C'est aussi celle qu*on ne cite presque jamais
est résulté d'abord un élargissement du domaine delà connaissance — et même de la mentalité contemporaine. Représentons-nous, pour entendre ceci, le champ des curiosités d'un Racine ou d'un Boileau, ou relisons la lettre de Bossuet, et voyons les questions qu'il y déclare « indifférentes ». Comparons alors les Entretiens de Fontenelle, qui ont déjà paru (1686), et considérons de combien de choses nouvelles il y est traité ^ Et ne disons pas que l'honneur en revient à la science ; mais c'est le cartésianisme qui a éveillé la curiosité scientifique en montrant « la nature » aussi subtile et ingénieuse en ses opérations que l'esprit.
Autre effet du cartésianisme : l'institution d'un nouveau type de certitude, le type mathématique, dont on va faire la mesure des autres. (Cf. une scène trop rarement citée àeDon Juan, III, 1.) Gravité de l'erreur, ou du sophisme, et à ce propos de différents sens du mot croire. Peut-on (( croire » ce que l'on « sait » ?
On ne croit, en bon français, ni que deux et deux font quatre, ni que tous les hommes sont mortels ; on le sait de science certaine. Et, à ce
1. Voir dans Suard, Mémoires sur Garât, I, 79, une jolie page sur ce sujet. [Elle se termine ainsi : « Une science hérissée de calculs, transformée en tableaux, enchante l'ignorance qui la comprend, étend à l'infini le champ usé des vérités et des fictions poétiques et agrandit la création de nouveaux mondes. »]
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sujet, le second exemple prouve qu'il y a d'autres types de la certitude que la certitude mathématique. Il y a une « certitude expérimentale » : tous les hommes sont mortels. Il y a une « certitude historique » : César a été assassiné dans le Sénat. Il y a une « certitude morale » ^ : la vie de ce monde ne se termine pas à la mort. Et de ces formes de la certitude, aucune n'a de commune mesure avec la certitude mathématique. Une des conséquences du cartésianisme a été de conférer à la dernière une dignité unique, et ce n'est pas sa moindre erreur.
Enfin le mépris de la tradition est encore une conséquence du cartésianisme, fondé sur la confiance de l'esprit humain en lui-même 2, sur le pouvoir de la méthode et sur la supposition du progrès. Ce qu'on va voir en étudiant la querelle des anciens et des modernes.