HISTORIQUE
Les auteurs classiques qui ont écrit avant l'année 1817^ ont nettement séparé les uns des autres les goitres aigu, chronique, sporadique et endémique , mais ils ne se sont point occupés du goitre épidémique (1).
Cette dernière maladie a été signalée pour la première fois en 1783 , par Charmeil , l'un des chirurgiens miHtaires les plus distingués de son époque.
Après avoir rapporté l'histoire d'un soldat affecté d'un engorgement de la glande thyroïde , Charmeil ajoute : « Ce n'est pas la première fois que cette maladie atteint subitement les hommes casernés à Mont-Dauphin. »
Cette observation se trouve reproduite l'année suivante , par le même auteur, dans son ouvrage intitulé Topographie rnédi' cale de Mont-Dauphin. « Le goitre , dit-il , attaque souvent assez subitement; j'ai vu plusieurs fois les soldats de cetle garnison en être atteints et très-fatigués. . .-. . (2). »
Le chirurgien Percy , de son côté, parle d'une épidémie de goitres qu'il a observée sur une réunion de jeunes personnes qui habitaient un pensionnat peu éloigné de Paris (3).
(1) RuIIier, article Goitre Ha Diclionnaire des sciences médicales, 1817.
(2) Journal de Médecine mililaire de Dehorn, 1783 et 1784 , lom. m el iv.
(3) Rallier ^ loc. cit. ).
Fleury (J.-B.), dans le discours qu'il a prononcé en 1835 à l'Ecole de médecine de Clermonl,a signalé l'apparilion fréquenle des engorgements du corps thyroïde chez les jeunes lilles étrangères qui viennent faire leur éducation dans les pensions el les couvents du chef-lieu du département.
14 GOITUE ÉPIDÉMIQUE.
Le conseil de santé des armées a publié, en 1853, des docu ments nombreux oubliés sans doute dans ses archives. Nous leur empruntons les renseignements suivants : En 1812 , des prisonniers anglais furent atteints, en assez, grande proportion , de goitre aigu. La garnison de;Briançon fut épargnée. Plus tard, du 6 novembre 1818 au 1" juillet 1819, la légion des Bouches-du-Rhône, arrivée depuis sept mois dans la môme garnison , fournit 1 12 cas (1).
Jusqu'ici les chirurgiens militaires se sont bornés à constater l'existence du goitre aigu-épidémique.
Le professeur Lavort de Clermont, en 1822 , et le docteur Chevalier, en 1827 et 1828, ont, les premiers, étudié sérieusement les causes de cette affection (2).
Chose remarquable , le travail de Lavort était complètement inconnu de M. Chevalier , et cependant ces deux médecins sont arrivés aux mêmes conclusions étiologiques : ils regardent l'ingestion de l'eau froide pendant que le corps est en sueur, comme jouant un rôle important dans la production des engorgements aigus du corps thyroïde.
La question de priorité étant bien établie , nous croyons inutile de donner ici l'énumération un peu aride des épidémies qui se sont montrées plus tard à Briançon , Clermont , Neuf- Brisach , Besançon et Colmar ; on la trouvera parmi les pièces "annexées à notre travail.
(1) Recueil desmém. de méd., cliir. elpharm. niilil., iSoô, lom. xii, 2e série.
(2, La relation de l'épidémie observée à Clermonl par Lavorl, a élé imprimée, en 1852, dans la Noie sur le goîlre estival qui a élé publiée, par le docteur Nivel, dans les Annales de l'Auvergne.
Le Mémoire sur la Ihyroïdite , par M. Chevalier , a paru en 1850, dans le Recueil des méra. de méd. et de cliir. milil., lora. xxix, 1" série.