III. — MOYENS qu'il A MIS AU SERVICE DE SES IDÉES
La plaisanterie voltairienne, et qu'elle consiste essentiellement et d'abord à rire de ce que l'on ne comprend pas : comment peut-on être Persan? et quand on a le malheur de l'être, comment peut-on ne pas regretter de n'être pas Français, comme Voltaire? Mais, en second lieu, quand on comprend, feindre de ne pas compren, dre, et s'étonner que la chrétienté se fût diviséepar exemple, sur la question de savoir si le Fils était « consubstantiel » ou « semblable » au Père (5;j.o'.oj7'.c; ou 6;j.scv7'.c;), car peut-on être hérétique « pour ne s'écarter de la foi que d'un iota »? Et en troisième lieu, dégrader préalablement par quelque comparaison bouffonne, déloyale ou avilissante les idées et les hommes qu'on s'est proposé de combattre. De la fortune que devait faire ce genre de plaisanterie, en raison de la facilité qu'elle offre. C'est la plai-
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santerie de Renan comparant David à Troppmann ; c'est aussi la plaisanterie du « voyou )> parisien.
Moyens politiques de Voltaire, et à ce propos d'une tradition des gens de lettres français, qui est d'essayer, depuis Rabelais, de persuader au pouvoir qu'on accroît son autorité de tout ce qu'on enlève à celle de la religion. Voltaire n'y a pas manqué, et ainsi, dans une certaine mesure, son fanatisme peut servir d'excuse à sa courtisanerie. Il eût moins flatté Frédéric et Catherine, s'il n'eût attendu d'eux des mesures fâcheuses pour la religion.
Mais son coup de génie en ce genre est l'emploi qu'il a su faire des maîtresses royales, depuis Parabère jusqu'à Pompadour et du Barrs Ses relations personnelles, et « de tout temps » avec la tribu des Lenormant et des Poisson. Avantages qu'il tire de l'avènement de Mme de' Pompadour : historiographe de France, académicien (1746), gentilhomme de la chambre, — et comment son rôle et son personnage littéraire en sont accrus d'autant. Que cette tactique lui a mieux réussi, et à ses idées, qu'on ne croirait d'abord.
D'une manière plus générale, et avant le milieu du siècle, toutes ces idées éparses, qui ne savaient comment rejoindre leur centre, Voltaire, avec son œuvre, leur en a donné le moyen. Il
leur a, de plus, fourni d'elles-mêmes une expression « portative », facile à mettre en circulation, et dont le danger se dissimulait en s'enveloppant d'esprit, et enfin, grâce aux circonstances, il s'est trouvé en état, à la veille de l'entreprise encyclopédique, d'en être en quelque sorte le garant et le patron universellement reconnu.