‹ Études sur le beau dans les artsChapitre 26 sur 47 · ÉTUDES SUR LE BEA.U · texte numérisé non relu

ÉTUDES SUR LE BEA.U

cer le souvenir d'une action magnanime; ainsi nous gémissons quand nos regards tombent sur les fruits honteux de la prostitution du talent.

Au récit des grandes actions, à l'aspect des chefs-d'œuvre, on ressent de nobles transports; et fier d'appartenir à la nature hiAnaine , on croit pouvoir aussi l'honorer. Les effets du bon , ceux du beau, sont à peu près semblables; ils captivent les âmes élevées ; ils les rendent meilleures et plus heureuses.

La même analogie existe dans les moyens de produire le bon et le beau. Qu'un homme fuie les routes vulgaires, que dans une douce retraite, il cultive l'amitié, les arts et la philosophie, il reçoit les nobles inspirations d'où naissent les pages éloquentes et les actions généreuses.

Fermer son cœur aux viles ambitions, est le premier moyen pour s'élever à la source du beau. L'amour des arts sert aussi la vertu ; il chasse les vains projets, les noirs soucis qui troublent et corrompent la multitude. A Dieu ne plaise qxi'un fastueux appareil me semble nécessaire pour inspirer des affections que l'homme

le plus simple peut connaître et chérir! mais, quand la société se déprave, quand les désirs intéressés €t les passions basses fermentent dans son sein , le temple des arts est un asile où l'on peut se garantir encore de la contagion.

Quelques distinctions, faites de bonne foi, éclairciraient les questions relatives à l'influence des lettres sur les mœurs. Il est des jours de paix et d'innocence où les peuples ignorent le luxe des plaisirs; les mœurs ont alors toute leur pureté; et l'on répandrait chez ces peuples heureux de funestes lumières , en leur enseignant à créer des jouissances que ne donne pas la vertu. Pour qu'on voie naître et briller la pompe séduisante des arts, il faut que les besoins se multiplient, que l'imagination s'anime, et que la sagesse oublie son austérité. Par un étrange phénomène, les arts nés de l'altération des mœurs en retardent la dégradation. Le feu qu'ils alimentent dans les cœurs, moins pur que celui de la vertu, est cependant un feu descendu du ciel. L'artiste a besoin de trouver quelque élévation dans les êtres qu'il veut émouvoir. Si la

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fierté , l'indépendance , l'amour de la patrie et de la gloire , sont livrés au ridicule par la dépravation toujours croissante , le beau s'éclipse et disparaît. S'il reste quelques hommes capables de le produire encore , à quels juges soumettraientils leurs ouvrages? On ne les comprend plus; tout sert à les décourager, et leur âme succombe. Ainsi, dans une contrée que la peste ravage, les hommes les plus robustes, ceux que n'a point atteints le mal contagieux , ressentent cependant im morne accablement, et l'invincible dégoût de l'existence.

L'étroite alliance du bon et du beau leur fait subir un même sort, dans les jours où la corruption semble près de dissoudre les liens de la société. Quand le bon est proscrit, le beau s'exile: plus d'enthousiasme alors, plus de rêveries, d'émotions touchantes; il ne reste que des passions cupides et des plaisirs grossiers.

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