‹ Études sur le 18e siècleChapitre 35 sur 44 · II. — l'influence de bacon · texte numérisé non relu

II. — l'influence de bacon

Singulière fortune de Bacon en France \ et que, s^il n'a pas réussi d'abord davantage, la faute n'en est pas sans doute à notre ignorance de l'anglais, puisque ses grands ouvrages sont

1. Ne pas oublier en rédigeant de se reporter à J. de Maistre, Examen de la philosophie de Bacon,

écrits en latin. Idée générale de la philosophie de Bacon, et comment le caractère empirique et Imaginatif [de cette philosophie] ne pouvait convenir à l'esprit du xvii^ siècle. Nulle influence de Bacon sur les Anglais de ce temps, et notamment sur Newton.

De V induction baconienne et jugement de Macaulay (trad. Guizot, p. 204-205) K Qu'il n'y a qu'une manière de raisonner juste, et que toute « induction » n'est qu'un syllogisme, dont l'une des prémisses (ou toutes les deux) relève de la vérification expérimentale, et non rationnelle.

De la méthode statistique et du pouvoir du nombre en tant que moyen de preuve. La

1. [« Quand on parle de Bacon, on croit généralement qu'il inventa une nouvelle méthode pour arriver à la vérité, la méthode d'induction, et qu'il découvrit quelque erreur dans le mode de raisonnement par syllogisme qui était en vogue avant lui. Cette croyance est à peu près aussi exacte que celle des gens du moyen âge qui s'imaginaient que Virgile était un grand sorcier.... La méthode d'induction de Bacon a été pratiquée par toutes les i réatures humaines, depuis le commencement du monde. Elle est constamment pratiquée par le paysan 1<^ plus ignorant, par l'écolier le plus étourdi, par l'enfant la mamelle. Cette méthode fait connaître au paysan que, s'il sème de l'orge, il ne recueillera pas du froment. Par cette méthode, l'écolier apprend qu'un temps court est favorable à la pêche de la truite. Et j'imagine que c'est par voie d'induction qu'un petit enfant -^'herche du lait auprès de sa mère et de sa nourrice et non is auprès de son père. » (Macaulay, l. l.).]

« multiplicité » des cas n'en crée pas la «vérité », et deux ou trois expériences ne prouvent plus qu'une qu'autant qu'elles sont toutes les deux ou toutes les trois mal faites. Opinion de Claude Bernard sur la statistique. (Cf. Introduction à la médecine expérimentale^ p. 243 ^.) De la conception utilitaire de la science et, à ce propos, d'une opinion de Renan. (Cf. U Avenir de la science^ 522 2.) L'automobilisme et la mécanique. L'hygiène et la microbiologie. Que dire de l'anatomie comparée ? Ou encore de l'astronomie ?

1. [« Je ne comprends pas qu'on puisse arriver à une science pratique et précise en se fondant sur la statistique. En efîet, les résultats de la statistique, même ceux qui sont fournis par les grands nombres, semblent indiquer qu'il y a dans les variations des phénomènes une compensation qui amène la loi; mais comme cette compensation est illimitée, cela ne peut jamais rien nous apprendre sur un cas particulier, même de l'aveu des mathématiciens ; car ils admettent que, si la boule rouge est sortie cinquante fois de suite, ce n'est pas une raison pour qu'une boule blanche ait plus de chance de sortir la cinquante et unième fois. La statistique ne saurait donc enfanter que des sciences conjecturales ; elle ne produira jamais les sciences actives et expérimentales, c'est-à-dire les sciences qui règlent les phénomènes d'après des lois déterminées. On obtiendra par la statistique une conjecture avec une probabilité plus ou moins grande sur un cas donné, mais jamais une certitude, jamais une déterruinalion absolu''. ^^ (r:i;)ude Bernard, /. Z.).]

2. [« On n'envisage d'ordinaire la science que par ses résultats pratiques et ses effets civilisateurs. On découvre sans peine que la société moderne lui est redevable

Si quelque étude ne peut avoir « V homme » pour objet, c'est la science.

Coïncidence de ces idées baconiennes avec celles qui s'engendraient de la nouvelle conception de la science, et qu'en leur faisant honneur d'avoir préparé la « science » de Newton les philosophes en ont aisément achevé la fortune. Ce qui d'ailleurs est un mensonge historique.

lîl. — INFLUENCE DES MORALISTES ANGLAIS.

Qu'on peut négliger dans cet examen de l'influence anglaise celle des free thinkers (Collins, Tindal, Toland) : 1° parce qu'ils sont presque entièrement dans Bayle, et 2° parce qu'ils n'ont agi chez nous que beaucoup plus tard, et après l'Encyclopédie. (Cf. d'ailleurs Tabaraud, le

de ses principales améliorations. Cela est très vrai ; mais c'est poser la thèse d'une façon dangereuse. C'est omme si, pour établir la morale, on se bornait à prél'uter les avantages qu'elle procure à la société. La fience, aussi bien que la morale, a sa valeur en elleiiême et indépendamment de tout résultat avantageux. ( les résultats, d'ailleurs, sont presque toujours conçus de la façon la plus mesquine. On n'y voit d'ordinaire que (les applications, qui sans doute ont leur prix et servent puissamment par contre-coup le progrès de l'esprit, mais ( [ui n'ont en elles-mêmes que peu ou point de valeur idéale. Les applications morales, en effet, détournent presque toujours la science de sa fin véritable. N'étudier l'histoire que pour les leçons de morale ou de sagesse pra-

280 ÉTUDES SUR LE XVIIf SIÈCLE.

Philosophisme anglais^ et Leslie Stephen, la Pensée anglaise au XVI 11^ siècle'^.)

Il en est autrement de Shaftesbury et de Bernard de Mandeville.

La morale de Shaftesbury ou morale du sentiment, fondée sur l'appel à la conscience, a seulement de la beauté ^.

Lsi Fable des Abeilles (1706, 1714, 1723,1729, 1732 ; la traduction française est de 1740). Paradoxe fondamental : la prospérité des États fondée sur les vices des particuliers. Et, en effet, s'il n'y avait pas de gens cupides, et s'il n'y en avait pas d'amis de leur ventre, dediti pessimœ parti corporis ? Le progrès consiste donc à se débarrasser des obstacles que les préjugés, les conventions, et même la morale, ou surtout la morale opposent au développement des instincts, ou, en d'autres termes, le grand intérêt est l'intérêt social, lequel se définit par la prospérité des États. L'état idéal est celui où toutes les formes supérieures de civilisation sont le plus

tique qui on découlent, c'est renouveler la plaisante théorie de ces mauvais interprètes d'Aristote qui donnaient pour but à l'art dramatique de guérir les passions qu'il met en scène. L'esprit que j'attaque ici est celui de la science anglaise, si peu ('Icvr. si jumi pliilosophique. » (Ernest Renan, l. Z.)]

1. Faire ici place à Th. llobbes, et cf. Proud'hon, la Guerre et ta Faix, I, p. 140 et suiv.

Page 1