Etudes sur le calendrier égyptien
Le sujet que j’ai choisi comme point de départ de ce mémoire pourrait paraîti’e étrange à quelques-uns de mes lectem’s. « Est-il possible, diront-ils, que de simples dates du calendrier soient intéressantes pour l’histoire de la civilisation? » Il en est ainsi, cependant. Ce sont les grands corps célestes, le Soleil, la Lune et les Planètes, qui ont donné une base à presque tout système religieux. Sur eux s'est toudée la division du temps, eC en particulier, la com|)osition du calendrier. Presque toute croyance religieuse remonte à ce qu’on appelle une religion astrale, et l’adoration des différents corps célestes a conduit à des recherches plus appronfondies sur le cours des astres et sur les lois auxquelles ils sont soumis. Ce furent donc des sentiments religieux qui rendirent nécessaire une observation exacte et attentive des corps célestes. Pour pénétrer l’essence de la Toute-Puissance divine, on étudia attentivement les relations réciproques entre le Soleil, la Lune, et les Planètes, et t’influence éventuelle de ces astres sur le destin de riiommc. Ainsi l’astrologie, l’astronomie, et les différentes divisions du temps issues de l’astronomie, sont des conceptions qui ont pris naissance dans le développement progressif
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Introduction
de la civilisalioii, par suile de croyances religieuses de plus eu plus approfondies. Partout où nous pouvons remonter jusqu’aux sources des principes religieux, nous pouvons constater une chronologie mûrement pesée et fondée sur des raisons astronomiques, et il nous est possible d’en éludier le développement jusque dans ses origines. Mais ce n’est pas tout. D’une analogie entre deux principes calendéi'iques, résultera toujours une analogie entre deux principes religieux, et toutes les fois qu’on rencontrera, chez deux peuples différents, des institutions calendériques analogues, on verra entre leurs croyances et leurs institutions religieuses de nombreuses analogies.
Chez les peuples qui se sont mutuellement prêté leurs institutions calendériques, on constatera facilement de nombreux emprunts au point de vue de la religion, mais en tant que science indépendante, il s’en faut de beaucoup que nous puissions estimer à sa juste valem* rimportance de la chronologie ; paimii les « sciences auxiliaires » de l’iiistoire, elle est même traitée avec un certain dédain. On cherche à pénétrer les événements jusque dans leur essence et à connaître les rapports qu’il y a eu de tout temps entre eux et le destin de l’homme; on s’efforce aussi d’apprécier leur valeur historique; mais l’élément le plus important, celui qui donne à ces événements l’empreinte de la réalité, qui transforme la simple tradition en un fait solidement établi et confirmé par l’histoire, c’est-à-dire la détermination de la date, pai* des recherclies métliodiques, cet élément est considéré comme matière négligeable, même par des érudits de grande valeur.
Tant que nous ignorons la date d’un événement, nous ne sommes pas à même d’affirmer, en toute conscience, sa véi'ité historique, il nous faut tenir compte de la date, si nous voulons définitivement réunir en une trame les fils enchevêtrés des événements.
INTRODUCTION
Si nous ne pouvons établir, grâce aux ressources de la critique scientifique, l’ordre chronologique pour chacun des événements dits historiques, nous n’avons pas le droit de reconnaître en ces événements les anneaux de la chaîne solide que forment les faits historiques. La chaîne se romprait faute d’un lien solide.
Jusqu’à présent, on a trop peu attiré l’attention sur ce fait. De là vient que, de nos jours encore, nous sommes fort embarrassés devant certains problèmes que nous cherchons en vain à résoudre, mais qui depuis longtemps, si l’on avait su. apprécier l’importance de la date, seraient devenus des vérités scientifiques. Non seulement on ne peut se passer de la chronologie comme science, lorsqu'il s’agit de recherches se rapportant à l’histoire de riiuinanité, mais encore les différentes branches de l’histoire de la civilisation, et, en pai'ticulier, l’histoire de la religion, trouvent une nouvelle base dans la chronologie et, en particulier, dans l’observation exacte de certaines dates calendériques.
Le développement de plus d’un fait religieux nous paraîtra plus clair par l’étude scientifique des dates calendériques, vérifiées par la chronologie. De nouvelles voies seront ainsi ouvertes à nos recherches sur le terrain de l’histoire de la religion et à l’étude minutieuse des coutumes et usages religieux. Une date, en apparence insignifiante, devient importante pour la science quand on recherche les raisons qui ont déterminé la naissance du calendrier.
C’est pour deux raisons qu’on a établi le calendrier: à mesure que la civilisation croissait, il fallut préciser davantage les divisions du temps, et l’on se jiroposa de marquer chaque jour do l’année par un nom qui suffirait à le distinguer parmi les autres jours. Puis, par suite du dévelopjiement de la vie sociale, il fallut souvent se rappeler les événements et les jours reculés, et souvent
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aussi prédire le jour des événements à venir. Alors on fut forcé de fixer des dates et d’inventer le calendrier. — Celuici avait un autre but encore. — Le Soleil et la Lune étaient les symboles des divinités suprêmes ; non seulement on se les représentait comme étant les éléments dont émanaient la lumière et la chaleur, mais encore on leur attribuait celte Toute-Puissance, cause de tout changement périodique dans la végétation et source du bien et du mal sur terre. Ces divinités étaient censées gouverner le monde, et en outre, elles étaient chargées d’établir et de maintenir l’ordre dans l’univers. Les sacrifices qu’on leur destinait devaient ère offerts en leur temps exact, car les dieux qui réglaient le temps, ne souffraient aucune irrégularité à cet égard. — D’où la nécessité d’établir un calendrier.
Le calendrier est donc nue institution primitive, de toute première importance dans l’histoire de la civilisation. Non seulement il s’impose à la vie privée des peuples et de chaque individu en particulier, mais encore il a une très grande influence sur la vie et le sentiment religieux dont il règle les mouvements les plus intimes. Il sera facile, ce me semble, d’acquérir la conviction qu’il y a des rapports nécessaires entre les dates calcndériqnes, et certains actes, usages et rites religieux.
Les claies cctlendci'icj lies offrent un inlé/'êi éniinemment scienlifique^ et, au point de vue de L'histoire de la Religion, on ne saurait assez insister sur l'étude approfondie du Calendrier.
D’ailleurs, le développement religieux chez les anciens Eg3qjtiens, si étroitement liés aux idées chronologiques, ])rouvc bien la vérité de cette affirmation. D’après Wiedemann {Zu den Aegyptischen Monatsnaineii, ap. Oriental. Litleraturzeitung, 1903. S. 1, sq.), il y avait chez eux des divinités spéciales, non seulement jiour l’année, le mois et le jour, mais encore pour chaque
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saison, chaque mois, chaque jour du mois, chaque heure de la journée et de la nuit. De plus, nous savons, par les inscriptions, combien on se préoccupait en Egj’pte, surtout entre le commencement du Nouvel Empire et la XIXe dynastie, de remplacer les anciens dieux parliculiers aux mois par des divinités plus généralement connues. Un lien intime existe donc entre les éléments du calendrier et les éléments de la religion. Nous pouvons le constater à chaque pas; c’est un fait qui nous frappe et nous entraîne à des recherches approfondies. Mais à quoi hon tant de mots ? Les pages suivantes parleront d’elles-mêmes.
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