer s’appliquent entièrement à la tuberculose. Cette affection, comme toutes ses congénères, n’est pas une création spontanée de l’économie. Il n’y a ni débilitation, ni fatigue, ni misère, ni froid, ni chaud, etc., qui puissent la faire éclore dans l’organisme. Pour naître, il lui faut un germe qui ne peut lui venir que du dehors, et son inoculabilité démontre que ce germe se multiplie et se perpétue dans les milieux organiques de l’homme et de certains animaux.
Nous avons examiné dans la onzième Étude les conditions dans lesquelles apparaît surtout la tuber-
DE LA SPONTANÉITÉ DES MALADIES VIRULENTES. 621 culosè. Les plus efficaces sont l’agglomération et le confinement, circonstances favorables à toutes espèces de maladies zymotiques aussi bien qu’à la phthisie, circonstances qui favorisent au plus haut degré la transmission des germes des/individus malades aux individus sains. On a invoqué depuis longtemps un certain nombre de faits en faveur de la transmission directe de la phthisie à la façon des maladies contagieuses; mais, comme cela est arrivé pour la morve, on a généralement repoussé ce mode étiologique. On s’est principalement appuyé sur ce raisonnement que si la phthisie était contagieuse, presque tout le monde finirait par succomber à cette maladie, tandis qu’on voyait des individus fort nombreux être en contact journalier avec les tuberculeux, ne pas la contracter. A cela jl n’y a qu’une chose à répondre, c’est que ce fait se reproduit identiquement le même à propos de toutes sortes d’affections contagieuses. Si ce raisonnement était juste, il y a longtemps que L’espèce humaine aurait disparu du globe; la première peste en aurait eu bien vite fini.
Une des conditions les plus désavantageuses pour bien voir si une maladie se propage par voie de contagion, c’est l’endémicité. Les rapports journaliers qu’ont entre eux les individus d’une grande ville ne permettent pas de remonter à la source de l’affection. Les cas se reproduisant sur des
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points multiples à la fois, paraissent tout à fait fortuits et sans liens réciproques.
La pratique des hôpitaux , surtout, ne permet aucunement de saisir la filiation étiologique des maladies transmissibles. On sait que la contagion de la fièvre typhoïde n’a pu bien se voir que dans les petites localités, dont les traces d’un premier cas importé peuvent facilement être suivies de famille en famille. C’est ce qui a fait dire que la dothiénentérie était contagieuse à la campagne, tandis qu’elle ne l’était pas à la ville, entre autres à Paris. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que ce sont surtout les praticiens de la campagne qui croient fermement à la contagion de la phthisie; mais leurs observations restent habituellement inconnues, car ce sont ceux des grandes villes, et surtout ceux de la capitale qui font poids dans la science. Il y a là une analogie avec la fièvre typhoïde qui mérite d’être poursuivie.
Quand on veut combattre l’idée de la transmissibilité d une maladie, on a l’habitude d’opposer à ses adversaires d’autres maladies contagieuses, en alléguant que les choses ne se comportent pas de la même façon. Cette manière d’argumenter nous paraît tout à fait défectueuse. Les diverses maladies zymotiques, tout en offrant le caractère commun de pouvoir se transmettre d’un organisme à un autre, ne procèdent pas toutes de la
DE LA SPONTANÉITÉ DES MALADIES VIRULENTES. 623 même manière dans les détails. Depuis longtemps on a indiqué ces différences en les fondant sur la volatilité plus ou moins grande des contages. Il y a là un fait comparable à ce qui se passe pour les substances odorantes : les unes se sentent à de grandes distances, les autres ne sont perçues que de très-près. Il faut ajouter aussi que des odeurs imprégnant certains objets, comme des étoffes, sont d’une ténacité plus ou moins grande. Le musc, dont la plus faible quantité se sent de très-loin, embaume pendant un temps infini les vêtements qu’il a touchés. Ainsi se comportent les agents contagieux, et il faut en tenir grand compte dans la recherche des origines des maladies zymotiques. « L’énergie de la contagion, dit un grand hygiéniste, n’est pas la même dans les maladies qui en sont douées, abstraction faite, d’ailleurs, des conditions individuelles et des circonstances extérieures qui peuvent les modifier (1). »
La quantité plus ou moins grande des miasmes virulents dans un milieu atmosphérique n’est pas indifférente pour la facilité de la production de la maladie et l’extension de ses ravages. C’est en partie par la condensation des virus que peut s’expliquer l’activité de certains foyers d’infection, résultant de l’agglomération et du confinement des
(1) Michel Lévy, Traité d'hygiène. Paris, 1862, t. Il, p. 459.
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foules. Mais, dans l’état actuel de la science, nous ne saurions nous flatter de connaître toutes les circonstances qui rendent plus ou moins active la présence de certains contages. Ainsi, par exemple, qu’y a-t-il de plus surprenant que ce fait de M. U. Leblanc relatif à la morve ? Cet observateur enfermant la tête d’un cheval morveux et celle d’un cheval sain dans un même sac, force ce dernier à respirer ainsi, pendant sept ou huit heures de suite, les émanations respiratoires ' du cheval malade. Cette expérience reproduite sur sept chevaux n’entraîna la morve chez aucun d’eux. Et cependant mettez un cheval morveux au milieu de chevaux sains, dans une écurie close, et au bout de quelque temps, on verra des cas de morve se déclarer sur les chevaux qui cohabitent. Ne dirait-on pas que la matière virulente acquiert plus d’intensité lorsque, suspendue dans l’atmosphère, elle a été couvée , pour ainsi dire, dans un espace renfermé ? Actuellement, à propos du choléra, on invoque une circonstance qui a une grande analogie avec celle que nous venons de rapporter pour la morve, à savoir, que les déjections des cholériques n’auraient toute leur activité morbigène qu’au bout d’un certain nombre de jours après leur évacuation.
§ 5. — Prophylaxie de la tuberculose ..
Les germes morbides sont disséminés dans l’atmosphère ou ailleurs, comme les semences de ces multitudes de productions microscopiques, parasitiques ou autres, accumulés en certains lieux, raréfiés et même absents en certains autres, attendant, pour se multiplier à l’infini, que le hasard leur fournisse un milieu approprié à leur nature. En sorte que, dans la production et l’extension des maladies virulentes, il y a deux choses dont il faut tenir compte, surtout au point de vue de la prophylaxie: 1° l’existence, l’accumulation, la condensation du ferment morbide ; 2° l’aptitude du milieu organique. L’hygiéniste ne doit pas perdre de vue les principes qui reposent sur ces deux ordres de faits.
L’influence de l’aptitude organique est bien connue, elleexplique comment des personnes, plongées dans le même foyer morbide, résistent différemment. L’hygiène a une prise assez large de ce côté, du moins pour certaines affections. On sait ce que vaut, en temps de choléra, un régime bien ordonné, et quelles funestes conséquences l’intempérance et les privations entraînent après elles. Depuis longtemps les médecins vétérinaires ont indiqué, comme une cause de morve chez les chevaux, la mauvaise nourriture, les fourrages avariés, le foin
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remplaçant l’avoine, le travail excessif, etc. Nul doute que, dans la production de la tuberculose, des circonstances analogues ne rendent l’économie plus ou moins propre à recevoir et à multiplier le germe tuberculeux. Mais n’oublions pas que ce ne sont là que des causes accessoires, incapables d’entraîner des maladies spécifiques sans les causes essentielles, spéciales et déterminantes. Nous ne devons rien négliger pour augmenter la résistance du milieu organique, mais aussi tous nos efforts doivent se tourner contre les germes destructeurs, devant lesquels les organisations les mieux trempées, les plus résistantes, fléchissent quand même.
Profitons, pour la destruction de la phthisie, des enseignements de l’observation et des analogies que nous offrent les maladies similaires. S’il est une affection qui puisse lui être comparée, c’est la morve. Eh bien! que, dans la limite du possible, les moyens dirigés contre celle-ci le soient aussi contre la tuberculose. Quand nous savons que la phthisie sévit surtout parmi les agglomérations d’hommes vivant en commun, qu’elle multiplie ses ravages proportionnellement à la concentration des masses humaines; quand nous voyons des peuplades vivant au grand air, comme les Kirghis, les Arabes, etc., en être préservés; quand nous observons que l’armée, décimée par la tuberculose dans les garnisons, en est presque exempte dans les.
PROPHYLAXIE DE LA TUBERCULOSE, conditions de la guerre, nous pouvons conclure que les habitations sont pour l’homme des foyers d’infection qu’il faut purifier, comme on purifie les écuries qui ont été envahies par la morve. Nous avons déjà dit que, pour nous, la caserne était au soldat, relativement à la phthisie, ce que l’écurie régimentaire est au cheval de troupe par rapport à la morve. Eh bien! l’hygiène vétérinaire nous fournit un enseignement qui mérite considération. L’agrandissement des quartiers de cavalerie et des écuries d’Alfort a amené un amoindrissement marqué dans la morve, et l’expérience a prouvé qu’il avait suffi de maintenir systématiquement les écuries largement ouvertes jour et nuit pour faire diminuer cette maladie (1). Ainsi donc, empêcher l’accumulation et la condensation des germes dans l’atmosphère de nos habitations, tel est le but à remplir.
On s’évertue à aller rechercher les causes de la phthisie de l’ouvrier dans l’hérédité, dans les circonstances atmosphériques, dans les substances respirées, dans le métier, etc., mais songe-t-on au milieu où il passe la nuit, aux contacts qu’il essuie, aux foyers d’infection où il est plongé la moitié de sa vie? « La grande plaie de l’hvgiène des classes laborieuses et malheureuses, ditM. Michel Levy, ce
(1) Renault, Bull, de l'Académie, 1861, p. 980, t. XXVI
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sont les hôtels à la nuit , les maisons meublées , les garnis. Sur plus de 200,000 ouvriers employés à Paris, plus d’un cinquième, etsur 106,000 ouvrières, beaucoup plus d’un vingtième logent en garni, les deux tiers d’une manière permanente, un tiers temporairement pendant la saison des travaux; ainsi 40,000 hommes et 6,000 femmes s’entassent, souvent sans séparation, dans des retraites immondes, qui, d’après un rapport de la commission sanitaire du onzième arrondissement, sont, pour la plupart, de vieilles, masures humides, peu aérées, mal tenues, à chambres contenant huit à dix lits pressés les uns contre les autres, et où plusieurs
individus couchent dans le même lit . Ceux qui
s’imaginent que tout est caprice dans les grandes épidémies, seront-ils étonnés d’apprendre que, en 1852, à Paris, sur 954 garnis qui reçoivent des journaliers, des balayeurs, des chiffonniers, des ramoneurs et des maçons, 499, plus de la moitié, ont été fouillés par le choléra? (1) » Seront-ils moins étonnés de savoir que c’est cette population qui sert principalement de pâture journalière à la phthisie? C’est là qu’est le mal, c’est là qu’il faut porter remède.
Que le malheureux phthisique soit entouré de tous nos soins, mais que la chambre où il habite
(1) Michel Lévy, Loco ciL, p. 832.
soit largement ventilée, il ne s’en trouvera que mieux; que jamais l’air necroupisse autour de lui, que son lit ne soit partagé par personne, que sa chambre ne soit pas une habitation commune, surtout pendant la nuit. Et enfin pourquoi ne pas revenir à des usages anciens qui purifiaient par le feu les objets contaminés? Qui nous dit que telle alcôve ne recèle pas des germes de mort déposés par celui qui l’a habitée? Je ne serais pas étonné qu’on ne trouvât dans certaines habitations la source fatale du malheur commun à plusieurs familles.
Que le jeune homme à santé délicate et qui s’inquiète d’une aptitude héréditaire, fuie l’habitation des grandes villes et aille jouir de F existence paisible de la campagne, en lieu élevé et purifié par la circulation d’un air facilement renouvelé; que, plus que tout autre, il évite le contact prolongé, le séjour dans un espace clos avec, les personnes atteintes de tuberculose; qu’il n’aille pas, sous le prétexte d’une prédisposition à la phthisie, se livrer à un traitement préventif dans ces lieux où la vogue accumule aujourd’hui les tuberculeux.de tous les degrés, qui se succèdent sans relâche dans la même chambre, dans le même lit, pour se suivre encore dans ces lugubres enterrements nocturnes destinés à voiler le mensonge de la réclame.
Inutile, croyons-nous, d’entrer dans les détails
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des mesures préventives applicables en toutes circonstances, ils découlent des idées que nous avons exposées sur la nature de la maladie, sur la préexistence de germes virulents, et les conditions de leur propagation. Nous nous trouvons en face du plus grand fléau de l’espèce humaine, et nous serions coupables de négliger le moindre indice susceptible de nous mettre sur la voie des moyens propres à en atténuer les redoutables effets. Avons-nous fait jusqu’alors autre chose que de stériles tâtonnements? Devant l’échec complet de notre thérapeutique, n’est-il pas temps d’entrer résolument dans le chemin qui s’ouvre devant nous et d’atteindre le mal par où il est attaquable, avec les armes de l’hygiène et de la prophylaxie?
Mais l’homme qui a dompté les éléments, qui a conquis la surface du globe en la disputant à des ennemis de toutes sortes, sera-t-il éternellement impuissant contre ces ennemis invisibles qui s’appelent, des virus, et n’aurons-nous jamais à répéter au malheureux qui se consume de la fatale phthisie, que le fameux vers du Dante : «... lasciate ogni speranza ! . . . » L’immortel Jenner a bien vaincu la variole.
Maintenant que nous connaissons la nature et la cause intime de la tuberculose, que nous pouvons la faire naître à notre gré sur les animaux, l’hori-
zon ne s offre -t-il pas devant nous plein d’espérances consolantes? Des tentatives multiples et répétées, que l’on ne peut faire sur l’homme, ne promettent-elles pas quelques résultats? Nous neutralisons la variole par le vaccin, en donnant une immunité artificielle contre le virus variolique; est-il défendu d’espérer que le virus tuberculeux trouve un jour sa substance antagonique? Et quels immenses résultats aurait un agent neutralisant, appliqué dès les débuts de la maladie, et détruisant dans l’organisme le principe morbide qui s’v multiplie. Car le danger dans la phthisie n’est pas dans quelques tubercules, qui gênent souvent si peu les fonctions respiratoires que le malade n’en ressent aucun effet et que l’auscultation attentive perçoit à peine, mais dans l’imprégnation de toute l’économie par la substance morbigène, aménant successivement des poussées tuberculeuses plus au moins rapprochées et abondantes, qui conduisent fatalement à la mort. Telles sont les idées qui doivent nous diriger dans la recherche des moyens curatifs et prophylactiques de la tuberculose. Telles sont les espérances que fait luire devant nous notre découverte. Puisse-t-elle porter les fruits que nous nous plaisons à entrevoir dans l’avenir.