Palais du Sénat. — La salle actuelle des séances du
* Voir les expériences sur les effets de ventilation produits par les appa reils d’éclairage.
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
Sénat est celle de l’ancienne Chambre des Pairs, et les dispositions prises, il y a quelques années, pour la ventilation subsistent encore, mais elles ne sont plus en usage. Les inconvénients, que j’ai signalés à diverses reprises, de l’arrivée de l’air par les gradins en arrière des fauteuils des membres de l’assemblée, se sont fait sentir de telle sorte que la ventilation ne fonctionne plus.
Fig. 51.
L’air affluait par des ouvertures allongées, disposées concentriquement et de 0"*,015 seulement de hauteur moyenne. Le développement total de ces ouvertures est d’environ 140 mètres, ce qui donne une surface libre de 2'”-'î,10. Le volume d’air que le dernier entrepreneur du chauffage et de la ventilation devait fournir étant de 8000 mètres cubes au plus, cela correspondait à une vitesse moyenne d’arrivée de l’air égale à l"\01 environ.
Quoique cette vitesse fut fort modérée et que les orifices fussent à la distance de û™,70 au moins des jambes des membres de l’assemblée, un grand nombre d’entre eux se sont plaints, tantôt que le courant d’air était trop chaud, tantôt qu’il était trop froid ; ce qui pouvait être alternativement vrai, si cet air était dans le premier cas à 40 ou 50'^ au-dessus de zéro, et dans le second à 5 ou 6® au-dessous de celui de la salle.
Par suite de ces critiques, qui justifient ce que j’ai dit déjà des inconvénients des arrivées d’air voisines des personnes, on a supprimé l’action de ces orifices d’accès.
Quant à l’extraction de l’air vicié, elle se faisait par deux
AUX DIFFÉRENTS ÉDIFICES
orifices d’un mètre carré chacun, placés dans la salle devant les deux portes latérales d’entrée. Or, outre l’inconvénient de n’avoir que deux orifices d’évacuation, ce qui tendait à faire converger vers ces deux points tout l’air vicié de la salle, la proximité des portes, incessamment ouvertes, devait troubler l’évacuation de cet air, parce que l’appel était alimenté par celui que les portes fournissaient.
Au surplus, ces orifices d’appel ont été fermés, ainsi que ceux d’arrivée de l’air, et actuellement la salle des séances du Sénat n’est nullement ventilée, aussi la température y estelle souvent supérieure à 20^^ sans renouvellement de l’air. La grande capacité, par rapport au nombre des membres, les ouvertures continuelles des portes diminuent les inconvénients de cette absence totale de ventilation.
Les dispositions générales indiquées précédemment pour la ventilation des amphithéâtres me paraissent les plus convenables à appliquer dans le cas actuel. L’appel de l’air vicié par les orifices percés dans les gradins, sous la tribune et sous le bureau du président, l’arrivée de l’air nouveau, chaud ou frais, par les parties supérieures de la salle, en filets minces, par des orifices offrant la plus grande surface totale possible, telles sont les indications que je crois les plus sûres à donner.
Des églises.
483. La grande capacité des églises, l’ouverture incessante des portes, l’étendue des fenêtres en vitraux, toujours assez mal closes, les ouvertures pratiquées dans les voûtes pour la suspension des lustres, des draperies, et pour le mouvement des cloches, paraissent, en général, rendre superflue l’adoption de dispositions spéciales pour l’admission et l’évacuation de l’air, et réduisent la question à celle du chauffage.
Tel est aussi l’avis de M. Péclet (page 178, 3* édition). Cependant il admet, avec raison, je crois, que les appareils doivent être disposés de manière que l’air qui vient se chauffer VENT. II. 10
DISPOSITIONS PARTICULIÈRES
dans le calorifère puisse à volonté être pris dans l’église ou en dehors. Mais dans le service habituel de tous les appareils de chauffage et de ventilation, il y a presque toujours tant de négligence, que, la plupart du temps, je préférerais assurer l’arrivée de l’air nouveau, en le faisant affluer d’une manière permanente de l’extérieur par les appareils de chauffage.
Le chauffage par circulation d’eau chaude ou à l’aide de calorifères à air chaud, sont les deux moyens admis par M.Peclet; mais il faut qu’ils soient accompagnés de la chambre de mélange de l’air, indispensable pour modérer la température. Quant aux appareils à vapeur, cet auteur reconnaît (p. 178, 3® édition, 3® volume) qu’ils exigent une surveillince particulière de la part du chauffeur. Aussi, dit-il, ils ne sont jamais employés.
Je partage son opinion quant à ces derniers, mais tout en reconnaissant qu’on peut employer utilement dans beaucoup de cas les calorifères à air chaud, moyennant l’addition d’une chambre à air, il me semble, d’après les observations faites par la commission chargée de recevoir les appareils de chauffage et de ventilation établis à Saint-Roch par M. Grouvelle, qu’il y a lieu de préférer pour les églises l’emploi des appareils de circulation d’eau chaude, réduits d’ailleurs presque partout à de simples tuyaux.
En effet, le principal motif qui peut faire préférer l’emploi des calorifères à air chaud, c’est la facilité qu’ils présentent pour faire varier et pour activer rapidement au besoin les effets calorifiques; tandis que les appareils de circulation d’eau chaude, par suite de la grande densité du liquide qui sert de véhicule à la chaleur, se prêtent moins, d’après ce que l’on sait généralement, à de semblables variations et conservent, après les heures du service, une quantité considérable de chaleur qui, à ce que pensent quelques ingénieurs, se dissipe en pure perte d’un jour à l’autre.
CetLe objection que M. Péclet paraît admettre (p. 72, 3* volume, 3' édition) en disant « que la permanence d’effet des calorifères à eau chaude, que nombre de personnes ont re-
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gardés comme un avantage, n*est réellement qu’un inconvénient qui existe dans tous les cas » n’est cependant pas aussi sérieuse qu’on pourrait le croire.
En effet, c’est principalement au chauffage des églises où le service divin n’a lieu qu’à certaines heures et presque jamais la nuit qu’elle s’appliquerait ; or il résulte des observations de la Commission, que nous avons citées plus haut, et qui sont rapportées par M. Péclet lui-même, qu’en chauffant d’abord avec continuité jour et nuit, pour amener la température intérieure à un degré convenable et en soutenant ensuite la température par un chauffage intermittent, conduit de manière à l’empêcher de s’abaisser de plus de 2 à 3®, on obtient avec économie une régularité suffisante dans les températures.
Les résultats obtenus depuis près de 20 ans à l’église de la Madeleine, dont la capacité est d’environ 50 000 mètres cubes, sont constatés par M. Péclet en ces termes (p. 161,3*' édition, 3« volume) : Le chauffage a lieu à l’eau chaude sous une
pression limitée à 2 atmosphères par une soupape de sûreté. M. Duvoir Leblanc s’est engagé à maintenir une température de 12\5 dans l’église et de 18® dans quelques pièces, moyennant une somme de 15 francs par jour de chauffage (à une époque où la houille valait 4 fr. 30 cent, les 100 kilog.) y compris le salaire du chauffeur. Sous le rapport de la température à maintenir dans l’église, les conditions du marché paraissent être remplies; je m’en suis assuré dans une visite que j’y ai faite et j’ai constaté ce fait important que la température était sensiblement la même dans toutes les parties basses de l’église et que dans les tribunes élevées la température dépasse à peine de 1® celle du niveau du sol. »
Depuis l’époque où M. Péclet écrivait, le marché de M. L. Duvoir a été renouvelé dans des conditions à peu près analogues, eu égard à l’augmentation du prix de la houille; ce qui prouve qu’il est également avantageux pour les deux parties.
Sans avoir encore à ma disposition des renseignements
assez complets pour me former une opinion bien arrêtée, je crois que le chauffage des grandes églises à l’eau chaude doit être au moins aussi économique que celui que l’on peut obtenir avec des calorifères à air chaud. J’en ai donné les motifs dans le chapitre particulier relatif aux appareils de chauffage.
Quant à la disposition générale des conduits d’arrivée et de répartition de l’air dans les églises, celles qui ont été adoptées à la Madeleine par M. Duvoir-Leblanc , à Saint-Roch par M. Grouvelle, me semblent également convenables.
Un conduit central selon l’axe de l’église, dans lequel circulent le tuyau incliné d’ascension de l’eau chaude et le tuyau de retour, ou un double conduit latéral, où se produit une circulation analogue, servent à amener et à échauffer l’air extérieur. Sur les tuyaux d’eau chaude, des renflements placés de distance en distance et au-dessus desquels sont des grilles pour permettre à l’air échauffé de se répandre dans l’église suffisent. Mais, afin de régulariser’ la répartition de l’air chaud, il importe d’établir dans les conduits parcourus par l’eau chaude des cloisons au delà de chaque grille d’issue et de faire arriver l’air nouveau à échauffer dans chacune des parties des conduits principaux par d’autres conduits latéraux spéciaux.
Au moyen de ces indications générales et avec de bonnes proportions , on peut chauffer convenablement les églises et y renouveler l’air d’une manière suffisante. L’ouverture si fréquente des portes et les nombreux orifices que présentent les fenêtres et les voûtes y assureront la circulation de l’air.
Pour les cathédrales où, lors des grandes cérémonies publiques, il se réunit parfois un nombre considérable de personnes, il importe de prévoir le cas où il serait nécessaire d’assurer l’entrée et l’évacuation de volumes d’air exceptionnels. L’ouverture d’un grand nombre de fenêtres dans les parties basses et surtout dans les parties hautes, et l’attention de ne pas gêner la circulation de l’air par de trop nombreuses draperies, suffiront presque toujours pour ces cas anormaux.
Du chauffage et de la ventilation des salles de spectacle.
486. La ventilation des salles de spectacle présente des difficultés particulières et nombreuses qui tiennent non-seulement à la disposition générale des lieux, mais surtout aux conditions si variables des saisons et de l’affluence du public.
Le savant Darcet, à qui la science et l’hygiène publique doivent tant de travaux utiles, et dont le dévouement persévérant méritait, même pour ses tentatives parfois infructueuses, plus de reconnaissance qu’il ne lui en a été accordé, avait le premier entrevu une solution de la question. Il avait proposé d’utiliser la chaleur, jusqu’alors seulement incommode, du lustre, pour produire l’évacuation de l’air vicié, et subsidiairement des rentrées d’air nouveau, qu’il faisait affluer par des doubles fonds ménagés sous le plancher de chaque étage de loges.
Mais celle solution, rationnelle quant à son principe, n’avait pas réussi, tant par suite d’une évaluation trop restreinte des volumes d’air nécessaires à une ventilation suffisamment salubre que par un emploi trop direct et trop immédiat de la chaleur du lustre.
Il était donc nécessaire de reprendre la question dans son entier et de la poser dans toute sa généralité. C’est ce qu’a fait en 1861 une commission * présidée par M. Dumas et dont j’ai eu l’honneur d’être le rapporteur.
Les discussions et les expériences faites pour élucider certains points de la question pouvant, malgré les conséquences négatives auxquelles elles ont souvent conduit, jeter du jour sur la question, je reproduirai ici à peu près dans son entier le travail de la commission, en y ajoutant des indications sur les proportions à suivre dans rétablissement des appareils et quelques dispositions que l’observation, ainsi que de nou-
* Cette commission était composée de MM. Dumas, membre de l’Institut, président; Chaix d’Est-Ange, procureur-général près la Cour d’appel; Pelouze, Rayer, Gilbert, Caristie, membres de l’Institut; Baltard, architecte; Grassi, pharmacien; général Morin, membre de l’Institut, rapporteur.
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Telles études m’ont fait regarder comme préférables à celles que nous avions admises pour les deux théâtres alors et déjà en construction sur la place du Châtelet.
Je ferai ensuite connaître les résultats des expériences que j’ai pu exécuter dans ces théâtres, ainsi que l’effet des nodifications que l’on a fait subir aux projets d’abord approuvés.
487. Indépendance et solidarité du chauffage et de la ventilation.— Le chauffage et la ventilation d’une salle de spectacle sont deux effets distincts, mais également importants à obtenir, dont il est essentiel de bien établir les rapports, afin de coordonner convenablement les appareils à l’aide desquels on veut les produire. Il doit, en effet, exister entre ces deux parties d’une question si intéressante pour le public qui fréquente les théâtres, des relations variables avec les saisons et la température, sur lesquelles il est nécessaire de fixer les idées, avant d’entrer dans l’examen des conditions spéciales à chacune d’elles.