‹ Études sur le dialecte du LavedanChapitre 3 sur 3 · BT A QUELQUES AUTRES POINTS DES PYRÉNÉES CENTRALES · texte numérisé non relu

BT A QUELQUES AUTRES POINTS DES PYRÉNÉES CENTRALES

La syntaxe des dialectes gascons n'offre presque aucune difScultti pour ceux qui parlent l'une quelconque des langues mi -latines. On doit seulement connaître l'emploi de la particule que, qui dans le langage actuel accompagne toutes les phrases affirmatives , et s'accole au verbe, sans en modifier le sens. 11 faut aussi savoir se démêler dans les formes multiples qu'affectent les pronoms personnels , et c'est à quoi la grammaire béarnaise de M. Lespy peut être d'un grand secours. Comme tous les idiomes prinaitifs ou simplement populaires , nos dialectes font une énorme consommation de ces pronoms : les uns utiles, indispensables au sens, et les autres plus ou moins explétifs. Lorsqu'ils sont réfléchis , ce qui arrive ti'ès souvent , ils reportent vivement sui' la personne dont l'action est exprimée, la pensée des effets que cette action a pour elle. C'est un peu comme dans le vers latin r

Sic vos non vobis nidiflcatis , aves. ... .

II y a parfois dans ce tour quelque chose de naïf et de plaisant , qui est très conforme au génie de la Gascogne. Ainsi , l'on dira d'un prêtre qui déjeune après avoir dit sa messe ( chose pourtant la plus simple du monde ) :

— Que s'a dit era misse, que la se minge

Il a dit sa messe , il en mange le prix ; mot-à-mot , il se la

mange ; manière indiscrète , mais très appréciée dans le pays , de

faire entendre que le prêtre vit de l'autel.

D.j-izcdbïGooglc

4<ï SUCIÉTËnAMOND

Plus d'un verbe est réfléchi en gascon , sans pouvoir l'être ea français , et cela avec gr&ce. Ainsi , d'un enfant qui chante pour s'endormir et se berce avec sa propre voix , on dira : gu^s cante , du verbe" canta, chanter. On dira encore d'un enfant qui se fait caresser, endormir sur les genoux : que s'a)}ù\x, du verbe ayov^Ui., endormir ainsi.

Dans les expressions courantes et proverbiales qui suivent, il est aisé de remarquer combien cette forme réfléchie , à complément direct ou indirect, est commune dans le Lavedan. Elle traduit avec vigueur le sentiment de l'homme simple et près de la nature , qui examine les choses par rapport à lui-même , et songe d'abord au bien ou au mal qui peut lui en revenir , tout à fait à la façon du Sancho; de Cervantes.

Certains verbes sont actifs dans nos dialectes, et habituellement neutres en français. 11 en résulte quelque vivacité de langage ;

— Que crides?... Pourquoi cries-tu? grondes-tu?

— Que plourat?.. Pourquoi pleurez- vous?

Je trouve dans une strophe d'un poéte-laboureur de la vallée d'Azun , auteur d'une complainte sur la mésaventure d'une jeune bergère : qu'elle eut & gémir des conséquences de sa faute , et pour parler comme lui , à pleurer ses plaisirs , ses rires du premier jour :

Pleura tU arrlses d'el ao passai. , . .

Voici quelques expressions plus ou moins proverbiales , qui donneront une idée sommaire des formes de langage et des métaphores populaires , que je recherche autant que possible. J'éviterû de commenter ce qui se comprend de soi-même, et d'appuyer sur des beautés très simples, que je livre telles quelles au discernement des amateurs :

— Et briouiou dets caaa, que d'ey et bastou

Le violon des chiens, c'est le bâton ( qui les fait danser ) .

— Dansa at 3ou d'era mousque

Danser au bruit de la mouche ( au son de la voix , sans musique instrumentale ).

D.gnzedbïGoOgle

DIALËCTR DU LAVGDAN il

— Era gracie de Diou

La grâce de Dieu ( les aliments , le pain , le vin que Dieu nous doone par sa grâce). Esp. la gracia de Bios.

~- Que nou minge, mes que sab bebe...

Il ne mange pas , il boit ( ce qu'il a ).

— Passa hami, passa seyt. . .

Passer sa faim (sans la satisfaire), sa soif (sans l'étancher).

— Aquet maynad que se-p-a enchucade.,.

Cet enfant vous a épuisée [a épuisé sa mère) en tétant. Enchucha dit cela d'un seul mot.

— Que hé pès naous. , .

Elle fait des pieds nouveaux (un nouvel être); elle est grosse. Esp. hace pies nuevos.

— Aquère henné qu'ey bielbe, qu'ey ségadère {ou dalkadère). Cette femme est vieille ; elle est mûre pour la faim ( elle est d'âge

à mourir. }

Ségadé , ère, propre à être scié; lat. secaturus, a. Dalhadé , ire , propre à être fauché.

— Qu'ey tentât (très-usité).

Il est tenté ou éprouvé , désireux , inquiet , affligé , malheureux

— Que la m'an cahlenadt. . .

On lui a tourné la tète , retourné l'esprit contre moi ( on m'a aliéné son cœur, ou me l'a accaparée). Un amant ae plaint ainsi de l'éloigaemeat que sa maîtresse lui témoigne.

— Fripou coum era neyt . . .

Trompeur comme la nuit.

— Qw'ey coum u cassoulot , u habtmt...

Il ressemble à un cbéne rabougri, à un hêtre nain. Se dit d'un petit homme contrefait.

— Bi de qouate houeiUes (St-Bertraad de Comminges ) . . .

Vin de quatre ans (qui a vu quatre fois les feuilles noUvellee — le printemps),

— Et tems qu'ey coum era santat dets biiVis. . .

Il en est du temps comme de la santé des vieilles gens ( laquelle

.. Cjoogle

SOCIËTË RAUOND

ne dure guère). Propos qui se tient, quand il fait un beau jour dans la mauvaise saison. De même aux proverbes français :

Beau temps d'biver

Aus^ U santé de vieillard,

Tout cela gist au grand hasard.

( Lk Roux]-

Quand il pleut et qu'il fait soleil tout à la fois , on dit à Argelès :

— Que hé w sou bastard. , .

C'est un soleil bâtard.

On dit à Bagnères .•

— Eras hrouehes qyé houmeyon. . .

Les sorcières mettent au four.

Les Espagnols se servent de la même expression :

— Las brugas hournian. . .

pour se plaindre d'un guignon , lorsqu'un charretier est embarrassé, lorsqu'on voit tout aller de travers chez soi, etc. Dans les Hautes- Pyrénées, on croit encore fortement au pouvoir des sorcières, 'à l'efficacité des pratiques d'une magie dégénérée. Telle personne suspecte se charge , moyennant finance , de servir secrètement les passions , la cupidité , les amours ou les haines d'une obscure clientèle. Certain est-il , que si quelqu'un g^it sous tes atteintes d'un mal peu connu du vulgaire et qui le consume lentement , on suppose qu'il a été l'objet de quelque maléfice du chef de ses ennemis :

— Que Van heyt escounyura, dit-on.

On a fait des conjurations contre lui.

' — Escounyura quauquaris; esp. conjurar alguno , faire des conjurations contre quelqu'un.

Il en résulte ceci : c'est que te malheureux est " troué comme un crible " : Qi^ey hmtradat coum u senne.

Je reviendrai sur ces superstitions. Je veux seulement remarquer ici que les termes vigoureux , les fortes comparaisons , les verbes à complément direct qui empoignent leur régime, ne manquent

dialectedUlatedaX 49

pas h nos dialectes , pour rendre les pluies , les terreurs , les désastres imaginaires et parfois trop réels qu'engendre la croyance aux miracles du diable.

Voyons la langue sur d'autres sujets :

— Era lue qu'ey plourouse. , ,

La lune pleure ( est voilée de larmes, ç'est-à-dire de nuages ). On dit dans le môme sens :

— Era lue qu'ey gourgouse. . .

La lune est trempée , noyée ( ainsi que dans une mare d'eau , gouTgue.

— Era lue qu'ey hauhe. . .

La lune est pâle, transie.

A Bagnères, on tire un pronostic pour le temps du murmure de l'Adour :

~ Quan brame et Adouf...

A Argelès, on consulte le bruit du C'ave :

— Qaaan et Gahet -ploure, Ben, ou ploui/e.

Quand le Gave pleure [gémit), c'est le vent ou la pluie.

Au sein des montagnes , si les torrents jettent dans le silence des nuits des bruits rauques, variables, irréguliers, discordants , ils révèlent le trouble de l'air , l'inquiétude de la nature et présagent un temps douteux. Si, au contraire, leur murmure est égal, harmonieux , rythmé , ils dénotent le calme de l'atmosphère ou la régularité des brises et annoncent le beau temps .

Voici à propos du Gave une expression remarquable :

— Dah toutes ères aygues det Gabet et det ciou nou t'en laberéa y âmes.

Toutes les eaux du Gave et toutes les eaux du ciel ne pourraient te laver ( des soupçons qui pèsent sur toi , que ces soupçons soient d'ailleurs fondés ou non).

Il y a ici une image populaire qui nous reporte au cri de Lady Macbeth : « Que les eaux du vaste Océan ne sufSraient pas à laver ses mains teintes de sang. »

— Que marche coum era brume...

Il marche comme le nuage ( de montagne , très vite }.

50 a.OC lÉTÉ R,ï!iIOÎf D

Il faut voir ces nuages , que des courants emportent , monter rapidement vers les sommets ou glisser le long des gorges. lisse heurtent au passage , s'accrochent , se déchirent aux rochers et laissent derrière eux des lambeaux qui traînent et se déforment lentement.

On dit des montons qui recherchent l'ombre :

— Que ban per las oumpres ( notez ce pluriel ). . ,

Si , conduits au printemps clans les pacages fleuris, ils se hAtent d'en prendre la fleur :

— Qu'an eslourat , dit-on; de bIou (sf], fleur. Esloura signifie cueillir la fleur. Eslouri signifie moisir, contracter une moisissure ; mot-à-mot, une efflorescencf.

Dans les pacages d'esques , herbe triangulaire, les troupeaux commencent par en brouter la pointe.

— Era punte d'era yerbe , veut dire quand l'herbe commence à croître , au printemps , au renouveau.

— Mousquère {sf) est un endroit aéré, un plateau découvert, un rocher, où les vaches se rendent instinctivement d'elles-mêmes, pour être à l'abri des mouches : mousquet

— Eras baques que mousqueyen. . .

Les vaches marchent , sont chassées , importunées par les mouches (un seul verbe exprime cela).

On dit d'elles au figui-é :

— Qu'an era tnouaque;. qu'ous a gahat era mousque. . . Elles ont pris la mouche (elles sont inquiètes, méchantes). Et cela se dit aussi des personnes.

Mousque (sf), mouche , a pour diminutif mouaquit , mousquiilou , moutquillei, moucheron.

Je transcris maintenant quelques jurements ou malédictions populaires , qui témoignent de l'énergie que peut avoir le discours patois :

— Aou gran haut Dîu Ubant ! ( val d'Ossau en Béarn et de

Perrières en Lavedanl.

D,g,-.,zeclbyG00gIC

DIALECTE DU LA-VEDAN ul

Par le très-haut et lo grand Dieu -vivant !

— Maou aaout Varribei (val d'Azun).

Puisses-tu te tordre le cou !

— Maou houec te bruUe (ou) t'alugite!

Que le feu d'enfer te brûle!

— Mala desgracia te toque (ibid.j. . .

Que le malheur t'atteigne , te frappe !

— Mala heredente disgracia t'arribel (val d'Azun). Que le malheur te glace et t'atterre ! .

— Maou pet de perigte Vescraae fibid.). . .

Que le tonnerre t'écrase !

— Maou billot le houle (ibid. ); on dirait hule à Argelès. Qu'un méchant gourdin te gonfle (te meurtrisse jusqu'à être

gonflé ).

— Bé't-en entai grounh dels totclious (ibid.)...

— Et grounh dets totchous est le lieu où l'on dépose les bâtons (totchous) à l'entrée des cabanes, en dedans ou en dehors. Par extension, cela signifie " l'enfer" peut-être, par cette idée qu'ainsi que l'on se débarrasse d'un bAton , en le jetant dans un mauvais coin , de môme on fait d'un homme en l'envoyant en enfer.

D.u-izcdbïGoogIc

SOCIÉTÉ HAMO

II — RECUEIL DE PROVERBES EMPRUNTÉS AU LAVEDAX ET A QUELQUES AUTRliS POIXTS'dES PITRËNÉES CENTRALES

J'arrive aux proverbes proprement dits, que j'ai classés en vue de l'agrément de la lecture et répartis et cinq séries :

1" Proverbes sur l'homme — Caractère — Humeur — Figure

— Ressemblances de famille — Ages de la vie.

2° Affections — Mariages.

3' Proverbes sur les mœurs en général.

4» Divers adages non classés.

5' Temps — Saisons — Pronostics et préceptes ruraux. ( La plupart de ces proverbes sont écrits en dialecte du Lavedan. ' Ceux que j'ai marqués d'un astérisque relèvent du patois de Comminges f.

Je n'essaierai point de faire valoir ce recueil par une étude préliminaire. Je m'en rapporte & lui - môme , à la traduction que j'en donne, aux explications que j'ai dû parfois y joindre. Il est vraisemblable que , pour le plus grand nombre , ces proverbes se retrouvent dans d'autres langues; mais ils peuvent plaire ici par l'originalité de la forme , qui eut souvent comique , quelquefois saisissante , et parce qu'ils ont la couleur vive des choses , des esprits du Midi. 11 en est qui décèlent hardiment les misères morales de l'homme , qui rendent avec vigueur des vérités poignantes ou de regrettable.s préjugés. D'autres, et ce ne sont pas tes moins curieux , s'attachent à la nature et dépeignent surtout avec éclat les luttes de l'homme des champs contre les saisons troublées et le ciel orageux des Pyrénées.

S I. — Proverbe» de Vhomme — Caractère — Humeur — Figure Ressemblances de famille — Ages de la vie.

— Qu'a patience coum u gat chalibe.. .

Jl a de la patience comme uo chat a de la salive. Il n'a pas de patience.

D.gnzedbïGoOgle

D I A t. li (; T E D L* I. .W ]i A .N 53

— Que hès coum et Toy, Quet déri et quel doy.. .

Tu îa'ia comme le Barégeois ( qui dit) : " Je te donuprai (un coup) Eh! bien, je. te le donne".

(Tu menaces et tu frappes en miîme temps).

Esp. El que amenaga, y pega. — Toi/, petit, sobriquet du Barégcois.

— Qu'ey coum els bous caas , qu'ey toustem de hourro...

H est comme les bons chiens, toujours de combat (se dit d'un homme toujours prêt à ngir). — Hourre (sf). combat de chiens.

— Qu'a toutem rats en cap, qui l'empàclwn de droumi. . .

Il a sans cesse des rats dans la tète , qui l'empêchent de dormir ( c'est-à-dire , des idées , des projets , qui troublent son sommeil ).

— Que parte tan que s'en hirere era plouye...

Avec le flux de ses paroles , il pourrait braver la pluie ( ses paroles se succèdent comme des gouttes de pluie, et pourraient lutter de vitesse avec elle ; il a une grande volubilité de parole ).

— QWestourdirfi et diable.. .

Il étourdirait le diable. Esp. saturdiria il diàblo.

— Que hé tapatije coum u ardit en'a poche. . .

Il fait du bruit comme un seul liard dans la poche ; (il ne fait aucun bruit). Esp. han tanto raido como un scharo en la boisa.

— Qu'ey desgourdit coum u scrabat ^n'a stoupe.. .

Il est dégourdi comme un scarabée ( qui se débat ) dans l'étoupe (pour dire: il est empêtré). Esp. Es listocomo un escarabajo en la lana.

— Paresse, bos soupe? — 0, — Say la te coueiUie. — Noun bouy mes.. .

Paresse , veuxrtu de la soupe? — Oui. — Viens la chercher. — Je n'en veux pas.

— Qu'ey empressât coum era padène ta Camabal. . .

Il est pressé comme la poâle en Carnaval (parce qu'alors on lui donne beaucoup d'emplois : on fait beaucoup de crêpes.

'54 SOCI ÉTÉ Jt AMOND

— N'a pas besounh u spi ta destrigahu. . .

It ne lui faut pas une épine (au pied) pour qu'il s'arrête. — Il s'arrête sans nécessité ; il perd son temps.

— Qu'ey fat coum m pet. . .

Glorieux comme un pet ( parce qu'il n'a respect de rien ).

— U caa quan entre, que hé ana 'ra coue.. .

Un chien, quand il entre, remue la queue [c'est une leçon de polites?e). Esp. Un can ( perro j quando entra, menea la cola,

— Qu'ey sensible coum era merde del gat. ..

Il est sensible (dans le sens de prompt, irascible ) comme la m.,,, du chat (qui est extrêmement sensible à l'odorat). On joue ici sur le mot " sensible ".

— Qu'ey mensounyé coum u arreloUje . . .

I! ment comme une horloge.

— Det hoo et det briac On sap berl'it.. .

De l'ivrogne et du fou on apprend vérité.

— Autan de lébets...

Autant de lièvres (c'est-à-dire, de mensonges, par allusion aux chasseurs , qui se vantent des lièvres qu'ils n'ont pas tués ).

— Quan dits ue bertat , ne lebet qu'où sort d'et c

Quand il dit la vérité, un lièvre lui sort du c. . . (Il ne dit jamais

la vérité),

— Lou diable, quan nou a arré à hé, rue s'esperraque et c

Quand le diable n'a rien à faire , il se déchire le c. . . [se dit des

désœuvrés qui s'appliquent à des choses vaines, inutiles ou nuisibles).

— Qu'ey cûuntrahet coum et baylet det diable... Il fait tout à rebours, comme le valet du diable.

— Quan nou parle maou, era boaque qu'où cay... S'il ne médit, la bouche lui tombe (il faut qu'il médise).

— Qui a Mlles et hillous

N'en cride , ni putes, ni laijrous...

Qui a fils et filles, aucun ne dise : put. . . ni larron.

..CjOoj^Ic

DIAI. ECTK Dr LAVE DAN 55

— Qui aye htllette

N'en cride, piilele ; Qui aye hiilou, N'en cride, layrou...

(C'est le même proverbe que le précédent, coupé en deux et orné de diminutifs).

— Padène que ho coumberli casserolle. ..

La poêle veut convertir la casserolle (on veut cori-iger les autres des défauts qu'on a soi-même ),

— Qu'ey gourmand coitm ue padène.. .

Gourmand comme une poêle (ù laquelle il faut de la graisse toutes les fois qu'on s'en sert).

— U graa de milh ta ne bouque d'azou. . .

C'est un grain de millet pour la bouche d'an Ane [c'est peu de chose).

— Qu'a era gule mes grane qu'et sac. ..

Il a la bouche plus grande que ventre ( il veut manger plus qu'il ne peut faire ).

— Mates d'aryen et bouque d'or. . .

Main (qui gagne) argent, bouche (qui mange} or (qui gagne beaucoup et dépense davantage).

— Amassadou de bren, esparricadou de harie. . .

Qui amasse le son et dissipe la farine. — Esp. Recoje la paja y arreya et trigo ; il ramasse la paille et jette le blé.

Bren veut dire son en vieux français, comme en gascon.

La brénée désigne, à Poitiers, une soupe au son , que l'on donne aux bestiaux.

— Nou baillo et lar as caas.. .

Il n'est pas homme à donner le lard aux chiens.

— De hé ue cuyole qu'en semble hé u castet . . .

Il fait une cage et croit faire un château (il s'exagère l'importance de ce qu'il fait).

— Qu'où semble q'te non a qu'aubri et c. . 'ta gahamousqves...

Il lui semble qu'il n'ait qu'à ouvnr le c. pour prendre des mouches. ( Il croit qu'il fera aisément une chose impossible en soi).

— Qu'où semble de gaha 'ra lue dàb ett dents.. .

Il lui semble qu'il va prendre la lune avec les dents { ce proverbe a le même sens que les précédents). ~ Ep. Se le figura que va atomar la luna con los dtenles.

— Que haret els oueils à 'ra gatle Et nou s'j beyré goutte,. , Vous feriez des yeux pour la chatte [ce serait un chef-d'œuvre, car la chatte a des yeux excellents), qu'elle n'y verrait goutte. Ce proverbe s'emploie pour tourner en dérision l'habileté de quelqu'un qui s'en vante.

— A" en troubaré caillaous en Gabet, . .

Il ne trouverait pas des cailloux dans le Gave (où il y en a tant , c'est un maladroit).

Troubaré : 3° per. sing. conti, du verbe trouba. Voici ce conditionnel tel qu'il s'emploie i Argelès : troubari, ares, are, arem, aret, aren. Ce temps dérive de l'imp. du subj. lat, amaretn , res, dont l'e terminal devient un i. On conserve l'een béarnais à toutes les personnes, hormis à la première. Quant à l'a, il se prononce entre l'a et l'e. On saisit dans la bouche populaire la transformation des voyelles , en voie de s'accoupler et pour ainsi dire en chemin.

— Çu'ej/ enti'nes coum u azou 'ta cassa colles. . .

Tu t'y entends comme un dne à chasser des cailles ( tu ne t'y entends nullement).

— Qu'ey enten coum u azou 'ta houeiUa mestu^ets . . .

Il y entend comme un âne à mettre des feuilles autour des pains de maïs (il ne s'y entend nullement).

Le pain de maïs (mesfureEs) est cuit au four, dans des terrines ou dans de vieux chaudrons, et pour qu'il n'adhère pas au.\ parois du vase, on l'enveloppe d'abord dans des feuilles de châtaignier.

HoueiUa, verbe tiré du subst. houeille (sf), feuille.

— Qu'ey counten coum ue garie quan s'a troubai et coutet...

DIALBCtB SU LAVBDAN 9^

Content comme uqc poule qui seot le cootettu (a\^ lequd on va lui couper le cou ). C'est une ironie.

— Que ^chagrine <x>um u hedet quam pmepe.

Il a du chagrin comme un veau qui tète ( il n'a nul chagrin ).

— Be tan dé chagri que m'das, nou m'en hey et nul d'et' arrie. Le chagrin que tu me donnes m'empêche de me voir l'échioe.

(Comme naturellement on ne peut pas voir sa propre échine, ce proverbe signifie qu'on n'éprouve aucune peine. Nud (sm], nœud ; arrie (sf) , dos.

— Que s'en da coum u azou de cot de berfett. . .

Il s'en soucie comme un &ne se soucie des coups de béret ( toque du pays , qui ne lui t&it aucun mal ].

— Qués trufe d'et mau maridat, . .

Il se moque du mal marié ( parce que pour lui il est dans de bons draps).

— Aro que podes fiioula els couloums. . .

Actuellement , tu peux t'amuser à siffler les pigeons ( se dît à ceux qui ont fait un bon repas et se trouvent à l'aise ).

-~ A qui cante

Et mau que s'espante, , Celui qui chante, son mal épouvante. Esp. Bloque canta, el mat espanta.

— Qu'a et hitye plaa plaçât. . .

Il a le foie bien à sa place ( c'est Un homme dur, sans cœur).

— Qu'ey de bou péou, . .

Il est de bon poil (il est méchant). Esp. Es de buenpelo.

— De tout péou hùune beatie, , .

Il y a bonne béte de tout poil. Esp. De este peio , ni gatto , ni perro.

De oe poil , il n'y a chat ni chien qui vaille. Pour dire , on ne peut rien attendre de boa de cette personne.

— Qu'a de touta piou», de tout» mouments. . .

Il a des poils de toutes sortes. U a de bons at de mauvais moments (il est d'humeur inégale).

.vCoogIc

53 SOCIÉTÉ RAUO ND

— Que t'es Ihebat de eu en sus. . ,

Tu t'es Wé le cul en L'air (à reculons et à rebours). Tu es de méchante humour aujourd'hui.

— Qu'ey nascut en Tnechante lue...

Il est né dans une mauvaise tune (il n'a pas de chance, il a du malheur).

— Qu'ey nascut et dtlus, tout'era semane que garde de trabera. Il est né le lundi et toute )a semaine il regarde de travers.

Il est louche , en patois guerli,

— Eres beres hiestres que soun ens beta caatett. . .

Les belles fenêtres sont aux beaux châteaux ( peur dire , les beaux yeux sont aux beaux vi.sages : sans doute parce qu'il n'y a pas de beaux visages sans de beaux yeux ).

— Henné barbude

Tout lou mounde la salude. . .

Femme barbue , chacun la salue. Prov. fp. Femme barbue, de loin la salue un bâton à la main. ( C'est que femme vieille et barbue passait pour sorcière au moyen-âge ). V. Le Roux de Lincy , V. 1 , p. 145.

— Çn'ej/ d'era race d'era birague. ..

Elle est de la race de l'ivraie (se dit d'une femme qui a 1b tête à l'envers , parce que l'ivraie encore ûte la raison ).

— Que nou ya ni tort ni boussut Que nou sio courroumput ...

Il n'est ni boiteux ni bossu qui ne soit corrompu.

— Frays et nou égals. . .

Des fi'ères qui ne se ressemblent pas.

— Quea semhlon cùum et porc al azou — coum era pigue at conçut et ber at cassou...

Ils se ressemblent comme le porc et l'âne, comme la pîe et le coucou , comme l'aune et le chêne. On dit en espagnol : comnie l'œuf et la châtaigne. Se parescen como un huevo a una castaiia.

Ce sont diverses manières d'exprimer que deux personnes n'ont aucune ressemblance entre elles.

— De lede moUte de beràffs bencia. . .

A laide souche { d'osier) , de beaux jets ( pour dire : à laid père, un beau fils, 6 père fripoD , un fils honnête ). Matte (sf) , souche. Benct (sm) , jet d'osîer. ,

— Qu'ya de touts hencia en ue matie . . .

A souche d'osier, il y a des jets de toutes soi-tes (dans une famille il y a de bons et de mauvais sujets ),

— Er'eatère qués semble at huste. . .

Le copeau ressemble au bois dont il est détaché.

De baque gayade, bedet gayat. . .

De vache tachetée, veau tacheté.

— Rasso casso can.

Se nou casso nou ba plan Chien chasse de race, mal va s'il ne chasse.

— Ugat qu'arrate

Chat ( par nature ) chasse les rats.

— Arrata , verbe concis que nous ne pouvons rendre 'ju'à l'aide d'une périphrase.

— Baque poumpouae, bedet qu'agarrous.

Vache spleodide et veau chétif ( quand la nourrice se conserve ti*op bien, t'enfant ne profite pas.

— Si et aouzet ey bèt Que s'at prend pèt bec.

Le bel oiseau, c'est par le bec qu'il se fait beau. (.Se dit d'un enlant qui embellit ea suçant le lait de sa mère. Se dit d'un homme qui a bonne mine parce qu'il ne se refuse rien ).

— Que crech coum era merd at sou,

11 croît comme la merde au soleil ( pour dire : il dècrpît , il sèche, il dépérit).

— Qui d'ore dénie Ifore desparente

Qui de bonne heure fait ses dents , de bonne heure quitte ses parents ( meurt ).

D.gnzedbïGoOglc

00 30C1&TÈ RAUOND

— Eras cachiles nou lou henpaa mie maou.

Les dents nâ lui font plu3 mal ( il est mort ). Prov. fr. V. Le Roux de Lincy, v. I, p. 139.

■^ Qu'a atempsd'uebaquebieUie.

Elle a l'âge où les vacbes soot vieilles ( pour dire d'une Slle : elle avance en &ge, il s'en va grand temps (Qu'elle soit établie ).

— Que seré estade hount liaquB de prooMbi».

Elle eût été bonne vache du pauvre ( se dit d'Une femme fécoade : le pauvre a grand besoin d'une vache qui produise).

— Que diaerin que tout mayti que dau cot depè a'ra biëUiesse. On dirait que chaque matin il donne un coup de pied à la

vieillesse { il rajeunit ). Les Espagnols ont aussi ce proverbe.

— Abescots et de qui pioule

Que biou mes qu'et de qui fioule.

Parfois celui qui piaule , vit plus que celui qui siffle. (Celui qui se plaint parce qu'il est malade , survit parfois & celui qui siffle parce qu'il est bien portant.

— Que s'en adapourtat en'alabe, que s'en atboo tourna en linsoo.

Gomme il est venu dans les langes , il s'en retournera à son linceuîl. (Tel il est né , tel il mourra).

2o Affections — Mariages

— Cade cuque qu'ayme son cucat.

Tout ver aime son petit ver ( toute mère aime son enfant , si laid soit-il ).

Cwque (sf) , sorte de vermisseau. Chenille en vieille langue d'oc ; dim. cucat (sm).

— Là où lou coo me ba, er'aureilke qu'em pen.

Où le cœur me bat , j'y ai l'oreille suspendue. ( Je suis sans cesse 1& où ie cœur m'attire ).

— Qui yete peyrettes, Que yete amourettes.

DIALECTE OU LAVBDAN di

Qui jette de petites pierres ( en se jouant ) , jette des amourettes. (C'est ua semblant de dispute qui cache l'ajuour). Esp. Et que echa ■piedrecitas ecfia amoritaa. Jolie variante : Qui peyreye qu'atttoureije.

— Qu'a heyt Pasquos obaiis Nadaou.

Elle a fait P&ques avant Noël ( se dit d'une jeune fille qui s'est Uisséa séduire avant de se marier). On dit en esp. dans le môme sens : a echa Pasqua antes de Ramosf

— Que hè maou amourti et hoiiec d'ue bieUie borde.

Il est malaisé d'éteindre le feu d'une vieille grange ( se dit pour qui épouse une vieille demoiselle ).

— Qui a marit qu'a ségnou.

Qui a mari a maître.

— Que baou mes canta dot u le que pîoura dab u beroy. Mieux vaut chanter avec un laid mari que pleurer avec un joli.

— Et clerc era puzelle, Nou sap oun a sa tet're.

Le clerc non plus que la pucelle ne sait où est son domaine. ( Le prêtre va où il est envoyé et la jeune Glle où elle est mariée ).

— Qui loingn se ba casa Troumpa hara ou troumpat sera.

Qui loin se va marier , sera trompé ou veut tromper. ( Prov. fr. V. Le Roux de Lincy, v. 2, p. 30.

Troumpa hara, troumpera (m.-à-ra.), (era tromper. (L'emploi du verbe faire comme auxiliaire , est un idiotisme. Comparez avec l'anglais to do.

— Et aryen tout en u cop , era henné a pagamens.

L'argent tout à la fois et la femme par à-comptes. ( C'est le désir d'un époux qui se marie par cupidité. Ce proverbe renverse l'ordre naturel des choses , d'après lequel la femme est livrée en une seule fois et la dot payée par à-comptes ou pttr annuités.

— Marie-Chourre et Youan-Pin-ia Qui bon hi rumies douma Sensé ni mique ni pa.

D.gnzedbïGoOglc

62 SOCIÉTÉKAilOND

Le roitelet et la mésange se marient demain, sans miche ni pain. (Cela veut dire que de pauvres gens, de petites gens sa .marient, le roitelet et la mésange étant de petits oiseaux). Nous disons en français : c'est la faim qui épouse ta soif. V. Le Roux de Lincy, v. 2, p. 140.

Douma , demain, dans le dialecte d'Azuo.

Mique [sO , miche , pain de maïs , ordinairement cuit sous la cendre. •

— Toustem Youanqu'a troubat a Youano.

Un Jean trouve toujours sa Jeanne. Prov. fr, 11 n'y a si méchant pot qui ne trouve son couvercle. Le Roux de Lincy, v, 2, p. 154.

— Toustem qu'y ey Peyrot ta Moundine,

Il y a toujours un Pierrot pour Moundine. ( Ce proverbe a le même sens que le précédeut.

Peyrot (sm), un pas grand' chose.

Moundine (sf), une pas grand' chose.

— Toustem qui if a esclot$ de soun pè.

On trouve toujours des sabots à son pied. ( C'est une troisième forme des deux proverbes précédents). Ssp. Cada pie halla su cahado, tout pied trouve sa chaussure.

Eaclot ou eselop (sm) , sabot.

3" Proverbe» sur les mœurs en général

— Qui pren, ^engaUje .

Qui prend s'oblige. Esp, El que toma se obliga.

— Qui prend , Que s'esten ; Qui da Que s'esta.

Qui prend , s'avance ; qui donne , demeure, Esp. Et que gniera, que se aâelante.

D.gnzedbïGoOgle

DIALBCTBDULA.VEDAN 63

— Qui aye béaougn de ma boutique qui s'apresse de moun taoutè.

Qui de ce que je vtnds a besoin de ma boutique , ne reste loia. ( Celui qui a besoin de mes services , doit venir me trouver ). Esp. El que tenga necesiitad de mis generos (marchandises) que venga a mi tiendal (boutique).

Taoule (sf) , tatrie ordinaire. Taoutë (sm} , table des marchands ambulants, dressée sur des bancs.

— Que baou mes paga a haourê qu'a haouritlou.

Mieux vaut payer grand forgeron que petit. ( Il vaut mieux payer cher UD bon ouvrier , que bon marché un mauvais). Haouré (sm), forgeron ; dim, haouriUou.

— Que baou mes u lÈ pidaa que nou pas u bèt ftowmt. Mieux vaut une laide pièce qu'un beau trou.

■ — Qui pèdasBOf soun tems passe, Qui nou hi ré, taben.

En rapiéçant, on passe le temps; en ne rien faisant, mémement.

— Méchant annade qvajU: eta curés laouron, eras putes hialon. Mauvaise l'année où les prêtres labourent, où les putains filent.

— Tout tribay qu'ey tribay.

Tout travail a sa peine. Esp. Todo trahajo es un trabajo.

— Per ue peyre, on nou s'empêche pas dé basti u caatèt. Faute d'une pierre, on ne laisse pas de bâtir un ch&teau.

— Per ue hette ,

Non s'caou pas coupa Va teste.

Pour une fête , on ne doit pas se casser la t€te.

— Nou caou pas cerca péous en s'ouéous.

Il ne faut pas chercher des cheveux dans les œufs. ( Il ne faut pas chercher dans les choses ce qui n'y est pas ),

— Qui cerqve et qui trobe Nou perd maou era pose.

Qui cherche et qui trouve, son temps ne perd.

— On nou's pot carga goy en arré.

On ne se peut se permettre joie de rien.

64 SOCIÈTÉRAMOND

Cargo , charger est ici très expressif.

— Quant et maUiur né boo, u pouy qu'estranglaré u azou.

A la mâle heure, il ne faut qu'un poux pour étrangler un fine. Esp. Cuando uno esta en disgracia , una hormiga la mataria. Celui qui est dans le malheur , une fourmi le tuerait.

— Au arbé détarramat, tout lou mounde que s'y ba hè éstères.

A un arbre ébranché chacun s'en va faire des copeaux. ( Tout le monde accable le malheureux.

C'est à peu près le proverbe espagnol : del arbal caido, todo el mundo hace lena.

Caidé, en gascon : cadut ou cayut, tombé.

Lena ; en gascon : légne (sm), bois,

— Ets murs qu'enténén , Eroa peyres que parlon.

Les mui-s entendent , les pierres parlent. Prov. tr^ Les murs ont des oreilles. Le Roux de Lincy, v. !, p. Iii2, Esp. Los muros tienen orejas, les murs ont Toute.

— Qui a de que cara Qu'a de que parla.

Qui a matière à se taire, a matière 'a parler.

— Qui a bou bézi , Qu'a hou maytî.

Qui a bon voisin, a bon matin. ( Le Roux de Llncy, v. '2, p. 389.

— Dot toun fray,miny9 è héou Et sabios et so quit déou.

Avec ton frère mange et bois et sache ce qu'il te doit,

— Ta cottnéché et mayouraou

Que sétcaou minya u saquét de saou.

Pour bien connaître le berger chef, il faut avec lui vider un sac de sel. ( Pour bien connaître un homme, il faut vivre assez longtemps avec lui ).

Mayouraou (sm) , major, celui qui commande les pasteurs d'une réunion sur la haute montagne.

DIALBCTË DU LAVBDAN 09

— Qui s'néourech et nébou, Que sWowrech et loup.

Qui nourrit son neveu nourrit le loup (qui doit le' dévorer: à cause de l'avidité présumée des collatéraux).

Qui a'néourech, celui qui nourrit chez soi pour soi qui se nourrit un eoDemi.

■ — Qui porto aryen quéporlo era mour at cat dét dit. Qui porte de l'argent, porte la mort au bout des doigts {parce qu'il tente la cupidité des malfaiteurs).

— Ed aryen nou (f ey pasparen.

L'argent n'est pas un parent ( que l'on puisse recJDnnaltre pour sien. Il passe de main en main et devient étranger à ceux qui s'en défont ).

— Ed aryen nou nou'stagn arré.

L'argent ne nous est rien ( dans le même sens que le pj'overbe précédent). On dit de deux personnes qui ne sont pas unies par les liens de la parenté : nou i'tagnen pas, elles ne se sont rien , elles ne se touchent pas. Du lat. tangere.

— Que baou mes yen Qu'aryen.

Vaut mieux gens qu'argent. Prov. fr. Amys vallent mieux que argent { iv' Siècle, Le Roux de Lincy, v. 2, p. 27 1 . )

— Qui trop embrasso poc qu'estrégn.

Qui trop embrasse, mal étreint.

— Aouzet de bacho nature , Si haou bolo poc lou dure.

Oiseau qui vole bas par nature , si haut il s'élève , peu lui dure. Celui qui pnni un trop haut vol pour sa condition ne le soutient pas trop longtemps.

— Qui boo péta mis haou que dit eu , que aabèu hoiirat en arrio.

Qui veut peter plus haut que le cul , qu'il se fasse un trou dans le dos! (Ce proverbe ironique s'adresse & ceus qui prétendent

D.c-izedbïGoOglC

66 SOCIËTËRAUOND

s'élever au-dessus de leuçs moyens et forcent leur nature. Je trouve simplement aux proverbes français z I! ne faut pas peter plus haut que le cul. Le Roux de Lincy, v. 2, p. 139.

— Ets cailhaous nou cayen jamés dé cap a cat-sus. Jamais les pierres ne tombent de bas en haut.

{ On cite ce proverbe dans la vallée d'Azun pour dire que les jeunes gens de la plaine ne viennent pas dans le pays épouser des monta gardes).

— On nou pot pas amanta dus caps dap u chapeau. On ne peut pas couvrir deux tètes d'un seul chapeau.

Esp. No se puede cubrir dos cabesas com U mismo sombrero.

— Nou an james hist cassayre ni pescayre de ligno , croumpa camps ni bigne.

On ne vit jamais ni chasseur ni pêcheur à la ligne, acheter champs ni vignes.

Le proverbe espagnol dit très joliment :

El pescator con cana Se arriona con mana.

Le pêcheur qui tend sa ligne, avec adresse se ruine.

— Era daune et bou pastou Que hen era maysou.

La maitresse et le bon berger font la maison prospère. Daoune (sf) maîtresse, dame de la maison, lat. domina.

— Qui nou a ni boueu ni carret nou laouro quan ho. Qui n'a ni charrue et bœufs, ne laboure quand il veut.

— Qui nou hé quan pot, nou lié quan bo.

Ce qu'on ne fait pas quand on peut , on ne le fait pas quand on veut.

— Qui nou cour quan ey pouri Que cour quan ey roussi.

. Qui ne court lorsqu'il est poulain, vieux cheval doit courir enfin. Roussi (sm) vieux cheval , cheval éreinté , rosse.

— Qui hé pèche era punte Que lié pèche era yunte.

D.gnzedbïGoOglc

DIALBCTE DU LAVEDAN 67

L'herbe qu'on pait à sa naissance, c'est le grenier mangé d'avance. Punte (sf) pointe de l'herbe.

Yunte (sf) espace compris entre deux chevrons parallèles dans UD grenier.

— Qui tout sut hîque en u toupt Tout que sat minge en u mayti.

Qui dans un pot met tout son bien , tout son bien mange en un matin.

— Quan. era hami pique Qu'ey boun' era mique.

Quand la faim nous talonne, la miche nous semble bonne.

Entr'autres proverbes français qui ont le même sens ;

Qui a faim, mange de tout pain. {Le Roux de Lincy, t. 2, p. 289.

L'appélit et la faim ne trouvent jamais mauvais pain. ( Ibid. t. 2, p. 251).

Mique (sf) miche , pain de maïs cuit à l'estouEfade sous la cendre, inférieur même au inesturet, lequel est cuit au four.

— De paille ou de hé Et brente que sie plé.

Ou de paille ou de foin, faut que le ventre s'emplisse.

— S'as àe dus pas, ké-t'en soupe det meilhou.

Si tu as pain de deux sortes, du meilleur fais-en ta soupe. Esp. Si tienes de dos panes , hayte aopa del mejor.

— Couale oueous maou battus Baîen mes couate que dus ; A batte et rebatte

Balen mes dus que couate A les mal battre , quatre œufs valent moins que deux ; à les battre et rebattre, deux œufs valent plus que quatre {.qui sont mal battus).

— Que baou mes m te Que dus abe.

Un liens vaut mieux que deux tu l'auras.

— Touiitem tan, se disou et maou bestit, quan abou ue manche.

D.cnzedbïGoOglc

68 BOCIÉTÈnAÏIOND

Le mal vêtu dit quand il eut une manche ; c'est toujours cela, une manche.

— Si bouUt sahey qui soy Gardât dab qui boy.

Si tu veux, savoir qui je sois, regarde avec qui je vis.

— Dis-mot qui Ut hantes, je te dirai qui tu es. (Aucun proverbe français n'est plus connu}.

— Yente coun yentou.

Canailles ensemble. (Pardon, lecteurs, de ma ti'ès fidèle traduction ).

— Yentou dap yentou et tripes dap moustarde.

Les gens aux gens de leur sorte et le boudin avec la moutarde.

— Qui dab cas ba Qu'appren de layra.

Qui des chiens fait sa société, apprend d'eux à aboyer.

Le proverbe espagnol dit qu'on apprend à hurler avec les loups.

C'est la même moralité en d'autres termes.

— Qui dab maynats se ba coucha , Merdam ques Ihebo et lendouma.

Ou Qui dab maynats se ba droumi, Merdous ques Ihebo et mayti.

Qui se couche avec des enfants, sera malpropre en se levant. ( On sort mal d'une atfaire où l'on s'est associé avec des gens ineptes).

— Ue poume pouyride qu'en hè poityri d'aoutes. Une pomme pourrie en pourrit d'autres.

— Yamfs poulette Nou picho soulette

Jamais poulette ne pisse seulette.

{Ce proverbe signifie que l'exemple est contagieux).

— A baslardailhe Pouin de parentailhe.

Au bâtard , point de parenté.

Aucun parent des père et mère des bâtards ne veut être son parent.

D.gnzedbïGoOglc

DU LAVBDAN

4° Divers Adages non classés

— Dus tisous (soucs) qués guerdmi [gayten) Très quès peleyen

E quate que s'auchèchen.

Deux tisons au feu se regardent , trois se battent, quatre se tûcnt, [Deux tisons ne brûlent pas, trois se brûlent réciproquement, quatre se consument ).

— Que coupf lout so que bey et que lécho tout so que trobe. (Ce couteau) coupe tout ce qu'il voit et laisse tout ce qu'il

rencontre. — Prov. franc. Le Roux de Lincy, t. 2, p. 138.

— Pun de Youano Quoate ara cane.

Points de Jeanne, quatre à la canne. Pour dire : grands points de mauvaise couturière.

Canne, ancienne mesure de la longueur de huit empans, sort i m. 60 c.

— Toustem que tournes et htou per^a giiillie.

Vous repassez sans-cesse votre fil dans l'aiguille, (Vous répétez toujours la mdme chose].

— N'as pas à parla sounque quan éras garies pichen.

Tu ne dois parler que lorsque pissent les poules , c'est-à-dire jamais,

Le proverbe français dit assez injurieusemcot aux femmes ;

Femme à son tour doit parler

Quand la poule va uriner.

— Qtté s'en a dat u pic en'a lengue.

Il s'en est mordu la langue,

— Hé u pic en crémail.

Faire une entaille à la crémaillère , marquer un événement extraordinaire. Il faut, dit-on, faire une entaille à la crémaillère i c'est lorsque quelqu'un fait une chose rave, dont il n'a poinlacoutume .

D.grlzedbïGoOglC

70 SOCIÉTÉ RAUOND

— Nou m'en metti pas mes de saou en toupi.

Je n'en met pas plus de sel à mon pot. Je n'en fais pas mon bouillon plus gras.

— Que s'en ey anat coum u gat escaoutat.

Il s'en est allé comme un chat échaudé.

— A force d'ana t'a ra houm, et tudet qu'eij demouro. Tant va la cruche à l'eau que son bec y demeure.

Aux proverbes français. — Tant va la cruche à la fontainette , qu'elle y laisse le manche ou l'oreillette. {Ibid. t. I, p. 44. Houn {sf), source, fontaine.

— Qui lengue a A Roume ba.

Qui langue a, à Rome va. { Prov. franc. Ibïd. t. 1, p. 198.

— Qu'a pasmt serres et mers.

Il a passé les monts et les mers ( il est allé partout ]. Serre (sf) colline, crête dentelée,

— Et arrelotye que ba coum ets ahès d'era bile. Ainsi va l'horloge comme les alTairesde la ville. Esp. El relog anda como los négocias de la viUa.

— Tambouri pagat d'àbanso que hé méchant sou. Tambourin payé d'avance rend un mauvais son.

— Qui planta poumé enta et hé.

Planter un pommier , pour soi c'est planter. { Parce que le pommier croît et produit en peu de temps).

— Era may d'ères olhes n'ey pas mourte.

La mère des brebis n'est point morte. ( C'est une parole d'encouragement qui se dit au berger qui a perdu son troupeau et généralement k ceux qui se trouvent dans un cas fâcheux, mais non désespéré et où il y a de la ressource).

— Nou n'y a pas aygue inqu'era cabillo.

L'eau n'y monte pas à la cheville, pour dire : vous pouvez faire cela, vous ne vous noierez pas. )

D.gnzedbïGoOglc

DIALBCTB OU LAVEDAN 71

— Si noy ploy qu^ey arrose.

Si l'eau n'y tombe en pluie , elle y tombe en rosée. ( A défaut de gros bénéfices , il y a toujours là de petits profits à faire, )

— Quan se benen crabes , qti'ey aouques.

Quand les chèvres se vendent (bien), j'ai des oies (k vendre). C'est le mot d'un paysan qui se plaint de la mauvaise chance qu'il a dans son commerce.

— Et da qu'a perdut et bene.

Le donner a perdu le vendre,

— So t^espargnat qu'ey permê gagnât.

II n'y a pas de gain plus tôt fait qu'une épargne.

— Qu'a heyt et cambi det bouhou.

Il a fait le troc de la taupe, (il a fait ua mauvais marché , un marché désavantageux.

Au temps de Moïse , dit-oa, c'est-à-dire fort anciennement , la taupe pnt au crapaud ( harri ) sa queue et lui donna ses yeux en échange. Depuis lors, elle est quasi-aveugle.

— Que-d-ey coum w courbach, que tourne toustem enfat nid. Semblable au corbeau qui toujours s'en revient à son nid.

Le corbeau du Lavedan qui niche l'hiver dans les bois de hêtres , part le matin pour les plaines où il trouve sa vie dans les champs ensemencés et rentre chaque soir en sa forêt, au sein des neiges.

— Quan hé héred, qu'ey a mes de mourgous que d'amourous. Au temps froid, il y a plus de gens morveux que d'amoureux. Esp. Quando kace frio , liay mas mocosos qu'amorosos.

s Temps, Saisons, Pronostics & Préceptes ruraux.

— Yuan de France qu'arribe, que s'en ba.

Jean de France s'en vient , Jean de France s'en va . { C'est le soleil qui se lève ou qui se couche).

— Quan era lue loum' an bel , Prenel gard'ad oueit et ad set.

Quand il fait beau, la lune étant nouvelle , prenez garde au bout de la semaine. Je crois qu'un proverbe analogue a cours en Bourgogne; ce serait un a.\iome de climatologie générale.

— Mountagno claro, Bourdeous escu , plouye at segu. Les monts sont dairs, Bordeaux est obscur, la pluie est sûre.

( Le mauvais temps vient aux Pyrénées du cété de Bordeaux par le nord, nord-ouest et ouest.

— Mountagno escure , Bourdeou cUt , Plouye nou y aoura.

Les monts sont noirs, Bordeaux est clair, pas de pluie dans l'air. Ces pronostics se renversent naturellement en passant les Pyrénées. On dit en Espagne :

Montana obscura, Pluvia secura.

Montagne obscure, la pluie est sûre.

— Brumo rouye lient ou plouye.

Et arc-en-ciel det mayti,

Era plouye pet cami

Et d'era brespado,

Era plouye passado.

Rouge nuée , vent ou pluie.

Arc-en-ciel le matin, la pluie en chemin. Arc-en-del dans la soirée , la pluie est passée.

Brespado (sQ après-midi.

D,g,-.,zeclbyG00gIC

DIALBCTB OU LATSDAK 73

Et pourtaou de sen Marti.

Le portail de St-Martin ( l'arc-en-cîel ),

Ceou agnérê

Plouye at darré.

Ciel tnoutoimé, la pluie le suit.

Ceou agnéré

Quey leyté.

Ciel moutonné et ciel pluvieux , m. b m. ciel qui a des agneaux donne du lait.

Ue arrayado blanquo ,

Era plouye nou manque.

Quand le soleil darde des rayons blancs , la pluie ne tarde pas

Arrayade (sf) est fort expressif ; nous ne pouvons traduire que par une périphrase.

— Et sou que parech fana cerca aygue.

Voici le soleil qui va quérir de l'eau. ( Nous disons vulgairement : c'est le soleil qui chauffe un bain ).

— Qu'ey et sou de Mountauba , Plouye que ba cerca.

C'est le soleil de Montauban, il va quérir la pluie. Ce proverbe s'emploie au lieu et place de celui qui précède. Pourquoi ; soleil de Montauban ?

— Quan et gat en coumê se laouo et s'espugo, Era plouyo qu'ey séguro.

Lorsque le chat se lave et s'épouille au foyer, sûrement la pluie doit tomber.

Ccurné (sm) coin du feu.

— Quan era gario s'espugo, Qu^aouem era pluyo seguro.

Quand la poule va s'épouiller , c'est pour la pluie annoncer. Esp. Cuando la gaUina se espuîga, pluvia segura.

— Plouye e sou Er'ayso det p'astou.

Quand il pleut et le soleil luit, le pasteur se réjouit. (Prov. français, ibid. 1, 174.

Dgle

74 SOCIBT&HAIIOND

— Baran d'et sou

Que gouhech era cape det pattou.

Halo du soleit , mouille la cape du berger. (Ce serait ua signe de pluie ) .

Baran (sin) cercle, halo. — Baraneya, faire tourner. Du lat. varare, courber; vants, a, i«n, courbé.

— Baran d'era lue Que tique era lague.

Halo de la lune dessèche la lagune. Ce serait un signe de sécheresse.

Lague (sQ lagune , petit lac, flaque d'eau. — Nota : ce proverbe et le précédent sont tirés de la vallée de Barèges.

— Quart els brums ban ta Labeda Dat ères abarques at caa.

Quand les nuages vont au Lavedan, donnez vos "aharques" aux chiens. C'est encore un proverbe de la vallée de Barèges. Lorsque les Barégeois voient les nuages filer vers le Lavedan, c'est le vent du midi qui souffle, lequel fait fondre la neige. Ils peuvent alors quitter leurs chaussures d'hiver nommées : abarques (sfpl. )Esp. àbarcas. Cette chaussure consiste en un morceau de bœuf, fixé au pied par des cordes et dont le poil est retroussé en dedans.

— Quan ets brums ban fAuran Taou diable que ban.

Quand au midi vont les nuées, au diable elles sont emportées.

Les Barégeois doivent s'attendre au mauvais temps, lorsque c'est le vent du nord qui souffle dans leur vallée. D'^uran, vers Oran, en Algérie, me dit-on. Cela me semble fort douteux.

— Era haylère

Non s'ey mouride(mourteJ yames de séquère

Au grand jamais vent du midi par sécheresse n'a péri.

La vent du sud au sud-est ou vent d'Espagne, qui par sa sécheresse et par sa violence rappelle un peu le sirocco ( Lartigue , système des vents , p, 76 ] ne souffle pas longtemps. H cède la place

DIALBCTK DU LAVBDAN 75

au vent du sud^ouest, lequel arrive chargé des vapeurs de l'Océaa. C'est ce dernier vent qui amène la pluie dans les Pyrénées.

— Haylère et tabernayre nou passon yames sét.

Vent du midi , femme habitaée de la taverne, ne passent pas leur soif sans boire.

C'est une autre allusion au fait climatologîque exprimé dans le proverbe précédent.

— Enta sent Bincens

Que s'ahachon ets torts et que puyon et! bena. A la St- Vincent, la gelée faiblit et le vent grandit,

— Ta sen Bertran dé zf , Miey gra,

Miey paiUo,

J/i?y hé ,

Et porc entier, A la 8t-Bertraod de janvier , que de ton grain te reste la moitié , de ta paille la moitié, de ton foin la moitié et que ton porc soit entier. Ce précepte d'économie rurale n'a pas besoin d'explication.

— Per hérébè bet, Nou quittet et capet.

Per mars courrouçât, Nou qnîtlet et marcal.

Que février soit beau , ne quitte ton manteau ; que mars soit courroucé, ne quitte le marché.

Le beau temps de février n'est pas sur , les giboulées de mars sont passagères.

Capet (sm) , vêtement à capuchon.

— Héfébé que hérébéyo,

Si hérébè nou hérébéyo

Mars que marsouléyo ,

Si mars nou marsouléyo

Touls ets mes d'édan que gouttereyon.

Février donne des giboulées , si ce n'est février , c'est mars , et si mars est sans giboulées, il pleut tous les mois de l'année.

76 BOCIËTfi RAHOND

Berehèqué herebe^, m. k m. février fevrierise ( s'il m'est permis de forger ce barbarisme ) , il fait des siennes , il amèae le temps qui lui est propre , qui le caractérise , le vent , les pluies , les giboulées. Mars qui marsouleye, est une expression du même genre , également intraduisable. Gouttereye, il tombe des gouttes, il pleut.

— Bérébè, hérébérou

Nou m'as coitstat ni olhe ni moutou,

Carot, qu'en ey dus a préné ;

Cousi mars que m,'én préstara couale,

Qu'et harey cou abate :

Per M hourat de traberou

Nou Vy bouy lécha ni olhe ni mmttou.

Février, petit février, tu ne m'as coûté ni mouton ni brebis. Silence ! J'ai deux jours è prendre à l'année , cousin mars m'en doit quatre prêter , je te ferai baisser îa queue ; pas un seul vîde & travers tes chevrons, je ne te veux laisser ni brebis ni mouton.

Dans ce singulier dialogue , le mois de février personnifié menace le berger de faire périr son troupeau dans l'étable , en s'atdant des premiers jours de mars. Heberou (sm) diminutif de herebé, février.

— Mars maytî , Care de mttsti.

Ta midye ,

Cla coMiM et OMey d'era garie, Era bréspérade, B'ere bouharade.

En mars le matin , à figure maussade , le midi est clair comme l'oâl de la poule, et dans la soirée tombe une giboulée. Musti (sm) un être maussade (?)

— Mars que disou à abriou :

Presto m'en u, presto m'en dus.

Presto m'en très, dab u qu'en aouran couate, Eras bacos dét baqué aouran éspamàbate.

Mars dit à avril : prête-moi un jour, prête-m'en deux, prêtem'en trois , il m'en reste un , nous en aurons quatre, les vaches du vacher, nous allons I<

D.cnzedbïGoOglc

DIALBCTEDULATBDAN 77

Ordinairement , les trois premiers jours d'avril sont mauvais comme la fia de mars. Mars et avril personnifies s'associent pour détruire le troupeau du vacher. Esparnabate a le sens du latin, aroslrare.

— Boun, qu'ey pcusat mars et marsiltoun, Que nou m'a coustat ni baeo ni bédéroun.

Bon , le voilà passé , mars , le petit mars, et il ne m'a coûté ni vache ai petit veau.

MarsiUoun (sm) diminutif de mars , fait un pléonasme pour exprimer plus vivement la joie du bouvier sorti sans perte de ce mauvais mois.

, Bederoun (sm) diminutif de bedet, veau.

— Era néou d'eras pigues marsésquos.

La neige des pies de mars ( neige de mars ).

Esp. La nieve de las pigas marjesas.

— Era néou det coucut.

La neige du coucou ( neige de fin d'avril ).

— En et m^s d'abriou Canto coucut si es biou.

Mourt ou biou

Canto en mes d'abriou Et si nou canto pas ii'ey pas bengut, Et etchibemiou. Au mois d'avril , chanta coucou , si tu es vif ; mort ou vif , chante au mois d'avril, et s'il ne chantç alors, dans ces quartiers d'hiver c'est qu'il demeure encore.

Etchiberniou (sm) hivernage.

— Quand et coucut coucude , Empasto pla, lècho la dure.

Au temps où chante le coucou , pétrissez bien que la pâte soit dure. Parce que au mois d'avril , époque de germination , la pâte tend à se ramollir.

Coucuda , lat. eueulare , chanter le chant du coucou , lat. cvculus.

D.gnzedbïGoOglc

™ SOCIÉTÉ BAMOND

— En mes d'àbriou, Baquo biou,

Pet à sègue ou per arriou, Et si biou, maouhiou.

Au mois d'avril, vache vit, le long de la haie ou des ruisseaux, et si vit-elle, mal elle vit.

— Abriou, léquopéro$.

Avpit, lèche-poires. (Epithète d'avril, à cause des gelées qui enlèvent dans ce mois la fleur des poiriers ),

— Quantounérrioénabriou, Qu'empUo et hiriou.

Tonnerre en avril, emplit le baril.

Esp. Cuando truena en abril, Se Uena el barril.

— Et o'uratyé dé may ( si lounérrêyo en Tnay ), Qu'emplie étchay.

■ Toonerreen mai, emplit le chai.

— Entré mars et abrtou Nou quittés u hiou.

Entre mars et avril, ne quitte pas un fi! ( de tes habits ). Ces deux mois sont souvent détestables en Bigorre, il ne faut pas s'y découvrir d'un fil.

— En mes de may et chibaou que treinblo en'a scudérie. Au mois de mai, le cheval tremble ( de froid j k l'écurie.

La sagesse populaire constate ce fait que le mois de mai est généralement pluvieux et froid aux Pyrénées. En 1864, il en a été différemment , mais c'est une exception. Aussi , nul proverbe comme le proverbe français :

Mars venteux et avril pluvieux, font le mai gai et gracieux (ibidj.

Ou comme l'Espagnol :

— Marzo ventoso, y avril lluvioso, sacaii a mayo, florido y hermoso Mars venteux et avril pluvieux, font sortir mai fleuri et beau.

Ce dernier adage est frais comme le printemps. 11 semble qu'on voie les mois paraître tour à tour et se donner la main.

..CjOoj^Ic

DIALECTE DU LAVBDAK 79

— Ets cadets, et caa, éra cagne.

Les petits chiens, le chien, la chienne.

(On nomme ainsi la vallée d'Azun, les huit premiers jours de mai, le neuvième jour et le dixième du même mois , lesquels sont presque toujours mauvais. 11 y neige très souvent, on a " un chien de temps ".

— Abriou plùuina, May noti cessa , Gulh goûte ,

Et paysa minyéra bouno soupe.

Qu'il pleuve en avril , et sans relâche en mai , qu'en juin il ne tombe une goutte , le paysan mangera de boime soupe ( Tannée sera bonne ).

Gulh (sm) juin. Gulhet (sm) juillet.

— Mars sec, abriou plouina, May nou cessa,

Juin goût,

Et boue qu'aoura dé tout.

Que mars soit sec et qu'avril soit pluvieux , que mai prodigue l'eau des cieux, et que juin n'en déverse rien, le bouvier aura de tout bien.

[ C'est le proverbe précédent plus complet et sous une autre forme ).

— Diounous garde d'éra poussière demayetd'éraango d^aoust. Dieu nous garde de la poussière en mai et de la boue en août !

( parce que mai doit être un mois pluvieux et août un mois sec pour que l'année suit bonne ).

Ango [sf), on dit hanque dans le Lavedaa ; fr. fange.

— Qu'ey loung coum era hami dé may .

Il D'en finira pas : c'est comme la famine en mai. ( Il y a disette au mois de mai , parce qu'à cette époque , les provisions d'hiver sont à peu près épuisées ). — On dit en Espagnol r

Es largo como la cuaresma.

C'est long comme te carême.

80 SOCIÉTÉ RiU OND

— Quan era gesta louris, Era hami pét pays.

Quan era gesta hè cric-cric.

AdioUj hami, adiou te die.

Quand le genêt fleurît , la faim est au pajs ; quand le genêt fait " cric-cric", adieu faim, adieu, je te le dis.

( Le genêt fleurit au mois de mai , qui est un mois de disette. Il ftùt " cric-cric ", c'est-à-dire que ses gneiss s'ouvrent en pétillant , aux mois d'août, de septembre, qui sont les mois d'abondance).

— Quan etperségué louréset maàuro , Et dio, ira net qu'eypér mesura.

Quand le pécher fleurit et quand la pèche est mûre, et le jour et la nuit ont la même mesure.

( Le pécher fleurit à l'équînoxe du printemps et donne ses fruits à l'équinoxe d'automne ).

— En mes dé gxdhet, Ni henno ni caoulet.

Au mois de juillet, ni femme ni choux.

Ppov. franc. Juin, juillet et août, ni femme ni choux. {Ibid.1,69).

— Nadaou âat et sou, Pasquos dat et tisou.

Le soleil à Noël, le tison à Pâques. — Prov. fr. A Noël au balcon, à Pâques au tison. (Ibid. 1, 72).

— Qui ta Nadaou s'assoureyo , Enta Pasquos s'altouréyo.

Qui prend le soleil h Noël, à Pâques se gèle. Assouleya, verbe expressif qui n'a pour correspondant en français que le substantif " insolation ".

— Si ta Nadaou nou hè toucou , Ta Pasquos que hen crabou.

Si la neige, à Noël, ne s'attache i nos pieds , à Pâques il faut brûler du bois dans les foyers.

Ce proverbe employé dans la vallée de Barèges , est une troisième forme dea deux proverbes précédents.

Toucou (sta) pelote de neige qui s'amasse en marchant fa la semelle des sabots.

Crabou pour carbou (smj , charboD. Hè carbou , faire du charbon , réduire du bois en charbon, brûler du bois.

— Quan et choc canto en béribè.

Botté, réplégol et paillé.

Quand la chouette chante en février, ménage la litière, bouvier !

La chouette, lorsqu'eLe se fait entendre au mois de février, présage une récolte insuffisante ou tardive. C'est au bouvier de ménager, de resserrer ( répléga ) la paille qu'il étend dans son étable.

— Se plaott et dio d'era Trinitat, Era récoUo s'en toumo per meytat.

S'il pleut le jour de la Trinité, la récolte s'en va par moitié.

— Quan Paaques mar seules, Hamipésquoa ou cimitère adesques.

Quand P&ques tombe en mars , c'est la feim que tu pèches ou le cimetière que tu nourris. ( La faim ou la mort , douloureuse alternative, serait-elle une vérité d'expérience? )

Marseilla, venir en mars, coïncider avec mars,

— Pasquos marsescos, Era hami pesquos.

Se Twu la pescos, que l'adescos, En cimitèri força toumbos fresques.

Quand Pâques en mars vient, tu pèches la faim , tu la nourris si tu ne ta pêches, au cimetière que de tombes fraiches !

Ce proverbe et le précédent ne diffèrent que par les termes. Les termes varient de vallée à vallée , de village à village. Je ne dboîsis point, je n'invente poiut, j'écris sous la dictée du peuple, qui, il faut le reconnaître, défait de plus en plus ses longs et vieux adages.

Marcesco, qui appartient à mars, qui est du mois de mars.

— Quan er'anado coumenço p^ dityaout.

Boue, benté bacos et tous bruous.

Lorsque par un jeudi l'année est commencée , vends tes jeunes taureaux et tes vaches , bouvier.

D.gnzedbïGoOglc

82 SOCIÉTÉ RAUOND

( Parce qu'on conjecture que l'année sera sans fourrages , ou qu'une épidémie sévira sur les bestiaux ).

— Diou nous gardé dé l'an dé bises , Dé Pan abans ou dé Van après.

Dieu nous garde de l'ao bissextil, de l'an qui le précède ou de l'an qui le suit.

En Bourgogne, on attache également une idée défavorable k l'année bissextile et au bissextre ou jour ajouté tous les quatre ans au mois de février.

— Quan era rozo d'ei cazaou S'enclino dé cap at houstaou ,

Méfidet I A'ra porto era mottr que hè : gnaou.

Quand la rose du jardin sur la maison s'incline , méfie-toi , c'est la mort. Elle miaule à ta porte ( elle guette comme un chat, prête h s'élancer sur une proie).

La superstition parle ici un langage très pittoresque.

Gnaou I Miaou, miaulement du chat.

fi" Nobles et prêtres — Cagots — Espagnols — Dictons sur les localités

— To'sta eaouquaré.

Qu'en caou hié.

Pour être quelque chose, de quelque chose il faut venir, ( Pour être comme il faut , il faut être bien né. Au temps où ce proverbe se disait , bien peu étaient , comme de nos jours , les fils de leurs œuvres. Il se dit plus rarement aujourd'hui ).

, — Habillât u bastou

Que semblera u segnou { barou ) , Habillât u paon Que semblera u haott.

Habillez un bâton , il passera pour un baron ; habillez un pieu , il passera pour un hêtre.

D.u-izcdbïCoot^le

DIAI.BGTe DQ LAVBDAN 83

— Qu'où semblo d'esta perrou de Charlemagne.

Il se prend lui-même pour un preux de Charlemagae<

— Que soun nobles det houns d'et assemaou.

Ce sont nobles du fond de l'auge à nourrir les cochons. Ou peut-être du fond de la cuve où l'on fait le vin. C'est .de la lie des nobles ).

Ce proverbe a cours à St-Bertrand de Comminges pour narguer les gens de la vallée de Barousse , auxquels on attribue des préteutions à la noblesse, jugées, en tout cas, peu sérieuses.

1— Et porc qa'anoublech era trouye.

Le porc annoblit la truie ( le mâle transmet sa noblesse ).

— Et porc qu'encayoutech era trouye.

Le porc " eocayote" la truie. { Le mâle transmet son indignité de race.

Il s'agit ici de la race des Cagots, si longtemps maudits et encore méprisés dans les Pyrénées.

— Qu'ey tourssitt coum un Cagot.

Retors comme un Cagol.

{ Une longue persécution fait dévier le caractère, c'est ce qui a pu et dû arriver aux Cagots).

— Luo merquiUouse Et bisito d'c( segnou, De cent en cent ans, Cets qu'en an prou.

Que la lune change un mercredi, que le seigneur nous fasse visite une fois en cent aos, c'est assez.

De pauvres montagnards aimant la liberté prisaient peu la visite de leur seigneur , qui entraînait pour eux forces dépenses, tracas, vexations même. Ce sentiment paraît avoir été très viî dans la vallée de Barousse où j'ai recueilli ce proverbe, il y a quelques années, de la bouche d'un vieillard, â.gé pour lors de 94 ans, qui le tenait lui-même de son père.

Quant à la lune qui se renouvelle uo mercredi , elle passait pour nuisible, probablement par suite de quelque coïncidence observée

.. Cjoogle

84 SOCIÉTÉ RAMOMD

jadis entre cette lune et te mauvais temps. En 1855, M. Dupain, professeur au lycée de Carcassonne , prenait la peine de relever dans le calendrier antérieur b. la réforme grégorienne, une période de 1517 à 1538, où souvent les lunes de mercredi tombent par hasard dans la mauvaise saison. Qu'un astrologue ait observé le temps pendant ces douze années ou daos telle autre période offrant des circonstances analogues et il aura formulé un axiome météorolo^que, accepté sans autre examen par le peuple et par lui converti en proverbe.

— Qui a mouli ou capéra Nou manqua de pa.

Qui a parent, prêtre ou moulin, ne manque de pain.

Allusion au secours que le prêtre donne à sa famille et qui est le motif pour lequel tant de paysans vouent leurs fîls à l'état ecclésiastique, sans consulter leur vocation, tout au moins dans les Hautes- Pyrénées.

— Hayne dé eurè taquo d'oli.

Haine de prêtre , tache d'huile ( tache indélébile qui s'étend au lieu de se restreindre ). Atfreuse et trop juste comparaison , si elle se rapporte aux théologiens de tous les temps et de tous les pays.

On dit moins bien en Espagnol -. Odio de cura, escoso duro.

— So qui tou rey nou bo, Et papo que sat euro.

Ce que le roi ne veut , le pape en fait sa curée. (Ce qui semble signtlier ou que le pape se contente de ce que le roi lui laisse ou que l'avidité de Rome ne néglige aucun profît ].

Cura , dépouiller , attaquer en rongeant. Curase, forme réfléchie : elle se donne en gascon à une multitude de verbes exprimant une action dont l'auteur peut profiter. Ets caas qués curon ets os , les chiens rongent les os, les dépouillent entièrement à leur profit.

— • Ets capéras nou s'àbachon que ta s'empUa coum eras ourses.

Les prêtres, comme les cruches, ne s'abaissent que pour se remplir.

Esp. Los auras se bajan para Uenar se.

Les prêtres ont renvoyé ce proverbe aux moines.

DIALECTE DU LATEDAN «3

« M. le Camus , ëvëqae du Bellay , un des plus dignes prélats de son siècle, n'était pas favorable aux religieux; il trouvait k dire jusqu'à leurs révérences qu'il appelait intéressées et disait entre autres choses, que les révérences, surtout de certains religieux, ressemblent à des cruches qui ne se baissent que pour se remplir, n

( Recueil des bons mots et des pensées choisies, à la suite de l'instruction sur l'histoire de France et Romaine, par M. Le Bajois, précepteur de Monseigneur duc de Maine, dernière édition, 1723 ).

— Que hè coum noustradrametto dé Héas , Si kès miracles que t'em pagues.

Gomme notre petite dame de Héas , si tu fais des miracles tu te les fais payer, {Tu ne travailles pas pour rien).

La chapelle de Héas, bâtie à 1,500 mètres au-dessus de la mer, dans les montagnes de Barèges , est consacrée à la Vierge. C'est le but d'uD pèlerinage célèbre dans les Pyrénées, du iô août au 8 septembre. On y porte une multitude de présents, les uns rustiques et les autres plus sérieux , du lin , de la laine , des bagues, des croix, de l'argent, de l'or. Le proverbe , chose singulière chez un peuple très croyant, semble traiter ces offrandes avec irrévérence.

— Cap de cbicous, cap de diables.

Têtes d'espagnols, tètes de diables.

— Cbicoit, de l'espagnol chico, qui veut dire petit, est un sobriquet que l'on donne aux Espagnols dans la vallée du Lavedan.

— Chîcou, bourricou, la pailVancu, James toupay nou sera moussu.

Espagnol, bourrique, la paille au cul, jamais ton père ne sera un monsieur.

Ce sont, pour la plupart , de pauvres espagnols qui se fixent dans les vallées du Lavedan'. Ils couchent souvent sur la paille. Eux et leurs pères sont loin d'être des messieurs. — Il y a aussi dans le pays des familles qui dérivent de réfugiés espagnols. Telle est celle des Lanusse d'Arras, dans la vallée d'Azun, dont le chef, premier député d'Aragon , eut la tête tranchée à Saragosse du temps de Henri IV, à la suite d'une sédition. « Ladite sédition , dit le notaire Noalis, fut pour le soutien des fors d'Aragon , que le roi viola en faisant entrer

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