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Études sur la vie privée de la renaissance

' ^ peine d'un siècle. Elle est contemporaine de la nouvelle école historique et la conséquence de son programme. Du jour où Augustin Thierry a poussé le cri d'alarme : « la croyance historique est toute à refaire , » une génération neuve, ardente , convaincue , s est lancée a la découverte , rejetant les interprétations et les à-peu-près littéraires, et résolue à reprendre le passé dans ses fondements, à fouiller le sol jusqu'au tuf , pour extraire enfin la vérité historique de ses éléments natifs , les documents originaux.

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Et pendant que V historien bouleversait les bibliothèques, les archives et les chartriers , T amateur à son tour explorait les fermes , les châteaux , les sacristies , et faisait sortir de terre tous ces menus objets de la vie privée, meubles, armes , tapisseries , ustensiles de culte , de table ou de toilette , dédaignés par les chercheurs d'autrefois, et qui allaient devenir le commentaire saisissant et tangible des documents écrits.

La récolte fut abondante , les révélations soudaines , lumineuses.

Quel charme d'entrer pour la première fois dans l'histoire vraie , authentique , prise sur le fait; de surprendre nos ancêtres dans leur intimité, de s'asseoir pour ainsi dire à leur foyer ! Quelle mine féconde , non seulement pour l'historien et l'amateur , mais encore pour l'artiste , pour l'industriel en quête de modèles et de procédés nouveaux; pour le romancier , le poète , le peintre, le décorateur, pour tous les amoureux de la couleur locale !

Le premier pas était fait, mais il fallait se garder d'aller trop vite et ne pas conclure avant l'heure. Car

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enfin les fouilles ne faisaient que commencer , et le sol, à peine effleuré, recelait des trésors inconnus, destinés à expliquer , à commenter les premières découvertes . Les nouveaux matériaux n étaient pas encore dégrossis; on devait d'abord les trier , les comparer, les classer, tâche délicate et de longue haleine , que la jeune critique, malgré son %èle et ses bonnes intentions, n'était pas encore de taille à entreprendre.

Le romantisme faillit tout gâter. Naturellement , ses écrivains, ses peintres, et ses poètes s'étaient jetés à corps perdu dans les voies nouvelles, entraînant à leur suite le public fanatisé par V incontestable supériorité des chefs de file. Or, ceux-ci , qui faisaient œuvre d'artiste ? et non d' archéologues , avaient comme de raison choisi, dans leurs siècles de prédilection , les types et les scènes à leur convenance. Mais le public ne l'entendait pas ainsi : ébloui devant ces tableaux de la vie passée quon lui présentait pour la première fois, il s' empressa de les prendre au mot, de les généraliser; il imagina, pour son usage, un moyen âge et une renaissance de convention, faits de sensiblerie et de truculence , peuplés de troubadours, de fidèles cheva-

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lier s , d' empoisonneurs de bourreaux , de châtelaines gémissantes et d'affreux malandrins.

Cette conception singulière pouvait avoir des conséquences fâcheuses . Heureusement, le mal se réduisit à quelques erreurs sans grande importance. Elles n'en ont pas moins couru le monde, grâce à la naïveté de certains amateurs , et à l'ignorance du commerce toujours empressé de donner des noms sonores et des attributions illustres aux objets qu'il possède. Naguère encore, Jean Goujon avait sculpté toutes les armoires de noyer , Cellini avait fabriqué tous les bijoux d'or émaillé , Berruguete toutes les boiseries venant d'Espagne, et Jamnit^er tous les vidrecomes. Dans ma jeunesse, au musée de Cluny, on montrait aux visiteuses, en clignant de l'œil, — le lit même de François Ier, un lit qui datait de Charles IX. Une èpinette de la fin du xvic siècle passait pour le piano d’Henri II ; une épée à deux mains devenait un glaive de justice; une chaire à grand dossier, un siège épiscopal ; un dresssoir, une crédence pour faire l'essai et se garantir du poison. Le plus mince château montrait ses oubliettes qui n'étaient le plus souvent que d'an-

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tiennes fosses d'aisances ; et V Allemagne fabriquait des instruments de torture que la province , cette bonne province, achetait invariablement de confiance et les larmes aux yeux.

Nous n'en sommes plus là, Dieu merci. Depuis unevingtaine d' années surtout , V éducation historique a fait des pas de géant : archivistes , bibliothécaires, conservateurs , écrivains, amateurs de livres, d'objets d'art, d'estampes, de monnaies, d' autographes , érudits et chercheurs de toute sorte, voire même les gens du monde, — tant la recherche du document authentique est entrée dans les mœurs, — chacun s'est mis en campagne. Les anciennes fouilles continuées et complétées , des fouilles nouvelles entreprises et menées jusqu'au bout avec suite et méthode, ont mis a jour des monceaux imprévus de documents . Une critique implacable et singulièrement subtile, mûrie par une longue expérience des textes et la pratique journalière des monuments, a tout contrôlé, analysé, comparé, mis en ordre.

Le travail est en bonne voie, et nous pouvons enfin jeter un premier coup d'œil che% nos aïeux. Essayons de faire

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un pas de plus. J'apporte aujourd'hui quelques documents nouveaux; ce sont les miettes delà grande histoire , mais elles ont leur intérêt et nous ménagent des surprises.

Paris, juin 1898.

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