LIBRAIRE DE L'AGADÉMIK D B MÉDECINE
PLACE PS l'tCOLE DE MtDECINE
Lorsqu'au mois de juin 4860 la France prit possession de la Savoie, l'une des premières questions qui s'imposèrent à la sollicitude de notre administration, fut celle du goitre et du crétinisme. La Commission créée en 1 845 par le roi de Sardaigne» pour étudier le crétinisme dans toutes les parties du royaume, avait, dans un excellent rapport, publié en 1848, fait ressortir notamment la présence d'un nombre relativement considérable de goitreux et de crétins dans lesdivers mandements de la Savoie, et elle avait conclu à la nécessité de recueillir les crétins dans un institut semblable à celui de i'Abendberg et de prendres des mesures énergiques pour lutter contre Tendémie du goitre et du crétinisme.
Les événements graves qui bouleversèrent à cetteépoque le nord de la péninsule italienne, n'avaient pas encore permis au Gouvernement sarde de faire Tapplication, sur une large échelle, des mesures prophylactiques formulées par la Commission : c*est à la France qu'il appartenait de terminer ce qui avait été si bien commencé.
Lorsque l'Empereur visita les provinces récemment annexées à la France, Parchappe, qui avait été chargé par le Ministre de Tintérieur d'étudier les moyens d*y organiser le service public des aliénés, fut amené à faire connaître directement au chef de l'Etat les besoins da service et la nécessité de prendre des mesures spéciales à l'égard des crétins.
Les résultats de l'intervention de notre honorable et distingué confrère ne se firent pas longtemps attendre. Deux décrets, signés à Thonon le 31 août 4860, déclarèrent Tasile de Bassons établissement public, y réservèrent cent places aux crétins et aux idiots les plus infirmes de la Savoie, et affectèrent une subvention de 400,000 fr. au payement de la dette et aux frais de construction et d'organisation de l'asile public de Bassons.
Nous D'avons pas à exposer les causes qui firent ajourner indéfiniment la création à Bassons du quartier spécial destiné aux crétins ; nous ne pouvons qu'exprimer le regret que les promesses faites à cet égard par le département de la Savoie niaient pas été tenues, et que les sommes destinées à la création
du quartier de crétins aient reçu une autre destination.
Mais Parchappe, dans la note qu'il avait été invité à remettre à TEmpereur, ne s'était pas contenté de demander l'annexion d'un quartier de crétins à l'asile de Bassens^ il avait insisté avec énergie sur la nécessité « d'instituer une enquête sur l'état du crétinisme en Savoie, sur sa nature^ ses causes et les moyens de favoriser son extinction. :i (Rapport au ministre du 26 déc. 1860.) Parcliappe, dans le rapport que nous venons de citer, rappelle qu'en répondant à une interpellation de TEmperenr» il avait exprimé l'opinion « qu'il était permis de fonder Tespérance de Textinction graduelle du crétinisme endémique* sur la double influence du progrès général de la civilisation et de Tapplication sagement combinée des ressources de la science et de ladministration à la neutralisation des causes de cette dégénération de l'espèce humaine ;», et il avait ajouté que pour arriver à ce résultat, il était nécessaire de recourir a à une nouvelle enquête destinée à contrôler, développer et compléter celle qui avait été entreprise en 1845 par le Gouvernement sarde » ; mais à la condition, « d'adopter une méthode fondamentalement différente et de demander séparément dans des enquêtes distinctes, à Tadministration et à la science, ce qui ne peut être sûrement et complètement atteint que par Tune ou l'autre. »
Dans sa note à TEmpereur, Parchappe avait insisté sur la nécessité d'éviter de confondre dans une seule et même enquête le goitre et le crétinisme* Aussi, dans le programme d'enquête qui lui avait été demandé par le Ministre de l'intérieur^ exprime-t-il le vœu que cette enquête ne soit pas limitée à la Savoie, et qu'elle soit étendue à toute la France.
C'est ainsi que la question fut envisagée par l'administration supérieure : le 19 déc. 1861, en effet, M. le Ministre de l'agriculture et du commerce, d'ac^ cord iavec son collègue de Tintérieur, prit un arrêté portant formation d'unç Commission qui serait « chargée de réunir les documents administratifs que possédaient les deux Ministères sur la question du goitre et du crétinisme, de coordonner ces renseignements, de les résumer et de proposer, dans un avis, les mesures propres à remédier au mal, ou à l'atténuer autant que possible. »
Cette Commission fut composée deMM. Rayer, pr^5t(/£n/,deBoureuille,ÂnthelmeA Constans, Julien, Métier, Morel, Parchappe, Tardieu et Vaudremer, secrétaire.
HI
Dès sa première réunion, la Commission demanda Tadjonction de M. Bail* larger qui, par un arrêté en date du 3 févr. 4863, fut appelé à en faire partie comme représentant spécialement l'Académie de médecine, qui avait reçu de son côté de nombreux documents sur la question.
Par suite du décès ou du changement de situation de plusieurs de ses membres, la Commission, de 4860 à 1870, fut en partie renouvelée. MM. Lunier, Rousselln, Fauvel, Cerise, Nayron, Dumoustier de Frédilly et Ozenne remplacèrent successivement MM. Anthelme, Parchappe, Mélier, Rayer, Vaudremer et de Boureuille : enfin, en 4867, M. le professeur Tardieu, déjà membre de la Commission, fut appelé à la présider en remplacement de M. Rayer.
Quoi qu'il en soit, dès les premières séances de la Commission, Parchappe, dont les rapports à l'Empereur et au Ministre de Tintérieur avaient puissamment contribué à sa création, et qui avait un programme tout préparé, offrit à ses collègues de leur communiquer successivement les résultats de ses travaux. La proposition fut acceptée, et les communications de Parchappe autographiées et tirées à une vingtaine d'exemplaires devinrent le point de départ des discussions de la Commission qui accepta, après quelques modifications de détail, le programme présenté par Parchappe pour l'enquête statistique.
C'est ce travail préparatoire, complété par des notes trouvées dans les papiers de Parchappe, que j'ai mis en ordre et que, sur le désir manifesté par jlm« Parchappe, j'offre aujourd'hui au public médical.
J'ai tenu à ne rien supprimer du travail de Parchappe ; j'ai cru seulement devoir signaler en note les quelques documents statistiques qui n'ont pas été confirmés par l'enquête française de 4864, dont les résultats n'ont été connus qu'après sa mort.
Bien que le travail de Parchappe constitue surtout, comme il le dît lui-même, une appréciation de l'état actuel de la science sur la question du gotlre et du crétinisme, il n'en contient pas moins, sur les points les plus importants, l'exposé de ses vues et de ses observations personnelles. Parchappe se réservait, d'ailleurs, de les développer lorsque l'enquête scientifique, qui devait compléter l'enquête statistique, aurait fourni des données plus satisfaisantes sur les points les plus controversés.
Parchappe n'a point eu la satisfaction de prendre part aux derniers travaux de la Commission. Lorsque nous eûmes la douleur de le perdre, au mois de mars 4 866, l'enquête scientifique n'était pas encore commencée : ce n'est qu'au commencement de 4868 que les documents nous furent envoyés par les
médecins auxquels nous nous étions adressés et que la Commission put re- {
prendre ses travaux et nommer un. rapporteur. M. le docteur Baillarger, auquel
la Commission confia cette tâche longue et difficile, avait terminé son rapport
dès Tannée 1870, mais les événements n'ont permis de le publier qu*en
1er juin 1874.
D*^ L. LONIKR.
ETUDES
SUR LE