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par le goût, et que l'obstination soit sa qualité dominante.
Entre ce musicien et le véritable artiste, il existera la différence qu'on remarque entre le versificateur et le poète. Avec peu de talent et beaucoup de patience , on écrit des vers corrects; les vers qui ne s'imitent point sont ceux où le sentiment reçoit un nouveau feu de l'harmonie et des images. Si , pour composer un morceau descriptif, il est nécessaire d'employer des soins laborieux, d'autres difficultés encore s'opposent à ce que nous entendions souvent des vers où les richesses poétiques s'allient au sentiment: il faut que la nature crée un poète, et que les muses elles-mêmes l'instruisent dans son art.
Formons-nous une théorie juste sur le mérite de la difficulté vaincue. Des obstacles sans nombre hérissentla carrière que s'ouvre le génie, il s'irrite et les dompte; il donne à ses productions un éclat vif et pur , et désirant que rien n'altère le plaisir qu'il fait naître , il dissimule ses efforts, il voudrait en effacer les plus légères traces. Mais lut-
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ter contre un obstacle sans qu'on puisse , en le surmontant , causer de plaisir réel , le vaincre afin de nous montrer qu'on l'a vaincu, c'est oublier le but des arts , c'est tomber dans la puérilité, c'est faire de ses forces un emploi ridicule. Quand nous obligeons l'auteur tragique à versifier ses drames, nous lui demandons un travail difficile sans doute; n'importe, son harmonieux langage enchantera l'oreille et l'esprit. Mais combiner des vers en sonnet, en rondeau, rimer des acrostiches , voilà des difficultés niaisement vaincues pour elles-mêmes; et celles que se propose le compositeur n'ont souvent rien qui soit plus digne d'intérêt. L'impuissance conduit à ces insignifians travaux qu'on veut nous faire applaudir. Trop faibles pour triompher des obstacles imposans que présentent les arts, de petits esprits savent en trouver d'autres, contre lesquels ils s'exercent hardiment , certains qu'ils sont de les avoir choisis à leur portée.
Exigeons, d'abord, que les résultats de la difficulté surmontée nous plaisent; nous pourrons ensuite la considérer en elle -même , et
radmirer. Après avoir joui des vives émotions qu'inspire un poème, il est satisfaisant d'examiner jusque dans les détails de cet ouvrage, combien il a fallu de talent , d'études et de soins pour approcher ainsi de la perfection. Mais , répétonsle encore , la difficulté vaincue sans résultat est
. indigne des poètes et des artistes; il faut la laisser aux charlatans , aux bateleurs , à tous ces hommes
. qui , par leur vaine adresse , amusent quelques instans les yeux, et ne disent rien à l'esprit.
Je distinguerais , au théâtre, trois genres de musique. 11 en est une peu expressive, enchanteresse par mélodie ; nous verrons qu'elle agit sur l'âme , et que des barbares seuls pourraient la dédaigner. Une autre est expressive et mélodieuse : celle-ci réunit les plus précieux avan- ' tages ; et sans elle , il faudrait renoncer aux effets puissans des compositions dramatiques. Enfin, la dernière n'exprime aucun sentiment, n'est point agréable à l'oreille, et son mérite se réduit à des difficultés connues des artistes. Lorsque je subis l'ennui de l'entendre, je me souviens toujours de cette anecdote. Un amateur de musique
écoutait, avec impatience , un joueur d'instrument qui suait en agitant son archet. Morisieur ^lui dit-on , sapez-vous que ce qu il fait est très difficile ? Très difficile., répondit l'amateur, et je voudrais bien que cela fût impossible!
Ah! pourquoi dégrader les beaux-arts? Quels profanes les réduisent à s'occuper de froids calculs PEnfans des muses, et dignes de leur céleste origine, ils doivent charmer les sens, intéresser l'âme; et toujours l'expérience atteste que les plus délicieuses émotions naissent d'une impression morale. Lorsqu'on entend la scène d'OEdipe et d'Antigone, ou le trio de Félix., ou l'air du père dans Stratonice., ou le chœur des Deux Journées: Oh l céleste Providence! on ^oûte un charme attendrissant qui pénètre l'âme et l'élève. C'est plus que de l'admiration, c'est de la reconnaissance qu'on éprouve pour l'art enchanteur qui fait naître des sentimens si purs et des plaisirs si vifs. •
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