‹ Etudes sur le goître et le crétinismeChapitre 21 sur 50 · ET PROPHYLACTIQUE SUR LES ENDÉMIES DU GOITRE ET DU CRÉTINISHB · texte numérisé non relu

ET PROPHYLACTIQUE SUR LES ENDÉMIES DU GOITRE ET DU CRÉTINISHB

Bien que le goitre et le crétinisme, à raison de Vétroite affinité qui unit ces affections, aient pu et dû, au point de vue le plus général, être compris dans une étude commune ; bien que, dans les nouvelles recherches à entreprendre, la question importante de la nature de cette affmité ne doive jamais être perdue de vue ; et bien que, dans les applications prophylactiques, on soit en droit de penser que des mesures communes pourront atteindre du même coup les deux affections, il n'en est pas moins certain que l'enquête à instituer doive être définie et organisée d'une manière distincte, à plusieurs égards, pour chacune des deux affections.

Cette nécessité est tout d'abord mise en évidence par ce fait incontestable qu'il y a des contrées où le goitre existe, sous la forme endémique, dans des proportions considérables et où le crétinisme est inconnu ou ne se manifeste que rarement et très- secondairement; tandis qu'il y a d'autres contrées, au contraire, où le crétinisme se présente, au milieu de populations plus ou moins atteintes par le goitre, comme un mal dominant par sa gravité et même par sa fréquence.

Des considérations pathologiques, dont la valeur ne saurait être niée, ne permettent pas de confondre j en une même maladie, le goitre qui se produit habituellement après la naissance à la manière d'une

ÉTUDES SUR LE GOITRE ET LE CRÉTINISME. tOB

maladie, et le crétinisme, qui se présente essentiellement sous la forme d'une infirmité congéniale. Et si, tout en reconnaissant la réalité de cette différence fondamentale entre ces deux affections, on a pu admettre pour elles une sorte de communauté étiologique, il n'enest pas moins vrai que les questions à résoudre pour chacune d'elles, présentent de très-réelles différences, sous le triple point de vue statistique étiologique et prophylactique à embrasser dans une enquête •

Ainsi, en ce qui concerne les faits à constater, ceux qu'il est intéressant de connaître pour apprécier le développement du goitre sont beaucoup moins nombreux et surtout beaucoup plus simples que les faits qu'il est indispensable de recueillir pour obtenir sur le développement du crétinisme des données complètes.

Il suit de là que le programme des questions à poser dans l'enquête statistique ne peut pas être le même pour le goitre et le crétinisme ; et que, lors même qu'on se déciderait à n'en adopter qu'un dans une enquête générale, il serait indispensable de donner au programme commun un développement beaucoup plus considérab le dans les enquêtes locales, en tout ce qui se rapporte auétinisme.

Quant aux enquêtes scientifiques, plus approfondies et plus longtemps continuées, dont l'insuffisance des résultats jusqu'alors obtenus a démontré la nécessité et l'opportunité^ il est impossible de songer à en faire une application générale à toutes les localités atteintes par le goitre et par le crétinisme.

Il y a dès lors la nécessité de faire un choix parmi ces locaUtés. Parmi les motifs divers qui devront être pris en considération pour faire ce choix en vue d'assurer l'efficacité des enquêtes, il en est un qui se présente tout d'abord, celui qui est déduit de la différence même des affections.

Si parmi les localités, à choisir comme champs d'études, devront entrer nécessairement un ceilain nombre de celles où la coexistence des deux affections, avec des variations de degrés suffisantes, per-

ÎOe ÉTUDES SUR LE GOITRE

mettra d'apprécier les affinités du goitre et du crétinisme, il est évident toutefois que le goitre devra surtout être étudié dans les pays à goitre et le crétinisme dans les pays à crétins.

D*où la convenance d'imprimer à Tenquéte dans chacun de ces trois groupes de localités distinctes une direction appropriée au but spécial à atteindre.

Malgré l'importance de donner à l'étude des causes, pour les deux affections, un développement également étendu et portant généralement sur les mêmes conditions, il est néanmoins certain que Tétiologie du goitre, à raison de Faction immédiate et plus ou moins prompte des causes pour produire Uellet chez les individus, diffère essentiellement de l'étiologie du crétinisme, où l'action lente des causes doit traverser les populations et les parents avant de se traduire en effets individuels.

Si au moyen des faits jusqu'alors constatés le développement du crétinisme ne peut être attribué qu'à un concours complexe de causes dans des localilés spéciales, il semble, d'après les faits et aussi d'après la nature du goitre, qu'on puisse encore espérer de trouver la condition de son développement endémique, soit dans une cause spéciale, telle que la nature des eaux, soit dans le concours d'un petit nombre de causes, tel que l'association de la nature des eaux à l'excès de Thumidité dans le sol et dans l'air.

De là, l'indication d'imprimer à l'enquête, en ce qui concerne le goitre, une direction plus spéciale dans le sens de la recherche des causes particulières , et de la vérification des données déjà acquises à la science sous ce point de vue.

Enfin, les indications prophylactiques à faire ressortir par suite d'une enquête se trouveront naturellement subordonnées, en ce qui touche le goitre, à cette direction spéciale des recherches étiologiques.

De l'ensemble de ces considérations, il résulte qu'il y a convenance et nécessité, pour la coordination et la définition des méthodes d'enquête à instituer, de tenir compte de leur objet et de leur but, suivant

que les recherches auront pour objet principal le goitre , le crétinisme ou les affinités du goitre et du crétinisme, et pour but principal la constatation statistique des faits , la détermination des conditions étiologiquesou l'indication des mesures prophylactiques.

Malgré tous les mérites des enquêtes précédemment réalisées et malgré l'incontestable valeur de la plus importante de toutes, l'enquête sarde , les résultats obtenus se sont montrés, à beaucoup de points de vue, insuffisants, et ont laissé sans solution positive un grand nombre de questions. Une étude approfondie de ces enquêtes conduit à reconnaître que leur inefficacité relative doit être attribuée à ^imperfection des méthodes employées, et qu'on ne peut espérer de faire mieux et plus qu'en perfectionnant les moyens d'enquête et en étudiant le champ des recherches.

Ce double résultat peut être assuré en scindant l'enquête, quant à la méthode et aux moyens, en deux parties distinctes : l'une ayant un . caractère purement statistique et tendant à obtenir, généralement et simultanément, des données de fait, qui par leur nature puissent être immédiatement recueillies d'après un programme uniforme et rigoureusement défini par des agents quelconques, pour peu qu'ils soient doués d'intelligence et de bonne volonté ; l'autre, ayant essentiellement un caractère scientifique et tendant à obtenir, spécialement, à l'aide d'études continuées pendant le temps indispensable, pour certaines contrées et pour certaines localités méthodiquement choisies , des données scientifiques, aussi complètes que possible, sur toutes les conditions hygiéniques du pays, dans leurs rapports avec l'état sanitaire des populations et le développement des affections endémiques dans leur sein.

Pour assurer l'efficacité de l'enquête purement statistique, qu'il serait désirable de rendre aussi générale que possible, et qu'il ne serait guère possible de réaliser sur une très-grande échelle» qu'en la confiant aux agents ordinaires de l'administration, maires, curéS| méde-

cins cantonaux, etc., il est indispensable de la rendre facile, sûre et prompte, en restreignant les questions^ pour leur nombre, aux faits les plus indispensables, pour leur nature, aux données les plus simples et les plus claires.

Quant à l'enquête scientifique, nécessairement restreinte pour le champ des applications à des localités judicieusement choisies, elle ne pourra être eilectuée que par l'action des conseils d'hygiène, partageant la tâche entre leurs membres, d'après les aptitudes spéciales, les convenances de position, et appelant à leur aide le concours des médecins, des pharmaciens et des hommes compétents, résidant dans les localités à étudier.

1*" Enquête statistique générale.

Le programme des questions à poser, dans l'enquête statistique générale, peut être le môme pour le goitre et pour le crétinisme.

L'enquête devra faire connaître, pour chaque commune , relativement à sa population :

!• Le nombre des habitants, hommes et femmes ;

2"" Le nombre des individus atteints de l'endémie, goitre oucréti*

nisme ;

3o Le nombre total des familles;

4"* Le nombre des familles entachées de goitre, de crétinisme, ou à la fois de goitre et de crétinisme.

— Relativement aux individus atteints de goitre ou de crétinisme :

— Pour chaque individu :

5o Les nom et prénoms ; 6^ L'âge ;

7* Le sexe ;

S"" Le lieu de naissance;

O"" Le lieu de séjour depuis la naissance.

2" Enquêtes spéciales; choix des localités.

Les résultats de cette enquête donneront sur Texistence , la proportion et la distribution des endémies , des notions sommaires suffisantes pour permettre d'apprécier absolument et comparativement retendue et la gravité des affections et pour servir de point de départ au choix des localités auxquelles il sera convenable d'appliquer l'enquête scientique spéciale.

La connaissance du nombre des individus atteints dans chaque localité et de leur proportion à la population, constituera tout d'abord une donnée importante relativement à la détermination des localités où les afTections pourront être considérées comme offrant incontestablement les caractères de l'endémie.

Il est certain que ces caractères appartiennent surtout aux localités où la proportion des individus affectés par rapport à la population totale, atteint un chiffre élevé ; et que, sans perdre de vue Futilité d'étendre les recherches à tous les faits et les applications à toutes les localités, la nécessité des recherches étiologiques et des applications prophylactiques se manifeste surtout pour les locaUtés où le nombre des individus atteints est le plus considérable.

Les résultats de l'enquête statistique générale fourniront en outre, immédiatement et sûrement, des indications importantes pour le choix à faire entre les iocaUtés, en vue de l'étude spéciale du goitre ou du crétinisme, ou des affmités du goitre et du crétinisme.

Ainsi, pour assurer une généralité suffisante à des résultats qui ne seront obtenus que pour un nombre restreint de localités, il sera indispensable, et possible après l'enquête statistique, de choisir, dans les pays à goitre, des localités où le goitre est très-développé sans que le crétinisme s'y manifeste, des localités où le crétinisme se manifeste dune manière notable à côté du goitre plus ou moins développé, enfin

«iO ÉTUDES SUR LE GOITRE

des localités peu atteintes ou exemples de goitre dans le voisinage de celles où Tendémie est très-développée.

De même, on pourra et on devra choisir dans les pays à crétins, des localités où le crétinisme atteint le plus grand développement j quelle que soit la proportion des goitreux, des localités où le crétinisme est dominant, par rapport au goitre rare ou peu fréquent, des localités où le crétinisme est rare ou peu fréquent dans une population trèsgénéralement atteinte du goitre ; enfin des localités exemptes de crétinisme et même de crétinisme et de goitre au voisinage des localités

le plus gravement atteintes par T endémie.

Ainsi se trouveront obtenus, à la suite de l'enquête générale, les

principaux éléments du travail préliminaire de choix des localités qui

doit nécessairement précéder la mise en œuvre et les appUcations

diverses de l'enquête scientifique.

Les conseils d'hygiène, en procédant à ce choix, auront à faire entrer dans leurs motifs déterminants, d'autres considérations empruntées à une connaissance exacte des choses et des hommes dans les circonscriptions territoriales sur lesquelles s'exerce leur action.

Ainsi, il y aura lieu de ne pas négliger d'introduire dans les localités à étudier , celles qui analogues par l'intensité du développement de l'épidémie, offriraient des contrastes notables, soit dans leurs conditions géographiques et topographiques, soit dans les conditions d'occupations et de genre de vie chez les habitants, soit dans quelque autre condition hygiénique générale ou spéciale .

Parmi ces contrastes, il est possible de signaler comme importants à étudier, ceux ^qui résultent de l'éparpillement des habitations de la commune dans des hameaux très- différents les uns des autres, et au contraire de leur concentration dans des agglomérations considérables, où les quartiers offrent entre eux de grandes différences.

Il y aura enfin lieu de tenir compte, pour le choix des localités à à étudier, des facilités même de l'étude, soit à raison de la situation et

de la configuration des lieux, — un grand nombre de communes, trôsgravement atteintes dans les montagnes, ne se prêteraient que trèsdifficilement à des recherches approfondies, — soit à raison des ressources d*exploration scientifique, un certain nombre de recherches parmi les plus importantes, puisque ce sont celles qui font défaut à la science, exigeant une durée et une continuité qui ne sont guère, compatibles qu'avec la résidence de l'observateur, dans la localité à étudier.

Si, pour une enquête statistique générale, qui ne peut en définitive aboutir qu'à des faits de simple dénombrement, il est convenable et même nécessaire de réduire le nombre et de simplifier la nature des questions, en vue de faciliter la mise en pratique et d'assurer l'exactitude de l'enquête, il en est tout autrement pour les enquêtes scientifiques partielles, qui ne peuvent conduire à des données plus larges, plus profondes et plus décisives sur la nature et siu* les causes des en« démies, qu'à la condition de ne laisser en dehors des recherches aucune des questions indiquées par le sujet, et en dehors des moyens d'obser* vation, aucune des ressources et des méthodes fournies par la science.

S" Enquêtes spéciales statistiques.

Ainsi tout d'abord il sera nécessaire dans les enquêtes partielles, de développer, de compléter les données statistiques fournies par l'enquête générale et non-seulement de ne laisser sans constatation aucun des faits de quelque importance se rattachant aux populations et aux individus atteints par les endémies, mais encore d'adopter pour chacune des deux affections à étudier un programme de questions approprié à leur nature.

Aux renseignements obtenus, sur le nombre des familles et des individus atteints de Tendémie dans leur rapport avec le nombre des familles et des individus composant la population de la localité, Tenquète scientifique deVra ajouter toutes les constatations de particula-

rites, relatives aux familles et aux individus, qui sont de nature à faire apprécier non-seulement la forme et le degré de raifection chez les individus, mais encore toutes les circonstances de consanguinité, de résidence, de profession, d'état de fortune, d'état de santé, qui représentent les condilions de personnes et de famille au milieu desquelles les affections endémiques se développent.

Sous ce double point de vue, les questions à résoudre statistiquement sont plus nombreuses et plus complexes pour le crétinisme que pour le goitre.

En effet, pour le goitre, les renseignements complémentaires à obte* nir, en ce qui concerne la forme et le degré de l'affection chez les individus atteints, peuvent se réduire à ceux qui feront connaître :

!• Si le goitre est petit, médiocre, ou volumineux;

2* S'il est ou non associé à un état de crétinisme ou de faiblesse intellectuelle ;

3"^ S'il est congénial ou acquis depuis la naissance et dans ce cas à quel âge.]

Les données indispensables à acquérir sur la forme, le degré et les circonstances du développement du crétinisme, sont beaucoup plus nombreuses. Elles doivent consister en renseignements précis et rigoureusement exacts pour chaque individu :

1* Sur l'existence ou l'absence du goitre ; 2» Sur la taille ;

3* Sur la conformation du corps et de la tête ; ht Sur l'état des sens, principalement de la vue et de l'ouïe ; 5*^ Sur l'état des fonctions de mouvement.

6* Sur l'état des facultés intellectuelles et morales ; 7' Sur la faculté de la parole ;

8* Sur la capacité d'instruction religieuse, d'instruction primaire, de travail ;

ET LE CHËTmiSMË. 243

9* Sur Tétât général de la sauté et la complication avec diverses maladies ;

10* Sur répoque de la vie à laquelle a été positivement constaté le défaut de développement — de l'intelligence, — de la croissance.

La question d'hérédité a une importance dominante en ce qui con* cerne le crétinisme.

Pour le goitre, il pourrait suffire de constater, sous ce point de vue, si le goitre existe chez le père ou chez la mère de l'individu affecté.

Mais, poiu* la détermination des conditions de l'influence héréditaire, en ce qui concerne le crétinisme et les affinités de cette affection avec le goitre, il est indispensable de faire porter l'enquête non-seulement sur les individus atteints de crétinisme, mais encore sur tous les individus appartenant aux familles qui les ont produits.

Pour chaque famille entachée de crétinisme, T enquête spéciale devra recueillir des données aussi exactes que possible sur les faits suivants :

r Pour le père et pour la mère :

Nom, Age,

Lieu de naissance.

Durée de la résidenee dans la commune, Profession, Etat de fortune.

Etat de santé normal, Goitre,

Crétinisme à un degré quelconque ; 2* Nombre des enfants à Tétat normal, atteints de crétinisme, atteints de goitre ; S'' Existence du crétinisme :

Kn ligne ascendante, chez les parents du père ou de la mère; En ligne collatérale, chez les frères ou sœurs du père ou de la mère;

En ligne descendante, chez les neveux ou nièces du père ou de la mère.

Parmi les données statistiques ainsi obtenues, avec un grand développement de détails, pour un nombre assez considérable de localités, il en est plusieurs qui seront de nature à jeter quelque jour sur Tétiologie du goitre et du crétinisme, surtout au point de vue de l'hérédité.

Enquêtes spéciales étiologiques .

Mais l'objet principal de Tenquê te scientifique spécialement destinée à éclairer Tétiologie du goitre et du crétinisme devra être d'obtenir les moyens de comparer d'une manière plus complète et plus approfondie, que ne l'ont pu faire les enquêtes du passé, toutes les conditions qui peuvent influencer le développement de l'organisme et l'accomplissement de la vie humaine dans les localités où régnent les endémies, par opposition aux conditions offertes par les localités qui, dans la même région, dans les mêmes contrées, ou dans d'autres pays, demeurent afiranchies de l'invasion de ces endémies.

Une telle comparaison n'est réalisable qu'au moyen de topographies médicales^ instituées de manière à embrasser par des études complètes tous les éléments hygiéniques, dans un nombre suffisant de localités, méthodiquement choisies en vue de faire ressortir le contraste qu'elles loivent présenter aussi bien entre les causes qu'entre les effets, de mettre en saillie les conditions spéciales qui peuvent appartenir en commun à plusieurs groupes de localités, et enfin de dégager des conditions similaires et communes, celles qui appartiennent en propre aux localités où règne l'endémie.

Les indications générales, qui ont été précédemment tracées, relativement aux considérations principales d'après lesquelles devra se faire le choix des localités à soumettre à l'enquête scientique, devront suffire pour guider, dans cette opération délicate d'où dépend en grande

partie le succès de l'œuvre , les conseils d'hygiène seuls compétents pour subordonner ce choix à une connaissance exacte et complète des localités.

Après avoir recommandé ce sujet important à la sollicitude des conseils d'hygiène , on peut se reposer sur leur discernement pour le choix des localités à soumettre à l'enquête spéciale.

Quant aux topographies médicales, qui doivent résumer les résultats de l'enquête étiologique dans chacune des localités choisies, il est indispensable de déterminer avec précision et exactitude les objets qu'elles devront comprendre, afin d'imprimer aux recherches l'uniformité qui seule peut donner aux résultats les caractères de faits exactement comparables.

Les études à entreprendre pour chaque localité devront comprendre les faits suivants :

1^ Description de la localité fournissant des détails circonstanciés : sur la nature géologique du sol et sa configuration ; sur l'exposition de ses diverses régions par rapport à l'action du soleil et au renouvellement de l'air , sur ses relations de contiguïté, de voisinage, de commu* nication par les courants atmosphériques avec les cours d'eau et les terrains marécageux , inondés; sur la nature des cultures et la disposition des plantations ; sur les conditions d'écoulement pour les eaux;

S^ Analyse complète de toutes les eaux usitées comme boisson, instituée d'après une méthode uniforme, ayant pour résultat non-seulement la détermination qualitative des principes contenus dans ces eaux, en y recherchant avec soin ceux qui pourraient y exister en quantités minimes, tels que la magnésie, l'iode, etc., mais encore la détermination quantitative de chacun des éléments existants dans les eaux;

3"" Analyse de l'air libre dans la localité, au moins pour deux époques de Tannée correspondante, durant la saison chaude et la saison froide, au moment où le dégagement des miasmes paludéens dans l'atmosphère est le plus évidemment favorisé ou empêché ;

M6 ÉTUDES SVTx LE GOITRE

4"* Analyse de Tair confiné dans quelques unes des habitations situées au rez-de-chaussée, ou au-dessous du niveau du sol et occupées en commun d'une manière continue, pendant la saison froide, par les habitants et les bestiaux ;

5* Observations météorologiques, continuées pendant une année au moins^ de manière à embrasser les quatre saisons, et obtenues, d'après une méthode uniforme, avec des instruments physiques, de bonne qualité et exactement comparables.

6"* Renseignements sur le nombre, la disposition et l'état des habitations et de leurjs dépendances immédiates, sur les conditions de leur groupement et de leur agglomération, en tout ce qui se rapporte à l'hygiène publique ;

T Renseignements sur les habitudes de la population en tout ce qui concerne l'hygiène privée, alimentation, vêtements, etc» ;

&" Renseignements sur la nature des occupations, sur le taux des salaires dans leur rapport avec le prix des denrées, sur la nature des relations avec les agglomérations voisines, sur les coutumes en ce qui touche les mariages et Téducation des enfants, sur l'état de l'instruction et la nature des institutions destinées à la développer ;

9"" Renseignements sur les maladies observées dans la localité sous les formes endémique, épidémique et sporadique, notamment sur les scrofules, le rachitisme et les fièvres intermittentes ; et sur la mesure suivant laquelle les crétins et les goitreux participent aux maladies communes et plus spécialement aux maladies de l'enfance, variole, varioloîde, varicelle, rougeole, scarlatine.;

10^ Renseignements circonstanciés sur la mortalité dans la localité : proportion de la mortalité, longévité, causes les plus ordinaires de la mort, chez les habitants en général, chez les crétins et les goitreux en particulier ;

11"" Renseignements sur l'histoire du développement de l'endémie dans la localité.

ET LK GRÉTINISIIË. <<''

L'endémie y a-t-elle existé de temps immémorial ?

S'y est«elle manifestée pour la première fois à une époque certaine et dans quelles conditions ; par immigration de familles entachées ; par mariage, etc ?

Y a-t-elle augmenté, et dans quelles circonstances ?

Y a-t-elle diminué ; s'y est-^elle éteinte et sous Tinfluonce de quelles causes : émigrations et immigrations, ouverture de routes, défrichements, endiguement des cours d'eau, etc., développement du commerce, de l'industrie, etc.

12^ Renseignements sur l'état du développement et de la santé chez les animaux domestiques, sur les faits d'existence de goitre dans les diverses espèces, et sur les circonstances principales d'origine, d'édu« cation, d'alimentation et de stabulation se rapportant à ces animaux dans la localité, ou dans les pays d'origine.

Dans les localités où règne le crétinisme, il serait important de réunir pour plusieurs familles, entachées de l'endémie, des observations développées dans lesquelles on indiquerait, pour le plus grand nombre possible de générations, les divers degrés de crétinisme dont chaque membre se serait trouvé atteint, et les faits d'immunité individuelle^ et pour le plus grand nombre possible d^individus, les conditions d'alliance par mariage, d'habitation, de profession, d'instruction, d'habitudes personnelles, etc., qui ont pu exercer de l'influence sur le développement du crétinisme, soit chez eux-mêmes, soit chez leurs enfants.

Il y aurait lieu, à ce sujet, de vérifier si le déplacement des mères, pendant la grossesse et jusqu*à l'accouchement et des enfants, après leui* naissance, effectué des localités où règne le crétinisme, dans des localités qui en sont exemptes et notamment dans des villages voisins situés à une grande élévation dans les montagnes, est mis en usage par les populations, soit spootanément, soit par suite de conseils médicaux, et si des faits authentiques ont démontré Tefficacité de ces pratiques pour prévenir le développement du crétinisme.

î<8 ÉTUDES SUR LE GOITRE

11 serait désirable de profiter de rorganisation d'études continues dans les localités soumises d'une manière spéciale à Tenquète scientifique, pour appliquer une méthode uniforme de mensuration de la tête à tous les crétins, à divers degrés, de quelques-unes de ces localités, et à un certain nombre d'individus choisis dans des conditions analo* gués d*âge et de situation, parmi les habitants de localités voisines où le crétinisme n'existerait pas. *

Enfin il serait important de ne laisser échapper aucune occasion d'obtenir, dans les cas de décès de crétins, la possibilité de constater l'état des organes après la mort au moyen d*autopsies confiées à des médecins expérimentés.

4*» Enquêtes spéciales prophylactiques.

Les règles à suivre dans Tenquéte prophylactique ne peuvent être tracées que d'une manière très-générale. Il est d'abord évident que les mesures prophylactiques ne doivent laisser, en dehors de leur action, aucune des localités atteintes par les endémies, à un degré quelconque.

Si, d'une part, les localités où elles sévissent avec la plus grande intensité, réclament à juste titre une intervention aussi énergique et aussi prompte que possible, il est, d'autre part, permis d'espérer que les mesures les plus faciles à appliquer immédiatement seront surtout efficaces dans les localités où le mal est moins général et moins grave.

Les indications et les moyens de la prophylaxie ne pourront atteindre en général le degré de précision et de perfection dont ils sont susceptibles, que quand l'étiologie elle même sera parvenue à son dernier terme de certitude scientifique.

Ce n'est qu'à ce moment qu'il sera possible de chercher à systématiser un ensemble de mesures applicables à toutes les localités où régnent les endémies, avec quelques chances d'en amener la complète extinction.

Mais en attendant, quelques-unes des conditions les plus défavorables à la santé publique au point de vue de l'hygiène générale, et les plus aptes à favoriser lé développement des endémies du goitre et du crétinisme, d'après les données déjà acquises de l'observation et do la science, sont susceptibles d'être immédiatement atténuées, neutralisées ou supprimées par des mesures d'une application facile et peu coûteuse.

Il en est ainsi par exemple de certaines mesures propres à assurer des eatix potables de bonne qualité, à assainir le sol par l'écoulement des eaux, par le déboisement, les habitations, par l'application des lois relatives aux logements insalubres .

C'est à la détermination précise des mesures évidemment indiquées et immédiatement applicables, pour chacune des localités atteintes des endémies, que l'enquête prophylactique devra tout d'abord et surtout s'attacher.

Et il est désirable à ce sujet que les conseils d'hygiène se mettent en état de fournir le plus tôt possible à l'administration supérieure^ des propositions nettement formulées et fortement motivées, pour toutes les localités où l'utilité de mesures immédiatement applicables aurait été reconnue.

Ce n*est qu'à l'aide d'études plus approfondies, plus longtemps continuées et étendues à des ensembles de localités, qu'il sera possible de saisir des indications prophylactiques plus générales et plus importantes et d'y rattacher des propositions d'une application, plus large, dans l'intérêt de la suppression des conditions d'insalubrité et des causes endémiques non- seulement dans les localités, mais encore dans les contrées plus ou moins étendues où les endémies propagent leur action funeste sur la santé publique.

Page 1