LA QUESTION DU SABBAT
La queslion du Sabbat est un proldème qui a récemment attiré l'attention des savants ; mais ce serait une erreur dépenser que l’intérêt n’en ait pas été vu de|)uis lo ngtemps.
Déjà vers 1870, par suite de nouvelles découvertes de tablettes cunéiformes, les Assyriologues étaient convaincus que le Sabbat des Israélites était une institution très ancienne; Abraham avait pu l’apporter avec d’autres éléments de la civilisation, de son séjour à Ur-tvasdini. Dans une édition antérieure de son ouvrage : « Die Keilinschrifïcn and das (dte Teslamenl », Eberbard Sebrader avait écrit ; « La semaine de sept jours, tout à fait inconnue des Egyptiens et des (irecs (ceux-ci avaient la semaine de dix jours, de même {|ue les lloniains, avant J.-C., avaient la semaine de huit jours), n’est parvenue aux Arabes (pie par rintermédiaire des Juifs, (l’est une institution hébraï(jue ancienne, donc prcmonaUjue^ mais non pas d’origine purement bébraicpie; elle n’est pas non plus [larvenue aux Hébreux par les Araméens; elle est plulcH une vieille institution h(i()jjl.oineiinc cpie les Hébreux ont
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rapportée de leur séjour à Ur-Kasdim, située dans la partie méridionale de la Babylonie. »
Certainement je ne saurais accepter en bloc ce que dit M. Sclirader ; il y aurait surtout des réserves à faire en ce (|ui concerne les Egyptiens’. Je dois cependant reconnaître c|ue ce n’est pas une découverte récente que de considérer l’institution de la semaine de sept jours comme un héritage des anciens Babyloniens; depuis trente ans déjà, le témoignage des inscriptions cunéiformes a transformé cette simple opinion en une thèse irréfutable.
La même observation est à faire au sujet de la célébration du septième jour de la semaine comme « Sabbat ». Sclirader dit, à la page 19 de son ouvrage ci-dessus mentionné : « Les inscriptions monumentales nous montrent tout d’aliord la semaine de sept jours; le septième jour y est indiqué comme un jour où tout travail devait cesser, et oii aucun sacrifice ne devait être offert. Ce jour, ofi il ne fallait entreprendre aucune affaire, portait le nom de K Sabat » nnttt, qui veut dire «(jour) de repos» (Il BawL, 32, IG a, b, d’après la correction de Friedr. Delitzsch), et dans la table explicative le mot : « Sabatii » est expressément défini par il/n niih libbi, qui veut dire : « jour de rejios du cœur », c’est-à-dire «jour de repos ». Nous pourrions citer aussi un nombre considérable de travaux antérieurs.
Les polémiques récentes sur la question Babel-Bible n’ont fait que vulgariser des données scientifiques connues depuis longtemps des assyriologues et estimées comme ayant une valeur très réelle.
Ces discussions ont remis en lumière plusieurs ques-
1. Los Egy[)licns ont, coinnic nous le verrous plus Inrd, fort bien connu la semaine de sept jours : c’était la durée d'uue phase lunaire dont les didérentes étapes ont été arrondies et représentées par des jours entiers. A l’époque où leur culte s'adressa au Soleil, symbole de la suprême idée divine, il n'y eut plus de plaec pour la semaine de sept jours, issue du culte lunaire; mais leur connaissance de la semaine de sept jours n'en est pas moins assurée.
lions babyloniennes-bibliques, surtout celle qui touche à l’oriffine de la célébration du sabbat. iNIais elle attend
encore sa solution simple et naturelle.
Dans le monde des théologiens, on a souvent lait valoir que le Sabbat d’Israël a été considéré en général comme un jour de joie et de fête ; tandis que sur les inscriptions cunéiformes, surtout sur la table hémérologique, si souvent mentionnée (IV llawl., 32, 33;, le Sabbat, septième jour de la semaine, est marqué comme lunii limnu, ce qui veut dire « mauvais jour ». Ce jour-là, le Maître des grandes Nations (le « ri’u nisi ra-bâ-a-ti») ne devait ni changer de vêtements, ni aborder le sanctuaire, ni offrir un sacrifice. Il s’ensuit, — croyait-on, — que le n2ïy des Israélites ne peut venir du « Sabatu » des Babvloniens. Même obscurité pour l’e.xplication chronologique du Sabbat, sur laquelle on multipliait les interprétations subtiles, sans arriver à une solution.
Cependant, il est un fait incontestable; c’est que les Babyloniens ont poussé à un degré de perfection étonnante l’observation des phénomènes célestes. Sur certains problèmes de l’astronomie (l’accélération de la lune, par exemple), nous n’avons pas dépassé le point oii les Babyloniens s'étaient arrêtés. Très peu de peuples de l’antiquité étaient, du reste, capables de suivre les Babyloniens sur ce terrain, car l’astronomie était basée, comme nous l’avons déjà remarcpié au commencement, sur des idées profondément religieuses. Au Talmud babylonien (traité Berachot, 58'’) on lit ce passage :
in’j 'Nü xnDisa nab sumnn ’b'atrr D'pn ■'b'ar •'8 pn'n:
« Je connais la marche des astres sur la sphère, à l’exception de celle des comètes, dont la nature nous est encore inconnue, comme je connais le chemin de Neheidaah. »
ün avait mis ce [lassage dans la bouche du rabbin
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Samuel, gloire des sciences astronomiques de son temps. Il était sorti d’une école qui avait subi rinduence des Babyloniens, et il avait inventé un calcul Thekuphe qui portait son nom.
Tout ce qui a été dit du rabbin s’appliquait ncore davantage aux Babyloniens, qui étaient les vrais maîtres de la science astronomi(jue.
Les peuples anciens observaient avec un soin tout particulier les difierentes phases de la lune. Même dans l’an- (denne Egypte, où, dès les temps les plus reculés de l’histoire ollicielle du royaume, on avait choisi le soleil pour base de l’année calendérique, on a prêté une attention toute particulière au cours de la lune, et on désigna chaque nouvelle phase par le nom de « jour », auquel on a ajouté le mot liib qui veut dire « fête ». Les noms des jours lunaires sont là pour le prouver ; ils nous sont connus par des inscriptions réparties depuis l’ancien empire jusqu’au temps des Ptolémées et des Romains.
Brugsch les a réunis dans son Thésaurus inscriptionum Aegypliacaruin ( Astronomische und astrologische Inschril'ten, p. 40 IL), et les a classés avec un soin minutieux. Nous allons les citer ici, pour rendre plus claire la discussion qui va suivre :
LIST E n ES ,) O U H s LUN A IRES
le te de la Nouvel le Lune.
— du Mois.
de l’apparition de Setem.
du sacrilice sur l’autel.
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