‹ Études sur le beau dans les artsChapitre 36 sur 47 · JÎTUDES SUR LE BEAU · texte numérisé non relu

JÎTUDES SUR LE BEAU

Les personnes avides de scènes lugubres . effrayantes , ont la prétention d'être les plus sensibles; mais le besoin de pareils spectacles prouve, au contraire, un défaut de délicatesse dans les organes. L'bomme sensible est attendri par les peintures gracieuses des artistes et des ppètes. Les situations déchirantes ne sont pas les seules qui fassent couler ses pleurs ; tout ce qui est grand , noble, généreux, a droit de l'émouvoir. Voilà le juge du talent , les autres hommes n'en connaissent que les écarts et la dégradation.

Dès qu'on rêve à la puissance du beau, le souvenir des Grecs vient occuper l'esprit et flatter l'imagination. Chez ce peuple idolâtre des arts, l'éloquence s'alliait aux affaires, les sages unissaient le culte des muses à celui de la philosophie, et le législateur invoquait le secours des poètes. Les Grecs estimaient tous les biens

« quelque cliose de noble. On trouve du grand dans ses « ébauches même, comme dans ces vers que Virgile n'a point « finis. >' ( Essai sur le goiit. )

DANS LES ARTS. l'J'J

qui rendent la vie plus douce, et le plaisir les attachait à leur patrie. Animés par l'influence d'un ciel pur, d'un gouvernement libre, d'une religion séduisante , ils appelaient , avec transport, le génie à reproduire la beauté; et presque toujours ils desiraient qu'elle fut calme , sereine , telle qu'on doit l'offrir à des êtres heureux. Les idées qui peuvent attrister l'existence , se voilaient pour eux sous de brillantes allégories : les parques , dans leurs tableaux , étaient de belles vierges avec dès ailes; les furies même, dont ils effrayaient les coupables , perdaient leurs formes hideuses sous le pinceau des artistes *. Aux bienfaits du climat , du gouvernement et de la religion , s'unissait l'éclat des

* Winckelmann , Histoire de l' art , liv. 4, chap. xir.

Dupaty que regrettent les arts, avait des idées justes puisées aux sources antiques. Dans son groupe d'Oreste , l'Euménide surtout est remarquable. On ne la voit point enflammée de courroux, rassembler ses forces, et s'agiter pour frapper Oreste de ses serpens : elle exerce la justice , non la vengeance. Cette imposante et belle Euménide est debout , ses traits sont nobles , sa figure calme a quelque

récompenses. Polygnote décora d'admirables peintures un portique d'Athènes; les Amphictyons lui donnèrent un logement dans chaque ville de la Grèce. L'éloquent Gorgias harangua dans les jeux publics; une statue d'or lui fut décernée, et l'anniversaire du jour où l'on avait entendu cet orateur fut consacré par des fêtes. Ainsi se prolongeaient , dans un âge éclairé , les rêves du siècle poétique, où la crédule reconnaissance divinisa les inventeurs des arts.

Le cours des idées est changé , une immense révolution s'est faite dans les esprits. Les ravages des barbares, le gouvernement féodal, les fausses interprétations du christianisme ont répandu, chez les peuples modernes, une mélancolie décourageante, à laquelle ils n'échappent, par intervalles , qu'en se livrant aux accès d'une folie vive et légère, turbulente et gaie, qui, bannissant la réflexion , ne dispose point les âmes à ressentir l'impression du beau.

chose de l'impassibilité du destin , ses mains s'ouvrent sans effort , et les serpens s'élancent sur leur proie. Voilà de la sculpture ! voilà de la poésie !

Sans doute , nous devons des pleurs aux imitations intéressantes par leur tristesse; et n'en connaissaient-ils pas déjà le pouvoir, ceux qui retracèrent les douleurs de Niobé? Les arts en faisant naître tantôt des émotions riantes, tantôt des émotions tristes, ressemblent à la nature qui nous montre, tour-à-tour, les beautés du jour et celles de la nuit. Mais il est des idées , des sentimens repoussés par les muses. Que les poètes et les artistes , au lieu de favoriser une sombre disposition des esprits, l'éloignent d'eux et de leurs admirateurs ! qu'ils se garantissent des préjugés du vulgaire, en existant loin du monde, au sein d'une retraite embellie par les arts et par les songes d'une imagination brillante !

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