ETUDES
J'aimerais à poursuivre dans la littéralurc le parallèle que j'ai commeacé à établir entre les Basques d'une part, et de l'autre, les Béarnais et les peuplades des Pyrénées centrales. Mais ici , Je me trouve arrêté par la prodigieuse diversité du langage. Les dialectes du Béarn et des Hautes-Pyrénées relèvent de la langue d'Oc, et sont frappés du sceau de la civilisation romane : mots, phrases, tournures, syntaxe, sont l'uniforme livrée imposée par la conquête k la pensée indigène; cette pensée, graduellement modifiée par l'influence latine , les us du moyen-âge , les chants des troubadours , par une longue vie*coDimune & tout le Midi de l'Europe , offre difficilement des termes de comparaison avec le génie basque, resté sur quelques points priraesautier et sauvage. On ne saurait prononcer que l'esprit du Béarn se trouve incompatible avec des sources basques ; mais dans les lettres , du moins , les rapports , s'il en est , me semblent très éloignés , et notamment le sel des rondeaux béarnais est plutôt gaulois que basque.
J'ai dit la pauvreté des lettres euscariennes. Il en est autrement des lettres béarnaises, qui, sans être des meilleures, nous offrent Atril iS77 -,
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toutefois une richesse relative : certains moauments graves et de légers monuments qui , sous divers aspects , décèlent l'esprit d'un peuple. Les habitants du Lavedan , du lîigorre et des Quatre- Vallées ont aussi leurs productions locales , qui , dans un langage trôs voisin do celui du Béarn , moins recherche , un peu plus rude , témoignent de leui'S tendances morales. Ces petites littératures ne peuvent que nous fournir des traits ethnologiques précieux à recueillir, soit qu'ils se pi-ôtent ou non à des concordances basques.
Il ne faut pas s'attendre à trouver un mot do basque dans les patois romans des Hautes ou Basses-Pyrénées, non pas même dans les termes généi-iques qai désignent les accidents du sol ; les noms spéciau.>: des villes, villages, vallées, rivières, torrents, montagnes, pouvant seuls se plier à ces dérivations. La source de ces dialectes est totalement, exclusivement latine, avec un petit mélange de mots grecs , communs à ta langue d'Oc et au midi de la France , de mots celtiques, germains, en nombre infime, adoptés tes uns et les autres par le latin vulgaire des camiiagnes dans les Gaules.
Encore le mélange grec e^t-il très discutable. Est-il bien certain , par exemple, que le nom caumas, une chaleur accablante, soit tiré du grec chmima , comme on le dit ordinairement , plutôt que du latin cavma, qui a la même signification; que pour dériver 'c verbe esperreca ou esperraca , déchirer , mettre en lambeaux , ; ' faille recourir k un temps passé du verbe grec spareao. Rema.quons au passage que le mot patois de cette famille, perrec ou perrac i^), une guenille, a donné aux Basques perreca, dans le même sens. C'est une preuve entre mille des emprunts linguistiques que ce peuple a faits à ses voisins.
Le dialecte du Lavedan , spécialement <l'.\rgelès , celui que je connais le mieux m'a paro, comme les autres, abonder dans le latin. On peut y rapporter tout un vocabulaire, dont je détache quelques mots seulement à titre d'échantillon. Yessi, sortir : du latin exîre.
Crotimpa, acheter T lat. comparare ; espagnol, comprar.
I " Ml aiiu forme dû ■' [lElha" lialllon en lanjue J'Oc, dérivé da tulin . Le ictbe " ttpemen" vient ds " perrec ''.
ibïCoot^Ie
DIALECTE 1>U LAVEDAX 3
Escouné, cacher : lat, abscondere; esp. esconder.
Ayaçase, s'étendre, sp. coucher : lai. jacere; esp. ijacer ; fr. gésir.
H/tri, porter un coup mortel, un grand coup qui anaihile ; iat. ferire; îr. férir; esp. herir, blesser.
Met, crainte: s'emploie dans le val d'Âzun ; lut. metuê; esp. miedo.
Auci , tuer : lat. occidere ; tv. occir.
Crema, brûler: lat. cremare; esp, queiiiar.
Hat (smj, sort: lat. fatum; esp. hado.
Bade (sf), fée: lat. fatum; esp. hada..
Die (sm), jour : lat. dies ; esp, dia.
Bade, venir au monde, naftre; badut. né, à Campan et dans le Bëarn ; bayut à Argelcs j lat. vadere.
Esguit (sm), Et'<'^)esguit detdie, le lever do jour. At esguit , au petit jc'jr, à l'aube; lat. exitua.
Ahira, ?ommuniquer un mal par le contact : lat. hir, paume
la main. On dit aussi : accownana, par une transformation 'lisante du latin communicare.
Hayle(sV', lat. haHtiia;!r. hâle9 — Era hayle, le souffle du Midi. le vent d'Espagne violent et desséchant, .\insi qu'une chaude haleine , il embrase parfois l'air des vallées piofondes : les arbres penchent et les Heurs se flétrissent : tes troupeaux , le berger . en sont douloureusement affectés.
On dit: Hayle, haytere et haylasse : cette dernière forme, ii l'aide d'une désinence familière au patois (c'est un augmentatif), exprime tout ce qu'il y a d'insupportable dans ce grand vent du Sud.
De hayle, on a fait im verbe : Eras bucques que soun enhailaâes. . . les vaches sont excitées , s'agitent sous l'influence du vent d'Espagne, On dit , au figure , d'un homme inquiet, tracassier . Irritable : qii'eij enhmlat.
(I) " El " ariicla masculin " l« ", ei pronom parMinntl " il, lui''. Du laiin " elle", p»r la subsiiiuiian du t â I'l double; par exemple :" bat", fr. " vallée",
Ju lalin " vallis".
D.gnzedbïGoOglc
4 SOClÛTÈHiLMOND
Comme on le voit , il y a du pittoresque dans ce latin tpansformé par de simples montagnards.
Tous ces dialectes , si rapprochés l'un de l'autre , du Lavedan , du Béarn , du Bigorre et des Quatre-Valiées , ont leurs affinités immédiates dans le gascon d'abord , puis dans les branches nombreuses laissées par la langue d'oc, soit sur le sol français , soit dais la Catalogne. On peut aussi , mais de plus loin sans doute , les comparer à l'Espagnol, b. l'Italien, au Portugais. Suivant que l'esprit s'applique à l'une ou l'autre de ces comparaisons , il trouve nécessairement , cUins le fonds commun de ces langues , quelque motif de persister. Pour ne parler que de l'Espagnol , il offre des rapports dans la prononciation. Ainsi, \'h aspirée, si fréquente et parfois si forte dans les Pyrénées gasconnes , y remplace souvent Vf, comme dans le Castillan. De facer, les Espagnols ont fait hacer, faire; et les Béarnais, de far ont fait ho, qui devient hé dans le Lavedan. Des expressions et beaucoup de proverbes sont identiques de fond , presque de forme , en deçfc et en delà des montagnes. Parmi les mots communs, en voici quelques-uns, tirés pour la plupart du dialecte du Lavedan , et qui ont leurs semblables dans l'Espagnol moderne ou dans le vieux Espagnol. Je les prends au hasard et les mets simplement dans l'ordre alphabétique :
Brouch (sm), sorcier; esp. hrujo; lat. bruchus, sauterelle , l'une des formes qu'affecte le sorcier.
Broucke (sf), sorcière; esp. bruja; latin du moyen-âge : Broxa ( Ducange] .
Charamaque : henné charamaque, femme fantasque, désordonnée, malpropre (ce mot est usité h Bagnères-de-Bigorre), très anc, esp. charamaer.
Eslampay (sm), éclair; esp eslampago.
Estourroaca : émietter, écraser la terre; esp. esturrucar ; lat. extraquere, arracher en tordant.
Facke (sf), ceinture , autrefois rayée bleu et norr , du val d'Azun ; esp, faja.
Fallet : jupe ou jupon dans la même vallée ; esp, las faldas, les jupes de dessous.
Layra : aboyer; esp. ladrar; lat. Uttrare, Mounar (sm). sînge; esp. mono.
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Moune (sf), guenon; esp. mena. Ce mot appartient aussi au dialecte bas-limousin.
Ouïe (sf), pot dû terre à Bagnères-de-Bigorpe ; esp. otla, pot au feu; lat. oUa, marmite.
Ourse ( sf ), cruche à Bagnères ; très usité ; esp. vrsa; lat. orca, grand vase à deux anses , ou urna, cruche.
Ouilaoïi (sm), maison, domicile, tr. usité; esp. ostal, bas. lat. osfalarta; lat. osteum, porte.
Yegue (sf), jument; esp. yegua; lat, equa.
Une liste de ce genre , pour être complet?, devrait prendre tes proportions d'un dictionnaire. Je me borne à remarquer que les noms propres de personnes, que j'ai relevés en grand nombre dans nos Pyi'énées centrales, appartiennent très fréquemment soit à la Catalogne , soit aussi à d'autres provinces de l'Espagne. Tous ces rapports et tant d'autres que l'on pourrait signaler entre les patois romans des Hautes et Basses-Pyrénées et la langue espagnole , ne font pas qu'on ait la prétention de mettre en parallèle ces petits dialectes, si pittoresques ou gracieux qu'ils puissent être, avec la langue sonore et fière qu'a parlée Cervantes. Il y a d'ailleurs dans cette langue ( une langue non un patois ) une extension logique , un développement littéraire , qui défieraient toute comparaison indiscrète. En général , nos dialectes du \fidi de la France manquent et ils doivent manquer de l'élément grave et sptritualiste , qu'une civilisation indigène avancée porte toujours dans le langage d'un peuple. Le Midi a bien eu son commencement de civilisation puisé dans son propre sein, et c'est de cette ère que datent tous les patois et ce qu'ils ont de meilleur, poétiquement parlant; mais à partir de la guerre des Albigeois , le génie du Nord étouffa celui du Sud , et la langue d'oc demeura ce qu'elle était , dégénérant pluti^t : elle n'avait point atteint encore cette phase si remarquable , où , la maturité de la réflexion aidant, se créent les plus nobles métaphores et les plus hautes abstractions du langags; elle resta oc qu'elle était, mélodieux instrument pour chanter la nature, pour soupirer l'amour, pour rendre fidèlement tout ce qui frappe les sens , tous les bruits , les échos , la douleur et la joie , le matériel de notre vie humaine. Le caractère des dialectes du Midi est, en ePTet, de reproduire bien plus l'aspect extérieur et te physique des
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li S G r É T É li A M .\ It
choses , que la poésie interne et idéale du cœur : c'est un arrêt de développement, mais c'est peut-être aussi le génie de ces peuples. D'où vient, par exemple, que, dans les chants du Béam, l'amour tout rempli de grâce , de douceur et de miel , prend si rarement les grands accents de l'àme? C'est un aimable jeu, qui plaît, qui séduit, quelquefois. qui coûte im peu cher; mais ce n'e?t point cette passion profonde, héroïque et dévouée, que nci:s voyons ailleurs. Un savant naturaliste, très versé dans les langues et le génie du Midi, M. Moquin - Tandon , :'i propos de son dialecte maternel, si exquis et si doux, ce^ui ;.i Montpellier, pensait de mémo des sentiments qu'il exprime : , u constant, disait^! , est l'amour du Midi. Ce n'est pas l'amour corse, escorté de jalousie, armé secrètement du poignard. Nous ne connaissons guèrea ni ces armes homicides , ni ces \iolences du cœur. Toute distance gardée , nous sommes plus prés de Don Juan que d'Othello. Nous ne prétendons point à l'élévation Scandinave ; mais ce que nous perdons en fidélité, nous le regagnons en douceur.
Il ne faut pas demander aux idiomes du Midi , ce que i'homii.o (lu Midi , le Gascon surtout , n'a pu ni dû y mettre ; le sentiment intime, consciencieux et profond, le gem-lith des Germains, ni la délicatesse raffinée, sensitive, de la pensée française. C'est assez qu'ils nous offrent un colons brillant des grâces naturelles et faciles, des idiotismes heureux , de charmants diminutifs ; qu'ils nous rendent la pénétrante suavité de l'air embaumé du Sud, les ardeurs nonchalantes de son soleil , la poétique ivresse de ses horizons bleus : heureux quand le mauvais goût et l'abus de l'esprit ne jettent point une note fausse dans ces harmonieux échos de la nature.
Je reviens aux dialectes des montagnes, au Béarnais d'abord , comme au plus pur et au plus poli de tous : on pouvait s'y'atlendro. Les destinées du Béarn , sa longue indépendance , son développement interne , ses bonnes institutions , réagirent sur l'idiome national , parlé dans les assemblées et écrit dans les lois du pays. La prise ancienne des Fors, des xi", xii' et sur siècles , ne manque ni de clarté , ni de force , et est même empreinte d'une sorte de majesté naïve. La poésie vint tard , celle du moins de laquelle on se souvient; mais on n'y perdit point ; un gentilhomme du dernier siècle , Cyprien Despoumns , fils de père du Béam et de mi— c du Lavcdan .
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01 ALKCTE DL' [.AVEDA N 7
témoÎQ <les doux tableaux de la vie pastorale , dans ses centres les plus purs ( la vallée d'Aspe , la vallée d'Argelés , la vallée de St-Savin), les ixa pour toujours dans de ravissantes idylles.
Ceux qui voudraient s'înstruii'c à fond du mécanisme de la langue Béarnaise (c'est presque une langue eu effet), doivent recourir â l'excellente grammaire, dont l'auteur est M. Lespy. Il expose mieux que je ne saurais le faire toutes les nuances de la prononciation locale. Je ferai seulement remarquer que notre e muet français de la Hn des mots, dérivant de Va latin, est avantageusement remplacé dans le Béarn par un e sonnant comme un o doux (aie, aile; lat. ala; crabe, chèvre: lat. capraj. Ce son intermédiaire, qui n'a point de signe propre, se rapproi-he plus de Ve dans le Béarn et le Lavedan , et plus de Vo à Bagnères- de- Bigorre et dans la vallée de Garonne : dans ce cas , il est moins agréable. Le Béarn et le Lavedan disent : qu'àbem, nous avons ; à Bigorre , en Comminges, qu'aoxiem, par la substitution peu agréable aussi de la diphtongue ou au h. Le Béarn, le Lavedan et Bagnëres ne coosen'ent pas l'n à la fin de certains mots , tels que pain , vin et autres; ils prononcent paa, hii, et non pan, bin, comme on le fait assez peu gracieusument , par exemple, dans le G.ts, dans toute la Haute-Garonne. A Luchon , ii St-Bertrand de Comminges , ]■ patois est fort rude, et s'attache pour ainsi dire au gosier. On y dit : gaelh pour oelh , œil; goué pour houé (l), aujourd'hui. Le c/i est continuellement joint au ( final des mots : batch pour bat, la vallée. On y dit encore : meu au lieu de neu C*), la neige. En somme , l'oreille est de toutes les façons plus flattée soit par le Béarnais , soit par le dial"ule du Lavedan , qui lui est assez semblable , et dont l'articulaijr. est douce, quoique moins finie ou peut-être moins précieuse
Une particularité com,-^ ne au Béarn, au Lavedan , au Bigorre , au pays des Quatre -Valli:es, au Comminges, au Couserans , à
(I) Pronoi';>'Z "gouelh, ouclh, goaé, ouÉ". — Vj , if, se prononcent " ooa, <m6''
(3) rtutiood i pea prés " m^on , néoa ". — Dans les ilî|ihlongii«s ui , ed , et
l'u 3 Is son de oo 1res ailuoci ; l'accenl loniqtie [lortc sur i . s, i. — AArgelds,k
dipblongae lu sonae presque iedu. " Abaii) '> Bvaii, ' bii)', vil, ' fiuU', siffler..
dii*^ '' abii«on , bifOn . fleonla''.
9 SOCIËIS RAMOMD
l'Armagnac , et je crois aux Grandes et Petites Landes , c'est-àdire il presque toute la Gascogne, se rattache à la conjugaison. Le mot gue (prononcez gué/ précède le verbe dans toutes les personnes, dans tous les temps. Par exemple, on dit dans le Béam : QUE sûuy, je suis; Qv'és, tu es; Qv'ey, il est; quk serait, ils seront ; que pourtabi , je portais. On ne voit pas trop le sens de ce monosyllabe, dont le rOle paraît être toutefois d'appeler l'attention sur ce que l'on va dire , de donner de la vigueur au discours , d'affirmer plus pleinement ( il se rencontre rarement dans les phrases négatives, et point du tout dans l'interrogation). Comme il n'y en a pas de traces dans les vieux manuscrits, dans les Fors par exemple, il est à croire que c'est une création du langage populaire , qui peu à peu a envahi toute la langue. A voir cette particule, si fréquemment employée aujourd'hui , on dirait une béquille , un bâton de vieillesse , destiné à soutenir pas à pas la démarche chancelante de nos patois.
Ils chancellent, en effet; ils tombent, ils s'écroulent peu à peu , sous l'action du français qui les attaque de front, et qui de plus les mine intérieurement. Depuis longtemps déjà , l'ennemi est dans la place ; les mots , les tournures de notre langue se substituent chaque jour aux termes indigènes , aux idiotismes locaux , les plus plus francs , les meilleurs , partant les plus aociens , devenus surannés. 11 serait temps de recueillir ce qui demeure encore de ce plus vieux langage , utile à consulter pour Oxcr le caractère de ceux qui l'ont formé. Je me contenterai de présenter trois listes de mots , expressions et proverbes , usités dans le Lavedan , et qui me paraissent jeter quelque lumière sur les mœurs et l'esprit de ce pays. Le Lavedan (on région des sapins, Vàbedat àa mot latin abus), l'ancienne vicomte de ce nom , Levilanensîs vice - comitatus , se. composait de six vallées, sans y comprendre Barèges (Val-lettcaj, que l'on comptait ordinairement à part, toutes vallées magnifiques ou d'un aspect terrible, situées aux hauts étages des Pyrénées centrales , entièrement isolées des plaines , et où, je le dis d'avance, la famille constituée à la manière des Basques , s'est très singulièrement perpétuée jusqu'à nos jours. Ces vallées nous offrent en outre le plus vaste développement de l'existence pastorale , qui est aussi celle d'une partie des Basques , et à laquelle se rattachent
y, CoOt^lc
les plus curieux usages. Je consacrerai ma seconde liste de mots aux pasteurs , aux accidents du soi et aux intempéries de ces très hautes régions. Dans la troisième , je consignerai quelques expressions figurées et heureuses , que j'ai recueillies dans la conversation , et des proverbes que je crois être inédits pour la plupart ( on peut les comparer avec les proverbes basques). Ma première liste a pour but de montrer tout d'abord, par quelques exemples qui m'ont frappé moi-même, ce que l'on peut attendre du vocabulaire du Lavedan, de douceur ou de force, de nuances fines, de vérités pittoresques et surtout d'harmonie imitative. Je ne me suis point astreint à l'ordre alphabétique. Je suis, dans mes trois listas, un ordre de fantaisie, qui m'a permis de tenir compte de la coanexité des idées. Du Lavedan , je passe parfois , en l'annonçant d'ailleurs , dans le Béam , dans le Bigorre ou dans le Commiages. J'ai pu naturellement commettre quelques erreurs en traitant de ces divers idiomes, dont nul n'esti après tout, mon langage maternel.
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T>euœièm&, S^artie^ — 'Vocabulahx^
I — RECUEIL DE MOTS IlOMANS DIVERS , USITÉS DA\S LE LAVËDAN OU SUR DES POINTS VOISISS.
Je eommence par un exemple des diminutifs et augmentatifs suivants :
Prawifc, pauvre, du latin paupei-, par le changement du second p en b et l'interversion si fréquente en gascon de la lettre r.
Diminutifs : Praubou , ougne ; praubillou , illette ; praitbet , etle ; prauhin , ine ; praubot, ote; prauhînot , ote, etc.
Augmentatifs : Praubas , asse; praubitlas, illasse; le masculin a le sens de " pauvre diable ". Praube de you , mot-à-mot " pauvre de moi " ; prauhe de tu , de bous. . . idiotisme fréquemment employé avec un ton expressif, pour se plaindre de son sort ou plaindre le sort d'autrui.
Amisious : afïecteux , caressant ; esp. amistoso , amiable.
Atdisiovisa -. caresser, amadouer.'
Atoure^a : entourer de soins.
Bésia : gâter; esp. viciar; lat. viciare.
Bésiad, ade : g&té , câlin.
Bésiadé (sm) : gâterie , câlinerio.
Estiphagnous , e: délicat, difficile.
Maria se : se parler , s'entretenir , causer ensemble.
Carate : se taire; lat, carere, se priver, s'abstenir.
Clés , e : silencieux , tranquille ; lat. clausus , clos.
Ménic, que : délicat, douillet; lat. minutius, petit, c^tigu ; fr. menu; esp. il menique, le petit doigt.
Embesca : séduire; m. à m. engluer; de besc (sm), glu; esp. visco ; lat. viscus,itni. Comparez visqueux. Embesca se, se laisser prendre ou séduire; m. à m. s'engluer.
zcdbïGoogIc
DIALECTEDLLAVEDAX 11
CffpèiTO ( cap-bira ) retourner au fig. Capbira quauqu'arris , tourner la tôte à quelqu'un ; ( remarquez que ce verbe s'emploie avec un régime direct.
Ninou, ne (s. m et t), petit enfant; esp. nino , na; lat. ninnius, pRtit bébé.
Nina : dormir , se dît d'un petit enfant.
Yemica : vagir , gémir ; lat. gemiscere.
Bayla : caresser doucement de la main ; lat, balio , ionis , main , paume de la main.
Cluca (eh oueys), fermer les yeux. Cluca se, se cacher; lat. claudere, part, clausus ou ctitsus.
Gayla : regarder; fr. guetter.
Talaya : observer, épier; esp. atalayar, mot arabe.
Poutou (sra), baiser, diîrivé de po( (sm), lèvre , comme oscitiMni de os , bouche en latin.
Puna , baiser , embrasser.
Arraya : exposer aux rayons du soleil ; arraya se, se mettre au soleil pour jouir de ses rayons.
Estrema se [d'estrem, côté) : se mettre de cflté , se ranger.
Arrema se (fr. arrimer J, estrema se, se ranger, se retirer : d'un oiseau qui cherche un refuge contre la neige , que s'arreme , que s'estreme.
Seschalàbate (à Bagnères-dc-Bigorre), battre des ailes, se trémousser.
Estampereya : chanceler d'ivresse.
Enluterna : éblouir, aveugler; m. à m. remplir de lumière, de lutz, lumière; lat. (na;.
Estimabera : étourdir, ûter le sentiment de ce que l'on est et de ce l'on fait. Entre autres causes , une forte insolation peut déterminer ce trouble; lat, intemare , rendre fou, mctti'e hors de soi.
Eschabani .• étourdir , rompre la tète.
Embahurla : rompre la tête , ennuyer , assommer.
Bahurle (sm), un ennuyeux, un fâcheux, un homme insupportable,
Arrùttsega : traîner derrière soi quelque chose ou quelqu'un.
Rousec (sm), Rmlsegue (sf), long fagot que le bûcheron et le plus souvent les femmes chargent sur leurs épaules , et qui traîne à, terre .
ibïGoogIc
iî SOCIÉTÉ RAMO.ND
Âhisea : exciter au combat ; esp. agiscar.
Aplega se (Béam), se retirer, s'en aller, plier bagage; lat. pUeare; esp. aplegar, recueillir, ramasser.
On sait les vers charmants de M. Hatoulet •
U»rg*liâBt poninpoiiM ci bére Que l'apKgibs dea miTCil....
Aeoura se i perdre son sang et mourir; esp. acorar, suffoquer, perdre la respiration , par l'effet d'un chagrin subit et saisissant : de a préventif et de cor, cœur.
Tuhereya (Bagnères), plaisanter, agacer, tracasser, pousser à bout.
Peleya i quereller ; peleya se , se quereller , se disputer ; esp. pelear se , se battre à coups de poing ; lat. péUere , pousser , frapper.
Hè heroii! faire peur, causer une frayeur; herou (sm), frayeur (inusité); héraut, e, effrayant, sauvage , alTreux ; fteruns ( Béam }, béte sauvage; lat. fera, feritaa.
Paiaqueya : battre fort, en parlant du cœur, battre à coups redoublés. De patac (sm), coup; gr. jui^eoso, frapper.
Arpateya : prendre quelque chose à pleine main, à poignée. Arpat (sm), poignée , ce que la main fermée peut contenir. Arpacha^ saisir quelqu'un , le serrer avec les mains. Arpachat (sm), préhension, serrement, Arpe (sf), griffe; esp. arpas, déchirer avec les ongles; fr. harper; lat. harpago, harpon.
Hurga, fureter, remuer, tracasser avec la main, avec un bAton ; esp. hurgar, remuer le feu ; au figuré, taquiner.
Changouteya : clocher, boiter en marchant (Béaro); changa, marcher à cloche-pied; changues, échasses; basq. canzoa, pied, jambe.
Chira es peous : tirer les cheveux : lat, cîrrus, boucle de cheveux.
QuiUa se : se dresser ; se dit des personnes ; se dit d'un animal , d'un ours qui se dresse sur ses pattes de derrière.
Bourre, hourière (sf) , combat , mêlée de chiens. Qu'ey loustem de bourre , il est toujours prêt à se battre.
Ttitna : frappes à la tête , donner des coups de corae avec furie ;
D,g,-.,zeclbyG00gIC
DIALECTE Dt'LAVEDAN 13
au figuré, se heurter contre un obstacle invincible; Ut. ttimere, se gonfler, s'échauffer, s'emporter (?).
He ara tume , se livrer un combat à. coups de cornes.
Twmarreya {nuance plus douce), se heurt«r de front , en jouant , comme font les agneaux . Le verbe fuma prend en basque la forme tumatua.
Tfepa i s'amuser bruyamment ; esp . trepar, grimper, gravir ; fr. trépigner; lat. trepideare,
SatUa, sauteyat sauter, sautiller; sauteriqueya (Béaro), aller par bonds, par cabrioles.
Pinna ; même sens que ounterequeya : se dit d'un chevreau , d'un agneau , d'un enfant ; lat. pes, pedis.
Esquissa : déchirer; lat. sundere , sursum.
Gasa se : s'user par le frottement , s'amincir , se trouer ; fr. gaze , étoffe très claire,
Uscla : brûler le duvet de la peau , le duvet d'une étoffe ; lat. uttulare, brûler.
Eslucherra (Bagnères), enlever la peau contre un objet dur et résistant.
Gaha : pfendre, saisir; fr. gaffer.
Toumleya : tortiller, tordre à plusieurs tours. . Hissa ! piquer avec un aiguillon ou un dard. Bîssou (sm), aiguillon de i'abeille , de la guêpe , dard du serpent , cru h tort venimeux; lat. fissus , fendu.
Canet (sm), gosier; canet det bras, avant-bras, poignet; lat. canna , roseau ; canna pulmonis , conduit de la respiration ; escana, étrangler, étouffer.
Bira : tourner ; birouleya , tourner sur soi-même ; fr, tirer.
Pepiea .- trépigner, frapper du pied , piaffer ; lat. pes, pedis.
Estourbera .- mêler, en parlant du fil; s'applique à d'autres objets par extension; esp. estorbar, causer de l'embarras; lat. turbare, troubler, mettre en désordre. Destourbera, démêler,
Estira : tirer; csttrojfousei/a, tirer de tous côtés.
EsbrigaUa : mettre en pièces (très usité); esp. esbrtgaîtar, déchirer; langue d'oc , esbriquer; s'esbrigalla, s'éreinter, se mettre en quatre; allem. brochen , rompre. Le mot patois brique (pas du fout, pas un brin), est de la même famille.
U SOCIÉTÉ RA^OXD
Esperissa : tirer de manière à arracher, à déchirer, à abîmer , à faire mal; lat. spargere, sparsum, répandre.
Gnaca .* mordre ; gnac (sm), morsure.
Eaperlita : broyer en petits morceaux.
Bouroumbla : dégringoler.
Treme se .- se remuer; lat. tremere, trembler ; fr. se trémousser,
Estene : étendre quelque chose ; estene se, s'étendre, s'allonger ; estenilla se, s'étendre, allonger ses membres.
Esbarri se, escarramtca se , écarter, écarquiller les jambes.
Esmangla , désarticuler { très usité ); esp. esmanglar (?). Esmanglat, qui ne peut presque plus se servir de ses membres.
Aléba, estropier; alébat, esti-opié.
EscharlUay se dit de la graisse qui chante et saute , lorsqu'elle commence à bouillir.
Pepi, te ; imbécille, faible d'esprit (de la simplicité); diminutif, pepiot,
Pepeteya, faire l'imbécille.
Empepeya, rendre imbécille.
Pec, pegue (du latînj)ecus), imbécille , bctc; diminutif, pegou ; basq. peca, sot, idiot.
Taras, tarasse, imbécille , esprit grossier ; pec et taras désignent l'idiot crétinent de Barèges , dans l'art, 2 de la Coutume de cette vallée.
Gargoiiteya , bruire, bouillonner ( un chaudron qui bout).
Gourgauleya (Béam), murmurer, gazouiller, comme fait une eau vive.
Gaurgoulh ( Béarn ) (sm), murmure de l'eau courante : un de ces niots nombreux qui dérivent du latin gitrges.
Arrougagna, ronger, dévorer; lat. rodere.
Aganît, ide : aiïamé, exténué de faim.
Eslaquit , ide .■ épuisé , exténué.
Escarrabeillat , ode : éveillé, dégourdi, gaillard.
Esbérit, ide : éveillé, avec une nuance do grâce et de gentillesse : se dit des enfants ; lat, spiritus, esprit.
Ho, halle: fou, folle, extravagant; lat. folius.
Houlie (sf), folie.
D.gnzedbïGoOgle
Hoiiîeya : se livrer ii la gaîctiî , s'amuser comme un fou ; c'est plus que folâtrer.
Locou, loque : stupide, bête (de la lourdeur); esp. îoco , augmentatif loucas, grand imbôcîHe.
Loucarie (sf), bêtise.
Loucaria : dire ou faire des bctises; esp. locarias, fou, étourdi.
Tairas (sm), tarassse (sf), cruche.
Esquere (sf), grosse sonnette que l'on suspend au cou des bestiaux; (comp. fr. esquiUe; ital. aquilla); par dérision, le goitre.
Guter, goitre; gaoué [k Bagnères) ; lat. guttur, gosier. , GuternotiS , se : goitreux ; gaouerut , ude ( à Bagnères ) .
Eschaoure (sm), air, brise; lat, aura.
Eslenga, glisser.
EscarriouUiy glisser sur ia glace , glisser et manquer de se jeter à terre.
Churrupa, aspirer en buvant; esp, churrupear, boire à petits coups; fr. siroter.
Lémrqueya , manger du bout des dents; esp. lamer, lécher; lat. lambere.
Briou (sm), courant, force de l'eau; esp, brio, force, vigueur.
E^atema se , s'étaler, se laisser tomber à plat; fr. s'espâter.
Depaternes , depatiquernes , de sens dessus dessous.
Drava se, s'embarrasser en marchant ; lat. trabes, poutre,
'BroMmi , siffler comme le vent d'hiver ; gr. Bronfé , tonnerre (?) ; il existe de ce mot des dérivés latins,
Eschaouryat , ade, éveillé, étourdi, léger.
Plouye (sf), pluie; augmentatif, ploityasse, grande pluie, pluie lourde et assommante. Eras plouifasses de May, les grandes pluies de mai. Le mois de mai est effectivement très pluvieux dans les Pyrénées , et y amène toujours un refroidissement sensible dans la température,
Plov'jaaseya , pleuvoir un peu.
Eschagata (de aygue, eau); lat. acqua; esp. «gwa, pleuvoirà verse, à torrents.
Eschagat (sm), pluie torrentielle, pluie d'orage, fréquente dans les montagne^.
ibïGoogIc
Eschalabateya (iQëme seas f\\i'eschagata), que plûg àschagats, que ploy à schalahaia , il pleut à torrents .
Hourtalesse det tems (sf), m. à m. la force, la vigueur du temps. Qu^ey era hourtalesse det tems, se dit de jours ardents, splendides , qui semblent étreindre puissamment la nature , et à la suite desquels souvent l'horizon est sillonné d'éclairs; esp. la furtalezza del tempo.
Tottrroumbeya , tonner
Biahore , cri d'alarme pour appeler au secours et faire sortir les gens de la voie publique : très usité de tout temps en Béarn. Tumulte. Les Basques ont fait bia horea.
Biahore (sm), homme bruyant, blageur.
HiUet (Inon mouillé), sm., cri du pâtre et du contrebaadier dans la montagne : il s'entend à des distances immenses.
mUa, pousser le hillet.
Gouhi , mouiller.
Barreya, verser; lat. veraare, tourner, retourner.
Garmus (sm), pluie , tapage , vacarme.
Barga, à Bagaères; bargailla, à Argelès : battre, écanj^er le lin ; esp. bargar, battre les laines ; bas-bret. braca , broyer le lin . le chanvre,
Bargwes, Bagnères [s.f.plu.]; Bargadère , ArgeXès (at\, machine à battre le lin .
Bargaillayre (sf), Argelès; batteuse, femme qui bat le lin.
Bargatori , Bagnères (sm), réunion de batteuses, suivie de fêtes , de danses , d'un repas où l'on sert des crêpes , etc .
K. B. C'est, comme l'on voit, toute une famille de mots ; il y a beaucoup de familles de ce genre,
Dalha faucher, ; esp. dallar ; allem. thecïeji, deviser ; fr. tailler.
Daîhe (sf), faux,
DaUiadou (sm), faucheur; esp. daïlador.
Dalhade , dère , propre à être fauché.
Ardalh (sm), regain.
Arredalh. (sm), troisième coupe de l'herbe. Les prés se fauchent trois fois par an , sur plusieurs points de la vallée d'Argelès.
Alabia , unir la terre , en y passant un instrument appelé âtabiadé (sm). la rouler ; lat. lahium , lèvre
ibïGoot^lc
Dabanteya (eras bacques), marcher devant les vaches qui labourent, pour leur montrer le chemin. Cette fonction rustique est le partage des enfants.
Pêne [sf], rocher, roche escarpée; esp. pena. Ce mot a du rapport avec le breton penn , tête, bout , extrémité ; d'où Jeuss, dans sa grammaire celtique , dérive le nom des "Alpes PenninEe" des anciens. On le trouve aussi chez les Basques , mais rien ne prouve qu'il soit indigène. Nos dialectes romans en tirent un joli verbe , doat voici le participe :
Empenat , ade, pris , embarrassé dans les rochers. Lorsque des brebis ou des chèvres , attirées par l'herbe nouvelle , gagnent de petits fonds de verdure encaissés dans les rocs , dont ensuite elles ne peuvent plus sortir , le berger se désole et s'écrie : Eras oueilheB, eraa crabes que soun empenade? ( les brebis , les chèvres sont prises dans les rochers ). Il tâche de les atteindre parfois , lié par des cordes ; il se fait descendre près d'elles , les saisit tour à tour , et les retire du danger quand il peut.
Et ouset deres pênes, l'oiseau des rocs. C'est ainsi que l'on nomme le grimpereau de muraille , dans la vallée d'Azun , celle des six vallées du Lavedan , dont le patois est le plus rustique ( celui de Barèges l'est plus encore).
A Argelès , on ne dit pas ouset, mais aouset, oiseau; dim. aouserou, oisillon; lat. aucella pour avicella , petit oiseau.
Agarolle (sm), merle d'eau : dans la vallée d'Azun (les noms d'oiseaux , comme beaucoup d'autres termes , varient d'une vallée à l'autre). Du patois aygue, lat, acqua, mot-à-mot l'aquaUque. Il fréquente , en effet , les lacs et les torrents des montagnes.
Remarquons, au passage, cette désinence adjective, ol, oUe, qui est d'ancien et boa aloi. On dit encore moiitagnol, oUe, montagnard. On disait jadis ; eras aygues Bagn&rolles , les eaux thermales de Bagnèrcs-de-Bigorre.
Pic-escourcé ou pique-courcé (sm), pic-vert : il grimpe le long des arbres et perce leur écorce avec son bec.
Pique-port (sm), en Azun étourneau de passage. Il plonge sa tète dans la terre', pour y chercher sa nourriture.
Port signifie, proprement, ouverture praticable au sommet des montagnes , pour se rendre d'un versant à l'autre , et , par extension,
(K)glc
les gorges qui conduisent à ces passages , et les montagnes même sur lesquelles lis sont établis.
D'autres noms d'oiseaux sont des onomatrques plus ou moins parfaits de leur chant.
Churuluc (sm), verdîer, environs de Bagnères.
Sckit {sm), bruant, ibid.
Goudouliou (sm), espèce d'alouette, ibid.
On appelle Vioulou (sm), mot-à-raot " violon ", hûte des sapinières , dont le chant a quelque ressemblance avec le son de cet instrument (ibid.l.
Agasse (sf), pie.
Clûuque (sE). La poule, garie; lat. etesp. gallina, prend le nom de clouque, lorsqu'elle a des poussins. L'adjectif espagnol ciMBca, applicable à la poule couveuse, et notre verbe glousser, sont de la même famille de mots imitatifs.
Carraca, jaser, se dit de la pie, se dit aussi du cri du beau coq de bruyère, auquel son air superbe a valu dans les Pyrenées le nom dapaou, le paon. Esp, carraca (sf), crécelle des enfants.
Souhou (sm), taupe; de.bouha, souffler, parce qu'elle boup- Bouffle la terre ; lat. bucca (lare , souffler avec la bouche ; fr, bouffer.
Bouhère {sf], monticule de taupe.
Barbaout (sm), scarabée , insecte velu ; de barba, la barbe ; dira, barbalet, un insecte plus petit, plus joli.
Je termine par un exemple , entr'autres, des facilités que procure au langage la fecilité des désinences. Cet exemple est puisé dans le dialecte d'Azun.
Haou (sm), hêtre.
Habouré (sm), forêt de grands hêtres.
Habouresse (sf), jeune bêtre.
Habou (sm), hêtre nain; au pi. Habouta, forôt de petits hêtres rabougris , comme on en voit dans les montagnes , en approchant de la limite où cette essence d'arbres cesse de croître.
D.gnzedbïGôOglc
LËCTE DU L AVED
II — RECUEIL DE TERMES USITÉS DANS LE LA.VBDAN OU SUR DES POINTS VOISINS, SPÉCIALEMENT HELATIFS AUX ACCIDENTS DO SOL, AUX PHÉNOMÈNES DO CLIMAT ET A LA VIE DES PASTEURS.
g I. — Termes relatifs aux accidents du sol.
Pic (sm), Pique (sf), pic, n:ionl:agne aigué, de celles qui donnent â la chaîne des Pyrénées cet aspect à la fois élégant et grandiose, qui la caractérise. Pic de Midie , pic qui se trouve être dans la direction du soleil , à midi, pour un lieu donné. 11 y a aussi des pics d'une heure, de deux heures et trois, qui répondent à peu près aux positions du soleil à ces diverses heures du jour. Bsp. pico , en bas-bret. peig , pointe.
Pêne (sf), roc, rocher droit, escarpé, élevé. Era Pêne de Dtéris, mont en forme de casque, qui se dresse au sud-est à l'horizon de Bagnères, Bsp, pena; bas-bret. penn, tête, bout, extrémité (voir plus liautj.
Mayl (sm), rocher, montagne. Et mayl ardoun, la montagne ronde, dans la vallée d'Azun. Et Mayl camusses (de camus, chair d'une bête morte), rochers près le lac de Peyralade, aux environs de Bagnères, Ce mot mayl se retrouve dans les départements de la Haute-Garonne et de l'Ariège, A-t-il du rapport avec le
i-adical euscarien mal, signifiant ; rude, escarpé, raboteux
duquel Humboidt tire le nom de Malaca , aujourd'hui Malaga, en Espagne ? Je note , pour la question , un mont appelé Malgor , commune de Larrau , dans le pays basque de Soûle,
Garrot (sm), roc escarpé et dominant.
Tue (sm), Tiique (sf), cOne, sommet, montagne (defuca, courge et tête , par extension en langue d'oc); diminutifs : tuqttet, tucou, tucoulet ( sm ). Tuque - Rouge , mont rouge : c'est le nom des murailles d'Estaubé , où les bergers puisent une ocre qu'ils emploient à marquer leurs moutons.
Soum (sm), sommet; lat. summus, le plus haut, le plus élevé.
.., Coogic
20 SOCIÉTËRAUOND
Cap (sm), tête, sommet; lat. caput. Cap de p'ene, de garrot, sommet , pointe de rocher. Répond au basque buru , tête , si fréquemment usité dans la géographie locale.
Sarre ou Serre '(sf), colline, crête dentelée : de sarre , scie; lat. serra.
Sarrat (sm), éminence, élévation prolongée,
Sarri (sm), Sarrie [sf) (qui fréquente les hauteurs?), chamois mâle et femelle des Pyrénées. — Isard (sm), qui a le même sens, a prévalu dans l'usage. Gaston Phœbus, écrivant au xiv» siècle, appelle le chamois ysarus et sarris.
Sarriade (st), troupe d'isards.
Pouey (sm), hauteur, petit mont; ht . podeum ; (r. puy.
Paya, monter; pouya à Bagnères.
Petarre (sm), colline; en béarnais, suivant M. Hatoulet : dim. petarrot (sm) ; Petarra , colline en basque.
Turoum (sm), monticule (aplati au sommet); dim. turoun^; lat. tums, tour. Turouns detsMourous, camps retranchés, attribués aux Maures , en Espagne.
Port (sm), brèche sur les hautes montagnes, servant de passage d'un versant à l'autre; basq. portua ou bortua; ht. porta, porte.
Goule (st), défilé très éti'oit et pierreux , à la crête des montagnes, par lequel il tombe des blocs; lat. gula, bouche; fr, goulet, entrée étroite d'un port.
Arrailhès, arrailhères (sfpl), blocs qui se détachent des montagnes et s'écroulent sur leurs flancs; amas, traînée de roches. Que kay arrailbès, il tombe des blocs; lat. ralla ou raUum, racloir ; ir. éraitlè.
Ouïe (sf), cirque (de Gavarnïe, d'Estaubé , de Héas), amphithéâtre naturel , particulier aux Pyrénées , dont les gradins sont d'immenses assises de roches. Je le dis à regret , ouïe signifie marmite.
Toupis (smpi), réduits circulaires dans la vallée de Béoussa. Toupi, pot; bas-bret. toupin, du lat. polus, boisson, par métathèse (?).
Coume (1) (sf), vallon suspendu aux cimes : verte gorge entre
(t) On se wri daos lui Alpes du mol " combe " pour lo mitae assge.
deux éminences nommées sarrats; bas-bret. komb, vallon (le lat. cumulus n'a rien à voir ici); dim. coumette (sf). Mot voisin , coumêt (sm), auge , mangeoire creusée dans une pierre ou dans une pièce bois; bas-bret, komm, avec le même sens.
Bat {sfl, vallée, gorge; lat. vallis.
Clôt (sm), trou, précipice; lat, claudere, fermer. Et Clôt de Mountarriou , c'est le nom d'un affreux abtme qui s'ouvre au pïed du Pic du Midi de Bigoi-re,
Estrem (sm), bout, crtté, vallée située h l'extrémité d'un pays. Et estrem de Salles, l'une des six vallées du Lavedan,
Estremaoïts (smpi), parties incultes des propriétés privées, ne servant que de pacages.
Ahourés (smp!), terres incultes, bois cà et là, pacages, communaux attenant aux localités habitées ; lat. forrago , mélange ; fr. fourré.
Huchou (avec un son nasal) (sm), ravin, lieu dénudé par suite d'un éboulement { vallée d'Azun ).
Barrancou (sm), ravin; esp. barranco; fr. varaignc, ouverture des marais salants.
Ten (sm), tene (sf), grotte (vallée d'Azun).
Ahourasta, envoyer un troupeau aux pacages [at ahourés).
Herm (sm), terre inculte, lande, désert. Mot constamment employé dans les fors , cartes et titres locaux. Esp. yermo ; lat. eremtts.
Désert (sm), solitude sur les très hautes montagnes ; lieu désolé , désert.
Ârtigue (sm), terre défrichée ? essarte ? Esp. artiga novale, terre nouvellement défrichée; lat. escartus! — Eras attigues, c'est le nom d'un très grand nombre de plateaux , qui le doivent , je crois , à ce qu'ils ont été défrichés. Il y a dans Du Gange une autre étymologie tirée du saxon : astigan, monter.
Eschartiga, émonder (un arbre, une haie); esp, artigar, défricher; fr. essarter.
Lanne (sf), terrain plat, uni des vallées; esp. Uano , plaine.
Plaa (sm), terrain plat dans le sein des montagnes ou sur leurs sommets, plateau; lat. planus, uni.
Lat (sm), lade (sf), plateau dans les montagnes; lat. latus ,
., Cjoogle
32 SOCIÈTÊKAMOND
lata, large; vei'sacit, flanc de montagne; lat. lotus, eris, cAté; esp. lado.
Temple (sm), plateau gazonné au penchant des montagnes, offrant un vert pacage , une herbe fine et fleurie ; lat, tuere , voir de tous cdtés ; d'où est dérivé templum , temple.
Hourlet {sm), plateau du même genre, mais de moindre dimension. Terrain gazonné, encaissé dans les rochers. Il y en a d'inaccessibles au\ bestiaux, où ne vont que les isards. Bsp. huerto, huerta , jardin (potager); lat. hortus , jardin.
Estihe (sm), nom générique des montagnes d'une zone intermédiaire, où les troupeaux font une station jd'été , en attendant l'époque où ils pourront se rendre aux pâturages supérieurs ; lat. œstivus , d'été.
Bédat (sm), bois ou forêt interdite aux troupeaux ; lat. vetare , défendre. C'est le Bannevuld de la Suisse allemande.
Cremade (si), lieu où le feu a été mis pour faire disparaître les genêts et les bruyères , afin que l'herbe propre à nourrir les bestiaux y croisse. De crenta, brûler.
Houn (sf), source, fontaine ; esp. fuente; lat. fons.
Ouey (sm) (œil), source , naissance d'un cours d'eau. Ets ouegs de cap Ouzottn , sources de l'Ouzoun, torrent qui tombe du revers des montagnes d'Azun , dans la gorge de Perrlères , et se dirige vers le Béarn.
Gabe , gabet (sm), torrent principal d'une vallée, en Béarn et en Lavedan. On trouve Gabes, gaherus, dans l'histoire de Navarre par Faryn.
Garounne (sf). J'ai entendu employer ce mot comme terme générique, pour désigner, â Argelès, un cours d'eau torrentiel, et à Barèges un ruisseau qui arrose les prés.
Labardaou [sm], ruisseau torrentiel ( dans la vallée d'Azun ) ; lat. labor, je tombe (?).
Arriou, arrieou (sm), ruisseau; esp. rio; lat. rivus.
Arrecq — rec (sm), signifie ruisseau dans le dialecte languedocien, Eréhca, ruisseau en basque.
Arribére (sf), rive d'un cours d'eau , pays qu'il arrose , vallée : eh Béarn, Lavedan, Bigorre , Comminges.
Arriberan, ane, habitant de V Arribére; fr. riverain.
D.gnzedbïGoOglc
DIALECTE DU L A V I! D A N Ti
^(fflOM (sno ow f), canal (de moulin); de aygue , eau ; lut. acqua.
AguÈre (sfj, filet d'eau qu'on dérive pour arroser les prés. Rigole qui le contient et qui a pour écluse une Teuille de schiste ou un caillou des gaves.
Adaga, arroser.
Pis (sm). Pis de Lutour, cascade fopmée par le gave de Lutoup, au-dessus de Cauterets. Notre mot " cascade " est inconnu des indigènes. Comparez l'expression analogue de " Pissevache ", dans les Alpes.
Espumous (En), cascade formée par le gave de Gaube, entre le lac de ce nom et le Vignemale , la plus haute montagne des Pyrénées françaises. Esp. espuma, écume; lat. spuma.
Huou [avec un son nasal] (sm), voie d'eau qui sourd accidentellement dans un terrain marécageux ou dans un bas-fond , par un temps très pluvieux [vallée d'Azun]; lac alimenté par des sources intérieures. Et huouàet soum dets àleas , lac situé sur le port qui conduit de la vallée d'Azun dans la gorge de Ferrières. Et huou d^Artouste, lac abondant en truites, de la vallée d'Ossau.— Héou [avec une intonation nasale]. Et héou de Gauhe, le beau laf, de Gaube, au-dessus de Cauterets, — Hiou. Et gran et petit Mou, deux lacs ou marais près de Lourdes , peuplés de grenouilles , creusés , dit-on , par le pied et le genou que le paladin Roland , renversé de son cheval , enfonça dans la terre. — Lheou, lac élevé, d'où découle une source de l'Adour, au-dessus de Bagnères; baptisé " Lac Bleu " pour la commodité des touristes. Je ne connais pas l'étymologie du mot qui prend ces formes diverses. Comparez toutefois l'espagnol hoyo , creux rond et naturel dans la terre , du lat. fodio, et le lat. hio , Mans et hiatua fterrœ).
Gour [sm], trou rempli d'eau, citerne; fr. gour; lat. gurges, gouffre. — Gour [sm], gourgue [sf], lac formé ou traversé par une eau courante , bassin rempli par un torrent. Et gour de Bourridés , cavité dans le lit du gave d'Azun , entre deux murs de rocs , où les eaux bouillonnent.
Gouffre [sm], trou profond, où les eaux se perdent.
A ces spécimens de nomenclature topographique , je joindrai quelques noms des productions du sol , puisés aussi pour la plupart dans le dialecte du Lavedan :
zcdbïGoogIc
Ber f sm], aulne ; lat, vernacîboF, arbor vtris ; bas-bret. gvjem,
Bemata [sm], aulnaie.
Bemadaou [sm], terre inculte , d'éboulement , où souvent la semence 4'aulae s'arrête et fait naître des arbres de cette essence. ,
Abet f sm], sapin ; aouet à Bagnères ; lat. abies , itis .
Abédat [sm] , forêt de sapin , sapinière. — De gi'ands bois de hêtres couvrent encore le flaoc des Pyrénées ; à une certaine hau* teur, les sapins alternent avec les hêtres, et finissent par régner seuls dans une zdne supérieure. Les pins croissent encore plus haut et sont les derniers arbres.
Labéda [sm] , nom d'uoe région' particulière , riche en sapins , au-dessus de VEstrem de Salles, dans le Lavedan.
Egémt [sm], aiguille du sapin.
Gniébré [sm], genévrier, arbrisseau qui parvient sur les très hautes montagnes , où il apparaît seul , de formé rabougrie , dépouillé de son écorce par les frimas.
Garet [sm], gaouet à Bagnères : rhododendron, arbuste toujours vert, aux fleurs pourpres, l'ornement des hauts lieux Pyrénéens. Il ',se plait au Nord et sur le bord des gaves, et fleurit en juillet, août, et même en septembre.
Broc [sm], bruyère ; du bas-bret. brûk , brûg; lat, brya silveatria.
Brouca [sm], lieu abondant en bruyères.
Houguére [sf], fougère.
Hougara [sm], fougerace , lieu où croît la fougère.
Yerbe [sf], herbe fine que l'on trouve à toutes les hauteurs.
Yerbe Iode [sf], lastou (sm), herbe plate et longue , qui pend par toulTes dans les ravioe, sur les parois des goufl'res vertigineux et jusqu'à ces cimes escarpées , dont le vent chasse la neige et que le soldl console des frimas.
Tasques [sf], gazon , herbe ; esp. tasca (?). Eres tascques , mottes de terre gazonnée , offrant parfois la forme d'un autel. Il est de ces autels rustiques , protégés d'un côté au moins par quelque vieux tronc de sapm ou par quelque grand rocher qui surplombe , et où l'isard cherche un abri dans l'hiver.
Arpaa [sm], touffe d'herbe grossière, de rebut, qui croît sur de mauvais terrains, dans des localités marécageuses; de arpat , poignée.
DIALECTËDULAVEDAN 25
Atrou (sm), herbe longue , ronde , avec une seule canelure , très pointue , et e^itrémement dure et piquante , lorsqu'elle est de l'an passé. Se trouve à de certaines hauteurs.
Esques (sm), herbe à trois faces, dont l'une est concave. Croît au même niveau que l'arrou.
Abayoua (smpl), baies de myrtille, dont on dit que l'ours est friand.
Ayouagaere (sf), myrtille , plante.
CràbaroUe (sf)) plantes des chèvres, parce que le capricieux animal se pla!t à la brouter sur les rocs. Sa âeur est large , d'un jaune vif ( env. de Bagnèras).
Crabe (sf), chèvre, lat. capra.
Mounyèa ou Curés deres pourasses ou simplement Curés (&mpt), l'asphodèle aux blanches fleurs disposées par étages , qui ressemblent à une procession de moines (env. de Baréges).
Pourasse (sf), poireau.
Baniou, banieou , hanet (sm), trèfle des Alpes , à racine succulente , très recherchée par les troupeaux. Fleurit en juillet sur la haute montagne. *
Cette petite liste pourrait être singulièrement accrue ; mais me proposant de donner des échantillons de langage aussi variés que possible, je passe immédiatement à une autre série de mots.
S II — Termes relatifs aux phénomènes du climat-
Brume (sf) et quelquefois brum (sm), vapeur dans l'air, quj s'élève ou qui rampe; nuage ou brouillard. Et ceou que s'embrume, le ciel se couvre de nuages ; que hè hrumêre , il fait un temps nuageux , comme quand le s51eil se cache et que des vapeurs déguisent la crâte des monts. Lat. bruma , solstice d'hiver , hiver dans les poètes.
Brume-nere , brouillard épais et sombre ; brume-Mère, lat. nigra.
Brume XimaquÀre, carcoulére (des mots limack [smj, limace, et carcol [sm], escargot | , brouillard qui fait sortir les limaces et
..CjOOt^le
XTl 30C1ÉTÉRAM0SD
les escargots , au Heu que par la sécheresse ils se blotîssent sous terre et demeurent dans les trous.
Brume terrère, brouillard très dense, qui se couche à la surface du soi et change le jour en nuit. Ces brouillards enhardissent les loups , au point qu'ils enlèvent des moutons sous îes yeux du berger. Celui-ci se tient en garde et suit son troupeau pas à pas. La brume terrêre fuit verser les récoltes , est nuisible aux bétes k laine , leur donne la cachexie : on dit alors, dans le dialecte du pays, qu'elles sont gâtées , entécades. Bien des chansons populaires foat ailosion à cette grande douleur pour le berger.
Tourrê (sm), brouillard froid, qui se couche sur le sol et y dépose du givre. C'est la brume terrère d'hiver, plus funeste encore aux troupeaux. Les brebis qui y restent exposées, ne fût-ce qu'une couple d'heures, périssent dans les six semaines. On dit qu'^es sont atteintes par le givre : Eres oiUies que soun engibradea. La désolation du berger est complète.
Tourra, geler à glace. Du lat. terrere, parce que la gelée brûle et dessèche.
Tourrade (sf), gelée à glace.
Tor (sm), surface plane et glacée , sur laquelle on patine.
Hayle (sf) et Balagucre (sf|, vent d'Espagne, impétueux et chaud, qui plonge en tourbillonnant dans les vallées des Pyrénées, Il srïuBe rarement plus de huit jours de suite, dans la vallée d'Ar^elès. Ordinairement, ce vent du Sud qui règne dans les ré^^ions supérieures de l'atinosphère , passe par-dessus le Pyrénées centrales , sans s'y faire sentir.
Eschaourè (sm), air, brise, brise des montagnes.
Les vents généraux ne pénètrent dans les hautes vallées , que lorsqu'ils sont fort intenses. Des brises locales y suppléent plus ou moins : ascendantes dans le jour, descendantes dans la nuit, elles sont très réglées pendant le beau temps, et plus prononcées quand les vents modérés , surtout du Nord et de l'Est , régnent dans les couches élevées de l'air. Elles se dérangent ou elles cessent toutà-fait, quand les vents supérieurs acquièrent de la violence ou que le temps devient mauvais. M. Lartigue, observateur sagace et expérimenté , leur assigne pour cause , ainsi qu'aux brises de terre et de mer qui soufflent sur les côtes ; la dilatation de l'air
„^,(K)gie
DIALECTE DU LAVBDAK Zi
dans le jour, qui tend aie (aire inoater; son refroidissement dans la nuit, qui tend à l'abaisser. La configuration des lieux changerait , sur les baies et dans les couloirs dos montagnes , ces tendances générales , en courants plus ou moins rapides, qui alternent entr'eux,
Eschagat (sm), averse, pluie torrentielle. Les pluies de ce genre sont communes dans les Pyrénées , notamment au printemps.
D'après M. Maxwel Lite, il tombe annuellement à Bagnèresde-BIgorre une grande quantité d'eau, qui provient presque toute de pluies torrentielles. Plus des trois-quarts de cette eau tomberait du 15 avril au 15 juin. Il faut ajouter, en faveur du climat, qu'il y pleut beaucoup plus et plus souvent la nuit que le jour, et qu'en totalité, le nombre des jours pluvieux n'est pas extrêmement considérable.
Arruhèque (st), coup de temps mauvais, dans la belle saison; fr. ouragan.
Rébouéke {sf), bourrasque.
Houdré (sm), orage, une de ces tourmentes qui détruiseat les
Les orages sont assez fréquents dans les Pyrénées centrales, pendant les mois de juin, juillet, août. Ils sont dus pour la plupart à la i-eocontre des vents du S à l'EO , SO , qui plongent, lorsqu'ils sont violents, avec ceux du N, à l'ONO, qui soufflent souvent sur le versant septentrional des Pyrénées. Lorsque ces vents de direction différente convergent sur le même point, ils déterminent des courants circulaires qui font tourner les nuées et qui amènent l'orage. M. Lavtigue a plusieurs fois observé ce curieux phénomène à Barèges et aux Eaux-Bonnes, et il l'a décrit le premier.
Maoufoudré. Era pêne de Maoufoudré : c'est le nom d'un sommet dégagé au Nord , dans la vallée d'Azun , exposé à toutes les tempêtes du ciel.
Eslajnpay {sxa), éclair. Lampret sur les bords delà Neste. Esp. relampago ; lat. lampas, lampe.
Périgla, tonner, faire du tonnerre et des éclairs; du lat. perieuZum, danger.
Pet dé périgîé (sm), éclat, coup de tonnerre. C'est aussi un jurement.
D.gnzedbïGoOglc
28 SOCIÉTÉIIAMOND
Périglade (sf) , coups de tonnerre successifs , roulemeiits du tonnerre.
Périglade (sf), plante à laquelle la superstition attribue, iùdsî qu'au laurier, la vertu d'écarter la foudre , quand on la jette au feu : sa fleur jaune figure dans les bouquets que l'Eglise bénît à la St-Jean, comme elle bénit le laurier à la fête des Rameaux.
Lid ou Ht (sf), avalanche. Pic d'Ereslid : pic des avalanches , près Barèges. Lat. allidere (ad lœdere], froisser, sur, contre. On trouve lidere pour allidere [Du Cange).
ÏÀt terrère, avalanche " terrestre", qui glisse sur les pentes, dans les sinuosités des ravins; ordinairement causée par la fonte de la neige , sous l'influence du soleil ou de la pluie. Elle entraîne avec elle des terres, des graviers, des rochers; se tasse par le frottement et par la pesanteur, et forme au terme de sa chute une masse très compacte et très dure; elle produit, en tombant, un bruit sourd , continu et croissant.
Lit boulatye, avalanche "volage", formée de neiges meubles, que le vent, presque toujours celui du N ou NO, accumule et qu'il précipite des sommets. Elle bondit avec une vitesse terrible. Elle s'étend comme une nuée. Les indigènes la comparent à une volée de pigeons qui s'abattent : Que dey coum u bol de cmiioumSf disent-ils. Lorsqu'elle est arrêtée, elle offre une masse poreuse, coupée par des fissures , et seulement recouverte de boules de neige qui ne sont pas complètement adhérentes.
L'avalanche " terrestre " suit une direction généralement connue et qui lui est tmcée dans les plis des montagnes. L'avalanche " volage " déjoue les prévisions par sa marche vagabonde et ses dangereux écarts.
Un vent furieux précède et borde les avalanches en mouvement ; il asphyxie les hommes , les animaux , les oiseaux ; il rase les maisons et les granges ; il couche même sur les flancs des montagnes des portions de bois , de racines.
Tout le monde sait que , par suite de l'imprudente destruction des forêts (pour obtenir du bois de chaufi'age et de charpente, ou simplement pour étendre des pacages], des voies nouvelles ont été ouvertes aux avalanches sur des points habitas. Le village
DIALECTE Di;LAVe0AX 29
thei-mal -de Barèges (*), qui porte le nom réservé jadis au pays tout entier, est chaque année le thé&tre de ces redoutables phénomènes. Déserté l'hiver par tous les habitants, à l'exception de quelques gardiens qui demeurent derrière de solides remparts , il est d'ailleurs démoli en partie, à l'automne, pour être reconstruit à la saison suivante.
Toute la vallée de Barèges , si étranglée et si profonde dans ses divers rameaux, est exposée aux avalanches. Celles des 4 et 5 avril 1855 causèrent d'épouvantables ravages et firent périr quelques personnes. On se souvient qu'à Barèges même, l'année 1802, une famille entière fut écrasée sous la neige, hormis un enfant sauvé comme par miracle. « Il tomba, dit Larcher, le 10 février 1601, une si grande quantité de neige sur les villages de Chèze et de St-Martin (en Barèges), que 107 personnes furent ensevelies, et les maisons furent abîmées , à la réserve de deux en Chèze et une & St-Martin. » Le village de Barèges est menacé par l'avalanche , depuis la Toussaint jusqu'au mois d'avril.
Counyeatre (sf), amas de neige formé par le vent , soit qu'il élève un tourbillon qui retombe , soit qu'il rencontre un obstacle où sa force se bnse (vallée d'Azun). Lat. conyestus, amassé; on dit cemeilhe dans la vallée de Barèges.
Cemeilhe (sf), banc de neige, enceinte remplie de neige. Lat. circenare, tracer en rond, faire un cercle (Du Cange).
Cemeille (sf), banc de neige glacée, glacier { Ramond ) .
Les glaciers des Pyrénées se présentent ordinairement sous l'aspect d'un banc de neige horizontal ou incliné. Revêtus de neige presque toute l'année , ils offrent pendant les quelques jours où ils se découvrent en partie, une surface unie de loin et moutonnée de près , plus ou moins fendillée , selon le degré de leur inclinaison. Cette surface apparaît grise par un temps nuageux et blanche sous un ciel pur. La couleur azurée ne se voit que dans les fentes ou sur les tranches qui surplombent. Les glaciers des Pyrénées, si ce n'est au Mont-Perdu, sont rarement hérissés de gTEUides aiguilles, comme ceux des Alpes; ils ne s'épanchent pas.
{Ij Ce vHUge est récent, et ne date guÈres que du \v siècle.
C,.-,:cdbïG00gIC
SOCIÏTË KAKONlt
comme ceux-ci, en larges fleuves de glace qui descendent jusqu'aux moissoDs. La moindre attitude des montagnes et surtout les ardeurs du climat , les retiennent dans de limites plus fixes , K la hauteur où ils se sont formés.
Terretrem (sm), tremblement de terre.
Ce mystérieux plîéoomène est fréquent dans les Pyrénées centrales ; mais il n'entraîne pas la chute des habitations , à moins d'un grand vice de construction ou d'un extrême délabrement. Dans ce cas , quelques accidents graves ont pu se produire.
Le 20 juillet 1854, aux premières heures du matin, & la fin d'une nuit douce, étoilée, sereine, une violente secousse épouvunta les habitants de la vallée de Campan, des vallées du Lavedan, et mit en fuite les baigneurs de Cauterets. Cette secousse fut suivie de plusieurs autres. J'en pus compter un très grand nombre, depuis le 20 juillet jusqu'au 29 novembre de la même année. Ordinairement, dans chaque série d'oscillations , la première était la plus forte. J'observai quelquefois que la direction du mouvement était de rO à l'E , et à peu près celle de la chaîne des Pyrénées. Le brait souterrain produit ressemblait au grondement du vent qui s'eagouffre dans une gorge ou à un roulement de tonnerre lointain. Dans les montagnes , des pierres et des rochers s'écroulaient des sommets, des ruisseaux se troublaient et devenaient fangeux; d'autres cessaient de couler, pour reprendre, quelques heures plus tard , les premiers leur limpidité , et les seconds leur cours interrompu. On i-emarqua que plusieurs soutces thermales augmentaient de volume, au moins momentanément.
g m. — Termes relatifs à ta vie pastorale.
Cette liste , comme les précédentes , ne contient que des spécimens. Une liste plus étendue offrirait de l'intérêt , mais sortirait des bornes que je me suis tracées.
Yer, ger, germ ( dans les grange et de quelques prés ,
actes) [sra], propriété d'une les bases des montagnes. On y
ooyie
lîIALECTESDLLAVEDAN' 31
conduit le troupeau, au commencement do printemps, et il y reviait en automne, lorsqu'il a parcouru les étages supérieurs. Lat. germen , germe , semence : première pointe de verdure. Il y a des villages appelés Ger, Germe, Germe.
Lahore {sm), cabane , hutte des bergers : réunion de ces cabanes sur la montagne (dans la vallée de Campan); lat. chors, chortis, cour de ferme. Dans la basse latinité, corlîs signifie " habitation rustique". On trouve plus lard corial pour cortis (Du Cange). Esp. coriîjo, métairie, ferme,
Cuyèu, dans la vallée d'Azun; couïla, dans la vallée de Barèges, d'après Ramond ; cuyala en btarnais; cuyoiar dans le langage des vieux fors du Béarn (sm). Gitc dus bergers et de leurs troupeaux , dans les montagnes, pendant la belle saison. Lat. caula, porte de la bergerie ; bergerie, d'après Virgile.
Artigau^ synonyme de cuyè9, dans les actes et titres de la vallée d'Azun.
Courraa, dans la vallée de Campan; Courraû et Corraû en Béarn, suivant Hatoulet (sra) ; bergeiie, bercail, clôture pour les troupeaux. Basq. corrubie; lat. corallum, grille, carola, grille, clôture (Du Cange). Esp. corral, cour, basse-cour.
Assès (sm), abri. Un de ces abris faits pour les troupeaux, où ils demeurent pendant la nuit, et où ils trouvent, dans le jour, ÙD refuge contre le mauvais temps et l'orage. On y voit parfois une galerie rustique, soutenue par de modestes piliers, et qu* ouvre en dedans sur un espace rectangulaire, qu'elle enclôt en partie. Sa forme simple, mais gracieuse , semble être un rudiment des portiques de la Grèce. Les moindres constructions aux Pyrénées centrales affectent des formes régulières et de justes proportions. Le montagnard qui bStit lui-même sa demeure, y agence avec goût les pierres roulées de ses torrents , revêt de marbre sa porte et ses fenêtres, et couvre ses toits aigus qui font verser la neige, d'ardoises (ioses) étincelantes au soleil. Lat. sedee, siège.
Buvguet (sm), hutte , lit couvert et portatif du berger , d'où ïl surveille ses brebis , lorsqu'elles gîtent en plein air. Esp. barga , maison couverte de chêne.
Hé barguère : parquer les hôtes à laine dans un champ , pour
oogic
'it SOCIBTKRAMOND
qu'elles y passent la nuit et le fumeot. Faire un parc, une " bergerie ", un enclos pour le troupeau. Eap, bargtterar,
Todyiou , lotyou (sm),. b&ton du montagnard , du berger. Totchou dans la vallée de Barèges. Les impAts des communes composant cette vallëe , se marquaient auti'efois par des entailles faîtes sur des b&tons ( tatchous ). Une charretée de ces bâtons représentait les rûles des impositions du pays. Lat. todillus.
Cor [sm] (enia courna et Ump). Corne de vache, de bouc , de chèvre, dont le berger se munit la nuit dans son " burguet ", et d'où il souffle avec force pour écarter le loup.
Clari (sm), instrument de musique primitif, pourvu d'une anche en roseau ou en corne, et d'un pavillon. La clarinette est de cette femille d'instruments. Dimin. clairon {sm).
Husté, hustet, tustet (sm), morceau de bois, bâton. Lat. fusti», vieux franc, fust. Tuata, frapper. Es très hustets, huateich, tusteta; es tréa bourdoua , dans la vallëe de Barèges. C'est le nom que donnent les bergers à la constellation d'Orion , parce qu'elle leur présente trots étoiles en ligne. Visible sur leur horizon , dans l'automne et dans l'hiver, elle est l'horloge nocturne sur laquelle ils se règlent. Ils consultent en même temps les pléiades qui précèdent Orion et Sirius qui le suit, et, selon les époques, l'étoile du soir et du matin.
Crabère (sf), chevriére. Eres set crabérea , les sept chevrières , la constallation des Pléiades. Ësp. la* aiete cahriUas , les sept petites chèvres
Luga, Lugra dans la vallée de la Neste (sm). Et luga àet aé et det mayti , l'étoile du berger , la planète de Vénus , qui brille dès le crépuscule du soir, ou dans la nuit, avant l'aurore. Esp. et lucera. Lat. lucere , luire, reluire.
Téde , éclat de bois résineux , qui tient lieu de flambeau dans les huttes enfumées de la montagne. Esp. tea; lat. tceda.
HaiUe (sm), même sens que lède; chandelle de résine. Comparer, pour l'étymologie, haitlaaae (sf), crevasse, et le mot français faiUe. fente ( dans le bois ).
Haillè (sm), ardoise implantée dans le mur, pour supporter les éclats enflammés, appelés hailles.
Hailia (sm), brandon.
D.gnzedbïGoOglc
HaiUére (sm), petit brandon quç les eofanls ttgiteDt, ta v^Ue de la St-Jean.
Houneya, agiter une torche, un flambeau, un brandop, en cercle, au-dessus de la tête; de houne (sf), froade. Esp. honia; lat. funda, fronde, ou funis , corde.
Laré (sm), foyer; lat. lar, fr, lares.
Caouhe-panse (sm), plaque de fonte dans la cheminée, qui renvoie de la chaleur. Esp. calfa-pansa.
Cay'ere, cadière (sf), chaise ; bas-bret. cadver, lat. cathedra,
Trubés (sm), trépied sur lequel on s'asseoit. Esp. trébedes; lat, tripus, odis; dim. trubesset (sm).
Pè-trubès (sm), liaut trépied garni de quelques barrâaux, qui sert d'échelle dans Ibs vergers.
Esci^elle (sf), tabouret fait avec trois planches.
Cahea (sf), bahut pour tout serrer, meuble autrefois unique dans la demeure du montagnard. Dim. caheou, çahat (sm).
limasïde (sf), armoire. Esp. limanda.
Aspré (sm), perche garnie de branches ou de chevilles, auxquelles on suspeod une modeste vaisselle; lat. aaper, âpre, garni d'épines.
Ouïe (sf), pot de terre, marmitte; esp. alla.
Métaou (sm), pot de fer ou de fonte. Dim. métallet (sm).
Got (sm), coupe , verre { dans la vallée d'Azun ).
Sange (sf|, vase en bois , dans lequel on tire le lait.
Badine (sf), vase en métal pour transporter le lait ; lat. vas, naaig,
Aha (sm), moule où l'on met le fromage dans la vallée.d'Azun : les fromages de brebis qu'on fait dans cette vallée ne sont p^s sans mérite. Lat. ahenum, vase d'airain.
Boudé (sm), beurre ; lat. butyrum,
Abrena (sm), repas du milieu du jour. Esp. titerriendo ; ^t. merenda, de ineridies, midi; bas-bret. marin, mem, et r^ér^. Dans abréna, l'a initial est euphonique. Lat. requieltis, reposé.
Abréna, bréna, prendre le goûter; esp. merendar; bas-bret merenna, verenna .- cette dernière forme est très semblable à brena.
Br49paiUa (sm), comme abrena, le goûter. De breitpe (^) après-midi ; lat. ^e«p«r, soir; ve^ma, repas du soir.
BrespaiUa, prendre le goûter.
Arrécatta, manger, faire un repas.
Arrécatté (sm), repas.
Arrégui, faire manger, boire et traire le bétail : tous ces soins réunis.
Arounta, traire (les^ vaches)
Couya, tondre (les brebis) ; tondre eo général.
Salie (sm), sac au sel ; poche carrée, historiée , qui pend it la ceinture du berger. '
Tiste {sf), grande corbeille de forme ronde; lat. tentum, tissu; tentum vtmineum, corbeille d'osier. Dim. tistetté (st).
Tistail (sm), tistaille (sf), panier à anses.
Bascoye (sf); panier profond. On attache aux flancs des chevaiix ou des 'ânes une couple de ces paniers, qui se font équilibré et qui servent aux transports de toute espèce à la montagne. On y place même des enfants. Lat. raseulum, petit vase.
Banastre [sm), même panier plus plat; esp. banasta, grande corbeille; \at.' vannus , van.
Saoume (sf), béte de somme , Anesse ; lat. tagma, sagmatis, b&t, selle. Dim. eaoumette (sf).
Saoumettes (sfpll, crochets pour transporter le foin à dos d'homme. Les femmes prennent ce pénible soin dans la vallée de Barèges. Sur plusieurs points, l'emploi des bétes de somme est tout à fait impossible : il y a telles prairies inclinées que l'on ne pËut fauchei- qu'en se faisant retenir par des cordes. " Aries (sfpl), comme saoumettes; bas-bret ari, lien, hart,
Cdbitan, cabadé (à Bagnères) [sm], rond d'osier, de paille tressée ou de linge , que les femmes posent sur leur tête", pour pouvoir supporter une cruche ou d'autres fardeaux. Ainsi chargées, elles parcourent légèrement les sentiers des montagnes , elles gravissent les rochers, elles traversent les torrents. A l'équilibre qu'elles doivent à la conformation de leur sexe, elles joignent une adresse particulière, et une aisance native pleine de grâce et de noblesse.
Cap (sm), tête; lat. caput, ilis.
Pourtadé (sm), écharpe en laine rayée (bleu, blanc et rouge), passée en bandoulière sous le bras gauche, reposant sur l'épaule droite, et dans laquelle les femmes portent leurs enfants, pour
DIA.LECTB DU LAVBDAN 3q
avoir les mouvements plus libres. Oa en voit encore dans U vallée de Barèges.
Bancaou (sm), comme pourtadé ; esp. aubano.
Sarpe, charpe (sf), sac que les femmes de la vallée de Campan portent sur le dos. Il est suspendu par des cordons doubles, qui s'emmanchent à chaque épaule, comme les courroies des crochets de nos portefaix.
Sarrau (sm), gibecière, sac du montagnard, du berger, du chasseur : il est en peau d'isard.
Cape (sf), grand manteau brun , quelquefois blanc , à capuchon pointu dans le Lavedan, et plat dans la vallée de Campan , tissé avec la forte laine des troupeaux de la montagne.
On trouve dans les anciens auteurs plusieurs mentions du. ços.^ tume bigourdan. Saint-Paulin écrivait à Ausone ; '| Tu habites des déserts dignes des Bigorti, couverts de peaux fdignaque pelUtis . habitas déserta Bigorrisj". Su Ipi ce-Sévère : " le vêtement bigorrique court et hérissé (Bigorricam vestem brevemque atque Mrautam]". Fortuoat : " le manteau bigorrique couvert de poils [hirsuta bigorrica pallaj". Paila est un manteau court. La cape moderne est ample, de la longueur de l'homme, avec un capuchon pour abriter la tête.
Capule (sfj, capulet des femmes, dont elles s'enveloppent la tête et les épaules , ou qu'elles portent replié sur le front , suivant la température. C'est un gracieux vêtement , tantôt blanc , tantât rouge, tantôt noir ; rouge à Barèges, noir dans le val d'Azun. Plus élégant encore est le noir capuchon en laine fine ,. doublé de rouge couleur de feu. Posé sur la tète et descendant jusqu'au bas de la jupe, il dessine la souplesse de la taille, encadre le visage, fait ressortir deux beaux yeux : c'est le vêtement habillé du Lavedan. . Dim. capulet, capete.
Cohe (sf), coiffe , bonnet d'homme en tricot de laine flne, blanche ou brune, qui se pose verticalement sur la tête ou s'y enfonce à volonté. Il n'a rien de vulgaire et rappelle un peu le bonnet phrygien.
Espartégne (sf), sandale de corde ou de sparte; lat. Sparteits, de Sparte.
D.cnzedbïGoOglc
3fi sociétS rahord
Eêpargate (sî), comme espartégne; esp. alpargaia; lat. spdrtagnium , bandelettes , cordon pour lier la chaussure.
Crouilh (sm), quenouille pour filer le lïn; fr. " croc ".
Bourcère (sf), quenouille d'une autre forme pour filer la laine. De hourque (sf), fourche,
Autrefois , lorsqu'une cadette épousait un héritier et se rendait de sa personne au domicile du mari , son petit mobilier prenait le même chemin , dans un char surmonté de deux quenouilles fet crouilh era hourcère) ouvragées avec art. Ces instruments du travail féminin étaient le frappant emblème de l'activité que la future allait ou devait du moins porter dans son ménage.
Hus (sm), fuseau; esp. huso ; lat. fusus,
Camuchet (sm), peloton de fil.
Encamuckéra, peletonner, mettre en peloton.
Les termes qui suivent se rapportent aux troupeaux :
Taourè (sm), tanreau.
Braou , bittiat (sm), jeune taureau ; lat. bitnus , Agé de deux ans.
Bime (sf), génisse.
Marret, marrou (sm), bélier; maa, atia , mftie.
Bille (sf), brebis; lat. ovis; fr. ouaille.
Agnet, ère, agneau mftie ou femelle. Plusieurs diminutifs d« ce mot, formés suivant l'usage, expriment la tendresse et la sollicitude du berger pour le petit agneau , pour l'agneau nouveau-né.
Bassîou, ibe; beufrace, èque, agneau de huit mois à un an; esp. borrego , agneau de un à deux ans.
Prémaou, aie, agneau de un à deux ans, qui a accompli se première année..
Courdère [sf] ( à Bagnères-de-Luchon), brebis qui n'a pas porté ; esp. cordera
Touchin (sm), nom familier du petit porc, du pcirc. Cet aniinal est l'objet d'une antique et fiorissante industrie dans le Béarn et le' éîgortre,
Gourrin (sm), petit porc; esp. fforrino ; fr, goret.
Voici quelques - uns des noms par lesquels les montagnards distinguent , dans un troupeau , les bétes d'une même espèce. Chacune d'elles connaît le nom qui lui est imposé et y répond. Ceux des vaches sont fréquemment tirés de la couleur de leur robe, qui est toujours une variété du rouge; lat. rubei-, ruhena, Hibius , rubidus.
• Exemples :
Arrouye, rouyette (dim.), Rouyane (dim. avec une nuance).
Roubine, baie-clair.
Castagne, chàtain-roux.
Saurmi (dim,) de aaure, roux, rousse.
BermeiUe, poil froment, le ventre, les jambes et les pis.
D'autres noms de vaches ont trait à leur conformation générale ou à l'aspect des cornes dont elles sont plus ou moins bien coiffées.
Cablade, large tête; ]aX. capUt.
Braquette (dim.) de petite taille. De brac, braque, court, e abraca, écourter; embraca, faire tourner court un char.
Cabirolle, aux cornes roulées en spirale, et pointues de cété 6u dont une corne pointe en avant, l'autre en .arrière. Cabbira retourner.
Bruqup. , dont les cornes sont dressées en avant.
On appelle Esquirolle, la vache qui porte la sonnette (esquère ), C'est une belle génisse qui marche toujours à la tête du troupeau.
La vache du Bëarn est plus grande, plus rouge, plus animée, plus fière et aussi plus sauvage que celle du Lavedari, qui est excellente laitière et donne beaucoup de travail : le bœuf n'est presque pas d'usage dans le pays. L'espèce bovine , dans la vallée de Barèges, est, comme le mouton, du bonne qualité, mais de taille exiguë. Le défaut de taille peut tenir à l'insuffisance des fourrages pendant de longs hivers ; l'étendue des prairies qu'on trouve dans cette vallée , n'étant pas en rapport avec celle des pacages , dont une partie même resterait inutile , si elle n'était chaque année affermée aux Espagnols.
Le montagnard , qui prend ses vaches en affection , a plus de tendi«sse encore pour les brebis , douces bétes qu'it paît plus aisément au milieu des rochers , qui se plaisent à ses chants , aux BOAs de son r-haluitfeau , qui savefit le caresser, qiti rtpdwlffit à
r;-,...dly,V^.(.H
.gle
38 BOCIIBTÉ HAUONII
ses soins par mille grâces et mille gentillesses. Tout enfant, on lui donne un agneau qui grandit avec lui , dont il ne se sépare pas sans des larmes amères. Tel cadet supplie le chef de la maison de ne point vendre les montons auxquels il porte un attachement très vif; s'il n'est point écouté, parfois il prend son bâton et sa cape , il quitte le toit natal de colère et de douleur, et va se faire domestique quelque part.
Le berger est patient ( il doit l'être ), doux , affectueux au troupeau qu'il gouverne, fl n'a point, ainsi que l'Espagnol, mille brebis sous sa garde. Celui-ci , je ne sais comment il y pourvoit , mais je sais comment il pourvoit à lui-même. Une tanière où il entre en rampant , où il couche sur le sol , non pas même sur un lit de bruyères ou de branches de sapin , où il souffre la chaleur et les mouches dans le jour, l'humidité la nuit, mille insectes en tout temps , suffît à ses modestes besoins. Le français a un peu plus de souci de sa demeure. Son troupeau , toujours fort peu nombreux, est l'objet de ses soins détaillés; il connaît toutes ses botes, les épie, les attend, les poursuit, les ramène , les appelle, donne son nom à plusieurs; chacune a sa physionomie, son air, sa couleur, ses taches , son allure , et mériterait son nom. A force de vivre près d'elles, d'étudier leurs besoins, leurs désirs, leurs puissances, hélas! leurs peines, pour lui ce ne sont plus des bétes , ce sont presque des personnes : il converse avec elles , il appelle la brebis :
Couloume, blanche, sans tache.
Mascarette, fortement tachée de noir à la tête et aux extrémités. Du verbe mascarar en langue d'oc : noircir, barbouiller, comme se noircissent et se barbduillent les masques.
Piaille, avec des anneaux blancs aux jambes, ta toison étant noire ou grîse.
Loubette (dim.), dont la toison rappelle la peau du loup.
Couye, dépourvue de corne.
Coumvde, armée de cornes. .
Cortroussade, aux cornes roulées autour de l'oreille, très voisines de la tête.
Bruehouade , oniée de petites cornes , qui ressemblent à ; des
„^,(H)gie
DIALECTE DU LAVkDAI* 39
pousses nouvelles. De bruchou (sra), buisson; bmsea, genêt vineux, en dialecte languedocien; bas-bret. brûck, brûg, bruyère.
Muaeadine, à tête mignonne.
Baîenle, vive, alerte.
Galaye, folle, coureuse.
Et il donne au mouton des appellations analogues.
Les brebis du Lavedan sont , au reste , fort gracieuses. Celles que j'ai vues dans ta vallée d'Azun , ont la démarche légère , les extrémités fines , la tête peu busquée , souvent dépourvue de cornes ; leur taille est ramassée ; elles sont fréquemment blanches , avec des taches à la tête et aux pattes ; elles donnent une laine commune , mais elles sont bonnes laitières , moins toutefois que l'espèce béarnaise, qui fournit les fromages d'Ossau (i).
Celte espèce , étudiée dans la vallée d'Ossau , offre assez de contraste avec la race d'Azun. La brebis y est haute , d'un blanc mat uniforme ; sa charpente est fortement osseuse ; son échine est saillante , ses jambes sont grandes et grosses ; sa tête très prononcée, excessivement busquée, est comme la parodie du nez arqué de son maître; ses yeux mornes, ses grandes cornes contournées , ses longues oreilles pendantes , sa laine rude qui pend de même sur ses flancs , de chaque côté de son col un peu courbé , en font une béte pittoresque assez laide.
Elle n'est point sédentaire. L'Ossalais la promène de pacage en pacage , dans les montagnes , l'été ; l'hiver , au-delà de Pau , sur la lande de Pont-Long ; plus loin encore , sur les landes de Bordeaux. Ces migrations annuelles, en vertu d'antiques droits de propriété ou d'usage, fortifient l'opinion qui, donnant aux Ossalais l'ancien peuple des Osquidates poui" souche , place les Osquidqtes monlani dans les hautes vallées du Béam : Ossau , Aspe , Barétous ^ et les Osquidalea campestris dans les landes de Bazas et de Bordeaux.
La brebis du Lavedan n'émigre que rarement , et sa vie confinée dans la mauvaise saison , influant sur l'espèce , a pu , dans une
(<} Le I brebis de )a vallée d'Aïun ont le lait molas Hbondant, moiiu irai que celles du Biarn; mais il est de qualité supérieDre. On en fait d'excellents ftvmagesi qui fagnent k ttn conservés et se traDsportent aisément.
Dgle
49 SOÇftTK RAUONU
aettaind mesure ( ^produire les différeoces qu'elle présente avec la ra<« d'OssBja, Oa prétend que celle-ci , traïuiportée dans la vallée d'Azun , y perd quelques-uns de ses caractères distiacti^ : ce qui peut tenir aussi à la diversité des pacages. Je ne fais qu'indiquer la question , sans la résoudre
Les moutons de la haute et de la basse Navarre, que j'ai vus eu passant , m'ont paru se rapprocher de l'espèce du Lavedan , ^j'estime que dans les races bovines il y a le même rapport.
Outre les bêtes qui composent son troupeau , le berger a sur la haute et solitaire montagne , deux compagnons bien plus spiiituels que le mouton : c'est la chèvre et le chien ; la chèvre , alerte , foUe , capricieuse , mais affectueuse aussi : du plus loin qu'elle entend le sifflet de son maître , elle le reconnaît , accourt ; qu'il l'appelle à haute voix , elle saisit son nom au vol dans les airs , et lui porte son menton barbu , qu'il se plait à baiser souveat ; il la comme :
Poutillou , dim. de poutou , baiser.
Flouquette , petite toiiSTe de barbe. De floc (sm), touffe ; dim. fiouqvet |sm| et fhuqxiette (sf) ; lat. flocus, flocon de laJne ou d'autre nature légère.
Cette chèvre, nullement pelée et dépourvue de cornes, comme la chèvre d'Espagne , a le poii long , tacheté de blanc, et le menton orné d'une très belle barbe. Elle donne longtemps et en abondance du lait, dont le berger fait sa consommation ordinaire, parce qu'il réserve le lait de ses brebis pour la fabrication des fromages, et que celles-ci d'ailleurs cessent de lui en fournir vers la fin du mois d'août.
Ses préférences sont toujours pour son chien , noble animal , qui lui sert d''auxiliaire dans la défense commune. Très différent du chien de berger proprement dit, qui range, rassemble et .gourmande les moutons, qui par une merveilleuse entente, les éloigne des lieux défendus et évite sans cesse des amendes à son maitre , le chien des Pyrénées , moins ingénieux , plus rude sur la montagne ouverte à tous , est un guerrier qui veille sur le troupeau , qui le préserve des dangers imprévus , qui , sur toute chose , signale la présence du loup , s'élance , donne l'éveil , combat , assure k son roattie le temps d'accourir et de vaincre. Car lui-même, avec
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tout son courage , sou ardeur qui s'accroCt dans la lutte , la force de son poitrail , la puissance de son choc , n'a point la gueule terrible dont son adversaire est armé. Cet adversaire est là et l'attaque par derrière ; lui , le cherche de front , le saisit quand il peut , le renverse , le retient avec force ; sans obtenir sur lui d'avantage décisif, il lui oppose une vigoureuse défense. Plusieurs loups ne l'effraient pas , et il ose aSronter jusqu'à l'ours lui-mâme.
C'est qu'il a le courage du lion , que son aspect rappelle lorsqu'il est de bonne race. Uo grand nombre de chiens des Pyrénées offrent , entr'autres caractères , le museau allongé , le poil ras. Celui de la belle espèce a le poil floconneux; la tête large, courte, fortement accentuée ; les sourcils prononcés , le nez large et très cintré à la base ; la lèvre supérieure tombant comme une drapene et recouvrant la lèvre inférieure ; le front ridé , soucieux , empreint de majesté ; l'œil enfoncé , d'un rouge sanglant , le regard sévère ou courroucé. Il serabe être irrité jusque dans le repos. Son encolure est forte , sa crinière épaisse ; ses oreilles courtes , velues , s'effacent sous les plis qui froncent la peau de la tête. Il a le poitrail vaste , les cuisses fournies , les pattes courtes , fortes , poilues , ornées d'un double éperon , un dos large et flottant , une queue qui , s'abaissant d'abord , s'arrondit , puis se relève et déploie un magnifique panache. Sa voix est grave , sonore. Son poil est blanc , ordinairement marqué de taches rousses ou noires , plus abondantes à la téta et aux épaules. Le beau chien tacheté de noir , s'appelle souvent :
Pigou, couleur pie; de pigue (sf), pie (oiseau). — C'est sous ce nom qu'il figure dans les poésies pastorales du pays.
Lorsque le noir domine dans son pelage, il se nomme Mascarou.
Aide du berger, presque berger lui-même , le mâle reçoit parfois l'appellation de Pastou, pasteur.
La femelle , qui n'a point son, humeur vagabonde et est plus assidue à la garde du troupeau, porte à plus juste titre le nom de Pastoure, bergère.
Le chien des Pyrénées est sobre, se règle facilement, ne contracte pas, que je sache , la rage sur les montagnes. Transporté au loin , il s'acclimate avec peine , il succombe fréquemment. Ceux de ces animaux que les étrangers acquièrent à prix d'argent , pro-
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filent peu ii l'acheteur, manquent beaucoup au pays Le
montagnard se défart d'un beau chien , soit par l'appSt du gain , soit par nécessité; il le remplace par quelque btite médiocre : la race se perd ainsi , et parce que les croisements sont livrés au hasard.
Autrefois, les bergers tenaient plus à leurs chiens , et veillaient davantage au maintien de l'espèce. Ils étaient fiers de leur noble compagnon, qui atteignait parfois la taille d'un grand bélier. Dans leurs querelles entr'eux au sujet du pacage , dans leurs lattes d'amour- propre pour établir la prééminence de leurs troupeaux , ils en venaient aux raains, et ces chiens leur prêtaient un appui redoutable. Sous ce rapport et pour leur beauté, ceux du petit village de Berberust, en Lavedan , jouissaient et jouissent encore d'un renom mérité.
Mais où il faut voir le chien des Pyrénées, c'est au départ des troupeaux pour les pâturages supérieurs ou lorsqu'ils en reviennent, lorsque les hautes gorges les vomissent tour à tour et souvent It fois dans les vallées centrales où ces gorges aboutissent. Si les moutons sont gras et beaux , s'ils sont l'honneur de la maison à. laquelle lis appartiennent; s'ils rapportent des montagnes la santé, l'allégresse, l'ivresse de l'air et du pacage, le berger a de l'orgueil; le chien partage la joie , l'amour-propre de son maître. Tandis que celui-ci marche la tète levée , le bftton à la main , le sac au sel brodé, pendu à la ceinture , le chien, orné lui-môme d'un collier de fer à pointes, s'avance lentement, gravement, et souvent se retourne vers les bétes qu'il conduit , de l'air superbe d'nn tambourmajoi- au front de son régiment. Le berger s'est paré de tout son luxe , de sa veste historiée , de ses bretelles travaillées par la main d'une amie; d'un bouquet quelquefois. Il a chargé le col de ses moutons de sonnettes aux tintements variés , dont te bruit immense monte gaiement dans l'air. Ces sonnettes font sa joie. C'est un usage, le jour de la Toussaint, de les suspendre encore à toutes les bétes du troupeau, que l'on chasse devant soi tout le jour, et l'on se réjouit du vacarme infini. Il en est une fabrique à Lestelle, en Béarn. On voit les jeunes pâtres en demander aux foires et marchés du pays, les frapper, écouter, faire un choix avec le même soin que mettent les muscadins des villes h choisir une cravata.
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OU les femmes une parure chez le joailler. Cette soDneiie comprend plusieurs types, ayant chacun un son imitatif.
Esquère (st), clochette longue, presque ronde, sonore, d'un ton grave, destinée aux béliers ou aux vaches. Béar. esquire; basq. ezquila; esp. etquela; ital. equilla.
Esqueret [sm] (dira, de esqukre); clochette pour les moutons , de forme plate, au son plat. Esp. esqailela.
Truc (sm), clochette plus grande que Vesquère; de truca, frapper; lat. trucidare, massacrer.
Trucou (sm), clochette ayant la forme d'un pot de fer renversé, et rendant un son aussi fort, mais plus sourd que t'es^uère. On la suspend au cou des moutons.
Tringuerou (sm), petite sonnette en fonte pour les brebis. Elle a la forme d'une cloche et rend un son argentin [tin, tin}.
Tringolle (sf), grosse sonnette.
On appelle :
Cymbouht (sm), une sonnette dans les églises, appendue audessus de la toiture , dans un petit clocher à pied. Le prêtre la met en mouvement à l'aide d'une corde qui descend dans le chœur; lat. cijmbalum.
La cloche proprement dite se nomme -.
Campane (sf) ; lat. campanwm , et scinh en béarnais , du bas-lat. signum, d'où est aussi tiré le basque ceinua.
Pour revenir aux clochettes des troupeaux , on donne à l'anneau de bois qui les fi.\e au col de l'animal , le nom de :
Canoule (sf).
Coura (sm) est un collier pour les veaux et pour les bétes de somme.
Je ne prolongerai point cette revue sommaire des termes relatifs à la vie pastorale ; mais avant de quitter un sujet qui eût demandé des développements, et qui m'a conduit à parler incidemment des races domestiques dans les Hautes-Pyrénées, je ne puis oublier ce bon et élégant cheval du pays , dont la race se perd ou du moins se fond dans les croisements , dont il subsiste pourtant encore
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quelques individus, qui dans leur rusticité ont conservé les linéanients primitifs ; une tête longue et très sèche , des extrémités fines , le sabot petit , le garrot élevé , mais la croupe un peu mince et tombante. Bai ou bai-cerise , ce cheval a l'œil saillant , en feu, l'oreille bien placée et alerte, la bouche sensible, le jai'ret vigoureux , le pied adroit , les allures relevées ; il est sobre et patient; il supporte la soif; il est robute, agile, mais aussi de taille médiocre. On a tenté de relever cette taille , en le croisant avec le cheval anglais ; mais les produits sont grands mangeurs d'une part, ce qui ne s'accorde pas avec les habitudes économiques des éleveurs , et de l'autre, ils s'affectent des changements atmosphériques, qu'un climat de montagnes ne leur épargne pas. Le croisement avec l'arabe réussit beaucoup mieux , étoffe la croupe , conserve les qualités et corrige les défauts de ce cheval du Bigorre et du Lavedan , qui fit longtemps l'honneur de la race navarrine. Les Pyrénées font aussi un grand nombre de mules , qui de bonne heure quittent la jument nourricière et la vallée natale, pour se rendre en Espagne, où elles sont fort appréciées. Des muletiers de ce pays les achètent aux foires de la St-Martin, les entraînent vers les ports, non sans des hennissements, des cris, qui font longtemps retentir les échos des montagnes. 11 ne reste aux vallées françaises que des bardots , fruit de l'âoesse et du cheval , bête utile , mais de sotte figure , qui se nomme matchou à Barèges et ■bnihou à Caœpan.
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troisième') ^artie^. ■ — 'Expressions' originales' <3f 'Proverbes'
I — RECUEIL d'expressions ORIGINALES EMPUNTÉES AU LAVEDAN