‹ Études sur la ventilationChapitre 5 sur 131 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

INTRODUCTION

1. Les moyens d’assainir et de chauffer les lieux habités de tous genres ont, depuis un certain nombre d’années, appelé l’attention des savants et des ingénieurs anglais. Leurs plus grands établissements, les chambres du parlement, l’hôtel des postes, plusieurs hôpitaux, les salles de réunion, quelques habitations particulières, d’immenses locaux, comme le palais de Sydenham, ont été l’objet de tentatives plus ou moins heureuses, dont l’examen ne peut que profiter aux progrès de l’art, si simple en apparence et cependant si difficile, de la ventilation.

L’Exposition universelle de 1862, en m’appelant à Londres, m’a fourni l’occasion de visiter quelques établissements, sur lesquels j’ai pu me procurer des renseignements, dont les uns officiels, les autres officieux, sont de nature à faire connaître les opinions des hommes qui se sont le plus occupés de la question, les dispositions diverses adoptées, ainsique les résultats obtenus et les inconvénients signalés.

Je donnerai donc, dans cette introduction, une analyse des

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documents officiels et une description succincte des dispositions que j’ai visitées ou sur lesquelles il m’a été fourni des renseignements, en suivant à peu près l’ordre des dates et en me réservant de compléter plus tard, s’il m’est possible, les données que j’ai recueillies.

2. Théorie pratique de la ventilation , par M. le docteur Reid .

— L’un des documents les plus anciens et les plus complets est l’ouvrage que le docteur Reid a publié en 1844 sous le titre de Illustrations of the theory and practice of ventilation. Cet ouvrage, qui contient une foule d’observations et de remarques très-justes sur les effets si variés de la circulation de l’air, met en évidence les difficultés de la question en même temps qu’il en établit assez bien la solution.

Malheureusement l’auteur, appelé, par suite de ses travaux et d’une enquête au Parlement, à modifier les dispositions et les appareils déjà adoptés, ne fut pas libre de suivre complètement ses idées et se laissa aller à recourir à des moyens à peu près inverses. De là résulta un insuccès, si ce n’est complet, au moins assez grand pour que la direction du service lui fût retirée.

Mais son ouvrage n’en a pas moins le mérite réel d’élucider la question, et c’est ce qui m’a engagé à en donner l’extrait suivant.

M. Reid, qui était à Edimbourg chargé d’un cours de chimie, avait utilisé de diverses manières la puissance de l’appel pour obtenir des effets de ventilation, auxquels il attribuait des résultats probablement un peu exagérés, mais qui, jusqu’à un certain point, peuvent être au moins fort voisins de la vérité. Il en cite quelques-uns que je crois devoir reproduire, malgré la couleur, tant soit peu britannique, de ces exemples et de leur appréciation.

5. Exemples des avantages d'une ventilation convenable cités par le docteur Reid. — « Il y a quelques années, dit-il, environ cinquante membres d’un des clubs de la Société royale à Edimbourg dînèrent dans un appartement que j’avais fait

construire et d’où les produits de la combustion des becs de gaz étaient exclus à l’aide d’un tuyau fixé aux appareils et caché dans le pendentif gothique auquel ils étaient suspendus. Une abondante quantité d’air à une douce température circulait dans l’appartement pendant toute la soirée , et son effet était varié de temps à autre en y mêlant des substances odoriférantes, de manière à pouvoir produire successivement les parfums d’un champ de lavande ou d’un bosquet d’orangers.

« Pendant tout le temps du dîner, les convives ne firent aucune remarque spéciale ; mais le maître d’hôtel qui avait fourni le repas et qui était familier avec leurs habitudes, parce qu’il les traitait ordinairement, fit remarquer aux commissaires que l’on avait consommé trois fois plus de vin que ne le faisait ordinairement la même société, dans la même salle éclairée au gaz et non ventilée. Il ajouta qu’il avait été surpris de voir des convives, qui ne buvaient habituellement que deux petits verres de vin, consommer, sans hésiter, plus d’une demi-bouteille ; que d’autres, dont l’usage était de boire une demi-bouteille, en avaient pris une et demie, et qu’en définitive, à la fin du repas, il avait été obligé de faire chercher beaucoup plus de voitures qu’à l’ordinaire pour reconduire les convives chez eux. »

Le docteur Reid a soin d’ajouter que des informations ultérieures, prises sur la santé de ces convives, lui avaient appris qu’il n’était résulté pour aucun d’eux de conséquence fâcheuse de ce festin, et qu’ils ne s’étaient pas même aperçus de l’excès de leur consommation.

A l’inverse, et comme effet moins avantageux d’une abondante ventilation, le docteur cite l’exemple de certaines manufactures, où le grand renouvellement de l’air avait déveveloppé chez les ouvriers un tel surcroît d’appétit, que la paye, qui leur suffisait auparavant, était devenue trop faible pour satisfaire leur faim. Il ajoute enfin que, dans toute maison bien ventilée, la dépense en vins et en nourriture est plus considérable que dans celles qui le sont mal, et qu’une fête

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donnée dans des salons où l’on étouffe et où l’air est saturé de vapeurs est beaucoup plus économique que si elle avait lieu à l’air libre.

Malgré l’apparence un peu excentrique de ces réflexions, on ne peut s’empêcher de reconnaître que les conséquences en sont justes, et qu’une ventilation convenable ne peut que contribuer à entretenir toutes les fonctions dans un état satisfaisant, en même temps qu’elle laisse plus de lucidité à l’intelligence.

4. Difficultés provenant de la divergence des opinions et des sensations. -- Le docteur Reid énumère longuement les difficultés et les tribulations qu’éprouve tout ingénieur qui s’occupe de ventilation, par suite de la différence des appréciations personnelles. Tandis qu’un membre du parlement se plaignait de l’excès de la chaleur, un autre venait déclarer qu’il souffrait du froid ; l’un demandait une température de 11 à 12°, un autre celle de 21 à 22°, etc. En présence de pareilles divergences d’appréciation, et dans l’impossibilité d’y satisfaire, il faut établir des prescriptions générales, des moyens d’en constater l’exécution et des agents responsables.

Il y a aussi, pour les lieux de réunions nombreuses, à tenir compte de certaines circonstances.

A la Chambre des communes, on élevait la température à 16 ou 17° avant l’ouverture, et pendant la séance elle variait de 17 à 21°, selon l’activité de la ventilation, qui doit ellemême être réglée d’après le nombre des membres présents, la température à laquelle on peut abaisser l’air quand il fait chaud, et son degré d’hygromélricité.

Le docteur assure que, dans des séances de nuit, où les débats avaient duré longtemps, il lui est arrivé quelquefois de faire modifier plus de cinquante fois la marche des appareils.

Comme fait général, il a remarqué qu’avant l’heure du dîner on peut, avec avantage, diminuer l’activité de la ven-

tilation et élever la température. A l’inverse, après dîner, les autres circonstances restant les mômes, la température doit être abaissée, la ventilation activée et le degré d’hygrométricité diminué.

Vers la fin des longues séances, il convient d’élever un peu la température.

Il insiste ensuite sur les inconvénients particuliers que présente l’emplacement actuel du parlement : la fumée des bateaux à vapeur, celle des maisons voisines, l’odeur des cuisines, les huiles empyreumatiques des usines à gaz qui nagent sur les eaux de la Tamise, les exhalaisons du cimetière de Westminster, celles des rues, et jusqu’à la fumée de tabac, etc. Le pauvre docteur voyait alors partout des ennemis de la ventilation. Qu’eût-il dit en 1862?

5. Influence de Vètat hygrométrique de Vair sur les effets de la ventilation . — Le docteur Reid* fait observer avec raison que l’air froid contient peu d’eau à l’état de vapeur dissoute, et que quand, après avoir été échauffé, il arrive au contact du corps, il lui enlève rapidement de l’humidité. La peau devient alors sèche et dure, les narines et les organes respiratoires sont affectés, et une disposition à la toux se manifeste. Il faut donc, en hiver, pour éviter ces effets, donner à l’air chauffé artificiellement le degré d’humidité correspondant à la température à laquelle on l’élève.

L’été, l’air est naturellement à peu près saturé de vapeur, et il faut chercher à le rafraîchir avant qu’il ne pénètre dans les lieux à ventiler, afin d’abaisser de quelques degrés seulement sa température.

6. Électrisation de Vair. — Le développement de la vapeur étant toujours accompagné d’un dégagement d’électricité, c’est à cette circonstance que l’on attribue la formation de l’ozone, et il n’est pas improbable que la saturation hygro-

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métrique de l’air artificiellement obtenu puisse avoir en outre l’avantage d’augmenter la proportion d’ozone qui existe naturellement dans l’air. C’est une expérience à faire.

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