‹ Études sur le 18e siècleChapitre 30 sur 44 · I. — COMMENT IL s'eST EMPARÉ DE l'opinion · texte numérisé non relu

I. — COMMENT IL s'eST EMPARÉ DE l'opinion

En étendant d'abord, au delà de ce qui s'était vu, le nombre^ la diversité et la qualité de ses relations. Amis de collège, lettrés de toutes conditions, comédiens et comédiennes ; gens du monde, grands seigneurs et grandes dames. Nouveauté de cette conduite par rapport à celle de Fontenelle ou de La Mothe. Il débute par où les autres couronnent une carrière. Il est le commensal et l'égal de ceux dont l'homme de lettres n'était, avant lui, que le domestique, la créature ou le client, et ainsi il multiplie la « valeur personnelle » de l'homme de lettres, — quelle qu'elle soit, — par sa « valeur sociale ».

Ses liaisons non moindres avec les gens d'affaires. (Cf. Nicolardot, Ménage et Finances de Voltaire.) Il a compris que la fortune était um^ condition de l'indépendance et que, pour « penser librement », il fallait commencer par être son maître. De là ses relations avec les banquiers, et notamment les frères Paris; de là ses spéculations, ses « tripotages » dans les fourniture.^ militaires. Son commerce de tableaux (Cf.

notamment ses lettres à l'abbé Moussinot), ses prêts aux grands seigneurs dans l'embarras, et de là la grosse fortune qu'il laissera en mourant, après qu'il aura prouvé par son exemple que le genre d'esprit qu'il faut pour faire la grosse fortune qu'il a faite est à la portée du talentcomme de la sottise, et qu'ainsi il auraretiré le bel esprit de la condition « famélique » à laquelle il paraissait voué, quand le roi ou quelque traitant ne le prenait pas sous sa protection. (Cf. le cas de La Fontaine.)

Enfin, et en même temps, il exerce dans tous les genres son activité littéraire proprement dite. Poète épique dans sa Henriade^ poète tragique dans son Œdipe ou dans sa Zaïre, poète didactique dans ses Épîtres ou ses Discours sur Vhomme, rival, à tous ces titres, des Racine et des Boileau, et de plus qu'eux historien dans son Charles XII, savant dans les Mémoires qu'il compose pour l'Académie des sciences, philosophe dans ses Lettres anglaises et son Essai sur la philosophie de Newton. Et la raison de cette « universalité » est-elle dans un besoin de l'exercer en tant de genres ? Non, mais dans l'intention de ne laisser hors de ses prises aucune partie de l'opinion, de se faire en tout reconnaître un égal mérite, ou plutôt une égale compétence et finalement de devenir à son tour le maître et le guide des esprits de son temps.

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Conséquence : la formation d'une opinion générale et d'un public universel, qui n'est déjà plus ni celui de la cour, ni celui des salons, ni celui de la ville, mais d'un seul mot, le public, où l'on verra d'ailleurs se former des «coteries)); mais ce sera désormais autour non des personnes, mais des intérêts^ des tendances et des idées.

ir. — en quel sens il essaie de diriger l'opinion.

Le jugement de Faguet : « chaos d'idées claires )). Quant à ses idées d'alors, trois ouvrages essentiels les résument : Ëpître à Uranie (1722-1731), Lettres philosophiques (1133-113^), Discours sur Vhomme (1734-1738).

Ëpître à Uranie^ renseignements sur sa composition. (Cf. éd. Beuchot, XII, p. 15.) Nature de l'épître, et opposition du déisme ou « religion naturelle » aux religions révélées.

Lettres philosophiques. Circonstances de leur composition et de leur publication. Elles roulent essentiellement sur trois points : question religieuse, — développement de la nouvelle idée de science, — condition des gens de lettres. — Éloge de Bacon et commencement de l'influence du philosophe anglais. Caractère pratique de cet enseignement.

Les Discours sur Vhomme^ entre lesquels méritent d'être notés le V^ (Cf. p. 81) et un passage du VII^ (Cf. p. 97) sur l'utilité sociale devenue « mesure de la vertu ». Inspiration épicurienne de l'ensemble des Discours et philosophie du progrès (Cf. Le Mondain) mesuré au progrès des « arts de la vie ».

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