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CHAPITRE IV

ANALYSE DE LA BATAILLE DE PHARSALE ET QUELQUES CITATIONS CARACTÉRISTIQUES

Voici maintenant, d'après César, le récit de la bataille de Pharsale :

« Lorsque César se fut approché du camp de Pompée, il remarqua que son armée était placée dans Tordre suivant :

« A l'aile gauche étaient les deux légions nommées la première et la troisième, que César avait envoyées à Pompée au commencement des troubles, en vertu d'un décret du Sénat; c'est là que se tenait Pompée. Scipion occupait le centre, avec les légions de Syrie. La légion de CiUcie, jointe aux cohortes espagnoles qu'avait amenées Afranius, était placée à l'aile droite.

Pompée regardait les troupes que nous venons de voir ainsi placées comme les plus solides de son armée. Entre elles, c'est-à-dire entre le centre et les ailes, il avait distribué le reste, et comptait en ligne HO cohortes (complètes). C'étaient 48 000 hommes; 2000 vétérans , précédemment récompensés pour leurs services, étaient venus le rejoindre ; il lés avait dispersés dans toute la ligne de bataille. Les autres cohortes, au nombre de sept, avaient été laissées à la garde de son camp et des forts voisins. Son aile droite était appuyée à un ruisseau de rives inabordables ; et pour cette raison il avait mis toute sa cavalerie (7000 hommes) *, ses archers et ses frondeurs (4200 hommes) à Taile gauche.

« César, gardant son ancien ordre de bataille S avait placé la 10« légion à l'aile droite, et à l'aile gauche la 9*, quoique fort affaibUe par les combats de Dyrrachium; à celle-ci il adjoignit la 8« pour faire à peu près une légion avec les deux, et il leur recommanda de se soutenir l'une l'autre. Il avait en ligne 80 cohortes constituées (fort incomplètes), montant à

\ . Sa cavalerie consistait eu 7000 chevaux, dont 500 Gaulois ou Germains, les meilleurs cavaliers de ce temps, 900 Galates, 500 Tbraces, et des Tbessaliens, Macédoniens, Italiens en divers nombres.

2. Les légions de César étaient, chacune dans son ordre de bataille, placées sur trois lignes: 4 cohortes en 1" ligne, 5 en 2% 3 en 3e. Ainsi les cohortes d'une légion étaient toujours, en bataille, soutenues par des cohortes de la môme légion.

22 000 hommes. Deux cohortes avaient été laissées à la garde du camp. César avait donné le commandement de Taile gauche à Antoine, celui de la droite ù P. Sylla, celui du centre à C.Domitius. Pour lui, il se plaça en face de Pompée. Mais, après avoir reconnu la disposition de l'armée ennemie, craignant que son aile droite ne fût enveloppée par la nombreuse cavalerie de Pompée, il tira au plus tôt de sa 3e ligne une cohorte de chaque légion (6 cohortes), en forma une 4® ligne, la disposa pour recevoir cette cavalerie et lui montra ce qu'elle avait à faire; puis il avertit bien ces cohortes que le succès de la journée dépendait de leur valeur. En même temps, il commanda à toute l'armée, et en particulier à la 3^ ligne, de ne pas s'ébranler sans son ordre, se réservant quand il le jugerait à propos de donner le signal au moyen de l'étendard.

« César parcourt ensuite ses lignes pous exhorter son monde à bien faire et, le voyant plein d'ardeur, fait dôimer le signal.

(( Entre les deux armées, ij ne restait que juste assez d'espace pour que chacune eût le champ nécessaire à la charge. Mais Pompée avait recommandé à son monde qu'il attendit la charge sans bouger, et laissât l'armée de César rompre ses rangs. Il en faisait ainsi, dit-on, d'après l'avis de C. Triarius, afin d'annuler la force du premier élan chez les soldats

de César, afin que leur ordre de combat fût disjoint, et que les soldats de Pompée, bien disposés dans leurs rangs, n'eussent plus à recevoir Tépée à la main que des hommes en désordre; il pensait encore, ses troupes restant sur place au lieu de courir au-devant des traits lancés, amortir d'autant la force de chute des pilums, et en même temps il espérait que les soldats de César, par cette charge d'une course double, seraient hors d'haleine et accablés de fatigue. Cette recommandation d'immobilité nous parait être une erreur de Pompée, parce qu'il est chez tous une animation, une ardeur naturelle qui s'enflamme par l'élan au combat; les généraux ne doivent point réprimer, mais augmenter cette excitation, et ce n'est pas en vain qu'il a été établi, dans les temps antiques, que les troupes doivent pousser de grands cris, toutes les trompettes sonner, dans la marche au combat, afin d'épouvanter l'ennemi et d'exciter les siens.

« Cependant nos soldats, au signal donné, s'élancent le pilum à la main , mais ayant remarqué que ceux de Pompée ne couraient point à eux, instruits par l'expérience et formés par les combats précédents, ils ralentissent d'eux-mêmes et s'arrêtent au milieu de leur course, pour ne pas arriver hors d'haleine et à bout de forces ; et quelques moments après, ayant repris leur cource, ils lancent leurs pilums et puis immédiatement, selon l'ordre de

César, mettent Tépée à la main. Les Pompéiens se comportent parfaitement; ils reçoivent courageusement les traits, ils ne bougent pas devant Télan des légions, ils conservent leurs rangs et, leurs pilums envoyés, s'arment de Tépée.

« En môme temps, toute la cavalerie de Pompée s'élance de l'aile gauche, comme elle en avait reçu l'ordre, et la foule de ses archers se répand de toute part. Notre cavalerie n'attend pas la charge, mais elle cède le terrain en reculant un peu. La cavalerie de Pompée n'en devient que plus pressante et commence à développer ses escadrons et à nous tourner par notre flanc découvert. Aussitôt que César voit son intention, il donne le signal à sa 4* Ugne, composée de six cohortes. Celles-ci s'ébranlent aussitôt et (enseignes baissées) chargent avec tant de vigueur et de résolution les cavaliers pompéiens, que pas un ne tient, et que tous, ayant tourné bride, non seulement quittent la place, mais, pressés par la fuite, gagnent au plus vite les plus hautes montagnes. Eux partis, les archers et les frondeurs, abandonnés sans défense et sans protection, sont tous tués. Du même pas, les cohortes se portent derrière l'aile gauche de Pompée, dont l'armée combat et résiste toujours, et l'abordent à dos.

« En même temps. César fait avancer sa troisième

ligne, qui jusqu'à ce moment s'était tenue tranquille

à son poste. Ces troupes fraîches ayant relevé celles qui étaient fatiguées, les soldats de Pompée, d'un autre côté pris à dos, ne peuvent plus tenir, et tous prennent la fuite.

« César ne s'était pas trompé lorsqu'il avait dit à ses cohortes qu'il plaçait en ¥ hgne contre la cavalerie, en les exhortant à bien faire, que par elles commencerait la victoire. Par elles, en effet, la cavalerie fut repoussée, par elles la troupe des frondeurs et des archers fut taillée en pièces, et par elles l'aile gauche de Pompée fut tournée, ce qui décida la déroute.

« Dès que Pompée vit sa cavalerie repoussée et cette partie de l'armée sur laquelle il comptait le plus saisie de terreur, se fiant peu au reste, il quitta la bataille et courut achevai à son camp, où, s'adressant aux centurions qui gardaient la porte prétorienne, il leur dit à haute voix pour être entendu des soldats : Gardez bien le camp, et défendez-le vigoureusement en cas de malheur; pour moi, je vais faire le tour des autres portes et assurer la défense des postes.

« Cela dit, il se retire au prétoire, désespérant du succès et cependant attendant l'événement.

<c Après avoir forcé les ennemis en déroute à se jeter dans leurs retranchements, César, persuadé qu'il ne devait pas donner le moindre répit à leur épouvante, exhorta ses soldats à profiter de leur

avantage et à attaquer le camp; et ceux-ci, bien qu'accablés par la chaleur, car le combat s'était prolongé jusqu'au milieu du jour, ne refusèrent aucune fatigue et obéirent. Le camp fut d'abord bien défendu par les cohortes qui en avaient la garde et surtout par les Thraces et les barbares; car, pour les soldats qui avaient fui de la bataille, pleins de frayeur et accablés de fatigue, ils avaient presque tous jeté leurs armes et leurs enseignes et songeaient bien plus à se sauver qu'à défendre le camp. Bientôt môme, ceux qui tenaient bon sur le retranchement ne purent résister à la nuée des traits; couverts de blessures, ils abandonnèrent la place, et, conduits par leurs centurions et leurs tribuns, ils se réfugièrent au plus vite sur les hautes montagnes qui avoisinaient le camp.

« César ne perdit dans cette bataille que 200 soldats; mais environ 30 centurions des plus braves y furent tués... De l'armée de Pompée, il périt environ 15 000 hommes, et plus de 24 000 qui s'étaient réfugiés sur la montagne, et qiie César avait fait cerner de retranchements, vinrent se rendre le lendemain. »

Tel est le récit de César. Les choses ressortent si clairement de ce récit qu'il est à peine besoin de commentaires.

César avait l'ordre de bataille habituel sur trois lignes, consacré dans les armées romaines, sans être absolu cependant, puisque l'on voit Marius combattre

sur deux seulement ; mais, nous l'avons dit, suivant l'occasion, le génie du chef modifiait. Il n'y a pas lieu de supposer que l'armée de Pompée fût en ordre différent.

Pour faire face à cette armée double de la sienne,

César, s'il eût conservé l'ordonnance sur dix rangs de la cohorte, n'aurait pu former qu'une première ligne et ensuite une deuxième, de moitié nombreuse, comme réserve ; mais il connaissait la valeur de ses troupes et il savait, nous l'avons dit aussi, à quoi s'en tenir sur la force apparente des rangs profonds. Aussi il n'hésite pas à diminuer son épaisseur pour conserver intacts l'ordre et le moral des trois cinquièmes de ses troupes, jusqu'au moment de leur engagement; et, afin d'être plus sûr de sa troisième ligne, de sa réserve, afin qu'elle ne cède pas à l'entraînement de se distraire de son anxiété par l'action, il lui fait des recommandations toutes particulières, et peut-être, car le texte prête à interprétation, la tient à distance double de l'habitude en arrière des combattants.

Ensuite, dans le but de parer au mouvement tournant des 7000 cavaliers et des 4200 frondeurs et archers de Pompée, mouvement dans lequel celui-ci met l'espoir de la journée, il dispose six cohortes, qui représentent à peine 2000 hommes. Il a confiance parfaite que ces 2000 hommes feront tourner bride à

celte cavalerie, et ses 1000 cavaliers à lui sauront bien alors si vivement la pousser qu'elle ne songera même pas à se rallier. Ainsi arrive, et les 4200 archers et frondeurs sont égorgés comme des moutons par ces cohortes, aidées, sans doute, des 400 fantassins * jeunes et agiles que César mêlait à ses 1000 cavaliers et qui restèrent à cette besogne, laissant les cavaUers , qu'ils eussent ralentis , poursuivre les fuyards talonnés par la peur.

Voilà 7000 cavaliers balayés et 4200 fantassins, égorgés sans combat, tous (Jémoralisés simplement par une démonstration vigoureuse.

L'ordre d'attendre la charge donné par Pompée à son infanterie est jugé trop sévèrement par César. Certainement il a raison en thèse générale ; il ne faut point refroidir l'élan des troupes, et l'initiative de l'attaque donne en effet à l'assaillant un certain ascendant moral. Mais avec des soldats soUdes et dûment prévenus on peut tenter un piège, et les soldats de Pompée ont prouvé leur solidité en attendant sur place et sans broncher un ennemi en bon

1. César dit précédemment que , pour suppléer à l'infériorité numérique de sa cavalerie , il avait choisi 400 jeunes gens (adolescentes) des plus alertes parmi ceux qui marchaient en avant des enseignes (ex mtesignatis) et par des exercices quotidiens les avait accoutumés à combattre entre ses cavaliers (inter équités prœliari). Il avait ainsi obtenu ce résultat que ses mille cavaliers osaient en rase campagne tenir tète aux 7000 cavaliers de Pompée, sans se laisser épouvanter de leur multitude (neque magnopere eorum multitudine terrerentur).

ordre et plein de vigueur, alors qu'ils comptaient le recevoir en désordre et hors dlialeine. Quoiqu'il n'ait pas réussi, le conseil de Triarius n'était donc point mauvais; la conduite même des soldats de César le prouve ; et ce conseil et cette conduite montrent quelle était l'importance du rang matériel dans le combat antique; en assurant le soutien, le secours mutuel, il faisait la confiance du soldat.

Malgré donc que les soldats de César eussent l'initiative de l'attaque, le premier choc ne décide de rien. Il y a combat sur place, combat de plusieurs heures, et voilà 48 000 hommes de bonnes troupes, qui après une lutte où ils perdent à peine 200 hommes, — car, avec armes, courage, escrime égales, l'infanterie de Pompée ne doit point perdre face à face plus que celle de César, — voilà 48 000 hommes qui lâchent pied et, du champ de bataille à leur camp, sont égorgés au nombre de 12 000.

Les soldats de Pompée avaient deux fois la profondeur des rangs de César; l'ennemi, dans son élan, ne les a point fait reculer d'un pas ; d'autre part, leur masse est impuissante à le repousser, et Ton combat sur place. Pompée leur avait annoncé, dit César, que l'armée ennemie serait tournée par sa cavalerie, et tout à coup, alors qu'ils luttent bravement, pied à pied, ils entendent derrière eux les clameurs d'attaque des six cohortes de Qésar (2000 hommes).

Il semble que, pour une masse semblable, parer à ce danger était chose facile. Non. L'aile ainsi priseà dos lâche pied; de proche en proche, la contagion de la peur entraîne le reste; et Tépouvante est si grande qu'ils ne songent pas à se reformer dans leur camp un moment défendu par les cohortes de garde. Comme à Cannes, les armes leur tombent des mains. Sans la bonne contenance des gardes du camp qui a permis aux fuyards de gagner la montagne, les 24 000 prisonniers du lendemain eussent fait des cadavres ce jour-là.

Cannes et Pharsale pourraient à la rigueur suffire pour faire comprendre le combat antique. Ajoutons cependant quelques autres citations caractéristiques, que nous choisirons brèves et telles qu'elles se présentent dans l'ordre des temps; les renseignements seront plus complets ^ .

Tite-Live raconte que dans un combat contre les peuples des environs de Rome, je ne sais plus lequel, les Romains n'osèrent poursuivre, de peur de rompre leurs rangs.

1 . Ils le seront tout k fait pour qui voudra lire in extenso : daub* Xénophon, le combat des dix mille contre Pharnabase en Bithynie, § 34, page 569, édition Lisken et Sauvan; — dans Polybe, le combat du Tésin, chapitre XIII du livre III ; — dans César ou ses continuateurs, les combats contre Scipion, Labiénus et Afranius, les Getules et les Numides, § 61, page 282, et § 69, 70, 71 et 72, pages 283, 285 et 286, dans la Guerre d'Afrique, édition Lisken et Sauvan.

Dans un combat contre les Berniques, il montre les cavaliers romains, qui n'ont pu rien faire à cheval pour ébranler Tennemi, demandant au consul à mettre pied à terre pour combattre en fantassins. — Et ceci n'est point particulier aux cavaliers romains ; on voit plus tard les meilleurs cavaliers, les Gaulois, les Germains, les Parthes même, mettre pied à terre pour combattre réellement.

Les Volsques, les Latins, les Berniques, etc., sont réunis en multitude pour combattre les Romains; l'action touche à sa fin, et Tite-Live raconte : « Enfin les premiers rangs étant tombés, chacun, voyant le carnage arriver jusqu'à lui, prit la fuite ; puis, pressés, ils jettent leurs armes et se dispersent pour fuir, et alors s'élance la cavalerie, ayant l'ordre non de tuer les isolés, mais de gêner la foule avec ses traits, de ne cesser de l'inquiéter, de la ralentir en un mot, et d'empêcher la dispersion afin de permettre à l'infanterie d'arriver et de massacrer. »

Au combat d'Amilcar contre les mercenaires révoltés, qui jusque-là avaient toujours battu les Carthaginois, les mercenaires croyaient l'envelopper. Amilcar les surprend par une manœuvre nouvelle pour eux, et il les bat. Il marche sur trois lignes : éléphants, cavalerie et infanterie légère, puis phalanges des pesamment armés. A l'approche des mercenaires, qui marchent vigoureusement à son en-

contre, les deux lignes formées par les éléphants, les cavaliers et Tinfanterie légère, tournent le dos et vont au plus vite se placer sur les ailes de la 3' ligne ; la 3® ligne ainsi découverte rencontre un ennemi qui croyait n'avoir plus qu'à poursuivre, le surprend par conséquent, le met en fuite, et le livre ainsi à l'action des éléphants, des chevaux et des armés à la légère, qui massacrent les fuyards.

Amilcar tue 6000 hommes, en prend 2000 et perd si peu de monde qu'il n'en est pas question, ne perd personne sans doute, puisqu'il n'y eut pas de combat.

A Trasimène, les Carthaginois perdent 1500 hommes, presque tous Gaulois, les Romains 18 000 et 15 000 prisonniers. Combat acharné de trois heures.

A Zama, Annibal a 20 000 tués, 20 000 prisonniers, les Romains 2000 tués. Combat sérieux avec la 3" ligne d'Annibal, qui seule a combattu et n'a cédé que sous l'attaque en queue et en flanc de la cavalerie Massinissa.

A la bataille de Cynocéphale, entre Philippe et Flaminius, PhiUppe presse Flaminius avec sa phalange de 32 de profondeur. Vingt manipules prennent la phalange en queue. La bataille est perdue par PhiUppe. Les Romains comptent 700 tués, les Macédoniens 80 000 et 5000 pris.

A Pydna, — Paul-Emile contre Persée, — la phalange marche sans pouvoir être arrêtée; mais elle se

disjoint naturellement suivant le plus ou moins de résistance qu'elle rencontre. Des centuries pénètrent dans les crevasses du bloc et tuent les soldats embarrassés de leurs longues piques et qui ne sont forts qu'unis, de front, et à longueur de bois. Effroyable désordre et tuerie : 20 000 tués, 5000 pris sur 44 000 ! L'historien ne daigne pas parler des pertes romaines.

Bataille d'Aix contre les Teutons. Marins les fait surprendre par derrière. Affreux carnage : 100 000 Teutons, 300 Romains tués * .

Bataille de Chéronée, de Sylla contre Archélaiis, lieutenant de Mithridate : Sylla a une trentaine de mille hommes, Archélaiis 110 000. Archélaûs est battu par surprise de derrière. Les Romains perdent 14 hommes et tuent jusqu'à épuisement de poursuite.

Bataille d'Orchomène contre le même; répétition de Chéronée.

César raconte que sa cavalerie ne pouvait combattre les Bretons sans s'exposer beaucoup, parce que ceuxci feignaient de fuir pour l'éloigner de l'infanterie, et qu'alors, s'élançant de leurs chariots de guerre, ils la combattaient à pied avec avantage,

1. Après le combat antique, il n'y avait guère que des morts ou des blessures légères. — Dans l'action, la blessure grave qui vous jetait par terre ou paralysait vos forces était immédiatement suivie du coup de grâce

Un peu moins de 200 vétérans embarqués sur un navire se font échouer la nuit, pour n'être point pris par des forces navales supérieures. Ils atteignent un poste avantageux et y passent la nuit. A la pointe du jour, Otaciiius envoie contre eux environ 400 cavaliers et quelque infanterie de la garnison d'Alesio. Ils se défendirent vaillamment ; et, après en avoir tué plusieurs, ils rejoignirent les troupes de César sans qu'ils eussent perdu un seul homme.

L'arrière-garde de César est atteinte par la cavalerie de Pompée au passage de la rivière Génusus, en Macédoine, dont les bords sont fort escarpés. César oppose à la cavalerie de Pompée, forte de 5000 à 7000 hommes, sa cavalerie, 600 à 1000 hommes, parmi lesquels il avait soin d'entremêler 400 fantassins d'élite; ils firent si bien leur devoir que, dans le combat qui s'engagea, ayant repoussé les ennemis, ils en tuèrent plusieurs et se replièrent sur le gros de l'armée sans perte d'un seul homme.

A la bataille deThapse, en Afrique, contre Scipion, César tue 10 000 hommes, en perd 50 et a quelques blessés.

A la bataille sous les murs de Munda (Espagne) contre un des fils de Pompée, César a 80 cohortes et 8000 chevaux, environ 48 000 hommes.

Pompée a 13 légions, 60 000 hommes de troupe de ligne, 6000 cavaliers, 6000 fantassins légers,

6000 auxiliaires, en tout près de 80 000 hommes. Le combat, dit le narrateur, fut vaillamment soutenu, pied à pied *, glaive à glaive. Dans cette bataille d'un acharnement exceptionnel, où les chances longtemps balancées furent au moment de tourner contre César, celui-ci eut 1000 morts, 500 blessés ; Pompée, 33 000 morts, et, si Munda n'eût été si près (à deux milles à peine), ses pertes eussent été doubles.* On construisit les contrevallations de Munda avec les cadavres et les armes.

En étudiant les combats antiques, on voit que c'est presque toujours une attaque de flanc ou de queue, un effet de surprise quelconque qui gagne les batailles, surtout contre les Romains ; c'est ainsi que se trouvait parfois déconcertée leur tactique excellente, si excellente qu'un général romain qui valait seulement la moitié de son adversaire était sûr de le battre. Je ne les vois jamais vaincus autrement : Xantippe, Annibal, aspect, manières de combattre imprévues des Gaulois, etc., etc.

Xénophon dit quelque part, en effet : « Quelque chose que ce soit, ou agréable ou terrible, moins on l'a prévue, plus elle cause de plaisir ou d'effroi. Cela ne se voit nulle part mieux qu'à la guerre, où

1 . Le pied à pied, le glaive à glaive, sérieux, à courte distance, était donc un peu rare. De même, d'ailleurs, dans les duels de nos jours, où l'on voit rarement les épées franchement croisées.

toute suprise frappe de terreur ceux même qui sont de beaucoup les plus forts. »

Les combattants armés de cuirasses et de boucliers ne perdaient que très peu de monde dans le combat de face.

Dans ses victoires, Annibal ne perd pour ainsi dire que des Gaulois, sa chair à canon, combattant avec de mauvais boucliers et sans armures.

Presque toujours enfoncés, ils luttent cependant avec une ténacité qu'on ne trouve plus chez eux, ni avant ni après lui.

Thucydide caractérise le combat des armées à la légère, en disant dans un récit : « Comme d'habitude, les armées à la légère se mirent réciproquement en fuite *. »

Dans le combat à rangs serrés, il y avait poussée mutuelle, mais peu de perte, les hommes n'ayant pas la liberté de frapper à leur guise et de toute leur force.

César contre les Nerves, voyant au milieu de Faction son monde instinctivement serré pour résister à la masse des barbares, pUer cependant sous la poussée, fait ouvrir ses rangs, ses files, afin que ses légionnaires, qui, serrés en masse, étaient paralysés et forcés de céder à une pression plus forte, puissent

i. Aujourd'hui, ce sont les tirailleurs qui seuls ou à peu près font l'œuvre de destruction.

tuer et parconséquent démoraliser Tennemi. Et en effet, sitôt qu'au premier rang des Nerves.on tomba sous les coups des légionnaires, il y eut arrêt, recul, — puis, sous une attaque en queue, tourbillon, défaite de cette masse ^

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